Histoire philosophique et politique des établissemens et du commerce des Européens dans les deux Indes/Livre IX/Chapitre 17

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XVII. État du gouvernement de Maragnan.

Le Maragnan eſt séparé au Nord, du Para, par la rivière des Tocantins ; au Sud, du Goyaz, par la Cordelière appelée Guacuragua ; au Levant, du Fernambue par les montagnes Ypiapaba.

Cette province vit pour la première fois les Portugais en 1535, & ce fut une tempête qui les y jeta : mais, ils ne s’y établirent qu’en 1599. Les François s’en emparèrent en 1612, pour eu être chaſſés trois ans après. Elle reſta ſous le joug Hollandois depuis 1641 juſqu’en 1644. À cette époque, les premiers uſurpateurs rentrèrent dans leur poſſeſſion pour ne la plus perdre.

Le ſoin de ramaſſer ſur les côtes de l’ambre gris, qui amuſoit les ſauvages, occupa les premiers Européens. Cette foible reſſource ne tarda pas à manquer ; & elle ne fut pas remplacée, comme elle devoit l’être. L’établiſſement alangui long-tems ; & l’on ne s’eſt aperçu que tard que le coton qui croiſſoit ſur ce territoire étoit le meilleur du Nouveau-Monde. Cette culture fait tous les jours des progrès ; & depuis quelques années, on lui a aſſocié celle du riz, quoiqu’il ſoit inférieur au riz du Levant, à celui même de l’Amérique Septentrionale. Le climat s’eſt abſolument refusé aux tentatives qu’on a faites pour y naturaliſer la ſoie : mais le projet d’enrichir ſon territoire de l’indigo paroît devoir être heureux. Déjà l’on y recueille le plus beau rocou du Bréſil.

Le lieu le plus anciennement peuplé de la colonie eſt l’iſle de Saint-Louis, longue de ſept lieues, large de quatre, & séparée de la terre-ferme par une très-petite rivière ſeulement. On y voit une ville du même nom où ſe font toutes les opérations du commerce, quoique la rade en ſoit mauvaiſe. Il y a quelques cultures, mais les plus conſidérables ſont dans le continent, ſur les rivières d’Ytapieorié, de Mony, d’ſquara, de Pindaté & de Meary.

Sur les derrières de la province & dans le même gouvernement eſt le pays de Pauchy, où les Pauiiſtes pénétrèrent les premiers en 1571. Ce ne fut pas ſans de grandes difficultés qu’il fut ſubjugué, & il ne l’eſt pas encore entièrement du côté de l’Eſt. C’eſt un terrein inégal & ſablonneux, quoiqu’exceſſivement élevé. Des peuples paſteurs l’habitent. Sur ce ſol, couvert de ſalpêtre, ils élèvent un grand nombre de chevaux & de bêtes à cornes qui trouvent un débit aſſez avantageux dans les contrées limitrophes : mais le mouton y dégénère, comme dans le reſte du Bréſil, excepté dans le Coritibe. Malheureuſement des séchereſſes trop ordinaires & des chaleurs exceſſives font ſouvent périr les troupeaux entiers, lorſqu’on n’a pas l’attention de les conduire à tems dans des pâturages éloignés.

Les mines de ſoufre, d’alun, de couperoſe, de fer, de plomb, d’antimoine ſont communes & peu profondes dans ces montagnes ; & cependant on n’en a jamais ouvert aucune. Il fut, à la vérité, permis, en 1752, d’exploiter celle d’argent, qui avoit été découverte trois ou quatre ans auparavant : mais la cour revint ſur ſes pas peu de tems après, pour des raiſons qui ne nous ſont pas connues.

Ce gouvernement contient huit mille neuf cens quatre-vingt treize blancs, dix-ſept mille huit cens quarante-quatre noirs ou mulâtres libres & eſclaves, trente-huit mille neuf cens trente-ſept Indiens épars ou réunis dans dix bourgades. Les exportations n’ont pas répondu juſqu’ici à cette population. Leur valeur n’étoit guère que de ſix à ſept cens mille francs : mais ſorties des liens du monopole, elles ne doivent pas tarder à devenir conſidérables.