Fables d’Ésope (trad. Chambry, 1927)/L’Hiver et le Printemps

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Traduction par Émile Chambry.
FablesSociété d’édition « Les Belles Lettres » (p. 150).

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L’HIVER ET LE PRINTEMPS

L’Hiver un jour se moqua du Printemps et le chargea de reproches. Aussitôt qu’il paraissait, personne ne restait plus en repos ; l’un allait aux prés ou aux bois, se plaisant à cueillir des fleurs, des lis et des roses, à les faire tourner devant ses yeux et à les mettre dans ses cheveux ; l’autre s’embarquait, et, à l’occasion, traversait la mer pour aller voir d’autres hommes ; personne ne prenait plus souci des vents ni des averses épaisses. « Moi, ajoutait-il, je ressemble å un chef et à un monarque absolu. Je veux qu’on tourne ses yeux, non pas vers le ciel, mais en bas vers la terre, et je force les gens à craindre et à trembler, et à se résigner parfois å garder le logis toute la journée. — C’est pour cela, répondit le Printemps, que les hommes ont plaisir à être délivrés de ta présence. De moi, au contraire, le nom même leur semble beau, le plus beau, par Zeus, de tous les noms. Aussi, quand j’ai disparu, ils gardent mon souvenir, et, dès que j’ai paru, ils sont pleins d’allégresse. »