Humour et humoristes/P. J. Toulet

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H. Simonis Empis (p. 201-202).

P.-J. TOULET


Il est minuit : la figure penchée, le corps un peu voûté, M. P.-J. Toulet entre au bar du Panthéon. Calme, ses mains pâles et longues effleurant sa barbe jaune, il regarde de ses yeux tristes ces femmes qui crient et ces hommes qui hurlent… Il s’asseoit dans un coin avec des amis ; un cocktail bientôt brille devant lui. Il s’écroule sur un banc, allonge ses jambes, et ses mains, encore et toujours, paresseusement, frôlent et caressent sa barbe jaune.

Il ne dit rien : il songe. Il rêve sans doute à quelque livre étrange, comme M. du Paur, à quelque étude curieuse et troublante de psychologie sadique et d’ironie glaciale. Peut-être aussi rêve-t-il à Pau, la ville de son enfance, aux Pyrénées, et au soleil du Midi. Peut-être aussi ne rêve-t-il pas. Lentement, à petites gorgées, il boit.

Mais soudain, un mot qu’il a surpris, l’émeut. Il se dresse, et des phrases quittent ses lèvres, rapides, pressées, passionnées… et des idées, originales, précises, fines, s’enfuient de lui, au hasard. Il jette, au milieu des fumées et des rires, à demi-voix, les trésors de son âme et de son intelligence… Puis, quand il juge qu’il a suffisamment parlé, il se tait, il songe de nouveau, et de nouveau, ses mains errent parmi les poils jaunes de sa barbe.