Histoire de la vie de Hiouen-Thsang et de ses voyages dans l’Inde/Livre 6

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慧立 Hui Li, 彦悰 Yan Cong
Traduction par Stanislas Julien.
(p. 292-307).
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LIVRE SIXIÈME.


Ce livre commence à la première lune du printemps de la dû-neuvième année (de la période Tching-kouan, 645 de J. C.), au moment où Hiouen-thsang fait » on entrée dans la capitale de l’ouest (Si’an-fou) ; il finit à l’été de la vingt-deuxième année (648), à la sixième lune, lorsqu’il remercie l’empereur d’avoir écrit une préface pour l’édition des livres sacrés qu’il venait de traduire.
RÉSUMÉ[1].

Dans la première lune du printemps de la dix-neuvième année de la période Tching-kouan (645), Fang-youen-ling, ministre de la gauche, comte du royaume de Liang et autres, ayant appris cpie le Maître de la loi arrivait avec une collection de livres sacrés et de statues, envoyèrent le général Mo-tchin-chi, du titre de Yeo^wou’lieou, Li-cho-tchin, commandant de la cavalerie de l’arrondissement de Yong-tcheou, et Li-kien-yeou, préfet du district de Tchang-an, avec ordre d’aller au-devant de lui, de le conduire depuis le grand canal jusqu’à la capitale et de l’installer dans l’hôtel des ambassadeurs appelé Tou-ting-i. Ils étaient accompagnés d’une multitude immense.

Ce jour-là, les magistrats adressèrent aux religieux de tous les couvents Tordre de préparer des tapisseries, des chaises à porteurs, des fleurs, des bannières, etc., et d’accompagner les livres sacrés et les statues dans le couvent Hong-fo-sse (du grand bonheur). Tous les religieux furent transportés de joie et firent à l’envi de pompeux préparatifs. Le lendemain, ils se réunirent en foule au sud de la rue Tchou-tso-kiaï (de l’oiseau rouge). Ils formaient ensemble plusieurs centaines de groupes rangés avec ordre et symétrie. On déposa immédiatement (dans le même couvent) les objets que le Maître de la loi avait rapportés des contrées de l’ouest ; savoir :

1° Cent cinquante grains de che-li (çariras) « reliques » provenant de la chair de Jou-laï (du Tathâgata) ;

2° Une statue d’or du Bouddha dont l’ombre est restée dans la Grotte des dragons, sur la montagne Ts’ientch’ing-kh’io-chan (Prâgbouddhagiri) du royaume de Mokie-t’o (Magadha), avec un piédestal de matière transparente, haute de trois pieds trois pouces, et semblable à la statue du Bouddha qu’on voit dans le royaiune de Polo-ni’Sse (Varânaçî — Bénarès) et qui le représente tournant pour la première fois la roue de la Loi (c’est-à-dire prêchant) dans le Parc des cerfs (Mrïgadava) ;

3° Une statue du Bouddha, sculptée en bois de sandal, avec un piédestal de matière transparente, haute de trois pieds cinq pouces, et semblable à celle que, dans un élan d’affection pour Jou-laï (le Tathâgata), Tchou-’aï-ouang [Oudayana radjâ), roi de Kiao^hang-mi (Kâuçâmbi) y avait fait exécuter, d’après nature^^1, en bois de sandal ;

4° Une statue en bois de sandal, avec un piédestal de matière transparente, haute de deux pieds neuf pouces, semblable à celle du royaume de Kie-pi-tha [Kapitka), qui représente Jou-laï (le Tathâgata) ad moment où il descend du palais des Dêvas à l’aide d’un escalier précieux ;

5° Une statue d’argent du Bouddha, avec un piédestal transparent, haute de quatre pieds, semblable à celle qui le représente expliquant La fleur de la Loi (le Saddhama poundarika) et autres livres sacrés, sur le Pic du Vautour (Grĭdhrakoûṭa), dans le royaume de Mo-kie-fo (Magadha) ;

6° Une statue d’or du Bouddha, avec un piédestal de matière transparente, haute de trois pieds cinq pouces, semblable à son ombre qu’il a laissée dans le royaume de Na-kie-lo-ho (Nâgarahâra) et qui le représente domptant un dragon venimeux ;

7° Une statue du Bouddha sculptée en bois de sandal, avec un piédestal de matière transparente, haute d’un pied trois pouces, semblable à celle du royaume de Feï

1 Suivant une légende que rapporte le Si-ya-ki (liv. XV, fol. 16), ce roi avait prié Moudgalapouttra d’employer sa puissance surnaturelle pour faire monter un sculpteur en bois au palais des Dêvas, afin qu’il vit lui-même la figure divine du Tathâgata et la représentât ensuite d’une manière exacte. che-li (Vâiçâli) qui le représente faisant le tour de la ville pour convertir les hommes, etc.

On déposa aussi (dans le Couvent du grand bonheur) les livres que le Maître de la loi s’était procurés dans les contrées de l’ouest ; savoir :

1° Les livres sacrés (Soûtras) du grand Véhicule — 124 ouvrages ;

2° Ta-ching-lun-i-yen (c’est-à-dire un mot sur les traités du grand Véhicule) — 90 exemplaires ;

3° Livres sacrés, Mémoires sur la discipline et Traités philosophiques de l’école Chang-tso-pou ( des Sarvâstivâdas) — 15 ouvrages ;

4° Livres sacrés, Mémoires sur la discipline et Traités philosophiques de l’école San-mi^ti-pou (des Sammitîyas) — 15 ouvrages ;

5° Livres sacrés, Mémoires sur la discipline et Traités philosophiques de l’école Mi-cha-say-pou [des Mahîçâçakas) — 22 ouvrages ;

6° Livres sacrés, Mémoires sur la discipline et Traités philosophiques de l’école Kio-che-pi-ye-pou (des Kâçyapiyas) — 17 ouvrages ;

7° Livres sacrés, Mémoires sur la discipline et Traités philosophiques de l’école Fa-mi^-pou (des Dharmagouptas) — 42 ouvrages ;

8° Livres sacrés, Mémoires sur la disciphne et Traités philosophiques de l’école Choue-i-tsie-yeou-pou (des Sarvâstivâdas) — 67 ouvrages ;

9° Le Traité In-ming-lun (Hêtouvidyâ çâstra) — 36 exemplaires ;

10° Le Traité Ching-ming-lun (Çabdavidyâ çâstra) – 13 exemplaires.

Cette collection, composée de 520 fascicules et formant 657 ouvrages, fut apportée par 32 chevaux.

Ce jour-là, les magistrats firent distribuer dans tous les couvents un décret ordonnant aux religieux de se réunir le vingt-huitième jour de la lune, avec des tapis précieux, des étendards et des bannières, dans la rue Tchou-tsio-kiaï « la rue de l’oiseau rouge, » pour aller au-devant des livres et des statues nouvellement arrivés, qu’on devait déposer dans le couvent Hong-fo-sse (le Couvent du grand bonheur).

Alors tous les hommes, redoublant d’ardeur et de zèle, firent des préparatifs magnifiques où ils déployèrent un luxe et un éclat extraordinaires. Ils sortirent de chaque couvent avec des bannières, des tapis » des dais, des tables précieuses et de riches palanquins, qu’ils disposèrent dans un ordre régulier. Les religieux et les religieuses marchaient après eux en habits de cérémonie. En tête du cortége, on faisait entendre des chants religieux ; des porteurs de cassolettes remplies de parfums fermaient la marche. Bientôt la procession arriva dans la rue Tchou-tsio-kiaï (de l’oiseau rouge).

Les livres et les statues étaient répartis çà et là au milieu du corlége qui s’avançait dm pas calme et majestueux. On entendait résonner les ceintures chaînes de pierres précieuses et Ton voyait une quantité de fleurs (for qui répandaient mi éclat éblouissant. Les religieux, qui marchaient en tête ou formaient l’escorte, célébraient par des chants cet événement extraordinaire, et une foule de laïques, oubliant les attraits du siècle et se dégageant de ses liens, partageaient leur joie et leur admiration. La procession, commençant à la rue Tchou-tsio-kiaï, la rue de l'oiseau rouge, » ne finissait qu^à la porte du couvent Hong-fo-sse (du grand bonheur), et occupait ainsi un espace de plusieurs dizaines de li (plusieurs lieues). Les habitants de la capitale, les lettrés, les magistrats du dedans (c*est-à-dire du palais) et du dehors, étaient rangés sur les deux côtés de la route, et se tenaient debout dans une attitude qui respirait à la fois l'amour et l'admiration. Les hommes et les chevaux formaient une masse compacte d'une étendue immense. Les magistrats préposés à la cérémonie, craignant qu'un grand nombre de personnes ne fussent écrasées dans la foule, ordonnèrent à tout le monde de rester en place, de brûler des parfums et de répandre des fleurs. Sur toute la ligne du cortége, on voyait flotter un nuage odorant et Ton entendait d'un bout à l'autre les sons cadencés des chants religieux. Ce jour-là, toute la multitude vit, en même temps, des nuages de cinq couleurs qui brillaient au soleil et se déroulaient en nappes étincelantes, sur une étendue de plusieurs li, au-dessus des livres et des statues, et semblaient tantôt les précéder, tantôt les accompagner. Quand on fut arrivé au couvent, ils s'évanouirent en un clin d'œil. Au jour Jin-chin, l'empereur reçut le Maître de la loi dans son palais de Lo-yang.

Au jour I-haï de la seconde lune (du printemps de l'année 645), le Maître de la la loi alla présenter ses hommages à l’empereur, dans le palais du Phénix, où il reçut l’accueil le plus affectueux.

L’empereur ayant demandé à Hiouen-^thsang pourquoi il était parti autrefois sans l’avoir averti, il répondit qu’à cette époque il avait adressé plusieurs plaçais pour obtenir la permission de voyager au loin ; mais que n’ayant point reçu, sans doute à cause de l’obscurité de son nom, l’autorisation dont il avait besoin et ne pouvant d’ailleurs contenir l’élan de son zèle passionné pour la religion du Bouddha, il était parti en secret et de son propre mouvement.

L’empereur, loin de lui adresser des reproches, le félicita d’avoir exposé sa vie pour le salut et le bonheur de tous les hommes, et lui témoigna son étonnement de ce que, malgré les obstacles que lui opposaient les montagnes et les rivières, la distance des lieux et la différence des mœurs, il eut pu parvenir heureusement au but de son voyage.

Hiouen-Thsang répondit^^1 que celui qui est secondé par un vent favorable arrive en un instant au lac du ciel et que, lorsqu’on est monté sur un bateau traîné par des dragons, on traverse sans difficulté les flots impétueux du Kiang. Il ajouta : « Depuis que Votre Majesté tient le talisman du ciel (c’est-à-dire occupe le trône), elle a pacifié les quatre mers (l’empire) ; sa vertu embrasse les neuf contrées^^2, son humanité s’est étendue

1 Hiouen-thsang emploie deux comparaisons empruntées à la mythologie chinoise.

2 C’est à-dire les neuf parties de la Chine. jusqu’aux huit régions, ses instructions pures ont rafraîchi, comme un vent salutaire, les pays au sud du disque brûlant (du soleil), et sa puissance imposante a ému les plages situées au delà des monts Tsong ling. C’est pourquoi, lorsque les princes et les chefs des tribus barbares aperçoivent un oiseau qui arrive de l’orient porté sur les ailes des nuages, ils s’imaginent qu’il est parti de votre noble royaume ; et aussitôt, prenant une attitude grave, ils le saluent avec respect. À plus forte raison, Hiouen-thsang, qui a eu le bonheur de recevoir lui-même vos instructions bienfaisantes, et que protégeait d’ailleurs la puissance du ciel (la puissance de Votre Majesté), pouvait-il aller et venir sans difficulté. »

L’empereur répondit qu’il n’osait accepter un tel éloge et s’attribuer le succès de son voyage. Il l’interrogea alors, en détail, sur les faits qu’il avait recueillis ; sur les climats, les productions, les mœurs des contrées situées au sud des montagnes neigeuses et renfermées dans les frontières de l’Inde, les anciens monuments des huit rois et les vestiges sacrés des quatre Bouddhas passés. « Ce sont, ajouta-t-il, des choses que le comte de Po-wang (le général Tchang-tsien), et les historiens Pan [Pan-kou) et Ma [Sse-ma-thsien) n’ont pas été en état de rapporter. »

Comme le Maître de la loi avait voyagé dans ces contrées, qu’il avait observé les divisions territoriales, et l’état des villes, et qu’avec le secours des oreilles et des yeux, il avait enrichi sa mémoire sans rien omettre d’utile, il put répondre avec autant de clarté que de méthode à toutes les questions de l’empereur.

L’empereur fut ravi de joie. Après avoir loué les talents littéraires de Hiouen-thsang, la rare élégance de son élocution, l’énergie et l’élévation de son caractère, et l’avoir mis au-dessus de plusieurs religieux célèbres, tels que Chi^tao-’an et Siu-’an, il l’invita à composer une histoire de son voyage^^1 et à faire connaître ainsi les mœurs des royaumes lointains du Bouddha, les monuments sacrés et l’enseignement de la Loi.

L’empereur, frappé de la haute capacité du Maître de la loi, voulut lui confier les fonctions de ministre et l’exhorta à quitter la vie religieuse pour le seconder dans la direction des affaires du monde.

Hiouen-thsang s’y refusa, en alléguant qu’entré dès son enfance par la porte noire (c’est-à-dire dans un couvent), et ayant embrassé avec ardeur la loi du Bouddha, il en avait étudié les principes mystérieux « et n’avait jamais entendu parler de la doctrine de Confucius, qui est l’âme de l’administration. S’il les abandonnait pour suivre les idées du siècle, il ressemblerait, dit-il, à un navire marchant à pleines voiles, qui quitterait les eaux de la mer pour voguer sur la terre ferme. Non-seulement il n’y réussirait pas, mais il ne pourrait manquer de se briser et de périr. Il exprime le vœu de finir ses jours en religion, pour remercier le prince de ses bienfaits.

L’empereur n’insiste plus ; mais il le prie de l’accompagner, avec son armée, dans une expédition lointaine,

1 Cet ouvrage est le Tathang-si-yu-ki ou Mémoires sur les royaumes de l’ouest, composés sous la grande dynastie des Thang, 3 vol. in-8°. qui a pour but de châtier quelques rebelles de l’est de la Chine.

Hiouen-thsang ne doute point que l’empereur n’obtienne un triomphe éclatant, comparable aux victoires célèbres remportées à Mou-ye et à Kouen-yang ; mais il est convaincu qu’il ne pourrait contribuer en rien au succès de ses armes, et qu’il serait même pour lui une cause de dépenses et d’embarras. Il ajoute que ses principes, basés sur la bienveillance et l’affection pour les hommes, ne lui permettent point d’assister à des combats et à des scènes de carnage.

Hiouen-thsang, voyant que l’empereur cessait de le presser, lui rappelle qu’on n’a pas encore traduit un mot des six cents ouvrages en langue de Fan (de Fan-lan-mo — Brahmâ) qu’il avait rapportés des contrées occidentales. Il sait que tout près, au sud du mont Song-chan et au nord du mont Chao-chi-chan, s’élève le Couvent du petit bois (Chao-lin-sse), éloigné du bruit des marchés et des villages, où l’on trouve des grottes silencieuses et des fontaines limpides. Ce couvent fut bâti par l’empereur Hiao-wen-ti, de la dynastie des seconds Weï (471-477 après J. C). Ce fut dans cette retraite que le religieux indien Pou-ti-lieou-tchi (Bôdhiroutchi) se livra à la traduction des livres sacrés.

Hiouen-thsang prie l’empereur de l’autoriser, par un décret, à se rendre dans ce couvent, pour s’y livrer à la traduction des livres saints ; mais le prince lui propose de s’établir plutôt dans le Couvent du grand bonheur {Hong-fo-sse), qu’il a fait construire dans la capitale de l’ouest, et lui promet de lui fournir tout ce dont il aura besoin.

À la troisième lune (d’été), au jour I-sse, le Maître de la loi n’est pas plutôt arrivé à Tchang-’an, qu’il va s’établir dans le couvent Hong-fo-sse.

Avant de commencer à traduire, il rédige un mémoire adressé à l’empereur, où il lui fait connaître en détail le nombre des personnes dont il aura besoin pour revoir les traductions et en polir le style, copier les textes sous sa dictée et les mettre au net ; puis il le dépose entre les mains de Fang-hiouen-ling, directeur des travaux publics et comte du royaume de Liang, que l’empereur avait laissé pour gouverner la capitale de l’ouest. Celui-ci charge un magistrat compétent d’écrire, à cette occasion, un placet, et envoie un officier à Ting-tcheou pour le présenter à l’empereur. Un décret impérial, rendu immédiatement, ordonne de lui fournir tout ce qu’il demande.

Dans l’été, au jour Meou-siu de la sixième lune, douze religieux, versés dans l’explication des livres sacrés et des traités du grand et du petit Véhicule, et qui jouissaient de la plus haute réputation, arrivèrent à la capitale (de l’ouest), et se rendirent auprès d’Hiouen-Thsang. Voici leurs noms :

Ling-jun et Wen-pi, du couvent Hong-fo-sse ; — Hoeï-koueï, du couvent des Arhân (Lo-han-sse) ; — Ming-yen, du couvent Chi-tsi ; — Fa-tsiang, du couvent P’ao-tchang ; — Pou-hien, du couvent Tseng-fa-sse ; — Chin-fang, du couvent Fa-haï-sse ; — Tao-chin, du couvent Fa-kiang, de l’arrondissement de Khouo-tcheou ; — Hiouen-tchong, du couvent Yen-khio-sse, de Pien-tcheou ; — Chin-taîy du couvent Pou-khieou-sse, de l’arrondissement de Pou-tcheou ; — King-ming, du couvent Tchin-yu-sse, de l’arrondissement de Mien-tcheou. — Tao-in, du couvent To-p’ao-sse, de l’arrondissement de I-tcheou, etc.

Il arriva en outre neuf religieux d’un mérite distingué, pour retoucher et polir les textes traduits. C’étaient : — Si-hiouen, du couvent Pou-khieou-sse, de la capitale ; — Min-jouî, du couvent Hong-fo-sse ; — Pien-ki, du couvent Hoeî-tchang-sse ; — Taosiouen, du couvent Fong-le-sse, du mont Tchong-nan-chan ; — Tsing-maï, du couvent Fou-tsiu-sse, de Kien-tcheou ; — Hing-yeou, du couvent Pou-khieou-sse, de Pou-tcheou ; — Tao-tcho, du couvent Tsi-yen-sse ; — Hoeï-li^, du couvent Tchao-jin-sse, de Yeou-tcheou ; — Hiouen-tse, du couvent Thien-kong-sse, de Lo-tchepu, etc.

Il vit arriver encore un religieux très-versé dans l’étude des caractères, savoir : le Samanéen Hiouen-ing ; puis un autre religieux habile dans la révision des locutions indiennes et des textes indiens ; son nom était le Samanéen Hioaen-mou, du couvent Ta-hing-chen-sse, de la capitale.

Enfin il reçut, en même temps, les autres religieux qu’il avait demandés, tant pour copier sous sa dictée, que pour mettre les textes au net.

Au jour Ting-mao, le Maître de la loi prit des

1 C’est l’auteur de la première rédaction du présent ouvrage. manuscrits sur feuilles de Tala, en expliqua le texte indien et commença à traduire : 1° le Poussathsang-king [Bôdhisattva pitaka soûtra) ; 2® le Fo-li-king [Bouddha bhoùmi soûtra) ; 3° Lou-men-t’o-lo-ni ( Chatmoukki dkâr rani) ; [x^ Uien-yang^ching-kiao-lun^, Il acheva en un seul jour le livre Lou-men-king [Chatmoukht dhârani] ; mais le Fo-ti-king [Bouddha bhoûmi soûtra) ne fîit terminé qu’au jour Sin-i. Le livre du recueil des Poo-ia {Bôdhisattva pitaka soâtra) et le traité Hien-^ang^kmg’kiao-Iun furent finis dans les derniers jours de l’année.

Dans la vingt-deuxième année (de la période Tchinf kouan — en 648), au jour Kia-tsea du premier mois de printemps, il traduisit en outre le Ta-ching-^fhpi-tomo’tsa-tsi’lan [Mahdyândbhidharma sangiti çâstra) ; il le termina dans le deuxième mois. Il traduisit encore le Yu’kia-sse-ti lun [Yôgdtchâryya bhoûmi çâstra).

En automne, au jour Sin-i de la septième lune, le Maître de la loi présente les Soûtras (livres sacrés} et les Castras (traités philosophiques), dont il venait d’achever la traduction.

Hiouen-thsang adresse à l’empereur un placet dans lequel il mentionne les cinq traductions ci-dessus, formant ensemble cinquante-huit livres, savoir : 1° le livre sacré du Recueil des grands Bôdhisattvas, deux livres ; 2° le texte sacré des provinces du Bouddha, un livre ; 3° les Invocations des six portes, un livre ; 4° le Traité pour mettre en lumière la sainte doctrine, vingt livres ; 5° la collection des Traités divers du grand Véhicule sur

1 Le Traité pour mettre en lumière la sainte doctrine. l’Abhidharma, seize livres. Il annonce qu’il les a réunis en huit enveloppes, et qu’il vient respectueusement au palais pour les lui offrir. Il prie l’empereur de « daigner abaisser son pinceau divin, et écrire, à la louange du Bouddha, une préface dont les idées sublimes brilleront comme le soleil et la lune, dont l’écriture, précieuse comme l’argent et le jade, durera autant que le ciel et la terre, et deviendra, pour les générations futures, un objet d’admiration inépuisable. »

Il termine en disant que les Mémoires sur les contrées de l’ouest (Si-yu-ki), que l’empereur lui avait ordonné de rédiger le jour où il le reçut dans le palais de Lo-yang, viennent d’être complètement achevés.

Dans cet ouvrage, où il traite de cent vingt-huit royaumes qu’il a visités lui-même « u dont il a entendu parier, il raconte des choses inconnues avant lui. Quoiqu’il n’ait pu parvenir jusqu’aux limites du grand Chiliocosme, cependant il a raconté d’une manière exacte tous les faits relatifs aux pays situés au delà des monts Tsongling. N’osant point « ciseler et fleurir » ses récits (c’est-à-dire y ajouter des ornements recherchés), il les a rédigés respectueusement, d’un style simple et vrai, et, après les avoir distribués en douze livres, il leur a donné le titre de Ta-thang-si-yu-ki « Mémoires sur les contrées de l’ouest, (composés) sous la grande dynastie des Thang. » Il se plaint du peu d’étendue de ses connaissances et de l’inhabileté de son pinceau, et exprime la crainte que son ouvrage ne soit indigne de soutenir les regards de l’empereur.

Au jour Keng-chīn^^1, l’empereur lui répond lui-même, fait l’éloge du livre et de l’auteur, et s’excuse d’écrire la préface demandée.

Au jour Ting-yeou, le Maître de la ici présente de nouveau un placet à l’empereur, pour qu’il daigne orner d’une introduction, « tombée de son pinceau divin », les cinq traductions qu’il vient d’achever.

Au jour Keng-chîn, l’empereur adresse au Maître de la loi un décret qui lui ordonne de se rendre dans son palais. Pendant qu’il est en route, il reçoit plusieurs messagers qui l’invitent à marcher à petites journées, pour éviter la fatigue.

À son arrivée dans le palais de Lo-yang, l’empereur lui fait le plus gracieux accueil, et, après quelques instants d’entretien, il le presse de nouveau de quitter le manteau jaune de Siu-pou-ti (Soubhôuti) et le vêtement uni de Weï-mo-kie (Vimalakîrtti) pour entrer dans les affaires, l’assister de ses conseils et siéger parmi ses ministres.

Hiouen-thsang, à l’aide de cinq arguments tirés de l’histoire ancienne et contemporaine, s’efforce de prouver à l’empereur qu’il n’a pas besoin du secours d’autres hommes, et surtout du sien. Il exprime le vœu de rester dans la vie religieuse, pour continuer à propager la doctrine que le Bouddha a léguée au monde, et supplie l’empereur de l’y laisser finir en paix ses jours.

1 J’ai marqué la prononciation de chin (l. 1 et 8) pour montrer que Keng-chīn et Keng-chîn sont deux jours différents.

2 C’est-à-dire : il l’invite à quitter la vie religieuse.

L’empereur y consent et lui promet même de l’aider le tout son pouvoir à atteindre un si noble but. Il écrit enfin la préface tant désirée, contenant sept cent quatre-vingt-un caractères. [L’auteur rapporte en entier ce morceau d’éloquence impériale, écrit d’un style ambitieux, rempli de métaphores brillantes et d’allusions recherchées. Cette préface contient à la fois un éloge pompeux de la doctrine bouddhique et du dévouement héroïque du voyageur ; mais elle n’ajoute aucun fait nouveau, aucune observation de quelque intérêt pour l’histoire ou la géographie de l’Inde.]

Le sixième livre se termine par la réponse que Hiouen-thsang adresse à l’empereur pour le remercier de sa préface, et par un billet de quelques lignes, dans lequel l’empereur, s’exprimant toujours avec une modestie exagérée, dit qu’il est confus de son style vulgaire, et craint d’avoir déshonoré les feuillets d’or du voyageur, en semant du gravier et des débris de tuiles dans la forêt des perles (c’est-à-dire en joignant à ses traductions précieuses une introduction d’un style commun et négligé). En recevant sa lettre, ajoute-t-il, et en lisant les éloges magnifiques dont elle est remplie, « il est rentré en lui-même et a senti la rougeur lui monter au front, parce qu’il reconnaît qu’il n’a rien fait pour mériter des louanges aussi pompeuses ; il avoue avec un amer regret que les expressions lui manquent pour l’en remercier dignement. »

  1. Les livres VI à X ne contiennent que le récit des faits personnels à Hiouen-thsang, qui se sont passés depuis son retour de l’Inde jusqu’à sa mort, et, quoiqu’ils offrent une foule de détails aussi curieux qu’importants, ils sont remplis de rapports, de requêtes et de lettres dont la traduction n’ajouterait rien aux connaissances du lecteur.

    Nous avons pensé, en conséquence, qu’il suffisait d’en donner on résumé ; mais, tout en abrégeant cette seconde partie, nous avons eu soin de ne rien retrancher de ce qui pouvait mettre en relief l’illustre voyageur et faire apprécier ses travaux littéraires et son prodigieux dévouement.