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Français, reprenez le pouvoir !/Partie 4/Chapitre 4

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Du socialisme béat au libéralisme niais >> L’Organisation mondiale de la clochardisation (OMC)

Il n’y a plus de pilote dans l’avion


Il faut que ceux qui ont dirigé le pays depuis vingt-cinq ans, au premier rang desquels les socialistes, aient le courage de reconnaître qu’ils ont abandonné l’économie française à un pilotage automatique où le politique n’a plus sa place. En effet, la responsabilité de la fixation des taux d’intérêt, des politiques commerciales et de la concurrence (qui déterminent la politique industrielle) a été transférée à Bruxelles ou à Francfort, auprès d’autorités non élues qui n’ont de comptes à rendre à personne et dont le seul dogme est de « laisser faire », « laisser aller ».

Cette attitude contraste avec celle des États-Unis, qui agissent sur tous les fronts. Ils réduisent l’impôt sur les sociétés pour les entreprises qui fabriquent sur le sol national (American Creation Act) à 5,25 % contre 35 % pour les autres entreprises. Ils adoptent des législations anti-OPA. Ils font de leur banque centrale un instrument de la concurrence en faisant fluctuer les taux d’intérêt et les taux de change à leur convenance. Ils prennent prétexte de la grippe aviaire pour affecter 7 milliards de dollars de subventions aux entreprises américaines chargées de la recherche sur les vaccins. Ainsi, leurs gouvernants, à l’exception bien sûr de la question centrale de la protection de l’environnement, opèrent conformément aux intérêts du peuple américain, et nul ne trouve à y redire.

Or, jamais la croissance américaine n’a été aussi forte, par rapport à celle de l’Union européenne. Bien entendu, je réprouve la manière dont la richesse créée aux États-Unis est ensuite répartie. Mais il est incontestable que l’Europe, par son refus de toute stratégie politique, est le seul continent à subir une croissance molle.

En un mot, les Américains ont compris, pour en être les instigateurs, que la mondialisation était un combat de chaque instant et sur tous les fronts, où le jeu hyperconcurrentiel mettait de facto les nations en rivalité les unes avec les autres. Je suis, à cet égard, admiratif de leur capacité à convaincre l’Europe de faire ce qui est bon pour eux… et mauvais pour elle. Grâce au soft power, c’est-à-dire à leur force de conviction financière aussi bien qu’idéologique, ils nous amènent à faire exactement ce qu’ils veulent (en termes économiques, mais également d’élargissement de l’Europe à la Turquie). En revanche, je suis révolté par la coupable naïveté de nos dirigeants qui laissent les peuples d’Europe se faire lentement ligoter.

Dans le même état d’esprit, je m’étonne que jamais personne n’ait vraiment voulu faire un lien entre l’insolente santé économique de la Grande-Bretagne, du Danemark et de la Suède, et le fait que ces trois pays conduisent eux-mêmes leur politique économique, puisqu’ils se trouvent en dehors de la zone euro[1].

Même les malades les plus résistants ne peuvent éternellement survivre à une médecine qui aggrave le mal: confrontée à la morphine de la dépense publique de la gauche ou aux saignées des Diafoirus de la droite, l’économie française ne peut que chanceler.

La question est simple aujourd’hui: voulons-nous léguer à nos enfants une France réduite à n’être qu’un parc d’attraction, mélange de Venise et de Disneyland? Une sorte de musée vivant d’un art de vivre disparu? Ou souhaitons-nous réagir, nous lever pour refuser cette colonisation insidieuse?

L’élection présidentielle doit être l’occasion d’aborder franchement les questions. C’est, à mes yeux, le seul moyen de sortir de la terrible alternative entre socialisme béat et libéralisme niais. Une fausse alternative dans la mesure où l’un comme l’autre s’inscrivent dans les carcans imposés par Bruxelles d’une part, par l’OMC d’autre part. Tous deux se retrouvent dans la nasse libre-échangiste qu’ils ont contribué à tisser.

Comme le disait élégamment Einstein, « on ne résout pas les problèmes avec ceux qui les ont créés »: prisonnières d’une même doctrine économique, les politiques menées depuis vingt-cinq ans ont toutes conduit à l’échec car elles ne sont que de simples variantes d’un même canevas.

En 2007, comme hier, deux dangers menacent notre pays:

– l’immobilisme qui, dans le but louable de préserver les « acquis sociaux », nie l’intensité de la guerre économique et des mutations scientifiques et les condamne d’autant plus rapidement;

– le nivellement par le bas qui, sous prétexte de s’adapter à la concurrence mondiale, renonce à toute exigence sociale et environnementale et aboutit aux plus inacceptables régressions.

Pour ma part, j’estime qu’un autre choix est possible: l’effort de tous au profit de tous. « L’effort de tous », car dans le contexte d’une guerre économique totale, nous ne pouvons plus nous laisser aller à une relative passivité en nous contentant de faire du suivisme. « Au profit de tous », car les nations qui réussissent le mieux sont celles qui disposent de la plus grande cohésion.

Cette autre politique que je propose à la France n’est pas hors de portée. L’Histoire nous enseigne en effet que notre pays a parfois raté ses révolutions économiques, mais qu’il a toujours trouvé en lui-même les ressources pour combler son retard. Chaque fois, la lucidité, la volonté, ainsi qu’une stratégie inventive ont permis le sursaut:

– la lucidité sur la situation réelle de notre pays, sur ses handicaps, sur ses retards, mais aussi sur ses indéniables atouts, c’est-à-dire une productivité du travail exceptionnelle, un bon niveau de formation des salariés, des infrastructures et des services publics de qualité;

– la volonté, car rien n’a jamais été possible et rien ne sera à nouveau possible sans un pouvoir politique fort, qui impulse et régule, qui fixe les règles du jeu et montre le cap à suivre;

– la stratégie, car dans un monde où la guerre est devenue économique, chaque pays doit choisir ses meilleures armes, valoriser ses atouts, corriger ses handicaps, fixer les orientations à long terme.

Aujourd’hui, les Français sont inquiets, car ils ne savent pas de quoi l’avenir sera fait. Mais ils ont également conscience que notre pays se trouve à nouveau face à son destin et ils ont l’espoir d’un sursaut.

Non, les Français ne sont pas condamnés à consentir toujours plus d’efforts sans jamais en recueillir les fruits. Redonner un sens à la fraternité, c’est inventer une économie plus juste, qui replace l’homme au cœur de son projet.

À cela, deux préalables: d’une part, remettre de l’ordre dans une mondialisation où règne la seule loi de la jungle au risque de faire disparaître notre planète; d’autre part, rebâtir une économie, donc des entreprises fortes et puissantes, en leur donnant les moyens de leur développement.

Alors il sera possible d’inventer un nouveau pacte économique et social. Il placera l’emploi au cœur de notre système économique et social, en redonnant aux salariés, par la participation et par la création de la sécurité professionnelle, toute la place qu’ils méritent. En outre, en vue de l’épanouissement individuel, il appartiendra aux élus de demain, et au premier d’entre eux, d’offrir à chaque Français une nouvelle politique familiale et environnementale, avec les outils pour vivre mieux.

  1. Jean-Pierre Robin, journaliste du peu subversif Figaro, expose comment, en 2005, l’euro explique l’affaiblissement de notre croissance : « La détério- ration continue de notre balance commerciale depuis 1999 a, au total, détruit quelque huit cent vingt-cinq mille emplois, selon les données com- muniquées par l’institut de conjoncture Rexecode. La démonstration est la suivante et se résume en un seul mot : “compétitivité”. En 1999, soit avant le passage à l’euro, les exportations françaises représentaient 17 % du total des exportations des pays de la zone euro effectuées à l’intérieur de l’Union monétaire européenne ou à l’extérieur ; en 2005, notre part n’était plus que de 14,7 %. Imaginons que la France ait maintenu pendant toute cette période son rang d’exportateur au sein de la zone euro : l’activité pro- ductive de notre pays – son PIB – serait aujourd’hui supérieure de 3,3 % à ce qu’elle est effectivement, selon les calculs de Rexecode. Convertie en termes d’emplois, et alors que la “population active employée” est actuel- lement de l’ordre de vingt-cinq millions en France, cela ferait bien huit cent vingt-cinq mille postes de travail supplémentaires. » Il poursuit : « Mais le pire est que la sanction se situe désormais directement au niveau de l’em- ploi et non plus en termes de pertes de pouvoir d’achat comme aupara- vant, lorsque le franc devait être dévalué. » Voilà qui est bien plus grave. Il définit le patriotisme économique « comme la manière dont un peuple s’unifie autour d’une destinée collective pour tirer le meilleur de ses forces tout en faisant face ». Il ajoute : « Dans un monde complexe où il faut constamment faire le tri entre les intérêts de puissance, les intérêts d’entre- prises et les intérêts particuliers, l’aspiration à la justice et à l’amour des hommes ne sont pas des vertus suffisantes pour préserver les emplois et créer de la richesse collective. Telle est la place objective du patriotisme économique comme élément fédérateur d’une politique de puissance. »