Fables (Stevens)/23

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Imprimerie de John Lovell (p. 45).

XXIII.

LE MOUTON, LE CERF ET LE LOUP.


Un cerf, hâbleur fini, sans le sou se trouvant,
Alla voir un mouton qu’il connaissait bonhomme
Pour lui soutirer quelque argent :
« Monsieur du loup, dit-il, est garant de la somme,
« Je l’ai vu ce matin ; pour tout prêteur mouton
« C’est bien argent comptant que telle caution…
« Ainsi donc, bon ami, prêtez-moi, je vous prie,
« Vous me tirerez d’embarras
« Et je vous bénirai le restant de ma vie… »
— « À d’autres, cher monsieur, je ne vous prête pas
« Un simple monaco, lui répondit de suite
« Le bonhomme mouton qui se doutait du coup.
« Je le connais fort bien votre monsieur du Loup.
« Je sais ce que vaut son mérite.
« Il emprunte souvent et ne rend jamais rien ;
« En un mot c’est un franc vaurien.
« Quant à vous, bon ami, fussiez-vous sans ressource,
« Prêt à tomber faute de pain ;
« Avant de délier les cordons de ma bourse
« Je vous verrai plutôt cent fois mourir de faim,
« Car vous êtes trop bien renommé pour la course.
« Telle est, monsieur le cerf, mon humble opinion,
« Allez chercher ailleurs et que Dieu vous bénisse ! !…

Avant que la fraude finisse,
Il faudra bien encor plus d’un pareil mouton.