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Hector Servadac/II/11

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Hetzel (p. 157-171).
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CHAPITRE XI


DANS LEQUEL LE MONDE SAVANT DE GALLIA SE LANCE, EN IDÉE, AU MILIEU DES INFINIS DE L’ESPACE.


Un mois s’écoula. Gallia continuait à graviter, emportant son petit monde avec elle. Petit monde, en effet, mais peu accessible jusqu’alors à l’influence des passions humaines ! La cupidité, l’égoïsme n’y étaient représentés que par Hakhabut, ce triste échantillon de la race humaine, et c’était la seule tache que l’on pût relever à ce microcosme séparé de l’humanité.

Après tout, ces Galliens ne devaient se considérer que comme des passagers, faisant un voyage de circumnavigation dans le monde solaire. De là cette pensée de s’installer à bord aussi confortablement que possible, mais temporairement. Ce tour du monde achevé, après deux ans d’absence, leur navire accosterait l’ancien sphéroïde, et si les calculs du professeur étaient d’une absolue justesse, — mais il fallait qu’ils le fussent, — ils quitteraient la comète pour remettre le pied sur les continents terrestres.

Il est vrai que l’arrivée du navire Gallia à la terre, « son port d’attache », ne s’opérerait sans doute qu’au prix de difficultés extrêmes, de dangers vraiment terribles. Mais c’était une question à traiter plus tard et qui viendrait en son temps.

Le comte Timascheff, le capitaine Servadac, le lieutenant Procope se croyaient donc à peu près assurés de revoir leurs semblables dans un délai relativement court. Ils n’avaient donc point à se préoccuper d’amasser des réserves pour l’avenir, d’utiliser pour la saison chaude les portions fertiles de l’île Gourbi, de conserver les diverses espèces d’animaux, quadrupèdes et volatiles, qu’ils destinaient dans le principe à reconstituer le règne animal sur Gallia.

Mais que de fois, en causant, ils parlèrent de ce qu’ils auraient tenté pour rendre leur astéroïde habitable, s’il leur eût été impossible de le quitter un jour ! Que de projets à exécuter, que de travaux à accomplir pour assurer cette existence d’un petit groupe d’êtres, qu’un hiver de plus de vingt mois rendait si précaire !

C’était au 15 janvier prochain que la comète devait atteindre l’extrémité de son grand axe, c’est-à-dire son aphélie. Ce point dépassé, sa trajectoire la ramènerait vers le soleil avec une vitesse croissante. Neuf à dix mois s’écouleraient encore avant que la chaleur solaire eût rendu la mer libre et la terre féconde. Alors, c’eût été l’époque à laquelle la Dobryna et la Hansa auraient transporté hommes et animaux à l’île Gourbi. Les terres auraient été rapidement mises en état pour cette saison si courte, mais si chaude de l’été gallien. Semé en temps opportun, ce sol aurait produit en quelques mois les fourrages et céréales nécessaires à l’alimentation de tous. La fenaison, la moisson eussent été faites avant le retour de l’hiver. On aurait vécu, sur l’île de la vie, large et saine, des chasseurs et des agriculteurs. Puis, l’hiver revenu, on aurait repris cette existence de troglodytes dans les alvéoles du mont ignivome. Les abeilles auraient essaimé vers Nina-Ruche pour y passer la dure et longue saison froide.

Oui, les colons seraient ainsi rentrés à leur chaude demeure ! Toutefois, n’auraient-ils pas tenté quelque lointaine exploration pour découvrir une mine de combustible, un gisement de charbon aisément exploitable ? N’auraient-ils pas cherché à se construire, sur l’île Gourbi même, une habitation plus confortable, plus appropriée aux besoins de la colonie et aux conditions climatériques de Gallia ?

Ils l’eussent fait, certainement. Ils auraient essayé, du moins, afin d’échapper à cette longue séquestration dans les cavernes de la Terre-Chaude, — séquestration plus regrettable encore au point de vue moral qu’au point de vue physique. Il fallait être un Palmyrin Rosette, un original absorbé dans ses chiffres, pour n’en pas sentir les graves inconvénients, pour vouloir demeurer sur Gallia dans ces conditions ad infinitum !

D’ailleurs, une éventualité terrible menaçait toujours les habitants de la Terre-Chaude. Pouvait-on affirmer qu’elle ne se présenterait pas dans l’avenir ? Pouvait-on même assurer qu’elle ne se produirait pas avant que le soleil eût restitué à la comète cette chaleur que son habitabilité exigeait ? La question était grave, et fut plus d’une fois traitée pour le présent, et non pour un avenir auquel les Galliens espéraient échapper par leur retour à la terre.

En effet, ne pouvait-il arriver que ce volcan qui chauffait toute la Terre-Chaude ne vînt à s’éteindre ? Les feux intérieurs de Gallia n’étaient-ils pas épuisables ? L’éruption finie, que deviendraient les habitants de Nina-Ruche ? Devraient-ils donc s’enfoncer jusque dans les entrailles de la comète pour y trouver une température supportable ? Et là, leur serait-il même possible de braver les froids de l’espace ?

Évidemment, dans un avenir aussi lointain qu’on voudra le supposer, le sort le Gallia devait être celui qui semble réservé à tous les mondes de l’univers. Ses feux internes s’éteindraient. Elle deviendrait un astre mort, comme l’est maintenant la lune, comme le sera la terre. Mais cet avenir n’était plus maintenant pour préoccuper les Galliens, — ils le croyaient du moins, — et ils comptaient avoir quitté Gallia bien avant qu’elle fût devenue inhabitable.

Toutefois, l’éruption pouvait cesser d’un moment à l’autre, comme il arrive aux volcans terrestres, avant même que la comète se fût suffisamment rapprochée du soleil. Et, dans ce cas, où prendre cette lave qui distribuait si utilement la chaleur jusque dans les profondeurs du massif ? Quel combustible fournirait assez de calorique pour rendre à cette demeure la température moyenne qui devait permettre d’y supporter impunément des froids de soixante degrés au-dessous de zéro ?

Telle était cette grave question. Heureusement, aucune modification ne s’était jusqu’alors manifestée dans l’épanchement des matières éruptives. Le volcan fonctionnait avec une régularité et, on l’a dit, un calme de bon augure. Donc, à cet égard, il n’y avait à s’inquiéter ni de l’avenir, ni même du présent. C’était, l’opinion du capitaine Servadac, toujours confiant d’ailleurs.

Au 15 décembre, Gallia se trouvait à deux cent seize millions de lieues du soleil, presque à l’extrémité du grand axe de son orbite. Elle ne gravitait plus qu’avec une vitesse mensuelle de onze à douze millions de lieues.

Un monde nouveau s’offrait alors aux regards des Galliens, et plus particulièrement à ceux de Palmyrin Rosette. Après avoir observé Jupiter de plus près que jamais humain ne l’eût fait avant lui, le professeur se concentrait maintenant dans la contemplation de Saturne.

Toutefois, les circonstances de proximité n’étaient pas les mêmes. Treize millions de lieues, seulement avaient séparé la comète du monde jovien, cent soixante-treize millions de lieues la sépareraient de la curieuse planète. Donc, pas de retards à craindre de ce chef, autres que ceux qui avaient été calculés, et, par conséquent, rien de grave à redouter.

Quoiqu’il en soit, Palmyrin Rosette allait pouvoir observer Saturne comme si, étant sur la terre, la planète se fût rapprochée de lui du demi-diamètre de son orbite.

Il était inutile de lui demander quelques détails sur Saturne. L’ex-professeur n’éprouvait plus le besoin de professer. On ne l’eût pas aisément fait quitter son observatoire, et il semblait que l’oculaire de sa lunette fût, nuit et jour, vissé à ses yeux.

Très-heureusement, la bibliothèque de la Dobryna comptait quelques livres de cosmographie élémentaire, et, grâce au lieutenant Procope, ceux des Galliens que ces questions astronomiques intéressaient purent apprendre ce qu’était le monde de Saturne.

Tout d’abord, Ben-Zouf eut lieu d’être satisfait, quand on lui dit que si Gallia s’était éloignée du soleil à la distance où gravitait Saturne, il n’aurait plus aperçu la terre à l’œil nu. Or, on sait que l’ordonnance tenait particulièrement à ce que son globe terrestre fût toujours visible à ses yeux.

« Tant qu’on voit la terre, rien de perdu, » répétait-il.

Et de fait, à la distance qui sépare Saturne du soleil, la terre eût été invisible, même aux meilleurs yeux.

Saturne, à cette époque, flottait dans l’espace à cent soixante-quinze millions de lieues de Gallia et, par conséquent, à trois cent soixante-quatre millions trois cent cinquante mille lieues du soleil. À cette distance, il ne recevait au plus que le centième de la lumière et de la chaleur que l’astre radieux envoyait à la terre.

Livre en main, on apprit que Saturne opère sa révolution autour du soleil en vingt-neuf ans et cent soixante-sept jours, parcourant, avec une vitesse de huit mille huit cent cinquante-huit lieues par heure, une orbite de deux milliards deux cent quatre-vingt-sept millions cinq cent mille lieues, « toujours en négligeant les centimes », comme disait Ben-Zouf. La circonférence de cette planète mesure à l’équateur quatre-vingt-dix mille trois cent quatre-vingts lieues. Sa surface est de quarante milliards de kilomètres carrés, son volume de six cent soixante-six milliards de kilomètres cubes. En somme, Saturne est sept cent trente-cinq fois gros comme la terre, conséquemment plus petit que Jupiter. Quant à la masse de la planète, elle n’est que cent fois plus grande que celle du globe terrestre, ce qui lui assigne une densité moins forte que celle de l’eau. Elle tourne sur son axe en dix heures vingt-neuf minutes, ce qui compose son année de vingt-quatre mille six cent trente jours, et ses saisons, vu l’inclinaison considérable de l’axe sur le plan de l’orbite, durent sept ans terrestres chacune.

Mais ce qui doit donner aux Saturniens, — s’il y en a, — des nuits splendides, ce sont les huit lunes qui escortent leur planète. Elles ont des noms très-mythologiques, Midas, Encelade, Téthys, Dione, Rhéa, Titan, Hyperion, Japet. Si la révolution de Midas ne dure que vingt-deux heures et demie, celle de Japet est de soixante-dix-neuf jours. Si Japet gravite à neuf cent dix mille lieues de la surface de Saturne, Midas circule à trente-quatre mille lieues seulement, presque trois fois plus près que la lune ne tourne autour de la terre. Elles doivent être splendides, ces nuits, bien que l’intensité de la lumière émanée du soleil soit relativement faible.

Ce qui rend plus belles encore les nuits de cette planète, c’est incontestablement le triple anneau qui s’enroule autour d’elle. Saturne semble être enchâssé dans une brillante monture. Un observateur, placé exactement sous cet anneau, qui passe alors par son zénith à cinq mille cent soixante-cinq lieues au-dessus de sa tête, n’aperçoit qu’une étroite bande, dont Herschell n’évalue la largeur qu’à cent lieues. C’est donc comme un fil lumineux qui serait tendu sur l’espace. Mais que l’observateur s’écarte de part ou d’autre, il voit alors trois anneaux concentriques se détacher peu à peu les uns des autres, le plus rapproché, obscur et diaphane, large de trois mille cent vingt-six lieues, l’anneau intermédiaire, large de sept mille trois cent quatre-vingt-huit lieues et plus brillant encore que la planète elle-même, enfin l’anneau extérieur, large de trois mille six cent soixante dix-huit lieues et présentant aux regards une teinte grisâtre.

Tel est l’ensemble de cet appendice annulaire, qui se meut dans son propre plan en dix heures trente-deux minutes. De quelle matière est formé cet appendice, comment résiste-t-il à la désagrégation ? nul ne le sait ; mais, en le laissant subsister, il semble que le Créateur ait voulu apprendre aux humains de quelle manière se sont peu à peu formés les corps célestes. En effet, cet appendice est le reste de la nébuleuse qui, après s’être concentrée peu à peu, est devenue Saturne. Pour une raison inconnue, il s’est probablement solidifié lui-même, et, s’il venait à se briser, ou il tomberait en morceaux sur Saturne, ou ses morceaux feraient à la planète autant de nouveaux satellites. Quoi qu’il en soit, pour les Saturniens habitant leur sphéroïde entre les quarante-cinquièmes degrés de latitude et l’équateur, ce triple anneau doit donner naissance aux phénomènes les plus curieux. Tantôt il se dessine sur l’horizon comme une arche immense, rompue à sa clef de voûte par l’ombre que Saturne projette dans l’espace ; tantôt il apparaît dans son entier comme une demi-auréole. Très-fréquemment, cet appendice éclipse le soleil, qui parait et reparaît dans des temps mathématiques, à la grande joie, sans doute, des astronomes saturniens. Et si l’on ajoute à ce phénomène le lever, le coucher des huit lunes, les unes pleines, les autres en quadrature, ici des disques argentés, là des croissants aigus, l’aspect du ciel de Saturne, pendant la nuit, doit offrir un incomparable spectacle.

Les Galliens n’étaient pas à même d’observer toutes les magnificences de ce monde. Ils en étaient trop éloignés. Les astronomes terrestres, armés de leurs lunettes, s’en rapprochent mille fois plus, et les livres de la Dobryna en apprirent plus au capitaine Servadac et à ses compagnons que leurs propres yeux. Mais ils ne s’en plaignaient pas, — le voisinage de ces grands astres constituant des dangers trop graves pour leur infime comète !

Ils ne pouvaient pénétrer davantage dans le monde plus lointain d’Uranus ; mais, on l’a déjà mentionné, la planète principale de ce monde, quatre-vingt-deux fois grosse comme la terre, dont elle n’est visible que comme une étoile de sixième grandeur à sa plus courte distance, apparaissait alors très-distinctement à l’œil nu. Toutefois, on ne voyait aucun de ces huit satellites qu’elle entraîne avec elle sur son orbe elliptique, qu’elle emploie quatre vingt-quatre ans à décrire et qui l’éloigne en moyenne à sept cent vingt-neuf millions de lieues du soleil.

Quant à la dernière planète du système solaire, — la dernière jusqu’au moment où quelque Le Verrier de l’avenir en découvrira une autre plus éloignée encore, — les Galliens ne pouvaient l’apercevoir. Palmyrin Rosette la vit, sans doute, dans le champ de sa lunette ; mais il ne fit à personne les honneurs de son observatoire, et on dut se contenter d’observer Neptune…dans les livres de cosmographie.

La distance moyenne de cette planète au soleil se mesure par un milliard cent quarante millions de lieues, et la durée de sa révolution est de cent soixante-cinq ans. Neptune parcourt donc son immense orbite de sept milliards cent soixante-dix millions de lieues avec une vitesse de vingt mille kilomètres à l’heure, sous la forme d’un sphéroïde, cent cinq fois plus considérable que celui de la terre, autour duquel circule un satellite à une distance de cent mille lieues.

Cette distance de douze cents millions de lieues environ, à laquelle gravite Neptune, parait être la limite du système solaire. Et cependant, quelque grand que soit le diamètre de ce monde, il est insignifiant, si on le compare à celui du groupe sidéral auquel on rattache l’astre radieux.

Le soleil, en effet, semble faire partie de cette grande nébuleuse de la voie lactée, au milieu de laquelle il ne brille que comme une modeste étoile de quatrième grandeur. Où donc aurait été Gallia, si elle eût échappé à l’attraction solaire ? À quel nouveau centre se fût-elle attachée en parcourant l’espace sidéral ? Peut-être à la plus rapprochée des étoiles de la voie lactée.

Or, cette étoile, c’est Alpha de la constellation du Centaure, et la lumière, qui fait soixante-dix-sept mille lieues à la seconde, emploie trois ans et demi à lui venir du soleil. Quelle est donc cette distance ? Elle est telle que, pour la chiffrer, les astronomes ont dû prendre le milliard comme unité, et ils disent qu’Alpha est à huit mille « milliards » de lieues.

Connait-on un grand nombre de ces distances stellaires ? Huit au plus ont été mesurées, et, parmi les principales étoiles auxquelles cette mesure a pu être appliquée, on cite Wéga, placée à cinquante mille milliards de lieues, Sirius, à cinquante-deux mille deux cents milliards, la Polaire, à cent dix-sept mille six cents milliards, la Chèvre, à cent soixante-dix mille quatre cents milliards de lieues. Ce dernier nombre est déjà composé de quinze chiffres.

Et pour donner une idée de ces distances, en prenant pour base la vitesse de la lumière, d’après d’ingénieux savants on peut raisonner ainsi :

« Supposons un être doué d’une puissance de vision infinie, et mettons-le sur la Chèvre. S’il regarde vers la terre, il sera témoin des faits qui se sont accomplis il y a soixante-douze ans. S’il se transporte sur une étoile dix fois plus éloignée, il y verra les événements qui se sont produits il y a sept cent vingt ans. Plus loin encore, à une distance que la lumière emploie dix-huit cents ans à franchir, il assistera à cette grande scène de la mort du Christ. Plus loin encore, s’il faut au rayon lumineux six mille ans pour arriver à son œil, il pourra contempler les désolations du déluge universel. Plus loin enfin, puisque l’espace est infini, il verrait, suivant la tradition biblique, Dieu créant les mondes. En effet, tous les faits sont pour ainsi dire stéréotypés dans l’espace, et rien ne peut s’effacer de ce qui s’est une fois accompli dans l’univers céleste. »

Peut-être avait-il raison, l’aventureux Palmyrin Rosette, de vouloir courir ce monde sidéral, où tant de merveilles eussent charmé ses yeux. Si sa comète fût entrée successivement au service d’une étoile, puis d’une autre, quels systèmes stellaires si différents il aurait observés ! Gallia se serait déplacée avec ces étoiles dont la fixité n’est qu’apparente et qui se meuvent pourtant, — ainsi fait Arcturus, avec une vitesse de vingt-deux lieues par seconde. Le soleil lui-même marche à raison de soixante-deux millions de lieues annuellement, en se dirigeant vers la constellation d’Hercule. Mais telle est la distance de ces étoiles, que leurs positions respectives, malgré ce rapide déplacement, n’ont pu être encore modifiées pour les observateurs terrestres.

Cependant, ces déplacements séculaires doivent nécessairement altérer un jour la forme des constellations, car chaque étoile marche ou paraît marcher avec des vitesses inégales. Les astronomes ont pu indiquer les positions nouvelles que les astres prendront l’un par rapport à l’autre dans un grand nombre d’années. Les dessins de certaines constellations, tels qu’ils seront dans cinquante mille ans, ont été reproduits graphiquement. Ils offrent à l’œil, par exemple, au lieu du quadrilatère irrégulier de la grande Ourse, une longue croix projetée sur le ciel, et à la place du pentagone de la constellation d’Orion, un simple quadrilatère.

Mais ni les habitants actuels de Gallia, ni ceux du globe terrestre, n’auraient pu constater de leurs propres yeux ces dislocations successives. Ce n’est pas ce phénomène que Palmyrin Rosette eût été chercher dans le monde sidéral. Si quelque circonstance eût arraché la comète à son centre attractif pour l’asservir à d’autres astres, alors ses regards eussent été ravis par la contemplation de merveilles dont le système solaire ne peut donner aucune idée.

Au loin, en effet, les groupes planétaires ne sont pas toujours gouvernés par un soleil unique. Le système monarchique semble banni en certains points des deux. Un soleil, deux soleils, six soleils, dépendant les uns des autres, gravitent sous leurs influences réciproques. Ce sont des astres diversement colorés, rouges, jaunes, verts, oranges, indigos. Combien doivent être admirables ces contrastes de lumières qu’ils projettent à la surface de leurs planètes ! Et qui sait si Gallia n’eût pas vu se lever, sur son horizon, des jours faits successivement de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel ?

Mais il ne devait pas lui être donné de graviter sous la puissance d’un nouveau centre, ni de se mêler aux amas d’étoiles que les puissants télescopes ont pu décomposer, ni de se perdre dans ces points stellaires qui sont partiellement résolus, ni enfin au milieu de ces compactes nébuleuses qui résistent aux plus puissants réflecteurs, — nébuleuses dont les astronomes connaissent plus de cinq mille, disséminées dans l’espace.

Non ! Gallia ne devait jamais quitter le monde solaire, ni perdre la terre de vue. Et, après avoir décrit un orbe de six cent trente millions de lieues environ, — elle n’aurait fait cependant qu’un insignifiant voyage dans cet univers dont l’immensité est sans limites.