Histoire philosophique et politique des établissemens et du commerce des Européens dans les deux Indes/Livre VIII/Chapitre 5

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V. Fertilité du Chili, & ſon état actuel.

Ils ſont encouragés à ces louables travaux par un ciel toujours pur & toujours ſerein ; par le climat le plus agréablement tempéré des deux hémiſphères ; ſur-tout par un ſol dont la fertilité étonne tous les voyageurs. Sur cette heureuſe terre, les récoltes de vin, de bled, d’huile, quoique aſſez négligemment préparées, ſont quadruples de celles que nous obtenons, avec toute notre activité & toutes nos lumières. Aucun des fruits de l’Europe n’a dégénéré. Pluſieurs de nos animaux ſe ſont perfectionnés, & les chevaux, en particulier, ont acquis une viteſſe & une fierté que n’ont jamais eues les andalous dont ils deſcendent. La nature a pouſſé plus loin ſes faveurs encore. Elle a prodigué à cette région un excellent cuivre qui eſt utilement employé dans l’ancien & le Nouveau-Monde. Elle lui a donné de l’or.

Avant 1750, le fiſc n’avoit reçu aucune année, pour ſon vingtième de ce précieux métal, au-delà de 50 220 liv. À cette époque fut érigé dans la colonie un hôtel des monnoies. L’innovation eut des ſuites favorables. En 1771, le droit royal s’éleva à 200 032 l. 4 ſols ; & il doit avoir beaucoup augmenté. L’alcavala & les douanes ne rendoient que 324 000 livres, & ils en rendent 1 080 000 l. Ces diverſes branches de revenu ſont groſſies, depuis 1753, par la vente excluſive du tabac.

Auſſi le Chili n’a-t-il plus beſoin de puiſer dans les caiſſes du Pérou pour ſes dépenſes publiques. La plus conſidérable eſt l’entretien des troupes. Elle monte à 490 125 l. 12 s. pour la ſolde des mille fantaſſins, des deux cens quarante cavaliers, des deux compagnies d’indiens affectionnés, qui, depuis 1754, forment l’état militaire du pays. Indépendamment de ces forces, diſperſées dans les iſles de Juan Fernandez & de Chiloé, dans les ports de la Conception & de Valparayſo, ſur les frontières des Andes, il y a dans Valdivia une garniſon particulière de ſept cens quarante-ſix ſoldats qui coûte 655 473 l. 12 ſ. Ces moyens de défenſe ſeroient appuyés, s’il le falloit, par des milices très-nombreuſes. Peut-être la partie qui combattroit à pied ne ſeroit-elle que peu de réſiſtance, malgré les peines qu’on s’eſt depuis peu données pour l’exercer : mais il ſeroit raiſonnable d’attendre quelque vigueur des meilleurs hommes de cheval qui ſoient peut-être ſur le globe.