Frankenstein, ou le Prométhée moderne (trad. Saladin)/12

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Traduction par Jules Saladin.
Corréard (1p. 215-244).


CHAPITRE VII.


Le procès devait commencer à onze heures : nous restâmes jusqu’à ce moment dans la tristesse. J’accompagnai à la cour mon père et le reste de la famille, qui étaient obligés de paraître comme témoins. Pendant tout le temps de ce misérable simulacre de justice, je souffris le plus cruel tourment. On allait décider, si le résultat de ma curiosité et de mes inventions illégitimes, causerait la mort de deux de mes semblables : l’un était un enfant charmant rempli d’innocence et de gaîté ; l’autre était destiné à une fin bien plus terrible, à l’infamie et à l’horreur qui s’attachent à la mémoire du meurtrier. Justine était aussi une fille de mérite, et possédait des qualités qui promettaient de rendre sa vie heureuse. Ces dons, cet espoir, tout allait être enseveli dans une tombe ignominieuse, et c’est moi qui en étais la cause ! Mille fois plutôt je me serais avoué coupable du crime attribué à Justine ; mais, absent au moment où il fut commis, j’aurais été pris, en faisant une semblable déclaration, pour un insensé qui s’égare, et je n’aurais pas disculpé celle dont je faisais le malheur.

Justine avait l’air calme : elle était vêtue de deuil ; et sa figure, toujours prévenante, paraissait d’une rare beauté, à laquelle ajoutait la solemnité des sensations qui l’occupaient. Cependant, elle semblait se confier en son innocence, et ne pas trembler, quoiqu’elle fût observée et maudite par plus de mille personnes ; car l’impression qu’avait pu produire sa beauté, s’effaçait de l’esprit des spectateurs, lorsqu’on pensait à l’énormité du crime dont elle était accusée. Elle était tranquille ; mais sa tranquillité avait quelque chose de forcé ; elle était instruite que son trouble avait été pris pour une preuve de son crime, et elle appliquait son esprit à paraître ferme. En entrant dans la salle, elle la parcourut des yeux, et découvrit bientôt la place que nous occupions. Une larme sembla mouiller sa paupière lorsqu’elle nous aperçut ; mais elle se remit promptement : et un regard mêlé de tristesse et d’amitié, parut attester son entière innocence.

Le jugement commença ; un avocat établit les charges, et plusieurs témoins furent appelés. On réunit contre elle plusieurs faits étrangers, qui furent attestés par des personnes qui n’avaient pas, comme moi, des preuves de son innocence. Elle était restée dehors pendant toute la nuit où le meurtre avait été commis ; et, vers le matin, elle avait été vue par une femme du marché, près de l’endroit où l’on avait trouvé ensuite le corps de l’enfant. Cette femme lui avait demandé ce qu’elle faisait là ; mais elle avait les yeux égarés, et ne fit qu’une réponse obscure et inintelligible. Elle était revenue à la maison vers huit heures ; et, pressée de répondre où elle avait passé la nuit, elle déclara qu’elle avait cherché l’enfant, en s’informant avec empressement si l’on avait découvert quelque chose. En présence du corps, elle éprouva de violentes attaques de nerfs, et garda le lit pendant plusieurs jours. On produisit alors le portrait que le domestique avait trouvé dans sa poche ; et, lorsqu’Élisabeth, d’une voix tremblante, attesta que c’était le même qu’elle avait placé autour du col de l’enfant, une heure avant qu’il ne partît pour la promenade, un murmure d’horreur et d’indignation se fit entendre dans la salle.

On invita Justine à se défendre. Son visage s’était altéré à mesure que le jugement s’avançait : il exprimait fortement la surprise, l’horreur et la douleur. De temps en temps elle fondait en larmes ; mais, invitée à se défendre, elle rassembla ses forces, et s’énonça d’une voix haute, quoique tremblante :

« Dieu connaît, dit-elle, toute mon innocence. Mais je ne prétends pas devoir mon acquittement à mes protestations. Je prouverai mon innocence par une exposition claire et simple des faits, qui ont été dirigés contre moi ; et j’espère que le caractère que j’ai toujours montré, disposera mes juges à interpréter favorablement tout ce qui peut sembler douteux, et donner lieu à des soupçons contre moi ».

Elle se mit à raconter, qu’avec la permission d’Élisabeth, elle avait passé la soirée de la nuit, où le crime avait été commis, chez une de ses tantes qui demeurait à Chênes, village situé à environ une lieue de Genève. À son retour, vers les neuf heures, elle rencontra un homme qui lui demanda, si elle avait vu quelque trace de l’enfant qui était perdu. Alarmée par ces paroles, elle passa plusieurs heures à le chercher, laissa pendant ce temps fermer les portes de la ville, et se vit contrainte de passer une partie de la nuit, dans une grange dépendante d’une chaumière, parce qu’elle ne voulait pas réveiller les habitans, dont elle était bien connue. Ne pouvant goûter de repos ni de sommeil, elle quitta de bonne heure son asile, pour tâcher encore de trouver mon frère. Si elle était allée vers l’endroit où était le corps, c’était à son insu. Il n’était pas surprenant qu’elle eût été toute troublée, en répondant aux questions qui lui étaient faites par la marchande, puisqu’elle avait passé une nuit sans dormir, et qu’elle ignorait encore le sort du pauvre Guillaume. Quant au portrait, elle ne pouvait donner aucune explication.

« Je sais, continua la malheureuse victime, combien cette seule circonstance me charge, mais je ne puis y jeter aucune lumière. J’ai déclaré ne rien savoir ; je n’ai plus qu’à faire des conjectures sur le fait, qu’il a été placé dans ma poche. Ici, j’éprouve un nouvel embarras. Je ne crois pas avoir d’ennemi sur la terre, et je suis convaincue que nul ne serait assez méchant pour me perdre en badinant. Le meurtrier l’y aurait-il placé lui-même ? je n’en vois pas le motif : et même, en supposant ce fait, pourquoi aurait-il volé le bijou pour s’en défaire si promptement ?

» Je confie ma cause à la justice de mes juges, sans conserver la plus faible espérance. Je demande la permission de produire quelques témoins pour qu’ils soient interrogés sur mon caractère ; et, si leur témoignage n’atténue pas l’accusation du crime qui m’est attribué, je dois être condamnée, malgré mon innocence sur laquelle je compte pour être acquittée ».

On entendit plusieurs témoins qui la connaissaient depuis quelques années, et qui en parlèrent avec éloge ; mais la peur et l’horreur du crime dont elle était accusée, enchaînaient leur langue. Élisabeth vit que cette dernière ressource, que l’excellent caractère et la conduite irréprochable de Justine ne pouvaient la sauver ; et, malgré une agitation violente, elle demanda à la cour la permission de prendre la parole.

« Je suis, dit-elle, la cousine du malheureux enfant qui a été assassiné : je puis même dire que je suis sa sœur, puisque j’ai été élevée par ses parens, et que j’ai toujours vécu avec eux depuis et long-temps même avant sa naissance.

» Avec ces titres, il peut paraître inconvenant que je m’explique dans cette occasion ; mais, au moment de voir une malheureuse créature livrée à la mort par la lâcheté de ses prétendus amis, je désire qu’on me permette de rendre témoignage à son caractère. Je connais bien l’accusée. J’ai vécu avec elle dans la même maison, d’abord pendant cinq ans, et ensuite pendant près de deux ans. Durant tout ce temps, elle m’a paru la plus aimable et la meilleure créature du monde. Dans le cours de la dernière maladie de madame Frankenstein, ma tante, elle l’a soignée avec la plus tendre affection et le plus grand zèle. Depuis, elle a donné ses soins à sa mère, qui souffrait d’une cruelle maladie ; et elle est devenue un objet d’admiration pour tous ceux qui la connaissaient. À la mort de sa mère, elle est revenue à la maison de mon oncle, où elle était aimée de toute la famille. Elle était fort attachée à l’enfant qui n’est plus, et elle était, pour lui, comme la mère la plus tendre. Quant à moi, je n’hésite pas à déclarer que, malgré toute l’évidence qui s’élève contr’elle, je la crois entièrement innocente. Rien n’a pu la porter à commettre l’action atroce qui qui est imputée. Je dirai du bijou, dont on se sert pour la charger le plus gravement, que je lui aurais volontiers donné, si elle l’eût vivement désiré ; tant je l’estime et l’apprécie ».

Excellente Élisabeth ! Un murmure d’approbation s’éleva ; mais pour la généreuse personne qui intercédait, et non en faveur de la pauvre Justine, qu’on accusa d’une plus noire ingratitude, et qui excita l’indignation publique avec une violence nouvelle. Elle pleura pendant le discours d’Élisabeth ; mais elle ne répondit pas. Mon agitation et mon angoisse furent extrêmes, tant que dura le jugement. J’étais convaincu de l’innocence de Justine ; j’en avais la certitude. Le démon, qui avait assassiné mon frère (car je n’en doutai pas une minute), allait aussi, dans son plaisir infernal, livrer une personne innocente à la mort et à l’infamie. Je ne pus supporter l’horreur de ma situation ; et, dès que la voix du peuple, et la figure des juges, eurent annoncé la condamnation de ma malheureuse victime, je sortis de la cour dans des transes cruelles. Les souffrances de l’accusée ne pouvaient égaler les miennes ; elle était soutenue par son innocence ; je me sentais déchiré par des remords dont je ne pouvais me délivrer.

Je passai la nuit la plus affreuse. Le matin j’allai à la cour, dans un état qui enchaînait ma langue : je n’osai faire la fatale question ; mais j’étais connu, et l’officier devina la cause de ma visite. L’urne fatale avait reçu les boules : toutes étaient noires ; Justine était condamnée.

Il me serait impossible de décrire ce que j’éprouvai alors. J’avais auparavant connu des sensations d’horreur, et j’ai tâché de les peindre par des expressions équivalentes ; mais les mots ne pourraient donner une idée du désespoir horrible auquel je fus en proie dans ce moment. La personne, à qui je m’adressai, m’apprit que Justine venait d’avouer son crime. « Cet aveu, observa-t-il, était à peine nécessaire dans un cas aussi clair ; mais je suis content qu’on l’ait obtenu, car aucun de nos juges ne voudrait condamner un criminel d’après les apparences, lors même qu’elles seraient aussi décisives qu’aujourd’hui ».

À mon retour à la maison, Élisabeth me demanda avec empressement quelle était l’issue du procès.

« Ma cousine, répliquai-je, la décision est celle à laquelle vous devez vous être attendue ; tous les juges aimeraient mieux voir dix innocens souffrir, que de laisser échapper un coupable. Au reste, elle a fait l’aveu du crime ».

Ce fut un coup affreux pour la pauvre Élisabeth, qui avait eu une confiance inébranlable dans l’innocence de Justine.

« Hélas, dit-elle, comment croire désormais à la bonté humaine ? Eh quoi ! Justine pour qui j’avais une tendresse de sœur, n’avait-elle ce sourire de l’innocence que pour me trahir ? Ses yeux, où brillait la douceur, semblaient inaccessibles à la sévérité ou à la mauvaise humeur, et cependant elle s’est souillée d’un meurtre » !

Bientôt après, nous apprîmes que la pauvre victime avait témoigné le désir de voir ma cousine. Mon père n’était pas de cet avis ; mais il la laissa maîtresse de décider, en l’engageant à réfléchir sur cette visite. « Oui, dit Élisabeth, j’irai voir Justine, la coupable Justine ; et vous, Victor, vous m’accompagnerez : je ne puis aller seule ». L’idée de cette visite était un tourment pour moi, cependant je ne pus me refuser au désir d’Élisabeth.

Nous entrâmes dans une prison obscure. Justine était assise dans un coin, sur la paille, les mains retenues par des menottes, et la tête appuyée sur les genoux. Elle se leva en nous voyant entrer. Lorsque nous fûmes seuls avec elle, elle se jeta aux pieds d’Élisabeth, en pleurant amèrement. Ma cousine ne put retenir ses pleurs.

« Ah ! Justine, dit-elle, pourquoi m’as-tu enlevé ma dernière consolation ? Je croyais à ton innocence ; avec cette pensée, j’étais bien malheureuse, mais je ne l’étais pas autant que je le suis à présent ».

— « Et croyez-vous aussi que je sois criminelle ? Vous joignez-vous aussi à mes ennemis pour m’accabler » ? Sa voix fut étouffée par ses sanglots.

— « Lève-toi, ma pauvre fille, dit Élisabeth ; pourquoi es-tu à genoux, si tu es innocente ? Je ne suis pas au nombre de tes ennemis ; je t’ai crue innocente, contre toutes les apparences, jusqu’au moment où j’appris que tu avais toi-même déclaré ton crime. Ce bruit est faux, dis-tu ; sois bien persuadée, ma chère Justine, que ton aveu seul a pu ébranler un moment la confiance que tu m’inspires ».

— « J’ai fait un aveu ; mais un aveu mensonger. Je l’ai fait, afin d’obtenir grâce ; et maintenant ce mensonge pèse plus sur mon cœur que toutes mes fautes. Que le Dieu du ciel me pardonne ! Depuis ma condamnation, je suis sans cesse assiégée par mon confesseur. Il m’a effrayée et menacée, au point que déjà je m’imaginais être le monstre dont il me parle incessamment. Il m’a menacée de l’excommunication et des feux de l’enfer, si je persévérais dans mes dénégations. Ma chère demoiselle, je n’avais personne pour me soutenir ; tout le monde me regardait comme une misérable, vouée à l’ignominie et à la mort. Que pouvais-je faire ? Dans un moment que je déteste, je souscrivis à un mensonge ; et c’est seulement à présent que je suis vraiment à plaindre ».

Elle s’arrêta pour fondre en larmes, et poursuivit en ces termes : « J’ai pensé avec horreur, mon excellente demoiselle, que vous me soupçonneriez d’un crime que le démon seul peut avoir commis ; moi qui avais su mériter l’estime de votre bienheureuse tante, et votre affection personnelle. Cher Guillaume ! bienheureux enfant, je te reverrai bientôt dans le ciel, où la paix nous est réservée ; et c’est ma consolation, au moment où je vais souffrir l’ignominie et la mort ».

— « Ah ! Justine ! pardonne-moi d’avoir pu un moment manquer de confiance en toi. Pourquoi faire un aveu ? mais ne t’afflige pas, ma chère fille ; je proclamerai partout ton innocence, et je forcerai d’y croire. Cependant il faut que tu meures ; toi, ma compagne, toi qui étais pour moi plus qu’une sœur. Je ne pourrai survivre à un malheur aussi affreux ».

— « Ma chère, ma bonne Élisabeth, ne pleurez pas. Vous devriez me donner du courage en me parlant d’une meilleure vie, et m’élever au-dessus des misères de ce monde d’injustice et de malheur. Mon excellente amie, ne me livrez pas au désespoir ».

— « Je tâcherai de te consoler ; mais je crains que ce malheur ne soit trop profond et trop cruel pour admettre aucune consolation, car il ne reste aucun espoir. Cependant, ma chère Justine, puisse le ciel t’envoyer la résignation, et élever ton âme au-dessus de ce monde. Ah ! combien je hais ses parades si vaines et si dérisoires ! Une personne est-elle assassinée ? une autre est aussitôt privée de la vie en souffrant de longues tortures. Alors, les bourreaux, les mains encore teintes du sang de l’innocence, se persuadent qu’un tel acte est bien grand, et l’appellent compensation. Nom odieux ! dès qu’il est prononcé, je sais qu’on va infliger des châtimens plus grands et plus affreux, que n’en a jamais inventé le tyran le plus cruel pour rassasier sa vengeance. Ce que je dis n’est pas pour te consoler, ma Justine, à moins que tu ne te réjouisses de sortir d’un séjour aussi malheureux. Hélas ! plût à Dieu que je reposasse en paix avec ma tante et mon aimable Guillaume, loin d’un monde qui m’est odieux, et des hommes que j’abhorre ».

Justine sourit languissamment.

— « Voilà, ma chère demoiselle, du désespoir et non de la résignation. Il ne faut pas que je suive l’exemple que vous me montrez. Parlez de ce qui peut me donner du calme, et non de ce qui sert à augmenter ma douleur ».

Pendant cette conversation, je m’étais retiré dans un coin de la prison, pour cacher les horribles angoisses auxquelles j’étais en proie. Du désespoir ! qui osait en parler ? la pauvre victime, qui le lendemain allait franchir l’effrayante limite qui sépare la vie de la mort, n’éprouvait pas comme moi une agonie profonde et déchirante. Mes dents tremblaient les unes contre les autres ; un soupir s’exhala du fond de mon cœur. Justine tressaillit, me reconnut, s’approcha de moi, et dit : « Mon cher monsieur, vous êtes bien bon de venir me visiter ; vous ne croyez pas, j’espère, que je sois coupable ». Je ne pus répondre. — « Non, Justine, dit Élisabeth, il est plus convaincu de ton innocence que je ne l’étais ; car même après ton aveu, il ne voulait pas y ajouter foi. »

— « Je le remercie sincèrement. Dans ces derniers moments, j’ai la plus grande reconnaissance pour ceux qui ont de moi une opinion favorable. Que l’affection des autres est douce pour une malheureuse comme moi ! elle me soulage de plus de la moitié de mes maux ; et je sens que je puis mourir en paix, à présent que mon innocence est reconnue par vous, ma chère dame, et par votre cousin ».

Ainsi, la pauvre victime cherchait, en consolant les autres, à se consoler elle-même. Elle trouva enfin la résignation qu’elle désirait. Et moi, le véritable meurtrier, je sentis le remords s’élever dans mon sein : remords impérissable qui devait ne me laisser ni espérance, ni consolation. Élisabeth, en larmes, était aussi plongée dans l’affliction ; mais sa douleur était celle de l’innocence, et semblable à ce nuage qui obscurcit un moment les rayons de la lune, la cache pour un moment, et ne peut en ternir l’éclat. L’horreur et le désespoir avaient pénétré dans le fond de mon cœur ; je portais en moi-même un enfer que rien ne pouvait éteindre. Nous restâmes plusieurs heures avec Justine, et ce ne fut qu’avec beaucoup de peine qu’Élisabeth put s’en éloigner. « Je voudrais, s’écria-t-elle, mourir avec toi ; je ne puis vivre dans ce monde de misère ».

Justine affecta un air de gaîté, tout en retenant avec difficulté des larmes amères. Elle embrassa Élisabeth, en disant, d’une voix à moitié étouffée : « Adieu, bonne et chère Élisabeth, ma tendre et unique amie. Puisse le ciel dans sa bonté vous bénir et vous conserver ! puisse ce malheur être le dernier dont vous ayez à souffrir ! Vivez, soyez heureuse ; et que les autres soient heureux par vous ».

En quittant la prison, Élisabeth me dit : « Vous ne savez pas, mon cher Victor, combien je suis soulagée, à présent que je suis convaincue de l’innocence de cette malheureuse fille. Il n’y aurait plus eu de bonheur pour moi, si j’avais été trompée dans ma confiance en elle. Dans le moment où je la croyais coupable, j’éprouvais une angoisse que je n’aurais pu supporter long-temps, Maintenant mon cœur est soulagé. L’innocente souffre ; mais celle que je croyais aimable et bonne n’a pas trahi la confiance que j’avais en elle ; et je suis consolée »

Aimable cousine ! telles étaient vos pensées, douces comme vos yeux et votre voix. Mais moi j’étais un malheureux dont la douleur, en ce moment, était au-dessus de toute imagination.