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Henri Cornélis Agrippa/Lettre XVIII

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XVIII
Claude Dieudonné à Agrippa.

Annecy, 2 octobre 1521.

Vous vous étonnerez, peut-être, illustre et cher Agrippa, de l’audace d’un homme obscur, privé de talent comme moi, qui, abusant d’une amitié de quelques jours et sans tenir compte de l’éclat de votre position, s’oublie jusqu’à prendre la liberté de vous importuner par trois lettres consécutives. Mais, pour me justifier d’une telle conduite, rappelez-vous la bonté que vous m’avez si gratuitement témoignée à Metz, bonté que je ne puis oublier, et qui seule est la cause de ma hardiesse peut-être excessive. Je ne puis assez admirer en vous cet étonnant savoir et cette émouvante éloquence qui m’a subjugué et ébloui plus que toute autre. J’ai appris que vous aviez très heureusement publié une savante apologie, en réponse au prieur de Metz. Oserai-je espérer que vous voudrez bien m’en faire part : j’estime que ce sera un très grand honneur pour ma modeste bibliothèque que d’y introduire quelqu’une de vos œuvres. Si ce n’est pas être trop importun, daignez m’écrire ce que vous pensez des ouvrages de Luther. Vous n’avez sans doute pas oublié qu’à Metz vous avez bien voulu me communiquer toute votre admiration pour ses principes et, à ce sujet, toute la Savoie retentit déjà de votre nom. Je désire ardemment vous revoir, et, dès que je le pourrai, j’irai certainement vous trouver, si Dieu et ma santé me le permettent. Cependant, si vous aviez l’occasion de venir à Annecy, ce qui est mon plus grand désir, soyez persuadé que votre arrivée ne fera à personne autre plus de plaisir qu’à moi. Car, j’ai un immense besoin du secours de vos lumières. Adieu, savant illustre. Mes salutations à votre fils et à toute votre famille ; n’oubliez pas surtout le révérend Seigneur official Eustache Chapuys, dont la vertu, au-dessus de tout éloge, est certainement la gloire et l’honneur de toute la Savoie.