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Henri Cornélis Agrippa/Lettre XVII

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XVII
Claude Dieudonné à Agrippa.

Annecy, 10 septembre 1521.

On ne saurait dire, très savant et très illustre Agripppa, combien votre honneur m’intéresse, combien je me réjouis de votre gloire, combien surtout j’admire votre érudition « qui doit couler beaucoup de l’abondance du cœur et non simplement du bout des lèvres », pour me servir des paroles de ce Nazianze[1] dont les écrits sont pour beaucoup, et surtout pour moi, de l’or presque pur.

Hélas mes lettres ont beau vous appeler vous ne venez pas passer quelques jours auprès de nous. J’attends toujours cependant que vos affaires vous conduisent ici. Avec quel empressement j’irai me jeter dans vos bras ! Mais je m’abandonne à la familiarité et j’oublie votre grandeur. Votre bonté excessive est cause de ma hardiesse, pardonnez-moi, si vous êtes un autre Socrate. Quelques-uns de nos Maîtres en capuchon de la secte dominicaine, ces persécuteurs ou plutôt ces inquisiteurs de notre foi, entrèrent par hasard ces jours derniers dans notre parloir la conversation tomba sur notre savant Érasme, et, au milieu d’accusations plus ou moins violentes, ils se mirent à vomir contre lui et contre Luther tout le venin de leurs injures, déblatérant contre les quatre Antechrists de l’Église : Érasme, Luther, Jean Reuchlin et d’Étaples.

Comprenez-vous ces sycophantes persécuteurs des lettres ? Au reste, le porteur des présentes, homme de lettres et érudit distingué, désire beaucoup s’entretenir avec vous.

Confiez-vous à lui. Vous saluerez en mon nom notre révérend et très docte seigneur official[2]. Portez-vous bien, illustre Agrippa, vous, votre fils[3], et toute votre famille.

De notre cellule d’Annecy.

  1. Saint Grégoire de Nazianze, père de l’église grecque (328-389).
  2. Eustache Chapuys, qui était à cette époque official de Genève.
  3. Le petit Théodoric, qui, à ce moment, devait avoir onze ans.