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Henri Cornélis Agrippa/Lettre XXIV

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XXIV
Agrippa à un ami[1].

Genève, 3 octobre 1522.

Je vous ai dernièrement écrit pour vous recommander mon affaire et comme on écrit à un ami diligent en qui l’on a une confiance pleine et entière. De plus je vous ai adressé une courte missive pour le Chancelier. D’après ces écrits, je pense que vous devez connaître suffisamment soit ma pensée soit la position difficile où je me trouve. Or, j’espérais obtenir de vous une réponse aussi prompte que possible ; quant au Chancelier, j’attendais de lui impatiemment non pas tant une réponse que la faveur elle-même que je demande. Puisque vous ne me répondez pas, et que, d’autre part, je n’ai rien reçu de lui, je suis dans une telle désolation que, l’espoir dont je m’entretenais n’existant plus, il ne me reste que la corde pour me pendre.

Le Chancelier, je le sais, ne restera auprès de vous que fort peu de temps ; il a beaucoup à faire, de longs préparatifs à prévoir ; la mémoire des hommes est courte, obtenir leur faveur est difficile surtout à moi qui suis éloigné, et dont l’absence me place moins en vue qu’un autre, et, du reste, j’ai peu d’amis en cette ville. Voyez comme mon esprit voit tout en noir. Je vous prie donc encore, je vous prie et vous supplie une dernière fois de mettre un terme quelconque à cette attente fiévreuse, à ce long retard. Faites-le cesser de quelque façon que cela soit s’il ne m’est pas permis d’espérer qu’il me soit au moins permis de désespérer. Adieu, très cher ami, ainsi qu’à votre chère épouse.

Écrit en toute hâte à Genève, 3 oct. 1522.

  1. Cette lettre est écrite probablement à l’abbé de Bonmont.