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Histoire de la Révolution française (Michelet)/Livre IX/Chapitre 3

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CHAPITRE III

RECOMPOSITION DES JACOBINS AVANT LE PROCÈS DU ROI (SEPTEMBRE-DÉCEMBRE 1792).


Nécessité des Jacobins, fin de 1792. — Leur double rôle : la censure, l’initiative révolutionnaire. — Purent-ils le remplir ? — Ils ont donné une sorte d’unité à la Révolution. — Combien leur société fut concentrée, exclusive. — La société jacobine avait faibli en 1792. — Les élections de septembre se firent dans le local des Jacobins. — La société jacobine reprend force. — Elle frappe la Gironde en Fauchet, 19 septembre. — Elle frappe la Gironde en Brissot, 10 octobre. — Elle intimide les réunions mixtes de représentants. — Elle dissout une réunion mixte de membres de la Convention, octobre 1792. — Prudence de Robespierre, qui reste muet, octobre 1792. — Robespierre craint d’avoir trop poussé la Convention. — Il demande, par l’organe de Couthon, que les Jacobins blâment les exagérés, octobre 1792. — Les Jacobins blâment les exagérés et s’en repentent, 14 octobre 1792. — Robespierre se résigne et suit les exagérés.


Dire la décomposition, l’impuissance de la Gironde, les signes de désorganisation que donnait la société tout entière, c’est-à-dire la nécessité des Jacobins.

À défaut d’une association naturelle qui donnât à la Révolution l’unité vivante, il fallait une association artificielle, une ligue, une conjuration qui lui donnât du moins une sorte d’unité mécanique.

Une machine politique était nécessaire, d’une grande force d’action, un puissant levier d’énergie.

La presse n’était point cela ; elle est insuffisante à une telle destination. Son action est immense ; mais, parmi tant de choses contradictoires qu’elle dit, cette action est vague, flottante. De paroles en paroles, souvent elle manque le moment, elle n’arrive point à l’acte. Plusieurs, dès qu’ils ont lu, relu, amusé leur passion du bruit des journaux, sont satisfaits et ne font plus rien.

L’Assemblée n’était pas non plus la force dont nous parlons. La grande masse de la Convention, cinq cents députés au moins, timides, incertains, défiants, souvent pensaient d’un côté et votaient de l’autre, nageaient, flottaient, sans avancer.

La situation demandait une force qui, sans prendre précisément l’Assemblée à la remorque, marchât devant elle, écartant sévèrement ce qui lui ferait obstacle, ce qui la pouvait tromper, lui triant, épurant d’avance et les hommes et les idées, la maintenant sur la ligne étroite, inflexible, des principes.

Grand rôle, qui supposait une autorité extraordinaire. Il impliquait deux choses fort diverses, qui exigent des vertus rarement conciliées : la censure morale et politique, force négative, l’initiative révolutionnaire, force positive.

La censure exige surtout du censeur que, pour censurer, critiquer, écarter le mélange impur, il ait un principe très pur, une idée du droit très simple et très forte. Les Jacobins flottèrent toujours, on le verra, entre deux idées. Ils se renouvelèrent plusieurs fois, sans devenir plus conséquents. Organisés par l’avocat Duport et les Lameth, comme machine de polémique et de surveillance, ils changèrent peu de caractère. Leurs velléités morales, sous Robespierre, restèrent impuissantes. L’acharnement aux personnalités les écarta sans cesse des principes qu’ils posaient. Il fallait une censure, ils ne furent qu’une police.

Quant à la grande initiative révolutionnaire, ils ne l’eurent jamais ; aucun des actes solennels de la Révolution ne sortit des Jacobins. Nés après la prise de la Bastille et le 5 octobre, ils furent étrangers à l’appel des Fédérations. Ils se déclarèrent nettement contre la guerre, contre la croisade de délivrance universelle, pensant qu’avant tout la France devait songer à elle-même et faire son salut. Ils n’eurent qu’une part fort indirecte au 10 août, à la création de la République.

L’initiative révolutionnaire demandait un don suprême qui se trouve rarement dans une société disciplinée, où la cohésion ne s’achète que par l’immolation commune des forces trop hautes. Ce don, c’est la magnanimité et le génie.

Ces grandes facultés, peu disciplinables, étaient mal vues des Jacobins, en suspicion chez eux. L’aversion, au reste, était réciproque. Le génie (Mirabeau, Danton) se sentait mal aux Jacobins.

Les hommes forts, les spéciaux, Carnot, Cambon, ne mirent jamais les pieds chez eux.

La haute lumière du salut (que personne n’eut au reste dans cette sombre mêlée d’une affreuse nuit de combat) demandait, avant toute chose, la grandeur de cœur, qui élève aussi la pensée. Les larges et bienfaisantes mesures qui de bonne heure auraient calmé les âmes, emporté d’emblée la Révolution en lui rendant inutiles la plupart des violences, elles ne pouvaient être inspirées que par une qualité absolument étrangère au caractère jacobin, quelle ? La bonté héroïque.

La lutte les absorba ; lutteurs acharnés, ils se prirent successivement aux obstacles, les minèrent, les frappèrent d’en bas. Il fallait les dominer, et frapper d’en haut. Frapper ? Non, enlever le monde du haut de la Fraternité.

Ils eurent la foi, sans nul doute. Mais cette foi ne fut ni aimante ni inspirée. Ils furent les ardents avocats, les procureurs acharnés de la Révolution. Elle demandait d’abord des apôtres et des prophètes.

Qui niera, avec tout cela, les services immenses qu’ils ont rendus à la patrie ? Leur surveillance inquiète des actes de l’Assemblée, leur regard défiant sur les hommes politiques, leur rejet sévère des faibles et des tièdes, donnèrent à la Révolution un nerf incroyable. Ce qui les honore encore plus, c’est qu’à peine sortis de l’Ancien-Régime, souvent corrompus eux-mêmes, en haine de la corruption royaliste, ils voulurent des mœurs. Ils firent des efforts sérieux pour se réformer, réformer les autres. Noble effort, qui, avec leur patriotisme ardent et sincère, doit leur compter dans l’avenir. Qui peut voir aujourd’hui encore, sans émotion, sans une sorte de respect et de crainte, les trois portes des Jacobins dans la noire et humide petite rue qui tient au marché ? Elles menaient par derrière au cloître. L’entrée principale était rue Saint-Honoré ; mais celle de la petite rue dut souvent être préférée par les principaux meneurs. Robespierre, Couthon, Saint-Just, montaient ce sombre escalier. La rampe de fer travaillée au goût du dix- septième siècle, l’écuyer sale en vieux bois qui, du côté du mur, vous prête aussi son appui, tout cela n’a pas bougé, et sur ce bois, sur ce fer, vous sentez encore la trace brûlante des mains sèches et fiévreuses qui s’y sont appuyées alors et les ont marquées pour toujours.

Ce vieux méchant local de moines, démeublé et délabré, avait gardé je ne sais quoi qui, dès l’entrée, gênait l’esprit, mettait le cœur mal à l’aise. Tout était étroit, mesquin. Le cloître d’un style sec et pauvre, l’escalier médiocre (pour deux personnes de front), appuyé sur quatre évangélistes de demi-grandeur[1], la bibliothèque peu vaste, avec un tableau janséniste, la chapelle nue, ennuyeuse, baroquement échafaudée de tribunes étouffées par-dessus des tombes de moines, tout cela était d’une impression pénible. Il n’y avait pas beaucoup d’air ; on respirait mal.

Telle maison, tels hôtes. Les nouveaux, comme les anciens, avaient pour idée fixe une étroite orthodoxie. Les vieux Jacobins, dans la robe serrée de Saint-Dominique, avaient eu la prétention de savoir marcher seuls sur la ligne précise de la foi catholique. Et les nouveaux Jacobins se piquaient d’avoir seuls le dépôt de la foi révolutionnaire. C’était une compagnie tout exclusive, concentrée en soi. Ils se connaissaient entre eux et ils ne connaissaient qu’eux ; tout ce qui n’était pas jacobin leur restait suspect ; ils se défiaient, quoi qu’on pût dire pour les rassurer, ils se détournaient, ils ne voulaient pas entendre, ils secouaient la tête d’un air d’incrédulité. Ils avaient leurs mots à eux, leurs saints et leurs dévotions, des formules qu’ils répétaient : « Les principes d’abord ! les principes !… » — « Surtout il faut des hommes purs », etc. Vous n’entendiez autre chose, lorsque, vers sept heures du soir, cette foule, à cheveux noirs et gras, en grosses houppelandes du temps, dans une pauvreté calculée, s’en allait dévotement au sermon de Robespierre.

La raideur de l’attitude, la fixité extérieure, leur furent d’autant plus nécessaires qu’en réalité leur credo fut très flottant. Quelques changements qu’opérât la situation, quelques déviations qu’elle imposât à leurs doctrines, ils affirmaient l’unité[2].

Cette unité apparente, cette fixité dans certaines formules, cette intolérance pour ceux qui, animés du même esprit, ne disaient pas les mêmes mots, servirent la Révolution dans plus d’une circonstance et lui furent parfois fatales.

La France de 1792, dans son jeune élan immense de république et de combat, au premier coup de la trompette, sembla un moment oublier ses fatigants précepteurs. Le grand souffle de Danton, le joyeux canon du 10 août, l’emportaient à bien d’autres fêtes. Si haut tonnait la Marseillaise qu’on n’entendait presque plus le marmottement jacobin. (Les principes d’abord, les principes !)

Le 10 août se fit sans eux et, ce qui est assez piquant, il se prépara chez eux. Dans l’enclos même des Jacobins était un grand bâtiment qui, quelque temps, servit de caserne. Là, peu avant le 10 août, peut-être même avant le 20 juin et la première invasion des Tuileries se réunissaient la nuit les plus ardents patriotes de l’Assemblée législative. Ils ne venaient là qu’à minuit, une heure ou deux après la clôture de l’Assemblée et des Jacobins. À cette réunion venaient, pêle-mêle, des hommes qui, plus tard, se divisèrent en Girondins et Montagnards ; près du Girondin Pétion siégeait le Montagnard dantoniste Thuriot. Nous ignorons entièrement quelle fut la part de ce conciliabule de représentants dans le renversement de la royauté. Cette petite assemblée nationale autorisa-t-elle le changement de la Commune, donna-t-elle le signal et l’ordre à Manuel et Danton, eut-elle connaissance du comité insurrectionnel qui travailla au 10 août ? Nous l’ignorons. Ce qui est sûr, c’est que les représentants ne se fièrent point à la société, trop mêlée, des Jacobins, que cette société, qui gardait obstinément son titre des Amis de la constitution, n’aurait nullement accepté la responsabilité de ces actes audacieux, d’un succès si incertain. On a vu avec quel soin Robespierre se préserva de tout contact avec le comité insurrectionnel. L’hôtesse de Robespierre, craignant qu’on ne le compromît, ne voulut pas même souffrir ce comité dans une chambre de la même maison et mit littéralement la Révolution à la porte.

Marseille, comme bien d’autres villes, ne correspondait plus avec les Jacobins. C’était sans leur avis et peut-être à leur insu qu’elle avait recruté, envoyé cette élite de vaillants soldats, qui fut l’avant-garde du 10 août. L’inertie de la société ne fit pas tort à ses membres dans cette circonstance. Beaucoup furent appelés, sinon le 10 au moins le 11, à la nouvelle Commune. Ils profitèrent en grand nombre de la victoire, furent placés de préférence dans les fonctions de toute espèce, jurys, missions, présidences ou secrétariats de sections. Le club fut laissé désert.

Une chose était à craindre : c’était que les Jacobins, tout en réussissant comme individus, ne périssent comme société.

Déjà la correspondance avec les sociétés de provinces était tout à fait désorganisée.

Qu’adviendrait-il de la société de Paris si, pendant qu’elle se dépeuplait de jour en jour, la réunion nocturne des représentants, qui se tenait dans le même enclos, allait prendre corps, se fortifier, s’enraciner ? Ne finirait-elle pas par remplacer l’ancienne société, lui prendre son nom (qui, après tout, n’était que celui du local) et s’appeler les Jacobins ? La société, menacée à ce point, devait faire pour vivre un effort décisif ou se résigner à périr.

Telle était la situation. Elle fut simplifiée le 2 septembre, et la question tranchée. On trouva moyen de faire les élections de Paris, dès ce jour, au sein même des Jacobins. Robespierre, sans prendre une part directe au terrible événement, en profita à merveille.

Le corps électoral, appelé ce jour même par la Commune pour élire les députés à la Convention, vint tremblant à l’Hôtel de Ville, cinq cent vingt-cinq électeurs seulement[3]. Ces pauvres gens se rassurèrent en nommant président, vice-président, les plus fameux patriotes, Collot d’Herbois et Robespierre : on leur persuada alors de ne point faire l’élection au lieu ordinaire qui était une salle de l’archevêché, mais de prendre un lieu plus tranquille, fort éloigné des massacres, le local des Jacobins. Ils n’y furent pas tellement tranquilles qu’ils ne reçussent, le 4, le 5, pendant qu’on tuait encore, les visites très effrayantes de soi-disant volontaires qui, partant pour les frontières, venaient crier qu’ils ne partiraient pas l’âme tranquille si l’on ne chassait pas du corps électoral tel ou tel aristocrate. Robespierre fit décider qu’on ne laisserait pas voter un seul de ceux qui avaient signé les fameuses pétitions constitutionnelles des huit mille et des vingt mille. On sait les élections. Elles portèrent à l’Assemblée, outre Robespierre, Danton, Desmoulins, etc., les hommes de septembre, Sergent, Panis et Marat.

C’était un vrai coup de maître d’avoir fait du club désert le théâtre populaire du grand événement du jour, les élections de Paris. La vieille boutique fut réachalandée : on y était, on y resta. Les élections faites, la société s’assembla, peu nombreuse encore, il est vrai, mais s’appuyant sur le point de départ que le corps électoral dominé par Robespierre lui avait laissé : épurer la Convention, réserver au peuple la faculté de révoquer ses députés ; épurer les décrets de la Convention, en les soumettant à la revision, à la sanction populaire[4]. L’Assemblée future, avant d’être nommée entièrement, était déjà placée sous la tutelle des clubs et sous le coup de l’émeute.

La foule reprenait lentement le chemin des Jacobins. Tout septembre et tout octobre, il y eut encore peu de monde. En octobre même, un membre s’étonna de voir moins de Jacobins que dans sa petite ville, où l’assemblée, dit-il, est toujours de six ou sept cents. La société fraternelle d’hommes et de femmes, qui siégeait dans un local tout voisin, vient se plaindre aussi de sa solitude, demander aide et conseil.

La terreur seule, la crainte de l’excommunication jacobine pouvait rendre force à la société. Il lui restait une grande autorité dans l’opinion ; elle en usa hardiment pour intimider la Convention, ne frappant, il est vrai, que des députés jacobins, ne réclamant de juridiction que sur ses propres membres, mais de manière à imprimer en tous la terreur de ses justices.

L’expérience se fait sur Fauchet. Ce personnage léger, chimérique, qui se croyait à la fois révolutionnaire et chrétien, évêque du Calvados, et comme tel, peu en rapport avec ses confrères de la Gironde (voltairiens en majorité), est le premier des Girondins que les Jacobins frapperont. C’est comme un membre extérieur de la Gironde auquel on s’attaque d’abord. Son crime était d’avoir demandé un passeport pour le ministre Narbonne au comité de défense générale : « Un passeport ! avait dit Bernard (de Saintes), président du comité ; un passeport ! je viens d’expédier celui qu’il mérite, et c’est un mandat d’arrêt. » Fauchet alors se troubla, balbutia ; en réalité, il ne connaissait pas Narbonne, mais il soutint, ce que personne ne crut, que le passeport lui avait été demandé pour Narbonne par une personne inconnue. Aux Jacobins, il nia et fut convaincu. Fauchet sans doute était coupable d’avoir voulu soustraire à l’examen juridique un homme responsable, un ministre, qui n’avait pas rendu ses comptes. Et pourtant, dans un tel moment, quand tout le monde prévoyait le massacre de septembre, quand il y avait si peu de chances d’un examen sérieux, d’un jugement équitable, qui de nous n’aurait commis cette faute d’humanité ?

Fauchet fut rayé le 19 septembre. Peu de jours après, la société, enhardie, en vint à Brissot, qui fut rayé le 10 octobre.

Elle se posa ainsi inflexible, impitoyable. Un de ses membres les plus violents, Albitte, ayant hasardé un jour quelques mots d’humanité, ayant dit qu’en punissant de mort les émigrés qui combattaient contre la pairie, on devrait épargner du moins les émigrés de la peur…, ce fut une indignation générale, des murmures vivement improbateurs. Albitte, effrayé, fit amende honorable, déclara son repentir, rougissant d’avoir cédé à ce mouvement instinctif de sensibilité et de faiblesse.

La société reprenait son ascendant de terreur. Elle déclara qu’elle exclurait de son sein tout député qui tiendrait à une société non publique, en d’autres termes, qu’elle ne permettrait pas à la Convention de continuer ce qu’avait fait la Législative, que les représentants fort nombreux (deux cents à peu près), qui s’assemblaient hors du club, dans la même enceinte, ne pourraient être Jacobins.

Véritable tyrannie. En écartant tout esprit de parti, on devait convenir qu’une infinité de sujets, politiques et diplomatiques, qui ne pouvaient être traités à la Convention devant les tribunes, ne pouvaient pas davantage être confiés au public, tellement mêlé, qui fréquentait les Jacobins.

La réunion (c’est ainsi qu’on appelait les deux cents), mêlée de Girondins et de dantonistes, avait excité non seulement la jalousie des Jacobins, mais leur crainte. Quelqu’un y avait proposé, après le 2 septembre, de mettre Robespierre en accusation.

Donc point de milieu, les Jacobins ressuscités menacent et montrent les dents : « Point de milieu ! soyez avec nous, ou bien soyez contre nous. »

Celui qui prit peur le premier fut Guirault, l’adjudicataire de l’enceinte et des bâtiments des Jacobins. Voyant l’excommunication de ses terribles locataires déjà suspendue sur sa tête, il pria les deux cents députés de ne plus le compromettre et de ne plus revenir. Désobliger la Convention, c’était peu de chose ; mais désobliger une société si violente et si rancuneuse, qui ne lâchait jamais prise, c’était un danger très grand. Guirault vint aux Jacobins et fit ses excuses.

L’impérieuse société, non contente d’avoir chassé les députés de son voisinage, les mit en demeure de venir aussi s’excuser, d’assister à ses séances. L’exigence était grande, hardie, de vouloir que les hommes de la nouvelle Assemblée, à peine au courant encore, tenus le jour à la séance, la nuit aux commissions, trouvassent encore le temps de venir au club, d’écouter l’infini bavardage d’une société si mêlée, des parleurs infatigables qui ne quittaient presque jamais la tribune des Jacobins, Chabot et Collot, Collot et Chabot. Le comédien de province, hardi par l’ivresse, lançait ordinairement les choses. Puis le capucin venait appuyer avec des farces ; sa face, allumée de luxure vers les tribunes des femmes, faisait rire, même sans parler. Fort supérieur à Collot, parfois plein de force et de sens, cet excellent bateleur, spirituellement trivial, mettait l’assaisonnement ; il allait remuant, salant, au goût de la foule, aussi bien et mieux que n’eût fait son père, le cuisinier de Rodez.

On a vu comment, le 23 septembre, la guerre commença par la presse du côté de la Gironde, par la parole aux Jacobins. Chabot, ce jour-là, tenait le fauteuil de président et Collot parlait : « N’est-ce pas chose scandaleuse de voir des députés qui se disent Jacobins et qui font des réunions hors des Jacobins ? Que vont-ils chercher ailleurs, ces patriotes ? N’est-ce pas ici la serre chaude qui fait germer la plante républicaine qui étend ses rameaux sur l’empire français ? N’est-ce pas ici seulement qu’il faut la cultiver ?… »

Cette sommation fut entendue, et Pétion, le lendemain, revint enfin à la société dont il était le président nominal. On a vu cette séance. Tout s’y dessina nettement. Chabot dit qu’il fallait, avant tout, forcer la Convention de constituer un gouvernement. En réponse aux articles de Brissot qui dénonçait un parti désorganisateur, Chabot dénonça un parti fédéraliste qui voulait démembrer la France au profit de l’aristocratie. Accusation calomnieuse, mais qui sembla confirmée par les menaces insensées de l’étourdi Barbaroux.

Les dantonistes, voulant à tout prix garder l’avant-garde de la Révolution, faisaient alors des avances aux Jacobins et les flattaient de leur mieux en médisant de la Gironde. Cependant il est probable qu’ils conservaient l’espoir de continuer la réunion mixte qui eût prévenu le divorce absolu de la Convention. Thuriot (exprimant ici, je le crois, la pensée de Danton) demanda encore, le 1er octobre, que les Jacobins révoquassent leur décret d’exclusion ; il dit que la réunion n’avait lieu qu’à minuit, après la séance ; il ne dit pas, mais tout le monde dut comprendre, qu’on y traitait des affaires qui, demandant du secret, ne pouvaient être divulguées aux Jacobins. Ces paroles sensées ne firent que ménager un triomphe à Collot. Le déclamateur soutint, aux applaudissements des tribunes qu’il ne pouvait y avoir de secret pour le peuple souverain, qu’on ne pouvait rien faire qu’avec le peuple, qu’on devait tout faire sous les yeux du peuple, c’est-à-dire traiter les plus secrètes affaires de diplomatie, de police, en confidence des agents royalistes et des espions étrangers, mêlés au peuple des tribunes.

La société confirma son arrêté d’exclusion. Les deux cents cédèrent, ne s’assemblèrent plus. Chose grave. Dès ce moment, on ne pouvait plus se rencontrer sur un terrain neutre, mais toujours au champ de bataille, ou à la Convention, ou aux Jacobins, toujours sous les yeux des tribunes, avec le masque officiel, dans la tenue obligée de gladiateurs politiques. Tout espoir d’accord entre les partis cessait. Tout gouvernement par la Convention elle-même était impossible. Elle allait être obligée d’agir par des comités, de petits groupes que les Jacobins influenceraient, domineraient, ou qui, sortis des Jacobins, deviendraient, comme il arriva, les tyrans de l’Assemblée.

Que faisait pendant tout ce temps Robespierre ? Rien et toujours rien, du moins ostensiblement. Durant cette exécution, cet acte de dure pression que les Jacobins exerçaient sur l’Assemblée, il faisait le mort. Résurrectionniste habile, il avait profité du 2 septembre et des élections de Paris transportées aux Jacobins pour galvaniser la société, la remettre sur ses jambes. Mais une fois relevé ainsi, relancé dans la vie et l’action, l’être singulier voulait croire qu’il allait tout seul, monté sur Collot, Chabot, n’importe, mais non pas sur Robespierre. Le fonds propre au Jacobin, par-dessous son patriotisme, très vrai et sincère, c’était (Robespierre le savait bien par lui-même), c’était l’orgueil et l’envie. Si, dans ces commencements l’habile restaurateur de la société, à qui elle devait tant, n’eût pris des précautions extraordinaires pour se faire moindre, se tenir sur le second plan, paisible et muet, le Jacobin, pour coup d’essai, eût fort bien pu se tourner contre son père et créateur, mordre sa nourrice.

Donc Robespierre restait tranquille à sa place, tirant les mannequins parlants et ne parlant pas. À peine dit-il un mot le 3 octobre, et un mot le 5. Le 3, on parlait de lui pour le faire maire de Paris : « Non, dit-il, nulle force humaine ne me ferait quitter la place de représentant du peuple. » Le 5, on parlait d’envoyer aux sociétés affiliées le nom des députés revenus aux Jacobins, pour leur dénoncer indirectement ceux qui ne revenaient pas. Robespierre, avec une modération que tout le monde admira, demanda l’ordre du jour : « toute mesure coercitive étant, disait-il, indigne d’une société d’hommes libres ». La société trouva que Robespierre avait trop bon cœur et trop de facilité ; elle ne l’écouta pas et elle envoya les noms.

Sa douceur et sa patience éclatèrent encore, lorsqu’un membre ayant osé dire que la députation de Paris déshonorait la capitale, Robespierre calma la fureur des Jacobins et demanda, pour toute peine, l’ordre du jour et le mépris.

Cette conduite porta ses fruits. Robespierre, sans même parler, frappa, par Collot et d’autres, le coup décisif qu’il méditait depuis longtemps, l’exclusion de Brissot et sa condamnation solennelle par la société, avec une publicité immense, plus meurtrière que n’eût été le mandat d’arrêt, dressé le 2 septembre, pour le mettre à l’Abbaye. Quelles qu’aient été les fautes de Brissot, son esprit remuant, inquiet, son ardeur à remplir toutes les places de ses amis, sa crédulité misérable pour La Fayette et Dumouriez, on est confondu pourtant en lisant l’adresse que les Jacobins lancèrent, et qui, envoyée à deux ou trois mille sociétés jacobines, lue par elles à la tribune, répétée de bouche en bouche, multipliée ainsi en proportion géométrique, dut arriver, en huit jours, à la connaissance à peu près d’un million d’hommes, tous désormais convaincus qu’une cause examinée de si près par l’incorruptible était décidément jugée, tous condamnant sans examen et jugeant à mort, sur la parole de Caton.

Il n’y a aucun exemple, dans la mémoire des hommes, d’une pièce si calomnieuse. Jamais la fureur de l’esprit de corps, le fanatisme monastique, l’ivresse de confrérie s’animant à huis clos, et, de degré en degré, marchant sans contradiction dans la calomnie jusqu’aux limites de l’absurde, n’ont trouvé choses semblables. Brissot, entre autres crimes, a méchamment rédigé la pétition républicaine du Champ de Mars, pour donner aux royalistes l’occasion d’égorger le peuple. La Gironde a calomnié, avant le 10 août, les fédérés des départements, — accusation vraiment étrange, effrontée, impudente même, qui montre jusqu’où les rédacteurs comptaient sur la crédulité des Jacobins de province. Qui ne savait que c’était la Gironde qui avait appelé en juin vingt mille fédérés, et que, sur le refus du roi, le ministère girondin s’était retiré ? Qui ne savait que les fédérés du 10 août, ceux de Marseille du moins, avaient été embauchés, amenés par les Girondins Rebecqui et Barbaroux ? Au moment même, en octobre, la Gironde faisait venir à Paris les fédérés des départements, que les Jacobins repoussaient.

Quelles étaient les dispositions de la Convention, de la grande masse, du centre ? Elle ne s’émouvait pas trop du coup frappé sur la Gironde. Comme une bande d’écoliers sournois, elle s’amusait de voir son précepteur et pédagogue, Brissot, fouetté lui-même aux Jacobins. Ce qui lui plaisait beaucoup moins, c’était l’excommunication que ceux-ci avaient lancée contre une réunion mixte de deux cents députés de toute nuance, et Montagnards même, leur interdisant en quelque sorte de s’assembler près d’eux, à la porte du saint des saints. Qu’était donc cette société, recrutée si légèrement, qui, sans mission ni titre, jugeait la Convention, les représentants élus de la France avec pouvoir illimité ? Quel était ce pouvoir supérieur au pouvoir suprême ? Était-ce un concile ? un pape ?

Robespierre heureusement n’avait pas dit un seul mot. Il faisait parler et ne parlait pas. Ne s’étant point avancé, il pouvait reculer sans peine. Reculer lui-même ? Non, mais reculer par un autre. C’est ce qu’il hasarda de faire par l’organe de son ami Couthon, le premier des Jacobins après lui. C’était un jeune représentant auvergnat, d’une gravité peu commune, immobile par infirmité (il était paralytique), d’une voix toujours très douce, d’un caractère âpre et fort, et d’une force contenue. On ne parlait guère de lui sans dire : « le respectable Couthon ». Pour faire un pas dangereux, on ne pouvait le faire par un homme plus estimé dans la société.

Il faut savoir que Robespierre, en poursuivant la Gironde, sentait derrière lui, dans le dos, un parti ardent, violent, qui peut-être lui serait plus dangereux que la Gironde. Je parle de la Commune, où s’était logée la fraction la plus violente des Cordeliers, Hébert, Momoro, Chaumette. Derrière la Commune elle-même, venaient d’étranges figures d’agitateurs équivoques, le prêtre Roux, une bête sauvage qui hurlait aux Gravilliers, le petit Varlet, tribun du ruisseau, dont nous parlerons tout à l’heure, un certain Gusman, Espagnol, qui se disait grand d’Espagne. Gusman était militaire, il était venu mettre son épée au service de la liberté ; très puissant dans les faubourgs, on l’avait toujours vu à la tête des mouvements, dépassant de loin les plus furieux en violentes motions ; plusieurs le soupçonnaient d’être un agent étranger.

Ce dangereux personnage fut nommé, au 1er octobre, président de la section des Piques (place Vendôme), section de Robespierre, où siégeaient pourtant plusieurs hommes tout à fait à lui, Lhuillier, qu’il portait à la mairie de Paris, Dumas, son futur président du tribunal révolutionnaire, Duplay, hôte de Robespierre, qui le fit aussi nommer juré de ce même tribunal.

Évidemment le flot montait plus que ne voulait Robespierre. Le plan de Gusman et de ses amis (consenti par la Commune) semble avoir été de former à l’évêché des réunions fréquentes des commissaires de sections, une assemblée quasi permanente, une contre-Convention, qui pût, au besoin, briser l’Assemblée nationale. Robespierre vit d’abord avec inquiétude se créer cette force anarchique. Puis l’entraînement des événements l’obligea, comme on verra, de composer avec elle, de s’en aider pour mutiler la Convention, pour en arracher la Gironde.

Il était loin de le prévoir au moment où nous sommes (12 octobre). Il crut utile de frapper ces exagérés par la voix de Couthon et l’improbation des Jacobins.

Couthon était fort courageux. Il ne craignit pas de professer une théorie d’équilibre. Il dit qu’en face des intrigants de la Gironde qu’il fallait perdre au plus tôt, il y avait aussi des exagérés qui tendaient à l’anarchie. Les Jacobins, à toute époque, s’étaient flattés d’être les sages et les politiques de la Révolution, d’en tenir la haute balance. Couthon entrait dans leur idée ; il leur montrait en eux-mêmes l’équilibre de la Montagne, de la Convention, de la France, c’est-à-dire du monde. La question élevée ainsi, tous furent saisis d’enthousiasme. Les dantonistes mêmes, quoique peu satisfaits de la société, cédèrent à l’élan. Thuriot appuya Couthon : « Nous nous sommes ralliés en 1789, en 1790, au 10 août ; nous nous rallierons encore, quand il le faudra. » À ce mot, ce furent des cris ; tous virent la patrie sauvée, sauvée par eux ; ils prirent le mot de Thuriot comme une déclaration des dantonistes de s’unir sans réserve aux Jacobins. On se précipita au bureau, on ne se contenta pas d’applaudir Couthon, on voulut signer son discours. Le vieux Dussaulx eut seul la fermeté de ne pas signer, ne reconnaissant pas pour doctrine d’équilibre un discours dont le point de départ était la mort de la Gironde, la suppression de la droite, et qui cherchait la ligne centrale non dans la Convention, mais seulement dans la gauche.

Pour une raison contraire, les Cordeliers aussi prirent mal la chose. Plusieurs Jacobins trouvèrent qu’il était trop tôt dans la Révolution pour blâmer l’exagération, qu’elle était encore nécessaire. Mobilité des assemblées ! Tout change, du 12 au 14. Tallien, l’homme de la Commune, Camille Desmoulins, pour l’honneur des vieux Cordeliers, les Jacobins Bentabole Albitte, Chabot même, demandent un changement au discours qu’ils ont signé. Pourquoi parler d’exaltés ? Il n’y a point d’exalté ; un seul peut-être, Marat ; un individu exalté ne peut s’appeler un parti. La société prie Couthon de modifier son discours ; il refuse, on passe à l’ordre du jour, on n’adopte point le discours, on ne l’envoie pas aux départements.

Coup grave pour Robespierre. On savait bien que Couthon n’avait fait qu’exprimer sa pensée. Mais les Jacobins s’étaient dit : « Robespierre est encore ici trop doux et trop modéré ; nous ne pouvons pas le suivre ; c’est un philosophe, un sage, plus encore qu’un politique ; c’est un moraliste, un saint… »

Les exaltés, encouragés par ce manifeste échec de Robespierre aux Jacobins, poussèrent vivement l’affaire de l’évêché, y signèrent et firent signer une pétition furieuse, rédigée par Gusman et ses amis, approuvée de Tallien, Chaumette, Hébert ; on y contestait à la Convention le droit de faire des lois, ne reconnaissant pour tel que ce que le peuple aurait sanctionné plus tard. Cet acte insensé eût établi un provisoire d’anarchie (voir plus haut).

L’effet fut tel dans la Convention que la Montagne elle-même accueillit la pétition d’un silence désapprobateur. Robespierre ne souffla mot. Gusman, nullement abattu, rapporta la pétition dans la section dont il était président (section même de Robespierre) ; il en reçut les félicitations, les consolations[5]. On lui adjoignit un membre pour l’appuyer aux Jacobins, où il portait aussi ses plaintes. Il y fut très bien accueilli, malgré les réclamations de plusieurs représentants. Ce qui fut très grave, autant au moins que la pétition, c’est que le gros Santerre, bas flatteur de toute force qui semblait poindre à l’horizon, voyant que décidément les exaltés l’emportaient, vomit contre l’Assemblée nationale les mots d’un homme ivre : « Je le leur ai dit, ils ont pu l’entendre ; ils ont de longues oreilles… Qu’ils aillent dans le Midi, on leur donnera les étrivières, ils regretteront bien Paris », etc. Voilà l’homme à qui étaient confiés le soin de l’ordre et le maintien de la paix publique. Le tout entendu des Jacobins avec applaudissements.

Robespierre, heureusement pour lui, n’avait pas professé lui-même la doctrine d’équilibre ; un autre ayant seul parlé, il était encore temps de pactiser avec les exaltés et de revenir sur ses pas. Nous le verrons en effet, au procès de Louis XVI, s’appuyer sur la Commune renouvelée et fanatisée, enfin, dans son combat désespéré contre la Gironde, recourir à la force anarchique, que, de son premier mouvement, il avait voulu réprimer.

  1. Attribués à Jean Goujon et placés aujourd’hui au Louvre. On avait coiffé saint Jean du bonnet de la liberté.
  2. Une question curieuse s’élève ici. Pourquoi les Jacobins faisaient-ils illusion sur leurs divisions intérieures, tandis que celles des Girondins apparaissaient si nettement au grand jour, d’une manière si compromettante ? — Une des réponses qu’on peut faire, c’est que les Girondins agissaient principalement par la presse, qui illumine toute chose, qui fixe impitoyablement en pleine lumière ce qu’on a montré une fois. Les Jacobins ne regardèrent jamais la presse que comme un moyen secondaire ; ils employèrent de préférence les communications verbales, la circulation orale d’homme à homme et de club à club, les paroles qu’on peut toujours interpréter, démentir même. L’association, la prédication, furent les moyens des Jacobins. Ils tiraient à petit nombre les pièces mêmes qu’ils tenaient le plus à répandre, à trois mille seulement les discours de Robespierre. Mais, de ces trois mille, on envoyait les deux tiers à deux mille sociétés ; la diffusion devenait véritablement immense. Le discours pouvait être vague, sans inconvénient. L’interprétation orale en déterminait le sens.

    Ces moyens, qui avaient été ceux du Moyen-âge, furent aussi ceux des Jacobins ; moyens dont l’avantage principal était de conserver plus aisément une certaine apparence d’unité dans les doctrines. La fameuse unité catholique eût été impossible à affirmer, dans la lumière de la presse ; elle put très bien se feindre, dans le demi-jour de la publicité verbale, comme l’avait le Moyen-âge. L’unité jacobine put aussi s’affirmer, se soutenir jusqu’à un certain point, subissant à l’intérieur et sous le masque fixe d’une parole identique les changements que réclamait la Révolution dans ses phases rapides. Les Jacobins furent quasi prêtres ; ils soutinrent invariablement, de changements en changements, leur orthodoxie.

  3. Ces détails si importants sont consignés dans les registres de la Commune. (Archives de la Préfecture de la Seine.)
  4. Dans l’adresse où la société exprimait ce vœu et qu’elle envoyait à ses sœurs des provinces, elle en ajoutait un autre, énoncé, il est vrai, indirectement, mais dans une clarté parfaite ; le vœu de la mort du roi : « Le chef, le prétexte des machinations respire encore », etc. La chose n’était pas mûre, on ne la mûrit (voir le tome précédent) que par les adresses des sections et des sociétés de provinces. — Des scènes patriotiques de caractère fort divers se succédaient au sein de la société et lui rendaient l’importance. L’envoyé de Dumouriez, Westermann, vint lui offrir l’étrenne de la guerre, le premier Allemand qu’on avait fait prisonnier. Des gens qui se croyaient lésés venaient se plaindre aux Jacobins ou demander leur appui. Un soldat vient solliciter de la société qu’elle donne à un de ses camarades (poursuivi, on ne sait pourquoi, par l’autorité) un défenseur officieux. Une commune, Bry-sur-Marne, veut que les Jacobins interviennent pour qu’on répartisse mieux ses contributions. Parfois on fait des collectes pour des malheureux ou des volontaires qui partent. La société refuse d’intervenir pour les ouvriers dans les questions de salaires, mais leur nomme des défenseurs. Elle écoute avec un vif intérêt un enfant qui sait par cœur la Déclaration des droits et le président embrasse le petit prodige, aux applaudissements des tribunes ; sur quoi un membre propose de faire jurer à tous les enfants qu’un jour ils tueront les rois. La société prend part au chagrin des canonniers d’Orléans, dont le corps se voit cassé pour avoir escorté, sans les défendre, les prisonniers massacrés à Versailles. — Parfois les dénonciations se présentent aux Jacobins sous des formes dramatiques qui peuvent toucher la sensibilité d’une société essentiellement philanthropique. On amène une aveugle enceinte pour dénoncer les administrateurs des Quinze-Vingts. La société nomme pour défenseurs aux aveugles de rudes et redoutés patriotes, Tallien, Legendre et Bentabole.
  5. Tout ceci est tiré en partie du Journal des Amis de la constitution, en partie des Procès-verbaux de la Commune (Archives de la Seine) et des Procès-Verbaux des sections. (Archives de la Préfecture de police.)