Histoire du Montréal, 1640-1672/16

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De l’automne 1653 jusqu’à l’automne 1654 que les vaisseaux partirent du Canada.


Aussitôt que les troupes de l’an précédent furent arrivées, on commença à travailler de faire l’église de l’hôpital et accroître ses bâtiments, on réussit si bien à l’un et à l’autre que tout se fit avec diligence, M. de Maison-Neufve n’avait amené que de bons hommes pleins de cœur et d’adresse à faire ce que son cœur commandait. La nécessité de ces travaux, n’empêcha pas M. de Maison-Neufve de donner la permission à ces gens-là de se marier, à quoi donna un bon et heureux exemple le sieur Gervais, lequel a aujourd’hui une famille fort nombreuse qui a le privilège de marier avec le bas âge la vieillesse des mœurs ; c’est une famille de condition et de bonne odeur à tout le pays où la richesse de la vertu prévaut celle des biens de ce monde. Les bâtiments, la culture des terres et les mariages, n’empêchaient pas qu’en ce lieu, on se tint si bien sur ses gardes, que les ennemis y avaient bien de la peine à nous y insulter. Nous commençâmes dès lors à leur imprimer une certaine frayeur qui leur empêchait de s’avancer si avant dans nos desseins qu’ils le faisaient autrefois. Ce qui donna la liberté à Mlle. Mance de se retirer un petit printemps à l’hôpital qu’elle avait été obligée de quitter depuis quelques années et dont depuis elle n’a pas été contrainte de sortir pour la crainte des ennemis, qui l’y ont laissé jusqu’à présent en paix, afin de bénir Dieu qui lui a donné l’inspiration de contribuer comme elle a fait au secours de l’an dernier, où en sacrifiant une partie elle avait aidé à sauver le total, non seulement du Montréal, mais aussi de l’hôpital et de tout le pays ensemble. Qui sait la désolation où il était lorsque ce secours arriva par M. de Maison-Neufve, ce qui est à remarquer ici Miedans, est que si elle acheta trop cher la terre en faveur de laquelle elle donna le 22.000 livres afin de faire venir ce secours, il est vrai que ni M. de Maison-Neufve, ni MM. du Montréal n’en ont paru profité, qu’il n’y a eu que le public, et que Mlle. Mance qui a agi avec autant de prudence que le marchand dans le danger, qui, jette prudemment une partie de ses denrées pour sauver le reste ; ce que on peut dire avec vérité, c’est qu’il a plus coûté à Messieurs du Montréal, qu’à personne en cette affaire, et que partant au lieu d’avoir nui, ils ont profité aux pauvres et à tous généralement.