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Henri Cornélis Agrippa/Lettre LXIII

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LXIII
Agrippa à Mélanchton[1].

Francfort-sur-le Mein, 17 septembre 1532.

S’il y a quelque faute à vous adresser sans motif une autre lettre intempestive sans doute, ô Mélanchton, homme rare, supérieur, d’une érudition immense, remarquable à tous les titres, rejetez-la toute entière sur Ambroise. Car c’est lui qui m’a inspiré l’audace de le faire. Je n’ai en effet pour le moment aucun motif pour autoriser l’envoi de ce jour à un professeur aussi éminent que vous ; aucun motif, dis-je, digne de votre célébrité, à moins toutefois qu’il ne vous convienne de vous informer que j’ai entrepris une guerre acharnée et éternelle contre les théologistes de Louvain. L’ardent amour de la vérité m’a poussé à cette lutte. Par malheur, je suis obligé de combattre sous les yeux d’un juge qui, jusqu’ici, s’est montré l’ennemi du vrai. Ma valeur, ma gloire, ma fortune, ma fidélité à l’égard du tyran courroucé, tout cela va sombrer. Presque parvenu à vaincre son indignation persistante, son ingratitude envers les mémorables services que je lui ai rendus, par une patience qui ne s’était pas démentie depuis près de deux ans je m’aperçois que la science nouvelle que j’inaugure fait éclore contre moi une nouvelle haine. Plût à Dieu que ce nouveau Nabuchodonosor de bête pût redevenir homme, ou qu’il me fût possible de quitter cette Ur des Chaldéens. J’ai eu l’occasion de vous parler de cela dans une autre lettre plus détaillée. Que cela suffise ! Puisse Dieu vous conserver la santé que tout ce que peut désirer un cœur vraiment chrétien vous arrive ! Vous saluerez pour moi cet hérétique invincible qui se nomme Martin Luther, qui, comme le dit saint Paul, sert Dieu dans cette secte que l’on appelle Heresia. Vous saluerez aussi Spalatin, mon vieil ami. Quant à vous, portez-vous bien.

  1. Ph. Mélanchton, en allemand Schwarzerde, (1497-1560), était professeur de grec à l’Acad. de Wittemberg en 1518, où Luther enseignait la théologie. Il rédigea en 1539 la fameuse Confession d’Augsbourg.