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Grand dictionnaire universel du XIXe siècle/Atlas, montagne

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Administration du grand dictionnaire universel (1, part. 3p. 866-867).

ATLAS, grande chaîne de montagnes de l’Afrique septentrionale, qui, par ses chaînons, ses -nombreux contre-forts et ses plateaux, occupe toute la partie N.-O. de l’Afrique, c’est-à-dire le Maroc, l’Algérie, la régence de Tunis, et une partie de celle de Tripoli. L’Atlas était très-imparfaitement connu des anciens : Homère ne connaissait que le Jurjura, Hérodote le Petit Atlas, et Ptolemée, dont les connaissances géographiques étaient bien supérieures à celles de ses devanciers et de ses contemporains, distingue le Grand du Petit Atlas. Sur la foi de ce savant de l’antiquité, plusieurs géographes modernes ont admis cette distinction, qui n’est, à vrai dire, qu’une fiction géographique. Il est certain, en effet, que ces deux prétendues chaînes ne sont nullement distinctes sur aucun point, et qu’il serait impossible de dire où commence l’une et où s’arrête l’autre. On peut donc déchirer sans crainte que toutes les montagnes qui se développent généralement d’occident en orient, entre le Sahara et la Méditerranée, forment un système unique, dont la masse totale constitue l’Atls. Toutefois, la division arbitraire dont nous venons de parler se trouvant reproduite dans la plupart des livres, et presque légitimée par" I immense étendue du système oui nous occupe, nous devons l’indiquer ici d’une manière précise.

Une chaîne littorale peu élevée, mais ordinairement escarpée, déchirée par de nombreuses découpures, couverte de forêts et d’arbres fruitiers, interrompue quelquefois par des petites rapides, court, depuis le détroit de Gibraltar, le long des rivages méditerranéens, jusqu’à la frontière.occidentale de la régence do Tunis ; c’est le Petit Atlas, que les géographes rattachent au Grand, à l’O., dans laprovince de Fez. Le Grand Atlas est la longue suite de crêtes escarpées qui, partant du cap Noun, sur l’Atlantique, dans l’empire de "Maroc, se dirige vers le N.-E., jusqu’à la régence de Tripoli, et forme la ligne de partage

ATL

des eaux entre le Sahara et la Méditerranén. L’espace compris entre cette grande chajis.-i intérieure et la chaîne côtière est lui-méin<î

trecoupées de nombreuses vallées, rie bssfonils, de plateaux, où les eaux pluviales forment plusieurs lacs, et qui s’élèvent de tarrasse eu terrasse, du côté de l’O., jusqu’aux sommets culminants du Grand Atlas. On donne encore le nom de Haut Atlas h l’intuivalle compris entre tes villes de Fez et de Maroc, intervalle qui renferme les poiui ? culminants de la chaîne tout entière.

Le système de l’Atlas occupe en longueur l’espace compris entre 12" de long. O. ei 13" de long, orientale, et en largeur l’intervalle qui sépare le 29» et le 31<= parallèle n& N. de 1 equiiteur. Sa longueur est de 2,480 kilom. ; sa largeur, qui est très-inégale, ne dépasse pas, dans son terme moyen, 400 kiloin. Il est a remarquer que ni les Arabes ûi lei Miiures n’ont une dénomination distincte pour le Grand Atlas lui-même ; ils le désignent par le nom de Djebel-lelj (montagne de neige), et la continuation de la chaîne vers l’E. prend» chez eux le nom de Amnier ou Djebel-Animer.

Les anciens se faisaient une fausse idée de

l’élévation de I’, la figi

épaulés. Si les modernes ne connaissent pas l’élévation de tous les sommets du système de l’Atlas, ils ont, du moins, mesuré quelques points culminants qui prouvent qu’il ne dépasse pas en élévation le système des Alpes. L’altitude d’un des principaux pics, le Miltsin, situé à 95 kilom. S.-E. de la ville de Muroc, atteint seulement 3,477 m. ; les cimes du Petit Atlas ne dépassent pas 2,000 m. Le sommet le plus élevé du Jur|ura, contre-fort important du Petit Atlas, s’élève à cette même hauteur ; le col de Ténia mesure 1,000 m. ; le Zaouan, point culminant dans l’État de Tunis, 1,400 m.

Ce système de montagnes, dans ia vaste étendue de terrain qu’il couvre, offre plusieurs passages, dont les plus célèbres sont : dans le Jurjura, les fameux Bibans ou Portes de Fer, vallon qui n’a pas plus de 2 m. de largeur sur une longueur de plus de 200 m. ; les rochers qui le bordent s’élèvent comme des murailles jusqu’à la hauteur de 150 à 200 m. Dans le fond de cette gorge coule un ruisseau d’eau salée qui fait tant de circuits, qu’on est obligé de le traverser au moins quarante fois pendant le trajet de ce défilé. Dans la partie occidentale de la chaîne qu’on nomme Grand Atlas, se trouve le liehaouan, qui mène à Taroudant, dans l’État de Maroc ; il est bordé aussi de très-hautes montagnes, de précipices et de rochers perpendiculaires ; il faut une journée pour le traverser. Un autre. défilé, fréquenté par les caravanes, est celui qui conduit de Fez à Tatilet et à Draha.

La plupart des rivières qui sortent de l’Atlas ont une minime importance, et sont des accidents physiques d’un ordre secondaire. Presque toutes ont un cours très-restreint ; aucune n’est navigable, et la plupart ne sont que des torrents, à sec pendant l’été. Ainsi, elles n’ouvrent pas de routes naturelles, n’ont aucune de ces profondes embouchures où les ports s’établissent facilement, ne présentent que de rares villes sur leurs bords, et n’appellent ni la population, ni la culture, ni la civilisation. Parmi ces cours d’eau sans importance, nous citerons : le Tensif et l’Oued-Draha, qui se jettent dans l’Atlantique ; le Tafilet, qui se. perd dans les subies ; la Malouià ou Fleuve sans eau ;e Chélif, la Seybouse, l’Oued-el-Kébir, le Rummel et la Medjerdah, affluents de la Méditerranée. Constit ’ a coup dans la direction du S. au N., faite près du Miltsin par le naturaliste anglais Washington, itution géognosique de cette partie de

la chat

i. de s,

grès ronge, de calcaire appartenant au terrain de transition, et de marnes. Quant à la partie que l’on nomme Petit Atlas, elle a été étudiée avec soin par le capitaine d’état-major Rozet, uux travaux duquel nous empruutons les indications générales qui suivent.

Le sol de l’Algérie, couvert par les ramifications ou les plateaux du Petit Atlas, est composé, en suivant la série des formations, depuis les plus anciennes qu’on y remarque jusqu’aux plus modernes, de schistes de transition, de gneiss, de calcaire bleu, semblable dépôts de sédiment surachytiques, de terrai et d’initiés dépôts qt. se forment encore. C’est dans la formation schisteuse que se trouvent les calcaires qui ont fourni aux anciens les beaux marbres de Numidie. Lu roche dominante est un schiste talqueux luisant, de couleur blanchâtre, verte ou bleue ; il ne se présente pas en couches régulières, mais en feuillets contournés et coupés par de nombreuses fissures remplies de quartz blanc et de fer oxydé. Le calcaire enclavé dans ce schiste est d’une texture saccharoïde ou d’une texture sublaniellaire ; sa couleur est tantôt le blanc pur, tantôt le gris ou le bleu turauin. U forme des masses considérables dans les montagnes qui se trouvent à l’O. d’Alger. La couche schisteuse contient aussi du grenat et de l’anthracite ; elle passe, par des nuances insensibles, au micaschiste, puis au gneiss. Cette roche est composée de mica blanc, rarement brun, et de feldspath blanchâtre en gros cristaux imparfaits. Les montagnes que forme ce gneiss sont moins élevées que celles de schiste, et leurs formes sont un peu plus arrondies. Dans la formation du calcaire bleu, assimilé au lias, on trouve des marnes schisteuses à cassure conchoïde, traversées par des veines de calcaire et de fer hydraté, des couches calcaires offrant la même cassure, et dont la couleur varie du gris au noir. Le terrain de sédiment supérieur est formé de grès calcaire jaunâtre ou de calcaire grossier ferrugineux, qui se présente en couches plus ou moins distinctes. Ces couches alternent avec des sables ferrugineux, et forment une masse recouverte par une marne

Les porphyres trachytiques, roches d’origine volcanigue, que l’on remarque sur la côte près du fort Matifou, où ils forment des écueils, sont intercalés au milieu du terrain tertiaire, où ils n’ont pu arriver que de bas en haut. Quant au terrain diluvien, il est composé de couches horizontales de marne argileuse grise, quelquefois ronge, et de cailloux roulés qui provienuent des diverses roches du Petit Atlas. Il occupe la plupart des plaines qui s’étendent entre les ramifications des montagnes. Enfin, parmi les dépôts qui se forment encore, nous citerons les dunes, collines de sable qui atteignent une hauteur de 60 m., et dans lesquelles on trouve des coquilles terrestres mêlées à celles qui vivent sur la plage.

Les richesses minérales du système atlantique ne sont encore qu’imparfaitement connues. La partie nommée Grand Atlas parait être traversée par des filons de cuivre, de fer, d’étain, d’antimoine, et peut-être aussi d’or et d’argent. Dans le Petit Atlas, il y a des mines de plomb et de fer ; on y trouve aussi de l’argent, du cuivre, du mercure et du graphite. Les plaines qui s’étendent entre les différents mamelons sont imprégnées de chlorure de sodium, de nitrate de potasse et de carbonate de soude, que les Arabes nomment trona. Les sources minérales sont abondantes dans différentes parties de l’Atlas.

Climat, végétation animaux. Le climat de la grande chaîne de l’Atlas varie selon les régions et la hauteur du sol. Sur les pics sourcilleux situés à l’E. de la ville de Maroc, les neiges couvrent les sommets, souvent pendant toute l’année ; dans l’Etat d’Alger, elles fondent vers le mois de mai, et recommencent à tomber en septembre. Sur le versant occidental du Grand Atlas, le climat est un des plus salubres et des plus beaux de la terre : cette région, en effet, est abritée par les hautes cimes contre le vent brûlant du désert, et rafraîchie pendant les grandes chaleurs par les brises de mer. Les orages sont plus fréquents dans le Petit que dans le Grand Atlas, mais ils sont généralement partiels et s’étendent rarement hors de la région montagneuse. Dans le Petit Atlas, les pitons du Jurjura sont couverts de neige pendant cinq mois consécutifs, mais à l’E. de ce chaînon, il gèle rarement. Sous le rapport de la végétation, l’Atlas est d’une grande richesse. Ses flancs sont couverts de forêts de chênes-ilex, do chénes-liéges, de chênes à gland doux, dont le fruit sert de nourriture à de nombreuses tribus, de cèdres, de pins, de pistachiers, de. cyprès, d’oliviers, de lauriers-roses, etc. Dans le Maroc, le châtaignier.atteint même des proportions considérables. Les parties de la montagne susceptibles de recevoir des habitants sont peuplées par la race berbère ou kabyle. La panthère, le guépard, le lion, le sanglier, l’hyène, différentes espèces de singes, le chacal, des ours en petit nombre, une grande variété de serpents et de reptiles, sont les représentants du règne zoologique dans l’Atlas.