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Hector Servadac/II/10

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Hetzel (p. 142-156).
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CHAPITRE X


DANS LEQUEL IL SERA NETTEMENT ÉTABLI QU’IL VAUT MIEUX TRAFIQUER SUR LA TERRE QUE SUR GALLIA.


« Mordioux ! je crois que nous l’avons échappé belle ! » s’écria le capitaine Servadac, lorsque le désappointement du professeur, lui eut démontré que tout péril s’était évanoui.

Puis, s’adressant à ses compagnons, non moins satisfaits que lui-même :

« Qu’est-ce que nous aurons fait, en somme ? Un simple voyage dans le monde solaire, un voyage de deux ans ! Mais on en fait sur terre qui durent davantage ! Donc, jusqu’ici, nous n’avons pas à nous plaindre, et, puisque tout marchera convenablement désormais, avant quinze mois nous aurons réintégré notre sphéroïde habituel.

— Et revu Montmartre, » ajouta Ben-Zouf.

En vérité, il était heureux que les Galliens eussent « paré cet abordage », comme eût dit un marin. En effet, même en admettant que, sous l’influence de Jupiter, la comète n’eût subi qu’un retard d’une heure, la terre se fût trouvée à près de cent mille lieues du point précis où elle devait la rencontrer. Dans quel laps de temps ces conditions se seraient-elles représentées de nouveau ? Des siècles, des millénaires, ne se seraient-ils pas écoulés avant qu’une seconde rencontre eût été possible ? Oui, sans doute. En outre, si Jupiter eût perturbé Gallia au point de changer ou le plan ou la forme de son orbite, c’était à jamais peut-être qu’elle eût continué de graviter, soit dans le monde solaire, soit dans les espaces sidéraux.

Au 1er novembre, la distance qui séparait Jupiter et Gallia se mesurait par dix-sept millions de lieues. Dans deux mois et demi, la comète passerait à son aphélie, c’est-à-dire à sa plus grande distance du soleil, et, à partir de ce point, elle tendrait à s’en rapprocher.

Les propriétés lumineuses et calorifiques de l’astre radieux semblaient singulièrement affaiblies alors. Un demi-jour seulement éclairait les objets à la surface de la comète. La lumière et la chaleur n’y étaient plus qu’un vingt-cinquième de celles que le soleil envoyait à la terre. Mais l’astre attractif était toujours là. Gallia n’avait pas cessé d’être soumise à sa puissance. On s’en rapprocherait bientôt. On irait reprendre la vie en revenant vers ce centre flamboyant, dont la température n’est pas estimée à moins de cinq millions de degrés. Cette perspective prochaine eût ranimé les Galliens au moral et au physique, — s’ils eussent jamais été hommes à faiblir.

Et Isac Hakhabut ? — L’égoïste avait-il connu les appréhensions que le capitaine Servadac et ses compagnons avaient subies pendant ces deux derniers mois ?

Non, en aucune manière. Isac Hakhabut n’avait pas quitté la Hansa depuis l’emprunt qui s’était fait à son grand profit. Le lendemain même du jour où les opérations du professeur avaient été terminées, Ben-Zouf s’était empressé de lui rapporter sa monnaie d’argent et son peson. Le prix de location et l’intérêt se trouvaient déjà entre ses mains. Il n’avait eu qu’à rendre les roubles-papier qui lui servaient de nantissement, et ses relations avec les habitants de Nina-Ruche s’étaient terminées de la sorte.

Mais, en même temps, Ben-Zouf lui avait appris que tout ce sol de Gallia était composé de bon or, — sans aucune valeur il est vrai, et qui, vu son abondance, n’en aurait pas davantage, lorsqu’il serait tombé sur la terre.

Isac avait naturellement pensé que Ben-Zouf se moquait de lui. Il n’avait pas ajouté foi à ces histoires, et plus que jamais il songeait à soutirer toute la substance monétaire de la colonie gallienne.

Donc, Nina-Ruche n’avait pas été honorée une seule fois de la visite du bon Hakhabut.

« Et c’est étonnant, faisait quelquefois observer Ben-Zouf, comme on s’habitue facilement à ne jamais le voir ! »

Or, à cette époque, Isac Hakhabut songea à renouer ses relations avec les Galliens. C’est que son intérêt l’exigeait. D’une part, certains stocks de ses marchandises commençaient à s’avarier. De l’autre, il était important pour lui qu’elles fussent échangées contre argent avant que la comète eût rejoint la terre. En effet, ces marchandises, revenues au globe terrestre, n’auraient plus qu’une valeur ordinaire. Sur le marché gallien, au contraire, elles devaient atteindre de hauts prix, vu leur rareté et vu l’obligation, — Isac le savait bien, — où chacun allait être de s’adresser à lui.

Précisément, vers cette époque, différents articles de première nécessité, huile, café, sucre, tabac, etc., allaient manquer au magasin général. Ben-Zouf l’avait fait observer à son capitaine. Celui-ci, fidèle à la règle de conduite qu’il s’était imposée vis-à-vis d’Isac Hakhabut, prit la résolution de réquisitionner les marchandises de la Hansa, — moyennant finances.

Cette concordance d’idées entre le vendeur et les acheteurs devait donc amener Isac à reprendre et même à établir des relations suivies avec les habitants de la Terre-Chaude. Grâce à ses marchés, qui se feraient nécessairement en hausse, Isac Hakhabut espérait bien avoir avant peu accaparé tout l’or et tout l’argent de la colonie.

« Seulement, se disait-il en méditant dans son étroite cabine, la valeur de ma cargaison est supérieure à celle de l’argent dont ces gens-là peuvent disposer. Or, quand j’aurai tout dans mon coffre, comment pourront-ils m’acheter le restant de mes marchandises ? »

Cette éventualité ne laissait pas d’inquiéter le digne homme. Toutefois il se souvint fort à propos qu’il n’était pas seulement commerçant, mais aussi prêteur, ou, pour dire le mot, usurier. Ne pouvait-il donc continuer sur Gallia ce lucratif métier qui lui réussissait si bien sur la terre ? La dernière opération qu’il eût faite en ce genre était bien pour l’allécher.

Or, Isac Hakhabut, — esprit logique, — fut amené peu à peu à faire le raisonnement suivant :

« Lorsque ces gens-là n’auront plus d’argent, j’aurai encore des marchandises, puisqu’elles se seront toujours tenues à de hauts prix. Qui m’empêchera de leur prêter alors, j’entends à ceux dont la signature me semblera bonne ? Eh ! eh ! pour avoir été signés sur Gallia, ces billets n’en seront pas moins bons, sur la terre ! S’ils ne sont pas payés à l’échéance, je les ferai protester, et les huissiers iront de l’avant. L’Éternel ne défend pas aux hommes de faire valoir leur bien. Au contraire. Il y a là un capitaine Servadac et surtout un comte Timascheff qui me paraissent solvables et qui ne regarderont pas au taux de l’intérêt. Ah ! je ne suis pas fâché de prêter à ces gens-là quelque argent remboursable dans le vrai monde ! »

Sans le savoir, Isac Hakhabut allait imiter un procédé que les Gaulois employaient jadis. Ils prêtaient sur billets payables en l’autre vie. Pour eux, il est vrai, l’autre vie, c’était celle, de l’éternité. Pour Isac, c’était la vie terrestre, à laquelle, avant quinze mois, la chance, bonne pour lui, mauvaise pour ses débiteurs, allait probablement le rendre.

En conséquence de tout ce qui vient d’être dit, de même que la terre et Gallia marchaient irrésistiblement l’une vers l’autre, de même Isac Hakhabut allait faire un pas vers le capitaine Servadac, qui se dirigeait, lui, vers le propriétaire de la tartane.

La rencontre eut lieu pendant la journée du 15 novembre, dans là cabine de la Hansa. Le prudent négociant s’était bien gardé d’offrir, puisqu’il savait qu’on viendrait demander.

« Maître Isac, dit le capitaine Servadac, qui entra en matière sans préambule ni finasseries d’aucune sorte, nous avons besoin de café, de tabac, d’huile et autres articles dont la Hansa est approvisionnée. Demain, Ben-Zouf et moi, nous viendrons acheter ce dont nous avons besoin.

— Miséricorde ! s’écria Isac, auquel cette exclamation échappait toujours, qu’elle fût justifiée ou non.

— J’ai dit, reprit le capitaine Servadac, que nous viendrions « acheter », vous entendez ? Acheter, j’imagine, c’est prendre livraison d’une marchandise contre un prix convenu. Par conséqusnt, vous n’avez que faire de commencer vos jérémiades.

— Ah ! monsieur le gouverneur, répondit Isac, dont la voix tremblotait comme celle d’un pauvre diable qui demande l’aumône, j’entends bien ! Je sais que vous ne laisseriez pas dépouiller un malheureux commerçant dont toute la fortune est si compromise !

— Elle n’est aucunement compromise, Isac, et je vous répète qu’on ne vous prendra rien sans payer.

— Sans payer… comptant ?

— Comptant.

— Vous comprenez, monsieur le gouverneur, reprit Isac Hakhabut, qu’il me serait impossible de faire crédit… »

Le capitaine Servadac, suivant son habitude et pour étudier ce type sous toutes ses faces, le laissait dire. Ce que voyant, l’autre continua de plus belle :

« Je crois… oui… je pense… qu’il y a à la Terre-Chaude des personnes très-honorables… j’entends très-solvables… monsieur le comte Timascheff… monsieur le gouverneur lui-même… »

Hector Servadac eut un instant l’envie de le payer d’un coup de pied quelque part.

« Mais vous comprenez… reprit doucereusement Isac Hakhabut, si je faisais crédit à l’un, je serais fort embarrassé… pour refuser à l’autre. Cela amènerait des scènes fâcheuses… et je pense qu’il vaut mieux… ne faire crédit à personne.

— C’est mon avis, répondit Hector Servadac.

— Ah ! reprit Isac, je suis tout à fait réjoui à la pensée que monsieur le gouverneur partage ma manière de voir. C’est là entendre le commerce comme il doit être entendu. Oserai-je demander à monsieur le gouverneur en quelle monnaie se feront les payements ?

— En or, en argent, en cuivre, et, cette monnaie une fois épuisée, en billets de banque…

— En papier ! s’écria Isac Hakhabut. Voilà bien ce que je redoutais !

— Vous n’avez donc pas confiance dans les Banques de France, d’Angleterre et de Russie ?

— Ah ! monsieur le gouverneur !... il n’y a qu’un bon métal d’or et d’argent…qui ait une véritable valeur !

— Aussi, répondit le capitaine Servadac, qui se montrait tout à fait aimable, aussi vous ai-je dit, maître Isac, que vous seriez tout d’abord payé en or et en argent ayant cours sur la terre.

— En or !… en or !… s’écria vivement Isac. C’est encore la monnaie par excellence !

— Oui, en or surtout, maître Isac, car c’est précisément l’or qui est le plus abondant sur Gallia, l’or russe, l’or anglais, l’or français.

— Oh ! les bons ors ! » murmura Isac, que sa cupidité poussait à mettre « au pluriel » ce substantif, si apprécié dans tous les mondes !

Le capitaine Servadac allait se retirer.

« C’est donc convenu, maître Isac, dit-il, à demain. »

Isac Hakhabut alla vers lui.

« Monsieur le gouverneur, dit-il, me permettra-t-il de lui poser encore une dernière question ?

— Posez.

— Je serai libre, n’est-ce pas, d’assigner… à mes marchandises… le prix qui me conviendra ?

— Maître Hakhabut, répondit tranquillement le capitaine Servadac, ce serait mon droit de vous imposer un maximum, mais je répugne à ces procédés révolutionnaires. Vous assignerez à vos marchandises les prix habituels aux marchés européens, et pas d’autres.

— Miséricorde ! monsieur le gouverneur !… s’écria Isac, touché à son endroit sensible, mais c’est me priver d’un bénéfice légitime !… C’est contraire à toutes les règles commerciales… J’ai le droit de faire la loi sur le marché, puisque je détiens toutes les marchandises ! En bonne justice, vous ne pouvez vous y opposer, monsieur le gouverneur !… C’est véritablement me dépouiller de mon bien !

— Les prix d’Europe, répondit simplement le capitaine Servadac.

— Comment ! Voilà une situation à exploiter…

— C’est précisément ce que je veux vous empêcher de faire !

— Jamais pareille occasion ne se représentera…

— D’écorcher vos semblables, maître Isac. Eh bien, j’en suis fâché pour vous… Mais n’oubliez pas que, dans l’intérêt commun, j’aurais le droit de disposer de vos marchandises…

— Disposer de ce qui m’appartient légitimement aux yeux de l’Éternel !

— Oui… maître Isac… répondit le capitaine, mais je perdrais mon temps à vouloir vous faire comprendre cette vérité si simple ! Prenez donc le parti de m’obéir, et tenez-vous pour satisfait de vendre à un prix quelconque, lorsqu’on pourrait vous obliger à donner. »

Isac Hakhabut allait recommencer ses lamentations ; mais le capitaine Servadac y coupa court en se retirant sur ces derniers mots :

« Les prix d’Europe, maître Isac, les prix d’Europe ! »

Isac passa la reste du jour à invectiver le gouverneur et toute la colonie gallienne, qui prétendaient lui imposer « le maximum », comme aux mauvais temps des révolutions. Et il ne sembla se consoler dans une certaine mesure qu’après avoir fait cette réflexion, à laquelle il attachait évidemment un sens particulier :

« Allez, allez, gens de mauvaise race ! On les subira vos prix d’Europe ! Mais j’y gagnerai encore plus que vous ne pensez ! »

Le lendemain, 16 novembre, le capitaine Servadac, qui voulait surveiller l’exécution de ses ordres, Ben-Zouf et deux matelots russes, se rendirent à la tartane, dès le lever du jour.

« Eh bien, Éléazar, s’écria tout d’abord Ben-Zouf, comment cela va-t-il, vieux coquin ?

— Vous êtes bien bon, monsieur Ben-Zouf, répondit Isac.

— Nous venons donc faire avec toi un petit trafic de bonne amitié ?

— Oui… de bonne amitié… mais en payant…

— Aux prix d’Europe, se contenta d’ajouter le capitaine Servadac.

— Bon !... bon ! reprit Ben-Zouf Tu n’attendras pas longtemps après ton décompte !

— Que vous faut-il ? demanda Isac Hakhabut.

— Pour aujourd’hui, répondit Ben-Zouf, il nous faut du café, du tabac et du sucre, une dizaine de kilos de chacun de ces articles. Mais fais attention à nous servir en bonne qualité, ou gare à les vieux os ! Je m’y connais, étant aujourd’hui caporal d’ordinaire !

— Je vous croyais l’aide de camp de monsieur le gouverneur général ? dit Isac.

— Oui, Caïphe, dans les grandes cérémonies, mais caporal, quand il s’agit d’aller au marché. Allons, ne perdons pas notre temps !

— Vous dites, monsieur Ben-Zouf, dix kilos de café, dix kilos de sucre et dix kilos de tabac ? »

Et là-dessus, Isac Hakhabut quitta sa cabine, descendit dans la cale de la Hansa et en revint bientôt, apportant d’abord dix paquets de tabac de la régie de France, parfaitement entourés des bandes au timbre de l’État, et pesant chacun un kilogramme.

« Voilà dix kilogrammes de tabac, dit-il. À douze francs le kilogramme, cela fait cent vingt francs ! »

Ben-Zouf allait payer le prix régulier, lorsque le capitaine Servadac, l’arrêtant, dit :

« Un instant, Ben-Zouf. Il faut voir si les poids sont exacts.

— Vous avez raison, mon capitaine.

— À quoi bon ? répondit Isac Hakhabut. Vous voyez que l’enveloppe de ces paquets est intacte, et que le poids est indiqué sur les bandes.

— N’importe, maître Isac ! répondit le capitaine Servadac, d’un ton qui n’admettait pas de réplique.

— Allons, vieux, prends ton peson ! » dit Ben-Zouf.

Isac alla chercher le peson, et il suspendit au crochet un paquet de tabac d’un kilogramme.

« Mein Gott ! » s’écria-t-il tout d’un coup.

Et, en vérité, il y avait de quoi provoquer cette subite exclamation de sa part.

En vertu de la faiblesse de la pesanteur à la surface de Gallia, l’aiguille du peson ne marquait que cent trente-trois grammes pour le paquet pesant un kilogramme terrestre.

« Eh bien, maître Isac, répondit le capitaine, qui gardait imperturbablement son sérieux, vous voyez bien que j’avais raison en vous obligeant à peser ce paquet ?

— Mais, monsieur le gouverneur…

— Ajoutez ce qu’il faut de tabac pour parfaire un kilogramme.

— Mais, monsieur le gouverneur…

— Allons, ajoute !... dit Ben-Zouf.

— Mais, monsieur Ben-Zouf !... »

Et le malheureux Isac ne sortait pas de là ! Il avait bien compris ce phénomène de moindre attraction. Il voyait bien que tous « ces mécréants » allaient se rattraper, par la diminution du poids, du prix qu’il obligeait ses acheteurs à lui payer. Ah ! s’il avait eu des balances ordinaires, cela ne serait pas arrivé, ainsi que cela a été expliqué déjà dans une autre circonstance. Mais il n’en avait pas.

Il essaya de réclamer encore, d’attendrir le capitaine Servadac. Celui-ci paraissait vouloir rester inflexible. Ce n’était ni sa faute, ni celle de ses compagnons ; mais il avait la prétention que l’aiguille du peson indiquât un kilogramme, quand il payait un kilogramme.

Isac Hakhabut dut donc s’exécuter, non sans mêler ses gémissements aux éclats de rire de Ben-Zouf et des matelots russes. Que de plaisanteries, que de quolibets ! En fin de compte, pour un kilogramme de tabac, il dut en donner sept, et il en fut de même pour le sucre et pour le café.

« Va donc, Harpagon ! lui répétait Ben-Zouf, qui tenait lui-même le peson. Aimes-tu mieux que nous prenions sans payer ? »

L’opération se termina enfin. Isac Hakhabut avait fourni soixante-dix kilogrammes de tabac, autant de café et de sucre, et il n’avait reçu pour chaque article que le prix de dix kilogrammes.

Après tout, comme dit Ben-Zouf, « c’était la faute à Gallia ! Pourquoi maître Isac était-il venu trafiquer sur Gallia ? »

Mais alors, le capitaine Servadac, qui n’avait voulu que s’amuser d’Isac, et mû par le sentiment de justice qu’il avait toujours gardé vis-à-vis de lui, fit établir la balance exacte entre les prix et les poids. De telle sorte que, pour soixante-dix kilogrammes, Isac Hakhabut reçut exactement le prix de soixante-dix kilogrammes.

On conviendra, cependant, que la situation faite au capitaine Servadac et à ses compagnon saurait bien excusé cette manière un peu fantaisiste de traiter une opération commerciale.

D’ailleurs, comme en d’autres circonstances, Hector Servadac crut comprendre qu’Isac se faisait plus malheureux qu’il ne l’était réellement. Il y avait dans ses gémissements, dans ses récriminations quelque chose de louche. Cela se sentait.

Quoi qu’il en soit, tous quittèrent la Hansa, et Isac Hakhabut put entendre retentir au loin ce refrain militaire du joyeux Ben-Zouf :


J’aime le son
Du clairon,
Du tambour, de la trompette,
Et ma joie est complète
Quand j’entends résonner le canon !