Examen important de Milord Bolingbroke/Édition Garnier/Chapitre 8

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Examen important de Milord BolingbrokeGarniertome 26 (p. 213-216).
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CHAPITRE VIII.

DES MŒURS DES JUIFS SOUS LEURS MELCHIM OU ROITELETS, ET SOUS LEURS PONTIFES, JUSQU’À LA DESTRUCTION DE JÉRUSALEM PAR LES ROMAINS.

Les Juifs ont un roi malgré le prêtre Samuel, qui fait ce qu’il peut pour conserver son autorité usurpée[1] ; et il a la hardiesse de dire que c’est renoncer à Dieu que d’avoir un roi. Enfin, un pâtre qui cherchait des ânesses est élu roi par le sort. Les Juifs étaient alors sous le joug des Chananéens ; ils n’avaient jamais eu de temple ; leur sanctuaire, comme nous l’avons vu[2], était un coffre qu’on mettait dans une charrette : les Chananéens leur avaient pris leur coffre ; Dieu, qui en fut très-irrité, l’avait pourtant laissé prendre ; mais, pour se venger, il avait donné des hémorroïdes aux vainqueurs et envoyé des rats dans leurs champs. Les vainqueurs l’apaisèrent en lui renvoyant son coffre accompagné de cinq rats d’or et de cinq trous du cul aussi d’or[3]. Il n’y a point de vengeance ni d’offrande plus digne du Dieu des Juifs. Il pardonne aux Chananéens, mais il fait mourir cinquante mille et soixante et dix hommes des siens pour avoir regardé son coffre.

C’est dans ces belles circonstances que Saül est élu roi des Juifs. Il n’y avait dans leur petit pays ni épée ni lance ; les Chananéens ou Philistins ne permettaient pas aux Juifs, leurs esclaves, d’aiguiser seulement les socs de leurs charrues et leurs cognées ; ils étaient obligés d’aller aux ouvriers philistins pour ces faibles secours : et cependant on nous conte que le roi Saül[4] eut d’abord une armée de trois cent mille hommes, avec lesquels il gagna une grande bataille[5]. Notre Gulliver a de pareilles fables, mais non de telles contradictions.

Ce Saül, dans une autre bataille, reçoit le prétendu roi Agag à composition. Le prophète Samuel arrive de la part du Seigneur, et lui dit[6] : Pourquoi n’avez-vous pas tout tué ? Et il prend un saint couperet, et il hache en morceaux le roi Agag. Si une telle action est véritable, quel peuple était le peuple juif, et quels prêtres étaient ses prêtres !

Saül, réprouvé du Seigneur pour n’avoir pas lui-même haché en pièces le roi Agag son prisonnier, va enfin combattre contre les Philistins après la mort du doux prophète Samuel. Il consulte sur le succès de la bataille une femme qui a un esprit de Python : on sait que les femmes qui ont un esprit de Python font apparaître des ombres, La pythonisse montre à Saül l’ombre de Samuel, qui sortait de la terre. Mais ceci ne regarde que la belle philosophie du peuple juif : venons à sa morale.

Un joueur de harpe, pour qui l’Éternel avait pris une tendre affection, s’est fait sacrer roi pendant que Samuel vivait encore ; il se révolte contre son souverain ; il ramasse quatre cents malheureux, et, comme dit la sainte Écriture[7], « tous ceux qui avaient de mauvaises affaires, qui étaient perdus de dettes, et d’un esprit méchant, s’assemblèrent avec lui ».

C’était un homme selon le cœur de Dieu[8] ; aussi la première chose qu’il veut faire est d’assassiner un tenancier nommé Nabal, qui lui refuse des contributions : il épouse sa veuve ; il épouse dix-huit femmes, sans compter les concubines[9] ; il s’enfuit chez le roi Achis, ennemi de son pays ; il y est bien reçu, et pour récompense il va saccager les villages des alliés d’Achis : il égorge tout, sans épargner les enfants à la mamelle, comme l’ordonne toujours le rite juif, et il fait accroire au roi Achis qu’il a saccagé les villages hébreux. Il faut avouer que nos voleurs de grand chemin ont été moins coupables aux yeux des hommes ; mais les voies du Dieu des Juifs ne sont pas les nôtres.

Le bon roi David ravit le trône à Isboseth, fils de Saül. Il fait assassiner Miphiboseth, fils de son protecteur Jonathas. Il livre aux Gabaonites deux enfants de Saül et cinq de ses petits-enfants, pour les faire tous pendre. Il assassine Urie pour couvrir son adultère avec Bethsabée ; et c’est encore cette abominable Bethsabée, mère de Salomon, qui est une aïeule de Jésus-Christ.

La suite de l’Histoire juive n’est qu’un tissu de forfaits consacrés. Salomon commence par égorger son frère Adonias. Si Dieu accorda à ce Salomon le don de la sagesse, il paraît qu’il lui refusa ceux de l’humanité, de la justice, de la continence, et de la foi. Il a sept cents femmes et trois cents concubines. Le cantique qu’on lui impute est dans le goût de ces livres érotiques qui font rougir la pudeur. Il n’y est parlé que de tétons, de baisers sur la bouche, de ventre qui est semblable à un monceau de froment, d’attitudes voluptueuses, de doigts mis dans l’ouverture, de tressaillement ; et enfin il finit par dire : « Que ferons-nous de notre petite sœur ? Elle n’a point encore de tétons ; si c’est un mur, bâtissons dessus ; si c’est une porte, fermons-la. » Telles sont les mœurs du plus sage des Juifs, ou du moins les mœurs que lui imputent avec respect de misérables rabbins et des théologiens chrétiens encore plus absurdes.

Enfin, pour joindre l’excès du ridicule à cet excès d’impureté, la secte des papistes a décidé que le ventre de la Sulamite et son ouverture, ses tétons et ses baisers sur la bouche, sont l’emblème, le type du mariage de Jésus-Christ avec son Église[10].

De tous les rois de Juda et de Samarie, il y en a très-peu qui ne soient assassins ou assassinés, jusqu’à ce qu’enfin ce ramas de brigands qui se massacraient les uns les autres dans les places publiques et dans le temple, pendant que Titus les assiégeait, tombe sous le fer, et dans les chaînes des Romains avec le reste de ce petit peuple de Dieu, dont dix douzièmes avaient été dispersés depuis si longtemps en Asie, et soit vendu dans les marchés des villes romaines, chaque tête juive étant évaluée au prix d’un porc, animal moins impur que cette nation même, si elle fut telle que ses historiens et ses prophètes le racontent.

Personne ne peut nier que les Juifs n’aient écrit ces abominations. Quand on les rassemble ainsi sous les yeux, le cœur se soulève. Ce sont donc là les hérauts de la Providence, les précurseurs du règne de Jésus ! Toute l’histoire juive, dites-vous, ô Abbadie ! est la prédiction de l’Église ; tous les prophètes ont prédit Jésus ; examinons donc les prophètes.

    on a l’insolence de plaindre les brames de l’Inde et les mages de Perse, à qui Dieu n’avait pas révélé ces choses, et qui n’étaient pas le peuple de Dieu ! et il se trouve encore parmi nous des âmes de boue assez lâches à la fois et assez impudentes pour nous dire : Croyez ces infamies, croyez, ou le courroux d’un Dieu vengeur tombera sur vous ; croyez, ou nous vous persécuterons, soit dans le consistoire, soit dans le conclave, soit à l’officialité, soit dans le parquet, soit à la buvette. Jusqu’à quand des coquins feront-ils trembler des sages ? (Note de Voltaire. 1771.) Quel est l’homme de bien qui ne se sente ému de tant d’horreurs ? et on les souffre ! que dis-je ? on les adore ! Que d’imbéciles, mais que de monstres ! (Id., 1776.)

  1. I. Rois, chap. viii. (Id.)
  2. Ci-dessus, chap. v, page 209.
  3. Rois, liv. Ier, chap. vi, v. 5. (Note de Voltaire.)
  4. I. Rois, chap. xi, v. 8. (Id.)
  5. Ibid., chap. XV. (Id.)
  6. Ibid., chap. XV, v. 19. (Id.)
  7. I. Rois. chap. XXII, v. 2. (Note de Voltaire.)
  8. Ibid., chap. XXV. (Id.)
  9. Ibid., chap. XXVII. (Id.)
  10. On sait que les théologiens chrétiens font passer ce livre impudique pour une prédiction du mariage de Jésus-Christ avec son Église. Comme si Jésus prenait les tétons de son Église, et mettait la main à son ouverture ; et sur quoi cette belle explication est-elle fondée ? sur ce que Christus est masculin, et ecclesia féminin. Mais si, au lieu du féminin ecclesia, on s’était servi du mot masculin cœtus, conventus, que serait-il arrivé ? Quel notaire aurait fait ce contrat de mariage ? (Note de Voltaire.) — Les huit derniers mots de cette note ont paru, pour la première fois, dans les éditions de Kehl. Le reste est de 1771. (B.)