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Histoire de la Révolution russe (1905-1917)/Chapitre III

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III


Le successeur de Plehve, prince Sviatopolk Mirsky (septembre 1904), était un homme de bonne volonté et d’idées modérées. Au mois de novembre, sans que la police y mît obstacle, une réunion privée des délégués des zemstvos et des municipalités eut lieu à Pétersbourg, à la suite de quoi il fut décidé qu’on demanderait à la Couronne l’institution d’une représentation nationale, l’égalité des citoyens devant la loi et des garanties de la liberté individuelle. Ces vœux furent portés à la connaissance du prince Mirsky, qui était disposé à les accueillir. Mais l’empereur, sous l’influence du grand-duc Serge et surtout du procurateur du Saint-Synode, le fanatique Pobedonoszev, se contenta de promulguer un ukase (25 décembre 1904) où, tout en annonçant quelques réformes pour satisfaire les ouvriers et les paysans, il ne dit pas un mot d’un régime constitutionnel.

L’agitation, stimulée par cette déception, ne fit que grandir. Les zemstvos de Moscou et de Tchernigov s’ajournèrent sine die, en déclarant que le manifeste du tsar ne répondait pas aux vœux de la nation (30 décembre). Quelques jours après (2 janvier 1905), la Russie apprit avec consternation la prise de Port-Arthur, Le prince Troubetskoï, président du zemstvo de Moscou, adressa une lettre ouverte au ministre de l’Intérieur, déclarant que la Russie était à la veille d’une révolution si l’on continuait à lui refuser toute liberté, Mirsky, qui n’était pas partisan de la résistance à outrance, donna sa démission et fut remplacé par un inconnu, Bouliguine.

Une grève formidable de cent mille ouvriers, organisée par l’Union des Unions (analogue à la C. G. T. française), s’était déclarée le 16 janvier à Pétersbourg, notamment aux usines Poutilov. Le 21, un groupe de grévistes, conduit par le prêtre démocrate Gapone (probablement affilié à la police), demanda que le tsar reçût le peuple devant le Palais d’Hiver. Mais le tsar resta à Tsarskoié-Sélo ; les grévistes, pacifiques et sans armes, se dirigèrent en masse vers le palais pour y déposer une pétition. Contre cette foule inoffensive, la troupe fit usage de ses armes ; les cosaques chargèrent avec furie ; il y eut plus de quatre mille victimes (22 janvier). Les ouvriers, exaspérés, se portèrent alors à des violences ; Gapone les enflamma par une proclamation où il disait qu’il n’y avait plus de tsar, que des flots de sang innocent le séparaient désormais du peuple. Les combats dans les rues continuèrent le 23. Le 24, une cohue de vingt mille grévistes se dirigea vers Tsarskoié-Sélo, portant une pétition au tsar ; un régiment d’infanterie et une demi-batterie en firent un carnage. Le général Trepov fut nommé gouverneur de Pétersbourg, avec pleins pouvoirs pour écraser l’insurrection. Le 28, elle avait été noyée dans le sang. Mais des troubles analogues, quoique moins graves, éclatèrent à Moscou, à Varsovie, à Sosnovice. Une véritable jacquerie commença au mois de mars dans le centre et le sud de la Russie, gagna la Livonie et les provinces baltiques, puis le Caucase ; les ouvriers se joignaient aux paysans pour incendier les fabriques et les châteaux. Le 17 février, le grand-duc Serge, oncle du tsar et l’un des piliers de la réaction, était assassiné dans sa voiture à Moscou et le même jour trente mille ouvriers se mettaient de nouveau en grève à Pétersbourg.