Fables d’Ésope (trad. Chambry, 1927)/Les Lièvres et les Grenouilles (bilingue)

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Traduction d’Émile Chambry
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LES LIÈVRES ET LES GRENOUILLES

Les lièvres s’étant un jour assemblés se désolaient entre eux d’avoir une vie si précaire et pleine de crainte : n’étaient-ils pas en effet la proie des hommes, des chiens, des aigles et de bien d’autres animaux ? Il valait donc mieux périr une bonne fois que de vivre dans la terreur. Cette résolution prise, ils s’élancent en même temps vers l’étang, pour s’y jeter et s’y noyer. Mais les grenouilles, accroupies autour de l’étang, n’eurent pas plus tôt perçu le bruit de leur course qu’elles sautèrent dans l’eau. Alors un des lièvres, qui paraissait être plus fin que les autres, dit : « Arrêtez, camarades ; ne vous faites pas de mal ; car, vous venez de le voir, il y a des animaux plus peureux encore que nous. »

Cette fable montre que les malheureux se consolent en voyant des gens plus malheureux qu’eux.

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Λαγωοὶ καὶ βάτραχοι.

Οἱ λαγωοί ποτε συνελθόντες τὸν ἑαυτῶν πρὸς ἀλλήλους ἀπεκλαίοντο βίον ὡς ἐπισφαλὴς εἴη καὶ δειλίας πλέως· καὶ γὰρ καὶ ὑπ᾿ ἀνθρώπων καὶ κυνῶν καὶ ἀετῶν καὶ ἄλλων πολλῶν ἀναλίσκονται· βέλτιον οὖν εἶναι θανεῖν ἅπαξ ἢ διὰ βίου τρέμειν. Τοῦτο τοίνυν κυρώσαντες, ὥρμησαν κατὰ ταὐτὸν εἰς τὴν λίμνην, ὡς εἰς αὐτὴν ἐμπεσούμενοι καὶ ἀποπνιγησόμενοι. Τῶν δὲ καθημένων κύκλῳ τῆς λίμνης βατράχων, ὡς τὸν τοῦ δρόμου κτύπον ᾔσθοντο, εὐθὺς εἰς ταύτην εἰσπηδησάντων, τῶν λαγωῶν τις ἀγχινούστερος εἶναι δοκῶν τῶν ἄλλων ἔφη· « Στῆτε, ἑταῖροι, μηδὲν δεινὸν ὑμᾶς αὐτοὺς διαπράξησθε· ἤδη γάρ, ὡς ὁρᾶτε, καὶ ἡμῶν ἕτερ᾿ ἐστὶ ζῷα δειλότερα. »

Ὁ μῦθος δηλοῖ ὅτι οἱ δυστυχοῦντες ἐξ ἑτέρων χείρονα πασχόντων παραμυθοῦνται.