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Henri Cornélis Agrippa/Lettre XXXI

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XXXI
Agrippa à Eustache Chapuys.

Lyon, 1524.

Je m’afflige, mon révérend Père, d’être soupçonné de négligence à votre égard, parce que j’ai différé quelque temps de vous écrire. Cependant j’espère facilement en mon pardon, car cela ne s’est pas produit par oubli de ma part, et ma fidélité envers vous n’en est pas moins demeurée constante. En effet, j’avais résolu de vous envoyer des lettres détaillées sur les événements récents. Mais, par ce temps de guerre, ma correspondance aurait pu paraître suspecte ; plongé tout entier dans les affaires de la cour au milieu des conseillers du roi, mêlé à des occupations assez sérieuses, détourné ailleurs par les affaires publiques et privées, il était moins en mon pouvoir d’écrire, et, en même temps, je pensais que cela ne m’était pas permis, surtout à Genève, où nos ennemis chantaient déjà leur triomphe mais avant la victoire, suivant le proverbe. Je vous avais adressé Jacques d’Illins[1] pour vous parler et vous conter toutes nos affaires. J’ignore par quelle négligence ou par quel empêchement la chose n’a pu se faire. Il n’y a donc pas de raison pour que vous doutiez que j’aie pu vous oublier un instant. Vous avez tant de bonté pour moi, votre libéralité envers notre cher fils est tellement grande que toujours vous serez pour moi le premier, le plus respectable et le plus digne des amis. Vous désirez connaître ma position : et bien, je suis certainement riche des promesses du roi et des autres princes, mais tout ce bel avenir va, pour la plus grande partie, m’être enlevé par la guerre avant d’en jouir.

Ma femme, votre commère, vous salue et vous souhaite une heureuse santé. Portez-vous bien, ainsi que toute votre maison.

Lyon, le 22 novembre, écrit à la hâte.

  1. C’était l’oncle maternel de Jeanne-Loyse Titié, la seconde femme d’Agrippa.