Fragments historiques sur l’Inde/Édition Garnier/Article 26

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ARTICLE XXVI.

DU CATÉCHISME INDIEN.

M. Dow nous assure que les brachmanes eurent depuis quatre mille ans un catéchisme, dont voici la substance. C’est un

entretien entre la raison humaine, qu’ils appellent narud, et la sagesse de Dieu, qu’ils nomment brim ou bram.

la raison.

Ô premier-né de Dieu ! on dit que tu créas le monde. Ta fille, la raison, étonnée de tout ce qu’elle voit, te demande comment tout fut produit.

la sagesse divine.

Ma fille, ne te trompe pas : ne pense point que j’aie créé le monde indépendamment du premier moteur. Dieu a tout fait. Je ne suis que l’instrument de sa volonté. Il m’appelle pour exécuter ses desseins éternels.

la raison.

Que dois-je penser de Dieu ?

la sagesse divine.

Qu’il est immatériel, incompréhensible, invisible, sans forme, éternel, tout-puissant, qu’il connaît tout, qu’il est présent partout.

la raison.

Comment Dieu créa-t-il le monde ?

la sagesse divine.

La volonté demeura dans lui de toute éternité : elle était triple, créatrice, conservatrice, exterminante... Dans une conjonction des destins et des temps, la volonté de Dieu se joignit à sa bonté, et produisit la matière. Les actions opposées de la volonté qui crée, et de la volonté qui détruit, enfantèrent le mouvement qui naît et qui périt[1]. Tout sortit de Dieu, et tout rentra dans Dieu... Il dit au sentiment : Viens ; et il le logea chez tous les animaux ; mais il donna la réflexion à l’homme pour l’élever au-dessus d’eux.

la raison.

Qu’entends-tu par sentiment ?

la sagesse divine.

C’est une portion de la grande âme de l’univers ; elle respire dans toutes les créatures pour un temps marqué.

la raison.

Que devient-il après leur mort ?

la sagesse divine.

Il anime d’autres corps, ou il se replonge, comme une goutte d’eau, dans l’océan immense dont il est sorti.

la raison.

Les âmes vertueuses seront-elles sans récompense, et les criminelles sans punition ?

la sagesse divine.

Les âmes des hommes sont distinguées de celles des autres animaux. Elles sont raisonnables. Elles ont la conscience du bien et du mal. Si l’homme fait le bien, son âme, dégagée de son corps par la mort, sera absorbée dans l’essence divine, et ne ranimera plus un corps de terre. Mais l’âme du méchant restera revêtue des quatre éléments, et, après qu’elles auront été punies, elles reprendront un corps ; mais, si elles ne reprennent leur première pureté, elles ne seront jamais absorbées dans le sein de Dieu.

la raison.

Quelle est la nature de cette infusion dans Dieu même ?

la sagesse divine.

C’est une participation à l’essence suprême : on ne connaît plus les passions ; toute l’âme est plongée dans la félicité éternelle.

la raison.

Ô ma mère ! tu m’as dit que si l’âme n’est parfaitement pure elle ne peut habiter avec Dieu. Les actions des hommes sont tantôt bonnes, tantôt mauvaises. Où vont toutes ces âmes mi-parties immédiatement après la mort ?

la sagesse divine.

Elles vont subir dans Pondéra, pendant quelque temps, des peines proportionnées à leurs iniquités. Ensuite elles vont au ciel, où elles reçoivent quelque temps la récompense de leurs bonnes actions ; enfin elles rentrent dans des corps nouveaux.

la raison.

Qu’est-ce que le temps, ma mère ?

la sagesse divine.

Il existe avec Dieu pendant l’éternité ; mais on ne peut l’apercevoir et le compter que du point où Dieu créa le mouvement qui le mesure.

Tel est ce catéchisme, le plus beau monument de toute l’antiquité. Ce sont là ces idolâtres auxquels on a envoyé, pour les convertir, le jésuite Lavaur, le jésuite Saint-Estevan et l’apostat Norogna[2].

Au reste, le lieutenant-colonel Dow, et le sous-gouverneur Holwell, ayant gratifié l’Europe des plus sublimes morceaux de ces anciens livres sacrés, ignorés jusqu’à présent, nous sommes bien éloignés de soupçonner leur véracité, sous prétexte qu’ils ne sont pas d’accord sur des objets très-futiles, comme sur la manière de prononcer shasta-bad, ou shastra-beda ; et si beda signifie science ou livre. Souvenons-nous que nous avons vu nier dans Paris les expériences de Newton sur la lumière, et lui faire des objections plus frivoles.


    d’après les noms d’Adonaï et de Sabaoth, on n’opérera rien ; mais si on se sert des noms propres syriaques Adonaï, Sabaoth, la cérémonie magique aura son plein et entier effet. Origène contre Celse, article 20 et article 262. (Note de Voltaire.) — Les indications de Voltaire se rapportent à l’édition du Traité d’Origène contre Celse, ou Défense de la religion chrétienne contre les accusations des païens, traduit du grec par Élie Bouhereau, Amsterdam, Desbordes, 1700, in-4°, où les huit livres du traité d’Origène sont divisés en ccccxxviii paragraphes. Dans les autres éditions les passages cités par Voltaire sont livre Ier, chap. xxv, et livre V, chap. xlv. (B.)

  1. Nous passons quelques lignes, de peur d’être longs et obscurs. (Note de Voltaire.)
  2. Voyez l’article xv. (Note de Voltaire.) — Pages 140 et 142.