Histoire des Canadiens-français, Tome IV/Chapitre 3

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Wilson & Cie (IVp. 33-50).

CHAPITRE III

1664-65


La compagnie des Indes. — Le régiment de Carignan.
U
n mot des dernières concessions de terres faites entre la date de l’abolition des Cent-Associés et celle de la création de la compagnie des Indes, puis nous entrerons dans l’histoire des événements qui transformèrent le Canada.

Claude Robutel de la Noue, sieur de Saint-André, étant à Paris, en compagnie de Jacques Le Ber et Jean de Lavigne, tous habitants de Montréal, M. de Lauzon leur accorda (28 janvier 1664) l’île Saint-Paul, située près Montréal, pour en jouir à titre de fief noble s’ils la possédaient par indivis, ou de trois fiefs distincts s’ils la divisaient par portions égales ; le tout sous la coutume du Vexin-français. Le 14 novembre suivant, à Montréal, fut signé l’acte du partage de l’île en trois fiefs, celui de Robutel occupant le milieu. Jean de Lavigne donna plus tard (14 février 1669) son fief à Marie Le Ber, laquelle, par contrat du 30 août 1669, le passa à son frère, Jacques Le Ber ci-dessus. En 1676, Robutel et Le Ber obtinrent que l’on substituât la coutume de Paris à celle du Vexin-français ; en même temps, on réunit les deux fiefs des extrémités de l’île sous le nom de Saint-Paul, et on imposa à celui du milieu le nom de La Noue [1]. L’île formait partie du grand domaine de la Citière ; c’est à cause de cela que M. de Lauson la concéda sans l’intervention du gouvernement.

Voici le titre de la seigneurie de Champlain : « Nous, messire Augustin de Saffray, chevalier de Mésy, maréchal de camp, lieutenant général et gouverneur pour le roi de toute la Nouvelle-France, et François de Laval, évêque de Pétrée, vicaire apostolique en la dite Nouvelle-France, nommé, par Sa Majesté, premier évêque du dit pays lorsqu’il aura plu à Notre Saint-Père le Pape d’y en établir un ; en vertu du pouvoir [2] à nous donné et enregistré où il est dû, pour la distribution des terres de la Nouvelle-France — donnons et concédons par ces présentes à Étienne Pezard, écuier, sieur de la Touche, capitaine de la garnison des Trois-Rivières, en considération des services qu’il a rendus à Sa Majesté en ce dit pays et qu’il continue a rendre journellement : la quantité d’une lieue et demie de terre de front à prendre sur le grand fleuve Saint-Laurent, depuis la rivière Champlain en montant sur le dit fleuve vers les dites Trois-Rivières, sur une lieue de profondeur dans les terres ; la dite rivière Champlain mitoyenne avec ceux qui occuperont les terres qui sont de l’autre côté d’icelle. » Pour jouir de cette étendue de terre et « justice tant moyenne que basse, » et « droits honorifiques ordinaires aux seigneurs de paroisses dans les églises[3] lorsqu’elles seront bâties… à la charge du revenu d’une année selon la coutume de Paris[4]. » Les appellations de la justice que le concessionnaire ou ses héritiers établiront devant ressortir à la justice royale des Trois-Rivières. Fait à Québec, le 8 avril 1664. En 1689, lorsque le roi ratifia cet acte, il y inséra le droit de « haute, moyenne et basse justice. » Le mot « haute » paraît avoir été omis dans la copie de l’acte de 1664 que nous connaissons ; la ratification montre qu’il se trouvait dans l’original. La délimitation ci-dessus demande à être expliquée. Les jésuites ayant, par leur titre de Batiscan (1639), un quart de lieue de terre au sud-ouest de la rivière Champlain, la seigneurie accordée à M. de la Touche, en 1664, ne pouvait s’étendre jusqu’à ce cours d’eau. Cette difficulté ne fut réglée qu’en 1721. Le nom de la rivière Champlain, imposé du vivant de Samuel de Champlain, a passé à la seigneurie, et à son tour le seigneur l’a emprunté, de sorte que, après M. Pezard de la Touche, il y a eu un M. de la Touche de Champlain, et aujourd’hui M. de Champlain ; car la famille Pezard n’est pas éteinte ; elle n’a fait que changer de nom, comme tant d’autres.

Le 8 août 1664, M. de Mézy et Mgr de Laval accordent aux jésuites « la consistance de terre non défrichée » dans la banlieue des Trois-Rivières, adjoignant un lopin de quatorze arpents qui leur avait été donné (1648) en échange d’une même quantité de terrain cédée aux habitants des Trois-Rivières pour en faire une commune, aux mêmes droits, etc., que les quatorze arpents en question.

La première période du système seigneurial se termine ici. À la fin de l’année 1664, soixante et cinq seigneuries ou fiefs importants avaient été concédés dans la Nouvelle-France. Citons-les par ordre de date : — 1626 : L’Épinay[5], Notre-Dame-des-Anges[5] ; 1634 : Beauport[5], Saint-Louis des Trois-Rivières[6] ; 1635 : la Citière[7], Sillery[5], Sainte-Foye[5] ; 1636 : île d’Orléans[5], côte de Beaupré[5], Lauzon[5], Portneuf[5], île de Montréal[7] ; 1637 : île aux Ruaux[5], collège de Ouébec[5], Sainte-Croix[5], les Grondines[5], partie de la banlieue de Québec[5], Lanoraie[7], l’île Jésus[7] ; 1638 : Godefroy[6] ; 1639 : Batiscan[6] ; 1640 : Saint-Sulpice[7], Chavigny ou Deschambault[5] ; 1644 : l’Arbre-à-la-Croix[6] ; 1646 : Montmagny[5], île aux Oies[5], île aux Grues[5], Champflour[6], Saint-François de la banlieue de Québec[5], Cap-de-la-Madeleine[6] ; 1647 : Laprairie[7], Lachesnaie[7], Bécancour[6], Cournoyer[6], Gentilly[6], Saint-Gabriel près Québec[5] ; 1648 : commune des Trois-Rivières[8] ; 1649 : Jacques-Cartier[9], île aux Cochons[8], marquisat du Sablé[8], banlieue des Trois-Rivières[8] ; 1651 : Pachirini[8] ; 1652 : Saint-Ignace près Québec[9], Gaudardville[9], Petit-Pré[9] ; 1653 : Neuville[9], les terres entre Lauzon et Bellechasse[9], l’Île-Verte[9], les Écureuils[9], Mille-Vaches[9]; 1654 : l’île Saint-Christophe[8]; 1655 : l’île Saint-Joseph[8], Lafond ou Machiche[8] ; 1656 : Coulonge[8], la Pointe-du-Lac[8], Boucherville des Trois-Rivières[8], Saint-Roch des Aulnais[9] ; 1657 : Bécancour près Québec[9], Longueuil[10] ; 1661 : Mingan[9] ; 1662 : Saint-François du Lac[8] ; 1664 : Champlain[8], Saint-Paul des Trois-Rivières[8], l’île Saint-Paul[10].

Nous ne mentionnons pas certains petits fiefs, comme ceux de l’île d’Orléans et des environs des Trois-Rivières.

Plus du quart des seigneuries énumérées ci-dessus paraissent avoir été sans habitants, ou n’en avoir reçu qu’un très petit nombre avant 1664. Ce sont : Mingan, l’Île-Verte, Petit-Pré, Mille-Vaches, les Écureuils, Batiscan, la Pointe-du-Lac, Lafond, Saint-François du Lac, Lachesnaye, Lanoraie, Saint-Sulpice, Longueuil et Laprairie. Quant à la Citière, elle était morcelée en partie par quatre grandes concessions (Laprairie, Longueuil, l’île Saint-Paul et Saint-François du Lac), et nulle part dans le reste de ses vastes terrains, nous ne trouvons trace d’habitants.

Le principal groupe de la population était fixé à Québec[11] et aux alentours, en descendant jusqu’au cap Tourmente et remontant vers les Grondines ; il dépassait trois cents ménages. La côte de Lauson n’en comptait guère que deux ou trois. Dans la ville et aux environs des Trois-Rivières[12], il y en avait une soixantaine. Montréal en comptait à peu près cent. En tout, pas plus de cinq cents ménages.

Dans deux lettres qu’il adressa à Colbert, en 1664, le conseil souverain demanda des hommes endurcis au travail, parce qu’ils s’acclimataient plus facilement. Sa Majesté était en même temps suppliée d’envoyer dans la Nouvelle-France des familles pour la peupler, et, dit Charlevoix, « de les choisir dans l’île de France, dans la Normandie, la Picardie et les provinces circonvoisines, parce que les peuples, disait-on, y étaient laborieux, industrieux, pleins de religion, au lieu que dans les provinces les plus proches des ports, où se faisaient les embarquements, il y avait beaucoup d’héritiques, et les habitants y étaient moins propres à la culture des terres. »

Il existait dans la colonie une société constituée, des mœurs et des coutumes formées. Les troupes qui arrivèrent bientôt après et qui furent licenciées, se groupèrent d’abord autour des centres déjà subsistant. « Beaucoup d’entre eux, dit M. Ferland, épousèrent des filles du pays et entrèrent dans les rangs de l’ancienne population, à laquelle ils communiquèrent un levain de leur esprit militaire. Ils étaient devenus Canadiens par leurs habitudes et leurs affections quand d’autres compagnies du même régiment (Carignan) furent envoyées au Canada (1670) pour y recevoir leur congé. Ainsi, l’ancienne population s’est toujours maintenue supérieure en nombre aux accessions qu’elle recevait, et elle leur a communiqué son type original, tel qu’il s’était formé et développé sous Champlain, sous Montmagny et sous leurs premiers successeurs. »

L’origine du régiment de Carignan ferait le sujet d’un chapitre spécial. Bornons-nous à résumer ce qui en est connu. Le principal noyau de ce corps armé fut formé vers 1636, et servit au siège de Valence, sur le Pô. Il paraîtrait qu’il était alors commandé par un officier allemand du nom de Balthazar, lequel avait été attiré en France par M. de Salières, qui d’abord lui fit accorder la direction de quelques troupes, et ensuite réussit à fondre celles-ci dans le régiment du prince de Carignan. Les deux chefs conservèrent néanmoins chacun leur compagnie « colonnelles » et leur drapeau. Le régiment s’appela Carignan-Balthazar ; les commissions étaient expédiées sous le nom des deux colonels. Balthazar s’étant retiré, M. de Salières prit sa place, et le régiment reçut le nom de Carignan-Salières. Les deux « colonnelles » et les deux drapeaux subsistèrent. La « colonnelle » de Carignan était la première. Le 20 mars 1652, à l’affaire du pont de Gergau où commandait Turenne, le lieutenant-colonel (on ne donne pas son nom) du régiment de Carignan fut blessé à mort. Le 4 mai suivant, au combat d’Étampes, sous Turenne qui luttait contre Condé, le régiment de Carignan chargea l’un des premiers. Le 5 juillet, à l’attaque du faubourg Saint-Antoine de Paris, les régiments de Turenne, Uxelles, Carignan et Clare formaient la gauche de l’armée royaliste. Au temps de Turenne, on cite quarante-six régiments d’infanterie, parmi lesquels figure, d’après le numéro d’ordre que lui impose sa date de formation, celui de « Carignan-Salières, N° 43. » La campagne où ce régiment s’est le plus distingué est celle de 1664 contre les Turcs, en Autriche. Il contribua puissamment au gain de la bataille de Saint-Gotthard, qui empêcha l’invasion de l’Allemagne du sud par les troupes du sultan.

En même temps que Louis xiv dirigeait des forces du côté des infidèles, il se préparait à exécuter ses projets à l’égard des colonies. Le 19 novembre 1663, M. de Tracy avait été envoyé aux îles de l’Amérique, avec des troupes pour y affirmer la prépondérance française et ensuite se porter vers le Canada. Au mois de mai (1664), ce dernier pays passa aux mains d’une nouvelle compagnie de marchands, et nous trouvons dans la pièce qui suit toutes les explications désirables à ce sujet :

« La paix[13] dont jouit présentement cet État nous ayant donné lieu de nous appliquer au rétablissement du commerce[14], nous avons reconnu que celui des colonies et de la navigation sont les seuls et véritables moyens de le mettre dans l’éclat où il est chez les étrangers[15], pour à quoi parvenir et exciter nos sujets à former puissante compagnie[16], nous leur avons promis de si grands avantages, qu’il y a lieu d’espérer que tous ceux qui prendront quelque part à la gloire de l’état et qui voudront acquérir du bien par les voies honorables et légitimes, y entreront très volontiers, ce que nous avons reconnu avec beaucoup de joie par la compagnie qui s’est formée depuis quelques mois pour la terre ferme de l’Amérique, autrement appelée France équinoxiale ; mais comme il ne suffit pas à cette compagnie de se mettre en possession des terres que nous leur concédons et les faire défricher et cultiver par les gens qui y envoyent avec grands frais, si elles ne se mettent en état d’y établir le commerce, par le moyen duquel les Français qui s’habitueront aux dits pays communiquent avec les habitants naturels en leur donnant, en échange des denrées qui croissent dans leur pays, les choses dont ils ont besoin. Il est aussi absolument nécessaire pour faire ce commerce d’équiper nombre de vaisseaux[17] pour porter journellement les dites marchandises qui se débitent au dit pays et rapporter en France celles qui s’en retirent, ce qui n’a point été fait jusqu’à présent par la compagnie ci-devant formée, — ayant reconnu que le pays de Canada a été abandonné par les intéressés en la compagnie qui s’était formée en mil six cent vingt-huit (les Cent-Associés), faute d’y envoyer annuellement quelque léger secours[18], et que dans les îles de l’Amérique où la fertilité des terres y a attiré un grand nombre de Français, ceux de la compagnie à laquelle nous les avions concédées en l’année mil six cent quarante-deux[19], au lieu de s’appliquer à l’agrandissement de cette colonie et d’établir dans cette grande étendue du pays un commerce qui leur devait être très-avantageux, se sont contentés de vendre les dites îles à divers particuliers[20], lesquels s’étant seulement appliqués à cultiver les terres, n’ont subsisté depuis ce temps-là que par le secours des étrangers, en sorte que jusques à présent ils ont seuls profité du courage des Français qui ont les premiers découvert et habité les dites îles et du travail de plusieurs milliers de personnes qui ont cultivé les dites terres. C’est pour ces considérations que nous avons repris des intéressés en la dite compagnie du Canada la concession qui leur avait été accordée… et que nous avons résolu de retirer toutes les îles de l’Amérique qui ont été vendues aux dits particuliers par la dite compagnie, en remboursant les propriétaires d’icelles du prix de leurs acquisitions et des améliorations qu’ils y auront faites : mais comme notre intention a été en retirant les dites îles, de les remettre entre les mains d’une compagnie qui put les posséder toutes, achever de les peupler et y faire le commerce que les étrangers y font présentement, nous avons estimé en même temps qu’il était de notre gloire et de la grandeur et avantage de l’État de former une puissante compagnie pour faire tout le commerce des Indes Occidentales, à laquelle nous voulons concéder toutes les dites îles, celle de Cayenne et de toute la terre ferme de l’Amérique, depuis la rivière des Amazones jusqu’à celle d’Orenoc : le Canada, l’Acadie, l’île de Terreneuve et autres îles et terre ferme, depuis le nord du dit pays de Canada jusqu’à la Virginie et Floride, ensemble toute la côte de l’Afrique depuis le cap Vert jusqu’au cap de Bonne-Espérance, soit que les dits pays nous appartiennent pour être ou avoir été ci-devant habités par les Français, soit que la dite compagnie s’y établisse, en chassant ou soumettant les sauvages ou naturels du pays ou les autres nations de l’Europe[21] qui ne sont dans notre alliance, afin que la dite compagnie ayant établi de puissantes colonies dans les dits pays, elle les puisse régir et gouverner par un même esprit, et y établir un commerce considérable tant avec les Français qui y sont habitués et ceux qui s’y habitueront ci-après, qu’avec les Indiens et autres naturels habitants des dits pays dont elle pourra tirer de grands avantages, pour cet effet nous avons jugé à propos de nous servir de la dite compagnie de la terre ferme de l’Amérique ; laquelle compagnie étant déjà composée de beaucoup d’intéressés et munie de nombre de vaisseaux, peut aisément se mettre en état de former celle des Indes Occidentales et se fortifiant de tous ceux de nos sujets qui voudront y entrer, soutenir cette grande et louable entreprise.

« À ces causes… nous établissons une compagnie des Indes Occidentales, qui sera composée des intéressés en la terre ferme de l’Amérique et de tous (comme ci-dessus)… jusqu’au cap de Bonne-Espérance tant et si avant qu’elle pourra s’étendre dans les terres, soit (comme ci-dessus)… alliance, lesquels pays nous avons concédés et concédons à ladite compagnie en toute seigneurie, propriété et justice, et après avoir examiné les articles et conditions qui nous ont été présentés par les intéressés en la dite compagnie, nous les avons agréés et accordés…

« Comme nous regardons dans l’établissement des dites colonies principalement la gloire de Dieu en procurant le salut des Indiens et sauvages, auxquels nous désirons faire connaître la vraie religion, la dite compagnie présentement établie sous le nom de Compagnie des Indes Occidentales, sera obligée de faire passer aux pays ci-dessus concédés le nombre d’ecclésiastiques nécessaire pour y prêcher le Saint-Évangile et instruire ces peuples en la créance de la religion catholique, apostolique et romaine, comme aussi de bâtir des églises[22] et d’y établir des curés et prêtres, dont elle aura la nomination, pour faire le service divin aux jours et heures ordinaires et administrer les sacrements aux habitants, lesquels églises, curés et prêtres la dite compagnie sera tenue d’entretenir décemment et avec honneur, en attendant qu’elle les puisse fonder raisonnablement, sans toutefois que la dite compagnie puisse changer aucun des ecclésiastiques qui sont à présent établis dans les dits pays, sur lesquels elle aura néanmoins le même pouvoir et autorité que les mêmes gouverneurs et propriétaires des dites îles.

« La dite compagnie sera composée de tous ceux de nos sujets qui voudront y entrer, de quelle qualité et condition qu’ils soient, sans que pour ce ils dérogent à leur noblesse[23] et privilège, dont nous les dispensons, dans laquelle compagnie pourront pareillement entrer les étrangers et sujets de quelque prince et État que ce soit…

« La compagnie fera seule à l’exclusion de tous nos autres sujets, qui n’entreront en icelle, tout le commerce et navigation[24] dans les dits pays concédés pendant quarante années ; et à cet effet nous faisons défense à tous nos dits sujets, qui ne seront de la dite compagnie, d’y négocier à peine de confiscation de leurs vaisseaux et marchandises, applicables au profit de la dite compagnie, à la réserve de la pêche[25], qui sera libre à tous nos dits sujets.

« Et pour donner moyen à la dite compagnie de soutenir les grandes dépenses qu’elle sera obligée de faire pour l’entretien des colonies et du grand nombre de vaisseaux qu’elle envoyera aux dits pays concédés, nous promettons à la dite compagnie de lui faire payer pour chacun voyage de ses dits vaisseaux qui feront leurs équipements et cargaisons dans les ports de France, iront décharger et rechargeront dans les dites îles et terre ferme où les colonies françaises seront établies, et feront leur retour dans les ports du royaume, trente livres pour chacun tonneau de marchandises qu’ils porteront dans les dits pays, et quarante livres pour celles qu’ils en rapporteront et déchargeront, ainsi qu’il est dit, dans les ports du royaume ; dont, à quelque somme que chaque voyage se puisse monter, nous lui avons fait et faisons don, sans que pour ce il soit besoin d’autres lettres que la présente concession ; voulons et ordonnons que les dits sommes soient payées à la dite compagnie par le garde de notre trésor royal sur les certifications de deux des directeurs, et passées dans ses comptes sans aucune difficulté[26].

« Les marchandises qui auront été déclarées pour être consommées dans le royaume, et acquittées des droits d’entrée et que la compagnie voudra renvoyer aux pays étrangers, ne payeront aucuns droits de sortie, non plus que les sucres qui auront été raffinés en France, dans les raffineries que la compagnie fera établir, lesquels nous déchargeons pareillement de tous droits de sortie, pourvu qu’ils soient chargés sur des vaisseaux français pour être transportés hors du royaume[27]

« Appartiendront à la dite compagnie, en toute seigneurie, propriété et justice[28], toutes les terres qu’elle pourra conquérir et habiter pendant les dites quarante années en l’étendue des dits pays ci-devant exprimés et concédés, comme aussi les îles de l’Amérique appelées Antilles, habitées par les Français qui ont été vendues à plusieurs particuliers par la compagnie des dites îles formée en 1642, en remboursant les seigneurs propriétaires d’icelles des sommes qu’ils ont payées pour l’achat, conformément à leurs contrats d’acquisition, et des améliorations et augmentations qu’ils y ont faites, suivant la liquidation qu’en feront les commissaires par nous à ces députés, et les laissant jouir des habitations qu’ils y ont établies depuis l’acquisition des dites îles.

« Tous lesquels pays, îles et terres, places et forts, qui pourront y avoir été construits et établis par nos sujets, nous avons donné, octroyé et concédé, donnons, octroyons et concédons à la dite compagnie pour en jouir à perpétuité en toute propriété, seigneurie et justice ; ne nous réservant autre droit, ni devoir que la seule foi et hommage-lige, que la dite compagnie sera tenue de nous rendre et à nos successeurs rois, à chaque mutation de roi, avec une couronne d’or du poids de trente marcs…

« Jouira la dite compagnie en qualité de seigneur des dites terres et îles, des droits seigneuriaux qui y sont présentement établis sur les habitants des dites terres et îles, ainsi qu’ils se lèvent à présent par les seigneurs propriétaires, si ce n’est que la compagnie trouve à propos de les commuer en autres droits pour le soulagement des dits habitants.

« La dite compagnie pourra vendre ou inféoder les terres, soit dans les dites îles et terres fermes de l’Amérique ou ailleurs dans les dits pays concédés, à tels cens, rentes et droits seigneuriaux qu’elle jugera bon et à telles personnes qu’elle trouvera à propos.

« Jouira la dite compagnie de toutes les mines[29] et minières, caps, golfes, ports, havres, fleuves, rivières, îles et îlots, étant dans l’étendue des dits pays concédés, sans être tenue de nous payer pour raison des dites mines et minières aucuns droits de souveraineté, desquels nous lui avons fait don.

« Pourra la dite compagnie faire construire des forts en tous les lieux qu’elle jugera nécessaires, pour la défense du dit pays, faire fondre canons à nos armes, au-dessous desquelles elle pourra faire mettre celles que nous lui accordons ci-après[30]. Faire poudre, fondre boulets, forger armes, et lever des gens de guerre dans le royaume, pour envoyer aux dits pays, en prenant notre permission en la forme ordinaire et accoutumée.

« La dite compagnie pourra aussi établir tels gouverneurs qu’elle jugera à propos, soit dans la terre ferme, par provinces ou départements séparés, soit dans les dites îles, lesquels gouverneurs nous seront nommés[31] et présentés par les directeurs de la dite compagnie…

« Pourra la dite compagnie armer et équiper en guerre[32] tel nombre de vaisseaux qu’elle jugera à propos, pour la défense des dits pays et sûreté du dit commerce…

« S’il est fait aucune prise par les vaisseaux de la dite compagnie sur les ennemis de l’État dans les mers des pays concédés, elles lui appartiendront… nous réservant sur icelles le droit de l’amiral…

« Pourra la dite compagnie traiter de paix et alliance en notre nom avec les rois et princes des pays où elle voudra faire ses habitations et commerce… et se défendre par la voie des armes.

« Et en cas que la dite compagnie fut troublée en la possession des dites terres et dans le commerce par les ennemis de notre État, nous promettons de la défendre et assister de nos armes et de nos vaisseaux à nos frais et dépens.

« Pourra la dite compagnie comme seigneurs haut-justiciers de tout les dits pays, établir des juges et officiers partout où besoin sera… ; et où il sera besoin d’établir des conseils souverains, les officiers dont ils seront composés nous seront nommés et présentés par les directeurs généraux de la dite compagnie ; et sur les dites nominations les provisions seront expédiées…

« Seront les juges établis en tous les dits lieux, tenus de juger suivant les lois et ordonnances du royaume, et les officiers de suivre et se conformer à la coutume de la prévôté et vicomté de Paris, suivant laquelle les habitants pourront contracter sans que l’on y puisse introduire aucune coutume pour éviter la diversité.

« Et pour favoriser d’autant plus les habitants des dits pays concédés, et porter nos sujets à s’y habituer, nous voulons que ceux qui passeront dans les dits pays jouissent des mêmes libertés et franchises que s’ils étaient demeurant en ce royaume, et que ceux qui naîtront d’eux et des sauvages convertis à la foi catholique, apostolique et romaine soient censés et réputés regnicoles et naturels français… et que les artisans qui auront exercé leur art et métier au dit pays pendant dix années consécutives… soient réputés maîtres de chefs-d’œuvres en toutes les villes de notre royaume où ils voudront s’établir sans aucune exception[33].

« Après les dites quarante années expirées, s’il n’est jugé à propos de continuer le privilège du commerce, toutes les terres et îles que la compagnie aura conquises, habitées et fait habiter, avec les droits et devoirs seigneuriaux et redevances qui seront dus par les dits habitants, lui demeureront à toute perpétuité en toute propriété, seigneurie et justice, pour en faire et disposer ainsi que bon lui semblera, comme de son propre héritage, comme aussi des forts, armes et munitions, meubles, ustensiles, vaisseaux et marchandises qu’elle aura dans les dits pays, sans pouvoir être troublée, ni que nous puissions retirer les dites terres et îles pour quelque cause, occasion et prétexte que ce soit, à quoi nous avons renoncé dès à présent, à condition que la dite compagnie ne pourra vendre les dites terres à aucuns étrangers sans notre permission expresse.

« Et pour faire connaître à la dite compagnie comme nous désirons la favoriser par tous moyens, et contribuer de nos deniers à son établissement et à l’achat des vaisseaux et marchandises dont elle a besoin pour envoyer aux dits pays : nous promettons de fournir le dixième de tous les fonds qui seront faits par la dite compagnie, et ce, pendant quatre années, après lesquelles la dite compagnie nous rendra la dite somme, sans aucuns intérêts ; et en cas que pendant les dites quatre années elle souffre quelque perte, en la justifiant par les comptes, nous consentons qu’elle soit prise sur les deniers que nous aurons avancés ; si mieux nous ne voulons laisser le dit dixième par nous avancé dans la caisse de la dite compagnie, encore pour autres quatre années, le tout sans aucun intérêt, pour être à la fin des dites huit années fait un compte général de tous les états de la dite compagnie ; et en cas qu’il se trouve de la perte du fonds capital, nous consentons que la dite perte soit prise sur le dixième et jusques à la concurrence d’icelui[34]. »

Il y eut opposition à ces changements du commerce des colonies, de la part de « Charles Houel, conseiller du roi en son conseil, seigneur en partie et gouverneur de la Guadeloupe et autres îles de l’Amérique ; dame Magdelaine Houel, épouse de M. Jean Boschard, seigneur de Champigny, aussi conseiller du roi en tous ses conseils, ci-devant veuve de messire Jean de Boissers ; Charles de Boissers, seigneur d’Herblay, et en partie gouverneur pour le roi des îles de la Guadeloupe, Marie Galande et la Désirade, et M. Jean de Fondras, comte de Cévillac, gouverneur et propriétaire des îles de la Grenade et Grenadines » ; mais, au mois de juillet (1664), les parties s’entendirent, et la compagnie des Indes entra pleinement dans ses nouveaux droits.

Au Canada, les habitudes des marchands et des traiteurs causèrent quelque délai à la mise en pratique du système. Afin d’uniformiser par tout le pays, autant que possible, le prix des marchandises importées de France, le conseil de Québec rendit un arrêt, le 30 juin 1664, ordonnant qu’il serait accordé aux marchands cinquante-cinq pour cent sur les marchandises sèches ; cent pour cent sur les liquides qui auraient le plus de valeur ; cent vingt pour cent sur les liquides qui n’excédaient pas cent livres le tonneau. Cette somme, ajoutée aux prix des factures de France, déterminait le prix de vente dans la colonie. On cite des marchands — Lachesnaye, Latour, Cailteau, La Mothe et la Garenne — qui furent poursuivis et condamnés pour contravention à cet arrêt.

Bientôt les prétentions de la compagnie des Indes se firent jour. Mille-Claude Le Barroys, « conseiller du roi, son premier interprète en langue portugaise et agent général de la compagnie des Indes Occidentales, » demanda et obtint de siéger et avoir voix délibérative au conseil de la colonie immédiatement après l’intendant. Le roi, ayant décidé que la compagnie prélèverait un quart de la valeur du castor et un dixième des orignaux traités par les habitants du pays ou autres Français en dehors de la compagnie des Indes ; de plus, que celle-ci jouirait de la traite de Tadoussac « à condition que les charges du pays de Canada soient par elle acquittées sur le même pied que l’ancienne compagnie (les Cent-Associés) ou la communauté (la compagnie des Habitants) les payait ci-devant, qui montent à quarante-huit mille neuf cent cinquante livres, » M. Le Barroys répondit que ses directeurs avaient dressé un état montrant que ces charges ne s’élevaient qu’à « vingt-neuf mille deux cents livres, qui est la plus grande somme qui ait été ci-devant payée pour les charges indispensables du pays, faisant abstraction des gages de monsieur le gouverneur, dont le roi a eu la bonté de décharger la compagnie, tout ainsi que les autres dépenses qu’il convient faire pour le soutien de la guerre. » Tracy, Courcelles et Talon répondent (11 septembre 1666) qu’il y a, outre la guerre, « la multiplicité des forts qu’il faut entretenir. »

C’était toujours la même situation pour les habitants. On persistait à créer des monopoles qui prenaient possession du pays. Talon écrivait à Colbert (4 août 1665) : « Si Sa Majesté veut faire quelque chose du Canada, il me paraît qu’elle ne réussira qu’en le retirant des mains de la compagnie des Indes Occidentales, et qu’on y donne une grande liberté de commerce aux habitants, à l’exclusion des seuls étrangers. Si, au contraire, elle ne regarde ce pays que comme un lieu de commerce, propre à celui des pelleteries et au débit de quelques denrées qui sortent du royaume, l’émolument qui en peut revenir ne vaut pas son application, et mérite très peu la vôtre. Ainsi, il semblerait plus utile d’en laisser l’entière direction à la Compagnie, en la manière qu’elle a celle des îles. Le roi, en prenant ce parti, pourrait compter de perdre cette colonie ; car sur la première déclaration que la compagnie a faite, de ne souffrir aucune liberté de commerce et de ne pas permettre aux habitants de faire venir pour leur compte des denrées de France, même pour leur subsistance, tout le monde a été révolté. La compagnie, par cette conduite, profitera beaucoup en dégraissant le pays, et non-seulement lui ôtera le moyen de subsister, mais sera un obstacle essentiel à son établissement. »

Les Cent-Associés avaient encore un agent au Canada, Louis Péronne Dumesnil sieur de Mazé, capitaine de la garnison du fort de Québec, autrefois avocat au parlement de Paris, personnage madré et retors[35], qui avait eu maille à partir avec MM. de Villeray, d’Auteuil et Bourdon, alors que ces derniers appartenaient à la compagnie en question. Dumesnil avait réussi à capter la confiance de M. de Mézy, et lui représentait que ces trois conseillers étaient des gens dangereux venus aux jésuites et à Mgr de Laval — ce qui voulait dire la même chose. Or, les conseillers étaient à la nomination de l’évêque et du gouverneur, et il ne fallait pas être grand sorcier pour comprendre que ces deux influences pouvaient se combattre à un moment donné. M. de Mézy renvoya les trois conseillers, ce qu’il n’avait pas le droit de faire ; aussi fut-il obligé de les reprendre aussitôt. Mais au mois de septembre 1664, l’année étant expirée, il voulut encore les changer. L’évêque tint ferme et dit qu’il fallait attendre M. de Tracy, le vice-roi nommé pour l’Amérique. C’était le plus sage, puisque le pouvoir allait passer aux mains de ce haut fonctionnaire. M. de Mézy trancha la question, mais non la difficulté, en nommant (24 septembre) Nicolas Denis sieur de Vitré, ancien gouverneur de l’Acadie ; Jacques des Cailhaut sieur de la Tesserie et Péronne de Mazé, fils de Louis ci-dessus ; il gardait, comme bons serviteurs du roi, Charles Le Gardeur de Tilly et Mathieu Damours. Il nomma M. de Lotbinière procureur-général, et démit Peuvret de sa charge de greffier, qu’il donna à Michel Filion, notaire royal. De plus, il fit arrêter Villeray et Bourdon et les embarqua sur un navire qui partait pour la France. Bientôt après, le gouverneur tomba malade, et, avant que de recevoir des nouvelles de France, il fit sa paix avec l’évêque. Le 27 avril, il donna à son ami Jacques Leneuf de la Potherie (tous deux étaient de Caen) une commission pour le remplacer en cas de mort ; mais le conseil ne voulut reconnaître à M. de la Potherie que le droit de s’occuper des milices (25 mai 1665), et lui refusa la présidence.

À la suite des notes que nous avons données touchant les troupes envoyées au Canada et les miliciens du pays, de 1636 à 1655, il faut mettre ce qui suit :

1656. Printemps. Le capitaine Zacharie Dupuis[36], commandant du fort de Québec, s’embarque avec cinquante-cinq hommes pour aller former un établissement chez les Iroquois.

1658. Mars. Voir le règlement de M. de Maisonneuve au sujet du port des armes à Montréal[37]. Le 26 août de cette année, François Hertel sieur de la Frenière, né dans le pays (1642), est cité comme soldat, au registre des audiences des Trois-Rivières. C’était le commencement de la carrière de ce militaire distingué..

1660. Juillet. Des colons combattent, sous les ordres-de M. d’Argenson, près du lac Saint-Pierre. D’après la Relation, il n’y a presque pas de troupes royales en Canada. Étienne Pezard sieur de la Touche, officier dans les troupes du roi, était aux Trois-Rivières cette année.

De 1636 à 1664, il y eut constamment des soldats réguliers parmi nous, mais en très petit nombre. La milice volontaire commence en 1649. La milice sédentaire date de 1651, sinon auparavant. Les premières troupes envoyées par Louis xiv (1662-4), loin d’inspirer aux habitants la pensée de laisser la défense du pays aux soldats, semble avoir réveillé chez eux le goût des armes si cher à la race française. Deux familles, entre autres, s’appliquèrent à l’organisation d’une milice effective : les Le Gardeur et les Le Neuf. Pierre Le Gardeur de Repentigny et Michel Le Neuf de la Vallière, tous deux nés en Canada, étaient les officiers de ce nouveau corps, et c’est pourquoi les membres du conseil souverain ne contestèrent point à Jacques Le Neuf le droit de diriger cette branche du service public.

On s’occupait de ces disputes touchant les pouvoirs du gouverneur par intérim (M. de Mézy était décédé le 5 mai), lorsque, le 17 juin, quatre compagnies du régiment de Carignan-Salières débarquèrent à Québec. Elles furent renforcées, quelques jours après (le 30), par quatre autres compagnies (on ne dit de quel régiment), sous les ordres de M. de Tracy, qui les ramenait des îles.

Dès le printemps, les Iroquois avaient recommencé leurs courses. Le 7 mai, cent cinquante sauvages et cent Canadiens étaient partis avec M. Le Gardeur de Tilly pour les repousser. Le 23 juillet, quatre compagnies des troupes nouvellement arrivées partirent de Québec sur de légers bateaux propres à la navigation de la rivière Richelieu, et, comme elles allaient atteindre les Trois-Rivières, elles furent rejointes par une compagnie de volontaires canadiens sous les ordres de M. Le Gardeur de Repentigny. Ce ne fut pas sans à-propos ; car la place était menacée par les ennemis ; un retardement dans la marche des troupes eut pu occasionner des malheurs plus grands que les meurtres de quelques habitants et la captivité de certains autres — toutes choses qui venaient de se produire aux portes du fort. Selon leur coutume, les ennemis se retirèrent pour aller couper le fleuve en amont des Trois-Rivières. Cette retraite marquait le terme des cruelles invasions dont les Trifluviens avaient tant souffert depuis un quart de siècle.

Songeons un moment au spectacle qu’offraient ces troupes défilant sur le grand fleuve et présentant aux regards étonnés et ravis des Français nés au Canada un déploiement de force qu’ils n’avaient jamais vu. Ces Canadiens avaient été élevés dans l’espérance de voir la Couronne prendre pitié du jeune et vaillant peuple qui, à plus de mille lieues de la France, se sacrifiait au bénéfice de l’idée française ; chaque enfant de ce groupe de héros avait appris, hélas ! graduellement, jour par jour, à perdre confiance dans le cœur et le bras de la mère-patrie. Mais le sort allait tourner : la plus fidèle des colonies recevait des secours ; une fois les féroces ennemis abaissés ou anéantis, un jour nouveau devait luire sur la Nouvelle-France ! Faut-il s’étonner maintenant d’avoir vu tant de fils de colons canadiens se faire soldats de profession, gagner leurs épaulettes dans les armées françaises et revenir au pays commander nos incomparables milices, qui surent lutter avec adresse, bravoure, patience et succès contre les meilleurs régiments anglais ?

Et les soldats de Carignan ! Victorieux dans les plaines de la Hongrie, vétérans basanés par le climat brûlant de l’Italie, songeaient-ils, en abordant ici au milieu de la saison chaude, que bientôt leur courage, ayant dispersé les Iroquois, aurait à s’exercer contre les glaces et les intempéries des hivers canadiens — plus que cela ! qu’ils resteraient eux-mêmes parmi nous, et qu’ils contribueraient largement à fonder la nation la plus vigoureuse que jamais race européenne ait transplantée sur un sol étranger ?

Les réjouissances furent encore augmentées par l’apparition de la flottille de traite des grands lacs. Les Outaouais, au nombre de plus de quatre cents, montés sur cent canots bien chargés de pelleteries, étaient assez mal armés ; néanmoins, ils avaient repoussé deux attaques des Iroquois, et mirent pied à terre, aux Trois-Rivières, le 3 août, où ils furent réconfortés par l’aspect des troupes qui y attendaient un vent favorable pour traverser le lac Saint-Pierre. La situation rappelait les événements du mois d’août 1642, mais beaucoup en mieux. Les Outaouais ramenaient un Français parti avec eux l’automne précédent. Ces sauvages appartenaient à quatre tribus ou nations du lac Supérieur.

La traite, le commerce en général auguraient une ère de prospérité par suite des changements apportés dans les affaires de la colonie.

Une partie des volontaires et des sauvages, sous la conduite des sieurs de Tilly et de Repentigny, partit pour donner la chasse aux Iroquois. Il n’en fallut pas davantage pour obliger ces barbares à faire retraite, et le fruit de cette première expédition fut que les récoltes se firent en toute liberté.

Le 28 juillet, la mère de l’Incarnation écrivait : « M. de Tracy est arrivé, il y a plus de quinze jours, avec un grand train et quatre compagnies, sans parler de deux cents hommes de travail. Enfin, il doit y avoir deux mille personnes, tant en ce qui est venu qu’en ce qui reste à venir. »

Les capitaines Saurel, Chambly et Fromont mirent à la voile, des Trois-Rivières, les 8 et 10 août, accompagnés des volontaires canadiens, et allèrent construire les forts de Sorel et de Chambly. Au mois d’octobre, le fort Sainte-Thérèse fut élevé dans le voisinage de la ville de Saint-Jean aujourd’hui.

Le 19 août, M. de Salières, colonel du régiment de Carignan, arriva de France à Québec avec quatre autres compagnies. Le 20, quatre nouvelles compagnies débarquèrent au même endroit. En septembre, huit autres compagnies, avec M. de Courcelles, nommé gouverneur du pays, et M. Talon, intendant. Ces fonctionnaires amenaient aussi, dit Charlevoix, « un grand nombre de familles, quantité d’artisans, des engagés, les premiers hevaux[38] qu’on ait vus au Canada ; des bœufs, des moutons, en un mot une colonie plus considérable que celle qu’on venait renforcer. »

En octobre, la mère de l’Incarnation disait : « L’argent, qui était rare en ce pays, y est à présent fort commun, ces messieurs y en ayant apporté beaucoup. Ils payent en argent tout ce qu’ils achètent, tant pour leur nourriture que pour les autres nécessités, ce qui accommode beaucoup nos habitants… Les cent filles que le roi a envoyées cette année ne font que d’arriver et les voilà déjà quasi toutes pourvues. Il en enverra encore deux cents l’année prochaine, et encore d’autres, à proportion, les années suivantes. Il envoie aussi des hommes pour fournir aux mariages, et, cette année, il en est bien venu cinq cents, sans parler de ceux qui composent l’armée… On dit que le roi ne veut rien épargner pour peupler ce pays, y étant excité par ces seigneurs qui sont ici et qui trouvent le pays et le séjour ravissants en comparaison des îles de l’Amérique[39] d’où ils viennent, et où la chaleur est si extrême qu’à peine y peut-on vivre. Ce pays-là est riche à cause des sucres et du tabac que l’on en transporte, mais il n’y peut venir de blé ; leur pain est fait d’une certaine racine dont la nécessité les oblige de se nourrir. Mais ici les blés, les légumes et toutes sortes de grains croissent en abondance. La terre est une terre à froment, laquelle, plus on la découvre des bois, plus elle est fertile et abondante. Sa fertilité a bien paru cette année, parce que les farines de l’armée s’étant gâtées sur mer, il s’est trouvé ici des blés pour fournir à sa subsistance sans faire tort à la provision des habitants. »

Qu’on se reporte par la pensée aux événements de cette époque. La colonie périclitait. Les habitants, plus remplis du sentiment français que tous les cercles de Paris, se disaient depuis longtemps : « La France comprendra enfin que nous tenons ici comme des désespérés ; elle nous enverra des secours. » Aussi, lorsque les uniformes de Carignan se montrèrent dans les rues de Québec, quelle joie ce fut dans le pays ! Ils venaient donc, ces soldats tant promis ! La France se réveillait. Un roi comprenait son devoir. Des ministres (Colbert et Louvois) songeaient aux colonies — ces secondes Frances. Les enfants du pays saluaient avec enthousiasme les militaires et ceux qui les conduisaient. Chaque Canadien voulait être soldat. Le feu national, vivace et prompt, les poussait à la résistance contre les Iroquois. De suite, les milices se mirent en marche. Il eût fallu cultiver cette ardeur, ne pas décourager les enfants du sol ; redoubler de soins pour la colonie et nous envoyer un grand nombre de colons. Malheureusement, Colbert n’alla pas si loin : il avait peur de dépeupler la France. Ses opinions, à cet égard, faisaient loi. L’Europe de son temps voulait être « le monde, » comme les Romains avaient décidé que Rome n’existait que dans Rome. On ne voyait pas que l’Amérique serait bientôt un duplicata des populations des vieux continents, et que la lutte de l’avenir se ferait entre les éléments nationaux transportés de l’ancien monde dans le nouveau. Toute l’ardeur des Canadiens se dépensa en projets que la mère-patrie laissa se refroidir, tandis qu’elle eût dû travailler à les rendre praticables.

Les soldats du régiment de Carignan étaient-ils tous Français ? Nous répondons oui. Ceux qui ont soulevé des doutes à ce sujet ne se sont pas donné la peine d’aller aux renseignements. Sur un autre point, nous nous demandons si tous ces soldats étaient bien du régiment en question. Là-dessus, le doute existe ; mais il n’en est pas moins vrai que, dans les derniers temps de leur service (au Canada), ils formaient partie de ce corps. Notons d’abord que M. de Tracy laissa la France pour les îles, l’automne de 1663, et que la campagne de Hongrie eut lieu en 1664. Avait-on séparé le régiment en deux divisions, une pour les Antilles et l’autre envoyée au centre de l’Europe ? C’est possible. Alors, elles se ressoudèrent à Québec. Mais, depuis 1636, les Espagnols, les Italiens et les Allemands n’avaient-ils pas compté en bon nombre dans ses rangs ? Le fait est probable. Seulement, nous sommes porté à croire que, au moment de s’embarquer pour les colonies, les hommes et les officiers furent laissés libres de suivre ou de rester. Il paraîtrait que ceux qui se marièrent ici étaient Français, puisque ni les registres des églises ni les recensements nominaux ne nous fournissent dix noms qui aient une tournure étrangère. Quant aux officiers, il y en avait des régiments du Poitou, de Chambelle, de Lignières et de Broglie, ce qui montre que plusieurs avaient permuté au moment de partir de France. Même chose pour les soldats, sans doute, puisque l’idée du roi était de former des colons de tous ceux qui voudraient rester ici.

Les capitaines du régiment de Carignan dont les noms ont été conservés parmi nous, sont ceux qui suivent : Maximin, Fromont, La Fouille, Traversy, Petit, Loubias, Grandfontaine, Verchères, Saint-Ours, La Durantaye, Chambly, La Bouteillerie, Dumesnil, La Mothe, Dugué, Berthier, Contrecœur et Sorel. La plupart s’établirent dans le pays.

François Jarret de Verchères épousa Marie Perrot et fonda la seigneurie de Verchères. Pierre-Roch de Saint-Ours épousa Marie Mulois et fonda la seigneurie de Saint-Ours. Olivier Morel de la Durantaye épousa Françoise Duquet et fonda plusieurs seigneuries. Jacques de Chambly ne se maria point, mais il a laissé son nom à une seigneurie que la famille Hertel a mise en valeur. Jean-Baptiste-François Deschamps de la Bouteillerie épousa Catherine-Gertrude Macard et fonda la Rivière-Ouelle. Pierre de Saint-Paul sieur de la Mothe-Lussière fonda une seigneurie près Saint-François. Sidrac Dugué de Boisbriant épousa Marie Moyen et laissa une nombreuse descendance. Alexandre Berthier épousa Marie Le Gardeur et fonda la seigneurie de Berthier-en-haut. Antoine Pécaudy de Contrecœur épousa Barbe Denis et fonda Contrecœur. Pierre de Saurel épousa Catherine Le Gardeur et fonda Sorel.

Presque tous ces officiers épousèrent des filles nées en Canada. Leurs noms sont restés populaires. Donnons un bref aperçu de la carrière de chacun d’eux.

Le chevalier Pierre-Roch de Saint-Ours, sieur d’Eschaillons, était parent du maréchal d’Estrades, vice-roi de l’Amérique, et appartenait à une famille anoblie au xiiie siècle. En 1667, à Montréal, il épousa Marie Mulois, fille d’un lieutenant dans les carabiniers. La seigneurie dite de Saint-Ours lui fut accordée en 1672. Il continua de servir, devint premier capitaine du détachement des troupes de la marine au Canada et chevalier de Saint-Louis. L’un de ses fils se distingua dans les campagnes de 1708 et 1709 contre la Nouvelle-Angleterre, et, jusqu’à la conquête, cette famille donna à la colonie de brillants officiers.

Olivier Morel, sieur de la Durantaye, servit au fort Sainte-Anne en 1666. Il retourna en France, mais revint se fixer au Canada. Le 14 septembre 1670, à Québec, il épousa Françoise Duquet, veuve du chirurgien Jean Madry. Il obtint plusieurs seigneuries. On le voit commander à Michillimakinac, et tenir la balance entre les Français et les Anglais au milieu des tribus sauvages. Sa descendance a fourni plusieurs officiers à nos milices.

Jacques de Chambly construisit le fort qui porta son nom, et obtint (1672) la concession des terres avoisinant. En 1673, il remplaça M. de Grandfontaine comme commandant au fort de Pentagoët, en Acadie, et plus tard (1680), fut nommé gouverneur de ce poste important. La même année (1680), on l’envoya gouverneur à la Grenade. Sa seigneurie de Chambly passa à Mme François Hertel, sa belle-sœur, dont un fils prit le nom de Chambly.

Jean-Baptiste-François Deschamps, seigneur de la Bouteillerie, épousa à Québec, le 24 octobre 1672, Catherine-Gertrude, fille de Nicolas Macard (née au Canada). Il se fit concéder la seigneurie de la Bouteillerie (la Rivière-Ouelle) en 1672, et à ce sujet Talon écrivait : « Si les gens de cette qualité prennent aisément cette route, bientôt le Canada se remplira de personnes capables de le bien soutenir. » L’un de ses fils commanda en Acadie ; un autre fut chanoine de la cathédrale de Québec. Quant à M. de la Bouteillerie, il travailla plus de trente ans à la prospérité de sa seigneurie, et mourut (1703) entouré du respect et de l’amour de ses censitaires.

Jacques Dumesnil-Heurry, escuyer, sieur de Saint-Marc, épousa à Québec, le 17 septembre 1668, Marguerite Chabert de la Charrière (de Rouen). En 1696, il commandait un bataillon dans la campagne contre les Iroquois.

Noble homme Pierre de Saint-Paul sieur de la Mothe-Lussière, réputé pour sa bravoure, fut chargé (1666) de la construction du fort Sainte-Anne, à l’entrée du lac Champlain, sur une île qui porte le nom de Lamothe. En 1669-70, il commandait à Montréal. Il suivit La Salle à Cataracoui, et eut le commandement de ce poste ainsi que du fort de Conti. En 1683, il reçut la seigneurie de Lussadière, entre Saint-François du Lac et la Baie-du-Febvre. En 1687, il revint de France avec La Salle et des colons pour Cataracoui. Il fut tué (1690) près de Saint-François du Lac, à la tête d’une patrouille qu’il conduisait contre les Iroquois.

Messire Sidrac Dugué de Boisbriant se maria (7 novembre 1667), à Montréal, avec Marie Moyen. Il fut commandant de Montréal (1670). On le voit commander un bataillon de milice dans les campagnes de 1684 et 1687 contre les Iroquois. Il mourut en 1688 à Montréal. Son fils Jacques, officier dans les troupes, combattit sous d’Iberville à Terreneuve, en 1696, et, dans la fameuse bataille navale de 1697, à la Baie-d’Hudson, il commandait le Profond. Il mourut à Québec en 1702. L’un de ses frères s’établit à l’Ange-Gardien. Un autre servit dans les troupes du Canada, et fut envoyé à la Louisiane, avec des renforts, en 1718.

Antoine Pécody, sieur de Contrecœur, servait dans le régiment de Carignan depuis sa fondation. En 1661, le roi lui avait donné des lettres de noblesse. Le 17 septembre 1667, à Québec, il épousa Barbe, fille de Simon Denis sieur de la Trinité. Le père, le fils et les petits-fils comptent des services militaires non-interrompus de 1636 à 1760. À eux quatre, ils ont reçu plus de soixante blessures à la guerre.

Pierre de Saurel (c’est sa signature) épousa à Québec (10 octobre 1668), Catherine, fille de Charles Le Gardeur de Tilly. La concession qui porte le nom de Sorel lui fut accordée en 1672, et il continua d’y demeurer jusqu’à sa mort, survenue en 1682, durant un voyage qu’il fit à Montréal.

D’autres officiers du régiment de Carignan ont brillé en Acadie. Par exemple, Hubert d’Andigny de Grandfontaine, capitaine au régiment du Poitou, devint major en Acadie où il commanda en chef. Louis Le Petit, capitaine, fut ordonné prêtre (1670) et travailla avec succès aux missions des Abénaquis ; il mourut en 1709. Villien, enseigne, servit noblement dans cette colonie-sœur du Canada. Pierre de Joybert sieur de Marson, lieutenant, fit la guerre des Iroquois (1666-7), Puis alla en Acadie, d’où il revint (1672) épouser, à Québec, Louise Chartier de Lotbinière, fille du lieutenant-général civil et criminel ; l’une de ses filles, Louise-Élizabeth, se maria avec Philippe marquis de Vaudreuil, qui fut gouverneur du Canada ; cette dame, remarquable par son esprit, devint gouvernante des enfants de France. M. de Joybert établit la seigneurie de Soulanges, près Montréal. Le baron Vincent de Saint-Castin, enseigne, est ce personnage quasi légendaire qui remplit l’histoire de l’Acadie de son nom pendant plusieurs années ; il avait épousé la fille d’un chef sauvage, et son fils soutint sa tradition de bravoure et d’intrépidité.

Au nombre des autres officiers du régiment de Carignan, citons Des Islets de Beaumont, qui fonda la seigneurie de Beaumont. Pierre Béquart sieur de Grandville, enseigne, obtint aussi un fief ; il épousa Anne, fille de Nicolas Macard, et laissa une belle descendance. Le capitaine Traversy fut tué par les Iroquois (1666), avec le sieur de Chasy, parent de M. de Tracy, et Chamat et Morin, officiers du même corps. Le sieur Lerole, parent de M. de Tracy, et M. de Montagni, enlevés en même temps par les Iroquois, furent rendus au gouverneur ; il est probable que ces deux gentilshommes appartenaient au régiment de Carignan, ainsi que M. de Noyrolles et le sieur d’Aiguemortes, tués au fort Sainte-Anne (1666). On mentionne également le sieur Mignardé, lieutenant de la compagnie « colonnelle » ; l’abbé Dubois, aumônier du régiment ; M. de Saint-Pons dit l’abbé de Carignan ; La Fredière et d’Aigremont, officiers morts en revenant des Iroquois, printemps de 1666 ; Salampar et Dugas, officiers ; De Luques, lieutenant, périt dans la retraite, automne de 1666 ; Chaumont, qui fut plus tard ambassadeur auprès du roi de Siam. Il ne faut pas oublier le capitaine Arnould de Loubias, du régiment de Broglie, qui commanda aux Trois-Rivièrès (1668) et se fit accorder la seigneurie dite à présent de Nicolet, et qui la passa à M. Cressé en retournant en France. On croit aussi que Thomas de la Nougère était officier au régiment de Carignan ; il se maria (1672) avec Marguerite, fille de Pierre Denis de la Ronde, et fonda Sainte-Anne de la Pérade. Séraphin Marganne de la Valtrie, lieutenant au régiment de Lignières, avait pris du service sous M. de Tracy ; en 1668, il épousa Louise, fille de François Bissot de la Rivière ; la seigneurie de la Valtrie porte son nom. Noble homme Jacques Baby épousa (1670) Jeanne Dandonneau Du Sablé, et a laissé une remarquable descendance. René Gautier sieur de Varennes, lieutenant, épousa aux Trois-Rivières (26 septembre 1667), Marie, fille de Pierre Boucher ; en 1668, il était gouverneur des Trois-Rivières, et conserva ce poste jusqu’à sa mort, en 1689. Il avait obtenu (1672) les seigneuries de Varennes et du Tremblay. Sa descendance est l’une des plus brillantes de notre histoire. Mentionnons, en passant, son fils, le découvreur et le fondateur du Nord-Ouest, Pierre Gautier de Varennes, sieur de la Verendrye.

Paul Dupuis, enseigne, se maria à Québec (22 octobre 1668) avec Jeanne Couillard, devint seigneur de l’île aux Oies où il demeurait en 1673, puis procureur du roi. À sa mort (1713), il était lieutenant-général de la prévôté de Québec. Au siège de cette ville, en 1690, le magistrat (il était alors lieutenant particulier ou juge local) disparut un instant pour faire place à l’ancien militaire, et, en qualité d’aide-major, il rendit de bons services. L’un de ses nombreux enfants, officier dans les troupes de la colonie, est cité par Charlevoix pour avoir porté, durant plusieurs jours, la fille d’un juge anglais capturée par les Canadiens dans la guerre de 1708 ; lorsqu’il arriva à Montréal avec son aimable fardeau, la ville lui fit une ovation. En 1710, le gouverneur-général écrivait que Dupuis était l’un des deux ou trois meilleurs « partisans » de tout le Canada, et il accolait à son nom celui de Hertel de Rouville, ce qui n’est pas peu dire.

Pierre Mouet sieur de Moras, enseigne, se maria (8 avril 1668), aux Trois-Rivières, avec Marie, fille de Toussaint Toupin sieur du Sault. En 1672, on lui accorda l’île Moras, dans l’entrée de la rivière Nicolet. La descendance de Mouet compte plusieurs officiers, entre autres le fameux Langlade.

Sur dix-huit officiers du régiment de Carignan dont nous avons constaté le lieu d’origine, la moitié venait du nord de la France et l’autre moitié du sud. La plupart de ces militaires ne dépassaient pas l’âge de trente ans.

  1. Titres seigneuriaux, pp. 124, 137. Vie de la sœur Bourgeois, II, 258-9.
  2. C’est-à-dire en vertu de l’arrêt de révocation du 21 mars 1663.
  3. Première mention de ces droits au Canada.
  4. Sir Louis-H. Lafontaine pense qu’on a voulu mettre : « selon la coutume du Vexin-français reconnue par celle de Paris. » (Tenure seigneuriale, vol. B, p. 51.)
  5. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s et t Dans le gouvernement de Québec.
  6. a, b, c, d, e, f, g, h et i Dans celui des Trois-Rivières.
  7. a, b, c, d, e, f et g Dans celui de Montréal.
  8. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m et n Dans celui des Trois-Rivières.
  9. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l Dans le gouvernement de Québec.
  10. a et b Dans celui de Montréal.
  11. En 1660, il y avait à Québec de cinquante-cinq à soixante maisons. En 1663, on y comptait huit cents âmes. En 1665, les maisons y étaient au nombre de soixante et dix.
  12. En 1664, on comptait quatre cents âmes dans le gouvernement des Trois-Rivières.
  13. De 1659 à 1666, la France ne s’engagea dans aucune guerre.
  14. C’est la seule gloire du règne qui, avec la protection des lettres, mérite d’être louée chez Louis xiv.
  15. Colbert et le roi voyaient avec un légitime chagrin les établissements des colonies hollandaises. C’était (1661-70) l’objet de leur préoccupation journalière.
  16. La création des compagnies des Indes (1664-5) suffirait seule à illustrer le nom de Colbert.
  17. Louis xiv s’irritant en plein conseil des ministres : « C’est une honte pour la France de ne pas savoir porter au dehors ses marchandises » ; quand serons-nous délivrés des Hollandais !
  18. Dans les pièces de ce temps, on remarquera que le roi n’est pas tendre pour les Cent-Associés.
  19. À cette époque {1642), plusieurs compagnies s’étaient formées, tant pour les Indes orientales que pour les autres colonies. Le Canada en avait souffert, et surtout la compagnie de Montréal ; car ses associés se dirigeaient de préférence vers ces nouvelles entreprises.
  20. Ainsi l’île Saint-Christophe, où alla mourir M. de Montmagny, avait été achetée par les chevaliers de Malte.
  21. Louis xiv recherchait en ce moment une guerre qui lui offrit l’occasion de faire valoir son armée réorganisée.
  22. Voir le titre de la seigneurie de Champlain, cette année.
  23. À plusieurs reprises, Louis xiv invita la noblesse à s’occuper du commerce, déclarant qu’elle ne dérogerait point en entrant dans cette profession.
  24. La compagnie des Habitants et tous les Canadiens perdaient ainsi la liberté du commerce.
  25. Cette réserve existait au Canada depuis au moins vingt ans.
  26. Les privilèges de ce genre accordés par Louis xiv à la marine française donnèrent l’éveil à la Hollande et furent le point de départ des difficultés qui amenèrent la guerre de 1671.
  27. Les tarifs différentiels établis à cette époque enrichirent la France.
  28. C’est le régime du gouvernement propriétaire, qui recommence après un an de suspension.
  29. Avant cette époque, les actes publics ne parlent point des mines.
  30. Champ d’azur, semé de fleurs de lys d’or sans nombre, deux sauvages pour supports et une couronne tréflée.
  31. Jusqu’à son abolition (1674), la compagnie laissa au roi la nomination des gouverneurs et intendants du Canada.
  32. Par le moyen de ses flottes marchandes et des navires armés de ses marchands, la Hollande était maîtresse des mers.
  33. La charte de 1687 renferme le même privilège.
  34. Tant que le roi ne songea point à construire Versailles et ses autres palais, il fut très généreux envers la marine. Ce sont les bâtiments de terre qui l’ont ruiné.
  35. Voir dans l’annuaire de l’Institut-Canadien de Québec, 1879, l’étude de M. T.-P. Bédard sur les difficultés entre Mgr de Laval et M. de Mézy.
  36. Veuf de Jeanne Fouvenel. En 1668, il épousa, à Québec, Jeanne Groisat. En 1670, il était major de la garnison de Montréal, et il mourut dans cette ville six années plus tard.
  37. Société historique de Montréal, 3ème livraison, pp. 125-7.
  38. On en fit la distribution comme suit : une jument à MM. Talon, Saurel, Contrecœur, Saint-Ours, Varennes, Pezard, Repenligny et Le Ber ; deux à MM. Chambly et Lachesnay ; plus, un étalon à M. de Chambly.
  39. Cette expression, ainsi que plusieurs autres du même siècle, montrent que les Canadiens parlaient du reste de l’Amérique comme nos gens le font encore à présent : le Canada est le Canada ; les régions voisines, l’Amérique.