Examen important de Milord Bolingbroke/Édition Garnier/Chapitre 7

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Examen important de Milord BolingbrokeGarniertome 26 (p. 211-213).
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CHAPITRE VII.
DES MŒURS DES JUIFS.

Si nous passons des fables des Juifs aux mœurs de ce peuple, ne sont-elles pas aussi abominables que leurs contes sont absurdes ? C’est, de leur aveu, un peuple de brigands qui emportent dans un désert tout ce qu’ils ont volé aux Égyptiens. Leur chef Josué passe le Jourdain par un miracle semblable au miracle de la mer Rouge ; pourquoi ? pour aller mettre à feu et à sang une ville qu’il ne connaissait pas, une ville dont son Dieu fait tomber les murs au son du cornet.

Les fables des Grecs étaient plus humaines. Amphion bâtissait des villes au son de la flûte, Josué les détruit ; il livre au fer et aux flammes vieillards, femmes, enfants et bestiaux : y a-t-il une horreur plus insensée ? Il ne pardonne qu’à une prostituée qui avait trahi sa patrie ; quel besoin avait-il de la perfidie de cette malheureuse, puisque son cornet faisait tomber les murs, comme celui d’Astolphe faisait fuir tout le monde ? Et remarquons en passant que cette femme, nommée Rahab la paillarde, est une des aïeules de ce Juif dont nous avons fait depuis un dieu, lequel dieu compte encore parmi celles dont il est né l’incestueuse Thamar, l’impudente Ruth, et l’adultère Bethsabée.

On nous conte ensuite que ce même Josué[1] fit pendre trente et un rois du pays, c’est-à-dire trente et un capitaines de village qui avaient combattu pour leurs foyers contre cette troupe d’assassins. Si l’auteur de cette histoire avait formé le dessein de rendre les Juifs exécrables aux autres nations, s’y serait-il pris autrement ? L’auteur, pour ajouter le blasphème au brigandage et à la barbarie, ose dire que toutes ces abominations se commettaient au nom de Dieu, par ordre exprès de Dieu, et étaient autant de sacrifices de sang humain offerts à Dieu.

C’est là le peuple saint ! Certes, les Hurons, les Canadiens, les Iroquois, ont été des philosophes pleins d’humanité, comparés aux enfants d’Israël ; et c’est en faveur de ces monstres qu’on fait arrêter le soleil[2] et la lune en plein midi ! et pourquoi ? pour leur donner le temps de poursuivre et d’égorger de pauvres Amorrhéens déjà écrasés par une pluie de grosses pierres que Dieu avait lancées sur eux du haut des airs pendant cinq grandes lieues de chemin. Est-ce l’histoire de Gargantua ? est-ce celle du peuple de Dieu ? Et qu’y a-t-il ici de plus insupportable, ou l’excès de l’horreur, ou l’excès du ridicule ? Ne serait-ce pas même un autre ridicule que de s’amuser à combattre ce détestable amas de fables qui outragent également le bon sens, la vertu, la nature, et la Divinité ? Si malheureusement une seule des aventures de ce peuple était vraie, toutes les nations se seraient réunies pour l’exterminer ; si elles sont fausses, on ne peut mentir plus sottement.

Que dirons-nous d’un Jephté qui immole sa propre fille à son Dieu sanguinaire, et de l’ambidextre Aod qui assassine Églon son roi au nom du Seigneur, et de la divine Jahel, qui assassine le général Sizara avec un clou qu’elle lui enfonce dans la tête ; et du débauché Samson, que Dieu favorise de tant de miracles, grossière imitation de la fable d’Hercule ?

Parlerons-nous d’un lévite qui vient sur son âne avec sa concubine, et de la paille et du foin, dans Gabaa, de la tribu de Benjamin ? et voilà les Benjamites qui veulent commettre le péché de sodomie avec ce vilain prêtre, comme les Sodomites avaient voulu le commettre avec des anges[3]. Le lévite compose avec eux, et leur abandonne sa maîtresse ou sa femme, dont ils jouissent toute la nuit, et qui en meurt le lendemain matin. Le lévite coupe sa concubine en douze morceaux avec son couteau, ce qui n’est pourtant pas une chose si aisée, et de là s’ensuit une guerre civile.

[4]Les onze tribus arment quatre cent mille soldats contre la tribu de Benjamin. Quatre cent mille soldats, grand Dieu ! dans un territoire qui n’était pas alors de quinze lieues de longueur sur cinq ou six de largeur. Le Grand Turc n’a jamais eu la moitié d’une telle armée. Ces Israélites exterminent la tribu de Benjamin, vieillards, jeunes gens, femmes, filles, selon leur louable coutume. Il échappe six cents garçons. Il ne faut pas qu’une des tribus périsse : il faut donner six cents filles au moins à ces six cents garçons. Que font les Israélites ? Il y avait dans le voisinage une petite ville nommée Jabès ; ils la surprennent, tuent tout, massacrent tout, jusqu’aux animaux, réservent quatre cents filles pour quatre cents Benjamites. Deux cents garçons restent à pourvoir ; on convient avec eux qu’ils raviront deux cents filles de Silo, quand elles iront danser aux portes de Silo. Allons, Abbadie, Sherlockh, Houteville et consorts, faites des phrases pour justifier ces fables de cannibales ; prouvez que tout cela est un type, une figure qui nous annonce Jésus-Christ.

  1. XII, 24.
  2. Josué, chap. x, versets 11, 12, 13.
  3. L’illustre auteur a oublié de parler des anges de Sodome. Cependant cet article en valait bien la peine. Si jamais il y eut des abominations extravagantes dans l’histoire du peuple juif, celle des anges que les magistrats, les portefaix, et jusqu’aux petits garçons d’une ville, veulent absolument violer, est une horreur dont aucune fable païenne n’approche, et qui fait dresser les cheveux à la tête. Et on ose commenter ces abominations ! et on les fait respecter à la jeunesse ! et
  4. Juges, XX, 2. (Id.)