Histoire de la Commune de 1871 (Lissagaray)/Chapitre 1

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CHAPITRE PREMIER


« Le chef du Pouvoir exécutif pas plus que l’Assemblée Nationale, s’appuyant l’un sur l’autre et se fortifiant l’un par l’autre, n’avaient en aucune manière provoqué l’insurrection parisienne. »
Discours de M. Dufaure contre l’amnistie (Mai 76).

Premières attaques de la coalition contre Paris. — Les bataillons de la Garde nationale se fédèrent et saisissent leurs canons. — Les Prussiens entrent dans Paris.

Quelle douleur ! Après l’invasion, la Chambre introuvable. Avoir rêvé une France régénérée qui, d’un vol puissant, s’élancerait vers la lumière et se sentir refoulé d’un demi-siècle en bas, sous le joug du jésuite, du hobereau brutal, en pleine congrégation ! Il y eut des hommes dont le cœur éclata. Beaucoup parlaient de s’expatrier. Des étourneaux disaient : cette Chambre est d’une heure, sans autre mandat que la paix ou la guerre. Ceux qui avaient suivi la conspiration, qui virent ces dévots des soutanes violettes, comprirent que de tels hommes n’abandonneraient pas la France avant de l’avoir passée sous leur rouleau.

Quand les échappés de Paris, frémissant encore de patriotisme, les yeux caves, mais brillants de foi républicaine, arrivèrent au grand théâtre de Bordeaux où l’Assemblée se réunit, ils trouvèrent devant eux quarante années de haines affamées. Notoriétés de bourgs, châtelains obtus, mousquetaires écervelés, dandys cléricaux, réduits pour exprimer des idées de 1815 aux troisièmes rôles de 1849, tout un monde insoupçonné des villes rangé en bataille contre ce Paris, l’athée, le révolutionnaire qui avait fait trois Républiques et bousculé tant de Dieux. Dès la première séance leur fiel creva. Au fond de la salle, un vieillard, seul sur son banc, se lève et demande la parole. Sous son grand manteau brille une chemise rouge. C’est Garibaldi. À l’appel de son nom il a voulu répondre, dire d’un mot qu’il résigne le mandat dont Paris l’a honoré. Les hurlements couvrent sa voix. Il reste debout, élève cette main desséchée qui a pris un drapeau aux Prussiens, les injures redoublent. Le châtiment tombe des tribunes. « Majorité rurale ! honte de la France ! » jette une voix sonore, Gaston Crémieux de Marseille. Les députés se retournent, menacent. Les bravos et les défis des tribunes tombent encore. Au sortir de la séance, la foule applaudit Garibaldi. La garde nationale lui présente les armes malgré M. Thiers qui apostrophe l’officier commandant. Le peuple revint le lendemain, forma une haie devant le théâtre, obligea les députés réactionnaires à subir ses acclamations républicaines. Mais ils savaient leur force et à l’ouverture de la séance ils attaquèrent. Un rural montrant les représentants de Paris : « Ils sont couverts du sang de la guerre civile ! » Un des élus de Paris crie : « Vive la République ! » les ruraux ripostent : « Vous n’êtes qu’une fraction du pays. » Le jour suivant, le théâtre fut entouré de troupes qui refoulèrent au loin les manifestants.

En même temps, les journaux conservateurs unissaient leurs sifflements contre Paris, niaient jusqu’à ses souffrances. La garde nationale avait fui devant les Prussiens ; ses seuls faits d’armes étaient le 31 octobre et le 22 janvier ; elle seule était responsable de la défaite ayant ruiné par la sédition les magnifiques plans de Trochu et Ducrot. Ces calomnies fructifiaient dans une province dès longtemps préparée. Telle était son ignorance des événements du siège qu’elle avait nommé, et quelques-uns plusieurs fois, Trochu, Ducrot, Jules Ferry, Pelletan, Garnier-Pagès, Emmanuel Arago à qui Paris n’avait pas fait l’aumône du vote.

C’était aux représentants de Paris de dire le siège, les responsabilités, la signification du vote parisien, de dresser contre la coalition clérico-monarchiste le drapeau de la France républicaine. Ils se turent ou ne firent que des réunions puériles d’où Delescluze sortit navré comme il avait quitté la réunion des maires. Les Epiménides de 48 répondirent par des poncifs au cliquetis d’armes de l’ennemi, et les moins vieux qu’il fallait voir venir.

Ces élections, ces menaces, l’insulte à Garibaldi, à ses représentants, tous ces coups sur coups tombèrent sur un Paris fiévreux, ravitaillé à peine, où les farines arrivaient mal, — le 13 février Belleville n’avait eu que 325 sacs au lieu de 800. Voilà donc la récompense de cinq mois de douleur et de ténacité. Cette province qu’il invoqua tout le siège et vers laquelle il tendait les bras lui criait : « lâche ! » de Bismarck le rejetait au roi. Eh bien ! s’il le fallait, Paris défendrait seul la République contre cette Assemblée rurale. Le danger imminent, la dure expérience des divisions du siège concentrèrent les volontés, refirent à la grande ville une âme collective. La garde nationale commença de se chercher.

Vers la fin de janvier, quelques républicains et aussi des intrigants qui couraient après la députation avaient essayé de grouper les gardes nationaux dans un but électoral. Une grande réunion avait eu lieu au Cirque d’Hiver sous la présidence d’un négociant du iiie, Courty. On y avait arrêté une liste assez hétérogène, décidé de se réunir à nouveau pour statuer en cas d’élections doubles et chargé un bureau de convoquer régulièrement toutes les compagnies. Cette seconde réunion eut lieu le 15 février, dans la salle du Wauxhall, rue de la Douane. Mais qui songeait alors aux élections ? Une seule pensée occupait tous les cœurs : l’union des forces parisiennes contre les ruraux triomphants. La garde nationale c’était le Paris viril tout entier. L’idée claire, simple, essentiellement française de fédérer les bataillons vivait depuis longtemps dans l’esprit de tout le monde. Elle jaillit de la réunion, et on décida que les bataillons se grouperaient autour d’un Comité Central.

Une commission fut chargée d’élaborer des statuts. Chaque arrondissement représenté dans la salle — 18 sur 20 — nomma sur place un commissaire. Qui sont-ils ? Les agitateurs du siège, les socialistes de la Corderie, les écrivains en renom ? Nullement. Il n’y a parmi les élus aucun nom ayant notoriété quelconque. Les commissaires sont des petits bourgeois, boutiquiers, employés, étrangers à toutes les coteries, jusque-là même à la politique pour la plupart, s’appellent Génotel, Alavoine, Manet, Frontier, Badois, Morterol, Mayer, Arnold, Piconel, Audoynaud, Soncial, Dacosta, Masson, Pé, Weber, Trouillet, Lagarde, Bouit. Leur président, Courty, n’est connu que par la réunion du Cirque ; il est républicain, mais modéré. Dès le premier jour, l’idée de la fédération apparut ce qu’elle était, républicaine, non sectaire, par cela même irrésistible. Clément Thomas le comprit, dit au Gouvernement qu’il ne répondait plus de la garde nationale et il donna sa démission. On le remplaça provisoirement par le signataire de la capitulation, Vinoy.

Le 24, au Wauxhall, devant deux mille délégués de compagnies et gardes nationaux, la commission lut son projet de statuts et pressa les délégués de procéder immédiatement à l’élection d’un Comité Central.

Ce jour-là, la réunion était houleuse, inquiète, peu capable d’un scrutin. Chacun des huit derniers jours avait apporté de Bordeaux des menaces plus dures. M. Thiers, le fossoyeur de la République de 48, nommé chef du pouvoir exécutif, ayant pour ministres Dufaure, de Larcy, Pouyer-Quertier, la réaction bourgeoise, légitimiste, impérialiste ; Jules Favre, Jules Simon, Picard, les livreurs de Paris ; la solde indispensable encore, jusqu’à l’ouverture des ateliers, transformée en aumône [1], et, surtout, la terrible humiliation imminente. L’armistice, prolongé de huit jours, expirait le 26, et les journaux annonçaient pour le 27 l’entrée des Prussiens dans Paris. Depuis une semaine, ce cauchemar veillait au chevet des Parisiens. Aussi la réunion courut aux questions brûlantes. Un délégué propose : la garde nationale ne reconnaît pour chefs que ses élus. C’était l’affranchir de la place Vendôme. Un autre : la garde nationale proteste contre toute tentative de désarmement et déclare qu’elle y résistera au besoin par les armes. Voté à l’unanimité. Et maintenant, Paris va-t-il subir la visite du Prussien, le laisser parader comme en 1815 sur ses boulevards ? Il n’y a pas là-dessus de discussion possible. L’assemblée, surchauffée, pousse un cri de guerre. Quelques observations de prudence sont étouffées. Oui, l’on s’opposera par les armes à l’entrée des Prussiens ! Cette proposition sera soumise par les délégués à leur cercle de compagnie. Et, s’ajournant au 3 mars, la réunion se rend en masse à la Bastille, roulant avec elle un grand nombre de mobiles et de soldats.

Paris, anxieux pour sa liberté, se serrait depuis le matin autour de sa colonne révolutionnaire comme il avait entouré la statue de Strasbourg quand il tremblait pour la patrie. Les bataillons défilaient tambours et drapeau en tête, couvrant la grille et le piédestal de couronnes d’immortelles. Parfois, un délégué montait sur le socle, haranguait le peuple qui répondait : « Vive la République ! » Un drapeau rouge fend la foule, s’engouffre dans le monument, reparaît à la balustrade. Un grand cri le salue, suivi d’un long silence ; un homme escaladant la coupole a l’audace d’aller fixer la hampe dans la main du Génie. Et, aux acclamations frénétiques du peuple, on voit pour la première fois depuis 48, le drapeau d’égalité ombrager cette place plus rouge encore que lui du sang de mille martyrs.

Le Gouvernement fit battre le rappel dans les quartiers bourgeois ; aucun bataillon ne répondit. Le lendemain les pèlerinages continuèrent, de gardes nationaux, de mobiles, de soldats. Les mobiles vinrent les premiers, conduits par leurs fourriers ; quand ils parurent portant de grandes couronnes d’immortelles, les clairons, debout aux quatre coins du socle, sonnèrent la charge. L’armée suivit ; un régiment de chasseurs à pied défila. Des femmes vêtues de noir suspendirent une bannière tricolore : « Aux martyrs, les femmes républicaines ! » Bannières et drapeaux s’enroulèrent sur le fût, l’enveloppèrent, pendirent de la balustrade, et le soir la colonne révolutionnaire, revêtue d’immortelles, de fleurs et d’oriflammes, apparut triomphale et sombre, deuil du passé, espoir de l’avenir, cippe et mai gigantesque.

Le 26 les manifestations redoublèrent. Un agent de police, surpris par des soldats à prendre les numéros de leurs régiments, fut saisi et jeté dans le canal qui l’emporta à la Seine où des furieux le suivirent. Vingt-cinq bataillons défilèrent, cette journée, grosse d’angoisse. Les journaux annonçaient pour le lendemain l’entrée de l’armée allemande par les Champs-Élysées. Le Gouvernement, repliait ses troupes sur la rive gauche et déménageait le Palais de l’Industrie. Il n’oubliait que les quatre cents canons de la garde nationale parqués place Wagram et à Passy. Déjà l’incurie des capitulards avait, — Vinoy l’a écrit, — livré douze mille fusils en trop aux Prussiens. Qui sait s’ils n’allaient pas aussi étendre leurs doigts crochus jusqu’à ces belles pièces coulées avec le sang, la chair des Parisiens, marquées au chiffre des bataillons. Spontanément tout le monde y pensa. Les premiers à partir furent les bataillons de l’ordre de Passy et d’Auteuil ; d’accord avec la municipalité, ils traînèrent au parc Monceau les pièces du Ranelagh. Les autres bataillons de Paris vinrent chercher leurs canons au parc Wagram et les emmenèrent dans la ville, à Montmartre, la Villette, Belleville, place des Vosges, rue Basfroi, barrière d’Italie, etc.

Paris avait repris le soir sa physionomie du siège. Le rappel, le tocsin, les clairons jetaient des milliers d’hommes armés à la Bastille, au Château-d’Eau, rue de Rivoli. Les troupes envoyées par Vinoy pour arrêter les manifestations de la Bastille fraternisaient avec le peuple. La prison de Sainte-Pélagie était forcée, Brunel délivré. À deux heures du matin, quarante mille hommes remontaient les Champs-Élysées et l’avenue de la Grande-Armée, à la rencontre des Prussiens. Ils les attendirent jusqu’au jour. En revenant, les bataillons de Montmartre s’attelèrent aux canons sur leur passage et les roulèrent devant la mairie du xviiie et au boulevard Ornano.

À cet élan chevaleresque, Vinoy répondit par un ordre du jour flétrissant. Ce gouvernement qui injuriait Paris lui demandait de s’immoler encore à la France. M. Thiers avait la veille au soir signé, la larme à l’œil lui aussi, les préliminaires de paix, et, en échange de Belfort, donné à Bismarck libre entrée à Paris. Le 27, par une affiche sèche comme un procès-verbal, Picard annonça que le 1er mars trente mille Allemands occuperaient les Champs-Elysées.

Le 28, à deux heures, la commission chargée de rédiger les statuts d’un Comité Central se réunit à la mairie du IIIe, Elle avait convoqué les chefs de bataillons et les délégués de différents comités militaires qui s’étaient spontanément créés dans Paris, tel celui de Montmartre, à la rue des Rosiers. La séance présidée par Bergeret, de Montmartre, fut redoutable. La plupart ne parlaient que bataille, exhibaient des mandats impératifs, rappelaient la réunion du Wauxhall. À la presque unanimité, on résolut de prendre les armes contre les Prussiens. Le maire Bonvalet, très inquiet de ses hôtes, fit entourer la mairie et, moitié de gré, moitié de force, parvint à s’en débarrasser [2].

Toute la journée les faubourgs s’armèrent, saisirent les munitions. Quelques pièces de rempart remontèrent sur leurs affûts ; les mobiles, oubliant qu’ils étaient prisonniers de guerre, reprirent leurs armes aux secteurs. Le soir, ils envahirent la caserne de la Pépinière occupée par les marins, et les emmenèrent manifester à la Bastille.

La catastrophe était certaine sans le courage de quelques hommes qui osèrent remonter le courant. La Corderie tout entière — Comité Central des vingt arrondissements, Internationale, Fédération des chambres syndicales — observait avec une réserve jalouse cet embryon de Comité composé d’inconnus qu’on n’avait jamais vus dans aucun mouvement révolutionnaire. Au sortir de la mairie du IIIe, quelques-uns des délégués de bataillons qui appartenaient aussi aux groupes de la Corderie vinrent raconter la séance et la résolution désespérée. On s’efforça de les dissuader et des orateurs furent envoyés au Wauxhall où se tenait une grande réunion. Ils purent se faire écouter. Beaucoup de citoyens firent aussi de grands efforts pour réveiller la raison. Le 28 au matin, les trois groupes de la Corderie publièrent un manifeste adjurant les travailleurs de s’abstenir. « Toute attaque, disaient-ils, servirait à désigner le peuple aux coups des ennemis de la Révolution qui noieraient les revendications sociales dans un fleuve de sang. Nous nous souvenons des lugubres journées de Juin. »

Ce n’était qu’une voix et de peu d’étendue. Depuis les élections générales, le Comité des vingt arrondissements se réduisait à une douzaine de membres ; l’Internationale et les chambres syndicales ne comptaient pas. Les élus du Wauxhall, au contraire, représentaient la masse armée. Qu’un obus partît de Montmartre sur les Prussiens et l’horrible combat s’engageait. Ils surent comprendre et le 28 affichèrent une proclamation encadrée de noir, impérative. « Citoyens, toute agression serait le renversement de la République… Il sera établi tout autour des quartiers que doit occuper l’ennemi une série de barricades propres à isoler complètement cette partie de la ville. La garde nationale, de concert avec l’armée, veillera à ce que l’ennemi ne puisse communiquer avec les parties retranchées de Paris. » Suivaient vingt-neuf noms [3]. Ces vingt-neuf capables d’apaiser la garde nationale furent applaudis, même de la bourgeoisie qui ne parut pas s’étonner de leur puissance.

Les Prussiens purent entrer le 1er mars. Ce Paris qu’avait ressaisi le peuple n’était plus le Paris des nobles et des hauts bourgeois du 30 mars 1815. Le drapeau noir qui pendait aux maisons, les rues désertes, les boutiques fermées, les fontaines taries, les statues de la Concorde voilées, le gaz refusant de s’allumer le soir, disaient la ville indomptée. Tel Moscou dut apparaître à la grande armée. Parqués entre la Seine, le Louvre aux issues bouchées et un cordon de barricades bordant le faubourg Saint-Honoré, les Allemands semblaient pris dans un piège. On fouetta des filles qui osèrent franchir la limite. Un café des Champs-Elysées qui s’était ouvert pour eux fut saccagé. Il ne se trouva qu’au faubourg Saint-Germain un grand seigneur pour offrir son toit aux Prussiens.

Paris était encore tout pâle de l’affront quand une avalanche d’injures nouvelles lui arriva de Bordeaux. Non seulement l’Assemblée n’avait pas trouvé un mot pour l’assister dans cette crise douloureuse, mais tous ses journaux, l’Officiel en tête, s’indignaient qu’il eût songé à se montrer contre les Prussiens. Une proposition se signait dans les bureaux pour fixer le siège de l’Assemblée hors Paris. Le projet de loi sur les échéances et les loyers en retard s’annonçait gros de faillites. La paix venait d’être acceptée, votée au pas de course. L’Alsace, la majeure partie de la Lorraine, seize cent vingt mille Français arrachés de la patrie, cinq milliards, les forts de l’est de Paris occupés jusqu’au versement des cinq cent premiers millions, et les départements de l’Est jusqu’au paiement final, voilà le prix où Bismark nous passait la Chambre introuvable.

Pour consoler Paris de tant de hontes M. Thiers nommait général de la garde nationale, l’évacuateur d’Orléans, le brutal commandant de l’armée de la Loire destitué par Gambetta, celui qui, dans une lettre à l’Empereur, tout récemment publiée, se lamentait de n’avoir pu venir à Paris le 2 décembre 51, massacrer les Parisiens, d’Aurelles de Paladine. Deux sénateurs bonapartistes, deux fusilleurs à la tête de Paris républicain ; Paris sentit le vent d’un coup d’État.

Le 3 mars, deux cents bataillons envoyèrent leurs délégués au Vauxhall. Le projet de statuts rédigé par le Comité Central provisoire commençait par affirmer la République « comme le seul gouvernement de droit et de justice supérieur au suffrage universel qui est son œuvre. » « Les délégués, disait l’article 6, devront prévenir toute tentative qui aurait pour but le renversement de la République. » Le Comité Central devait être formé de trois délégués par arrondissement élus sans distinction de grade par les compagnies, les légions, et du chef de légion. Ces statuts furent approuvés. En attendant les élections régulières, la réunion nomma une commission exécutive. En firent partie, Varlin, Pindy, Jacques Durand délégués par leurs bataillons. On vota à l’unanimité la réélection de tous les grades. Cette motion fut faite : « Que le département de la Seine se constitue en République indépendante au cas où l’Assemblée décapitaliserait Paris. » Motion mal conçue, mal présentée, qui semblait isoler Paris du reste de la France ; idée anti-révolutionnaire, anti-parisienne, cruellement retournée contre la Commune. Et qui t’alimentera Paris sinon la province ? Et qui te sauvera, frère des campagnes, sinon Paris ? Mais Paris vivait seul depuis six mois ; seul il avait voulu la lutte jusqu’au bout ; seul il avait protesté contre l’Assemblée royaliste. Et, l’abandon, les votes de la province, la majorité rurale, firent croire à des hommes prêts à mourir pour la République universelle qu’ils pouvaient renfermer la République dans Paris.



  1. Il fallait, pour obtenir la solde, la demander par écrit et prouver qu’on ne pouvait pas se procurer du travail. (Jules Simon, Le gouvernement de M. Thiers.)
  2. Un prêtre, Vidieu, auteur d’une Histoire de la Commune, prétendit avoir trouvé le fin mot de ce mouvement. « Il y avait évidemment là une consigne. À la première amorce brûlée, l’ennemi accourrait en force, le mont Valérien incendierait les plus beaux quartiers de Paris ; tous les autres forts brûleraient la ville et, pendant ce temps, on pêcherait librement en eau trouble. »
  3. Alavoine, Bouit, Frontier, Boursier, David-Boisson, Barroud, Gritz, Tessier, Ramel, Badois, Arnold, Piconel, Audoynaud, Masson, Weber, Lagarde, Laroque, Bergeret, Pouchain, Lavalette, Fleury, Maljournal, Choutcau, Cadaze, Castioni, Dutil, Matté, Ostyn. Dix seulement de la commission du 15 figurent sur cette affiche ; les uns s’étaient retirés, comme Dacosta, trouvant qu’on allait bien loin ; les autres n’assistant pas à la séance où l’affiche fut signée. Des délégations, des adjonctions révolutionnaires avaient amené dix-neuf nouveaux, aussi obscurs que les autres. Plusieurs noms étaient défigurés : Haroud pour Barroud, Gastaud pour Castioni, Mutin pour Ostyn.