Félicien Rops, l’homme et l’artiste/XVI

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XVI

En 1880 il m’écrit : « J’ai fait à peu près deux cent cinquante eaux fortes et deux cents lithographies, plus quelques dessins sur bois pour le Journal des haras entre autres ». Dix ans après, son œuvre aquaforté dépasse à lui seul cinq cents pièces. Il n’en tire point orgueil : sa sévérité pour lui-même est sans limites. « Par des circonstances nées de moi-même, de mes instincts, de mes goûts, de mes passions, de certaines folies de tête… je n’ai pas donné en art ce que je voulais, ce que je donnerai si je vis — et je vivrai. … Toutes ces insanités, toutes ces machines passables et souvent mauvaises, quelquefois verveuses et ayant un peu le diable au corps, qui composent ce qu’on veut bien appeler mon Œuvre, n’ont été pour moi que des distractions spirituelles, enfants bossus de la Muse… »

Il faudrait un passage spécial pour parler de la correspondance de Félicien Rops : elle-même fournirait la matière de plusieurs tomes. Après en avoir dit, en un chapitre antérieur, l’esprit, la verve, la grâce et la jolie écriture, tout reste encore à dire.

Une partie de sa vie se passa à écrire à des amis, des artistes, des élèves : il semblait en inventer pour se créer des occasions de se communiquer à ses contemporains. Il fut un épistolier inlassable et qui mettait dans ses lettres, sous leur apparence improvisée, quelque chose du beau travail de ses dessins. Il y fait voir la belle main d’un écrivain dans sa fonction naturelle ; il y multiplie surtout la malice et le trait qui font croire à des trouvailles spontanées. C’est encore une particularité qui leur est commune avec son œuvre. On pourrait dire qu’il se grisa d’encre s’il ne devait garder à travers cette petite folie un fond de raison, de sagesse et de rare bon sens, presque toujours.

Personne n’a mieux parlé de son art et de son métier ; il est certes un des artistes de son temps qui, jusque dans ses petits billets écrits sur des bouts de papier, codifièrent le plus substantiellement les vérités d’art essentielles. Avec quelle absence de dogmatisme ! Avec quelle rondeur bon enfant ! Nulle part la morgue du pion ! « Se laisser aller à sa nature et produire comme le prunier donne ses prunes… Si je n’avais pas produit depuis dix ans, je n’aurais pas fait deux ou trois cents dessins depuis 1875 ». Remarquez qu’il s’agit, cette fois, de dessins. Il disait : « Les plus belles œuvres d’art du monde ont été « enlevées » dans la rapidité, dans l’envolée de l’inspiration. Et vivent les défauts surtout ! Les défauts en art, c’est la vie, c’est la vibration, c’est se donner sans la retouche et la correction refroidissantes et inutiles à l’œuvre. » Quelle bonhomie à travers ce conseil profond ! Et quelle brave amitié, car celui auquel il parlait était un ami, un poète, un artiste dévoré de la manie du chef-d’œuvre filtré !

Même en exprimant les choses les plus graves, il garde sa verve gamine. Il semble être lui-même à l’école dans ses lettres ; en dévoilant aux autres ses secrets, on dirait qu’il en fait l’apprentissage pour son compte. Il prodigue les conseils du ton dont il les demanderait ; il va vraiment au-devant de la leçon, sans paraître s’apercevoir qu’après lui personne ne peut plus en donner.


DERRIÈRE LE RIDEAU.



Je ne sais, dans aucune correspondance de peintre, un génie plus vif, plus plaisant, plus renseigné et plus blagueur. C’est bien la modernité d’un artiste de haute culture en un état de civilisation aiguë, avec des nerfs, une ironie, de la gouaille, et tout au fond la pudeur d’une sincérité qui ne veut pas être dupe. La blague, l’hilarité frondeuse, le sens de la déformation qu’il apporta dans la caricature jouent entre les lignes. Il ne se défend pas de bouffonner ; il s’abandonne à une bonne humeur copieuse, en wallon de son pays qu’il restera toujours. Il passe dans ses lettres un goût d’outrance comique où on l’entend faire son effet de gorge pour la galerie.

De la poésie aussi, de la fraîcheur, de la sensibilité. Des couplets de grâce badine comme celui-ci : « Les premières pervenches, ces fleurs de J.-J. Rousseau, me font toujours l’effet d’yeux bleus qui clignotent dans le taillis. Je suis tenté de leur dire : Passez votre chemin, mesdemoiselles, je suis un artiste honnête. »

Ailleurs : « J’entre en religion d’art. Je peine et je ne regarde plus les femmes. J’ai suspendu comme le Natchez les chevelures scalpées à l’entrée de ma tente et je fume le calumet de paix ».

Et ce croquis : « Merveilleux le grand prix… ! Depuis longtemps je n’avais vu autant de jolies femmes écloses au premier printemps. Les roses thé deviennent grossières comme des pivoines à côté des peaux et de l’éblouissement des cheveux. Il y avait des filles de Sidney qui ont gardé la prunelle féroce des convicts leurs pères. Il y avait un stock de petites Mexicaines mi-gazelles mi-ouistitis grelottant sous le beau soleil, avec des yeux de satin et des lèvres ombrées de duvet, le globe des seins doré comme ceux des déesses indiennes, semblant déchirer les mousselines. On éprouvait en les regardant une impression de visions mythiques qui vous donnent la nostalgie de l’hacienda. »

Sa correspondance à mesure est son calendrier, son agenda et son mémorandum. En 1875, il notifie à Liesse ses veines de travail, ses départs, ses retours, ses aventures, ce qu’il fera, ses accès de goutte, « la bonne goutte du grand-père Ropsy ». Il nourrit des projets d’affaires, d’argent, de bonheur. Il écrit à Picard qu’il va faire un journal à lui tout seul, le Journal de Félicien Rops, et l’idée vient, repasse, avec cent autres. Il veut illustrer Balzac et Shakespeare. Il écrit à Henri Liesse encore (en 1875) : « L’affaire Lemerre est superbe : 1000 francs par mois et 1200 l’année prochaine… Il va falloir faire un bon livre, mon vieil ami, avec ce Musset… Quarante planches pour la petite édition in-douze et quarante planches pour l’édition in-quarto. » En 1876, c’est à Picard cette fois qu’il fait part de la bonne nouvelle, mais le chiffre des eaux-fortes a diminué : quarante eaux-fortes en dix volumes. Et il ajoute : « Mes prix ont été ceux de l’éditeur. Il a fait largement les choses et je suis à cette heure le dessinateur le plus payé de Paris. » Après cela, il fera les drames de Victor Hugo in-quarto et Le Beau Pécopin et la belle Bauldour. Il parle aussi d’un autre volume « très intéressant » dont il ne veut pas encore donner le titre.

On sait que l’édition Hugo et l’édition Musset passèrent au compte des projets qui ne devaient point se réaliser.

À Picard aussi, en lui offrant sa Pornocratès pour 500 francs, ce billet malicieux :

« Entre nous, cela ne me coûte guère moins. Je n’emploie pas de modèles ordinaires et les créatures bizarres qui veulent bien, comme la mystérieuse Isis, ôter leur robe-princesse dans mon atelier, tiennent plus aux égards qu’à l’argent, et rien ne coûte cher comme les égards ! Si je tenais un mauvais « grand-livre » de mes travaux, j’inscrirais des choses comme celles-ci :




Hypocrisie.



  
15 mars : Esquisse de la tête de Mlle Rose Partout, propriétaire, mineure, émancipée, jouissant de son capital et qui veut bien complaisamment me prêter sa beauté pendant trois jours. — Soupé chez Brébant 
 46 fr. 60
  
17 mars : Indiqué les muscles lombaires de la susdite 
 00 fr. 00
  
Offert à la susdite une baignoire pour la première du Bas de laine au Palais-Royal 
 28 fr. 00
  
Glaces, gâteaux, oranges glacées, petit banc, journaux, location de lorgnette 
 11 fr. 50
  
Atteinte à ma considération en me montrant aux yeux étonnés de Mmes Z… et D… seul dans une baignoire avec une jeune dame qui porte des chapeaux zoulous et suce, en trois heures, soixante quartiers d’oranges glacées 
 00 fr. 00
  
Avoir excité l’admiration et l’envie de Gaston Bérardi 
 00 fr. 00
  
Dépense d’esprit 
 00 fr. 00
  
Coupé de retour de la Compagnie « l’Urbaine » 
 5 fr. 00

Et ainsi de suite jusqu’à achèvement de la Pornocratie. »

D’ailleurs le croquis souligne en tous sens le texte. Ses lettres s’achèvent en pages d’album comme s’il faisait en dessinant la preuve de ce qu’il écrivait. La plume gratte le papier comme un cuivre : ses griffonnis à l’encre sont encore de la pointe sèche ; et il égratigne ses feuillets, il en fait le réseau entre-croisé d’une toile d’araignée où valsent les mots. Jamais il n’est à court et peut-être c’est là, dans son Œuvre de dur labeur et qu’il veut faire passer pour improvisé, la vraie part d’improvisation et comme une fleur de verve poussée d’un jet. Il dessine alors comme il parlait, imaginatif, vivant, prodigue de sa verve, jetant son art devant lui comme il semait ses rires et ses mots. À nous qui le connaissions, il nous paraissait que, comme en une parade d’escrime avant l’assaut définitif, il se faisait la main.

Mais, je crois bien, sa séduction épistolaire la plus travaillée fut pour les femmes, ses modèles, ses amies et sa constante adoration. Il n’en est point, de toutes celles qu’il rencontra, auxquelles il n’ait écrit et ce furent souvent de délicieux bijoux ciselés qui feraient la gloire d’une anthologie galante. Comme un Brummel, comme un Barbey d’Aurevilly, il avait le goût de la conquête ; il aimait mêler un rien de damnation à la cour qu’il leur faisait à toutes.

Il n’eût pas été le satanisant de ses Sataniques, s’il ne les avait également encensées avec le pétillement de ses braises rouges et si, par surcroît, d’un geste prometteur, il ne leur avait offert de communier sous les espèces de l’hostie noire. Mais le voyage à Cythère n’était souvent qu’une escale aux rives de l’illusion.

Rops fut en vérité un grand dilapidateur des apparences de l’amour. S’il ne fallait s’en rapporter qu’à sa correspondance, il ne cessa d’être le robeur des jardins de l’Hespéride : on le prendrait pour Jason multipliant, par delà les clôtures gardées, l’exploit des rafles héroïques. Mais le terrible séducteur était surtout un terrible imaginatif : l’histoire et la vie n’étaient avec lui qu’une légende dont à son gré il faisait joyeusement sauter les feuillets. Don Juan et le diable lui-même gardèrent toujours un peu, sous sa toque à plume de coq, quelque chose du grand rire hâbleur de Tiel Uylenspiegel. Il offrit cette contradiction de vivre, en marge de la vie, d’une vie cérébrale et fabuleuse, cultivant l’imposture avec le soin jaloux d’un amateur de plantes rares. Au centre d’un tourbillon d’anas et de craques, lui-même tourbillonnait en faisant pétarader des feux d’artifice derrière lesquels on finissait par ne plus voir sa ressemblance exacte. Il fut une extraordinaire anecdote vivante qui dans l’avenir, sous tous les masques qu’il se mit sur le visage et à travers le vague conjectural qu’il laissera de son passage aux rives des vivants, le fera comparer à ce comte de Saint-Germain dont il eut la jeunesse éternisée et qui, comme lui, voulut que le monde fût dupe des apparences qu’il lui offrait.

Rops déconcertait jusqu’à ses amis, charmés à la fois et mis en garde par l’agilité de ses changements à vue où il égalait l’art d’un Frégoli. Même ceux qui l’approchaient de plus près n’étaient pas sûrs qu’il ne fût pas simplement un fanfaron de vice et qui, jusque dans son métier, fanfaronnait encore en leur cachant le tourment triste de son difficile travail. Baudelaire qu’il connut à Bruxelles, pratiquait la fanfaronnade macabre, l’outrance caricaturale dans l’effroi burlesque, et cette perversité mêlée de travesti où il se proposait le plus persuasif des pince-sans-rire, Rops, par maints traits de similitude, fut de sa lignée ; il subit l’emprise de son halluciné et facétieux génie au point de l’imiter en ses manies. Ce qui fut mieux, il songea à lui apporter le commentaire de son génie à lui-même. Il rêva d’illustrer les Fleurs du mal : on eût vu, comme deux sœurs enguirlandées des roses ardentes de la luxure, la mort du poète et celle de l’artiste danser un menuet aux sons aigres-doux de la pochette de Méphisto. Ce projet qui fit l’objet de nombreux pourparlers avec l’éditeur Deman, alla rejoindre aux oubliettes Nana, Mademoiselle Maupin, Germinie Lacerteux, le Balzac, le Hugo, le Musset dont il ne fit que le frontispice (douze états), et cette Collection Rops qu’il espéra réaliser avec Darzens. Du moins son œuvre entier resta pénétré de pure essence baudelairienne.

Baudelaire, toutefois, eut dans l’art un visage hermétique, pincé de mépris et d’ironie, et que n’eut point Rops derrière son art de blague amusée. Visiblement une hantise, on ne sait quelle conjecture d’un commerce avec les puissances maléfiques imprimait aux traits du poète un stigmate mystique, violent et morne. La bouche s’effilait en plaie : le front jaillissait comme une falaise au bord d’un gouffre ; le regard était une épée de diamant noir.

« Baudelaire, qui devait être avec Barbey d’Aurevilly et Rops, le dernier diabolisant d’une époque qui ne croyait plus au diable, dégageait bien mieux qu’eux l’impression physionomique du satanisme. Barbey, d’une beauté élégante et cavalière, ne fut peut-être qu’un dandy de la damnation : il


LE RIDEAU CRAMOISI.



toujours s’être fait friser au petit fer chez le coiffeur des ombres. Félicien Rops, lui, plus débraillé, surtout au début, d’un satanisme teinté de don Juanisme, donnait parfois l’idée, avec son air joli de canotier, ses hâbleries et ses vantardises, d’une espèce de commis voyageur de la région des âmes impures, colportant un genre licencieux et méphistophélique… »

Un mot de cet étincelant bretteur de génie, Barbey, mais un mot à côté comme toutes les frappes où le marteau veut frapper trop fort, disait la nuance d’estime du terrible compère pour cet autre compère d’une séduction qui peut-être agaçait la sienne : « Rops a embourgeoisé le diable ». Daudet, lui, avait dit : « C’est une espèce de tzigane belge qui satanise ».

En réalité, Rops, esprit composite et dont les strates spirituelles laissent conjecturer souvent des chimisations superposées de sensibilités, n’approcha pas impunément de ces deux créateurs de sensations violentes. Il passa tout au moins un bras aux emmanchures du justaucorps à revers écarlates que portait en littérature l’auteur de Diaboliques et peut-être au jardin des Fleurs du mal, parmi tant d’autres herbes empoisonnées, cueillit-il justement la mandragore qui donne le vertige. Cependant il ne s’ensorcela jamais au point de perdre la force vive et le clair bon sens narquois du pays natal : on oserait dire qu’il ne fut point dupe de son satanisme. En cultivant précieusement à son tour les pires essences, il fit de la botanique d’art, lui qui était un botaniste de vocation : l’attrait redoutable du poison le tenta moins que les puissances d’art qu’il en décanta. Si Baudelaire sombra au seuil de ses paradis artificiels après avoir bu jusqu’aux lies le philtre mortel, Rops, distillateur adroit, en composa de savantes et corrosives mixtures qui l’épargnèrent lui-même.

Sans doute nul impunément ne joue avec les poisons ; mais pour manier cette toxicologie, il mit les gants dont parfois il se couvrait les mains en maniant ses acides, et vraisemblablement entendit surtout en éprouver les semblait effets sur les autres. Il endossa la cotte squameuse et phosphorescente qui, d’après les démonographes, est une des robes de Nessus du diable, sans qu’elle lui mordît les os sous la peau. Pour tout dire, il pratiqua un démonisme tombe à des moyens d’art, après avoir été une des formes du culte et de la philosophie des âges.

Son démonisme est le jeu d’esprit d’un incroyant et qui, en réalité, trouva là matière à une psychopathie d’artiste. Au fond, on le sent bien tranquille quant à ce qu’il lui en peut revenir à lui-même. Il n’a pas plus peur du diable que de l’amour et peut-être, en ce temps, de la mort qu’il associe à ses maléfices. Il fait la liturgie du péché sans croire à la damnation ; ses Messes noires sont des rituels de plastique et de passionnalité où la dérision des mystères sacrés n’est point un but. Seule une âme religieuse et demeurée trempée aux fonts baptismaux de la pure doctrine catholique, peut exprimer le tréfonds de l’horreur satanique : le sacrilège alors est l’hystérie amoureuse et l’acte de foi à rebours des torturés du Christ. Rops eut la perversité des sexes et n’attenta qu’au simple et loyal amour.

Son art fut surtout de l’art et à un tel point un art de vie rythmique qu’aux yeux de certains, qui l’approchèrent dans l’intimité de sa conscience, il en faut bannir toute présomption de concept sciemment vénéfique pour n’y voir qu’une admirable sorcellerie d’artiste. Rops, vu sous cet angle, se dénonce un grand vivant buvant librement la vie à toutes les sources bien plutôt que l’ouvrier volontaire du mal pour lequel on voulut le tenir. Sa vertu essentielle fut son indépendance vis-à-vis du monde et sa probité vis-à-vis de lui-même. « Mon Talon d’Achille, là où mon pied léger me blesse, c’est que j’ai la manie de tenir à l’estime artistique de mes contemporains. » L’autre, celle des gens du monde, il l’eut si peu qu’il apporta une sorte d’entrain féroce à la déjouer par les apparences les plus contradictoires. Il opposa au front de taureau des foules l’airain de sa fierté et de son mépris :


Le Botaniste.



c’est contre elles qu’il se défendait en maniant à deux mains la terrible épée de sa blague. À l’abri de l’armure noire qu’il avait revêtue et qui lui donnait l’air d’un archange des Ténèbres, Rops demeura une très pure conscience d’artiste rigide, insoumis aux notions courantes de morale et de convenances sociales.

Edmond Picard, dans un éditorial de l’Art moderne, qu’il créa et qui fut longtemps le journal de ses étincelantes passes d’armes, le fit bien sentir à l’occasion d’un procès célèbre où le défenseur de la partie adverse, pour une vieille histoire à laquelle son nom à lui, Rops, s’était trouvé mêlé, l’avait assez sottement appelé « l’infâme Fely ».

« Hélas ! excellent ami, il faut vous résigner : pour le vulgum pecus, inhabile à démêler votre art puissant et cruel, vous risquez fort de n’être jamais qu’un pornographe…

« Comment espérer qu’en la foule pénétrera jamais l’art compliqué, mélange de réalité et de vision, qui fait de vous un des plus grands artistes de ce siècle, sans antécédent certes, et probablement sans successeur ?

« … Cet art grandiose, où l’être féminin qui domine notre temps, si prodigieusement différent de ses ancêtres, se manifeste en des types que l’âme aiguë d’un grand artiste est seule capable de réaliser, échappe aux regards ordinaires. Ils n’y voient que luxure, appétits sensuels, souvenirs malpropres, appels à la débauche. De la por-no-gra-phie ! dit majestueusement Môssieu Prudhomme. N’essayons pas de dissuader cet hilarant personnage. »

L’artiste, se sentant outragé, avait envoyé des témoins : on ne trouva qu’une toge au vestiaire. Il se vengea par une satire au crayon qui illustra un des catalogues des Vingt.