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Histoire de la Révolution russe (1905-1917)/Chapitre XIX

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XIX


En présence de la guerre subitement déchaînée par l’Allemagne (1er août), l’ « union sacrée » était partout nécessaire, mais en Russie plus encore qu’ailleurs. Elle se fit rapidement et complètement, parce que cette guerre n’avait rien de commun avec celle de 1904 : la Russie était injustement attaquée, après avoir, grâce au tsar et à Sazonov, fait l’impossible pour sauvegarder la paix. Le pays le sut ou le devina : tous les germes de guerre civile disparurent. Polonais, Finlandais, Petits Russiens, Caucasiens, tous s’unirent dans un même sentiment patriotique. On vit à Pétersbourg (dénommé peu après Pétrograd) cinq mille juifs, conduits par un rabbin, s’avancer vers le palais en chantant des cantiques en hébreu et l’hymne national, puis s’agenouiller pour entonner des prières ; leurs drapeaux portaient cette devise : « Il n’y a plus maintenant ni juifs ni gentils. » À l’étranger, les exilés se réconcilièrent ; ainsi l’anarchiste Kropotkine tendit la main à son vieil adversaire Plekhanov, chef des social-démocrates. « Les ennemis implacables de la monarchie, les prisonniers de la forteresse de Schlusselbourg, tous les hommes qui, depuis de longues années, avaient prouvé leur dévouement indomptable à la cause de la Révolution, prêchaient l’union autour du drapeau contre l’ennemi »[1]. Tous les grévistes, au premier signal, avaient repris leur place dans les ateliers.

  1. E. Denis, La Nation tchèque, 1917, p. 356. Cet article sur la Révolution russe est un chef-d’œuvre.