Identification anthropométrique, instructions signalétiques/2

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Imprimerie Administrative (pp. xiii-xvi).

INTRODUCTION

Sommaire : I. Étude théorique du signalement. — II. Exposé des trois sortes de signalement : 1. Du signalement anthropométrique ; a. Du signalement descriptif ; 3. Du signalement au moyen des marques particulières. — III. Considérations finales et conclusions : 1. Du rôle comparé des trois sortes de signalement ; 2. Organisation du service d’identification à la Préfecture de police de Paris ; 3. Fonctionnement du service des signalements anthropométriques dans les départements ; 4. Statistique des résultats obtenus à Paris et en province ; 5. Avis aux fonctionnaires qui désirent consulter les répertoires anthropométriques ; 6. Internationalisation et généralisation du système.

I

ÉTUDE THÉORIQUE DU SIGNALEMENT

Le signalement est la description d’une personne que l’on veut faire reconnaître (Littré). Dans la pratique pénitentiaire la notice signalétique accompagne toute réception comme toute livraison de l’individualité humaine ; c’est l’état chargé de garder la trace de la présence effective, réelle, de la personne visée par l’acte administratif ou judiciaire.

Qu’il s’agisse d’une entrée ou d’une sortie de prison, d’une libération ou d’un transfèrement, ou simplement de la notification d’une décision administrative ou judiciaire (comme un arrêté d’expulsion, par exemple), le but est toujours le même : conserver une empreinte suffisante de la personnalité pour pouvoir identifier la description présente avec celle que l’on pourrait être amené à relever ultérieurement. A ce point de vue le signalement est l’instrument par excellence de la constatation de récidive laquelle implique nécessairement la constatation d’identité. Aussi ne saurait-il y avoir de casiers judiciaires sans adjonction de signalement.

Inversement, le signalement intervient quelquefois pour prouver la non identité, à la requête de personnes honorables (victimes soit d’un faussaire, soit d’une homonymie malheureuse), qui demandent que l’on efface de leur casier des condamnations indûment inscrites.

Les nouvelles lois pénales, dites de relégation, de libération conditionnelle et de sursis de peines (Lois Bérenger), ont singulièrement augmenté le nombre des dissimulations d’identité par cela même qu’elles les rendaient plus tentantes.

On a été ainsi amené à demander au signalement, non plus simplement de contrôler l’identité déclarée, mais, au besoin, de la faire découvrir.

Or, la confection des signalements originaux, comme leur interprétation ou leur rectification, incombent nécessairement, de par la force des choses, au personnel pénitentiaire : c’est à la prison à reconnaître les siens. La police qui est une autorité régionale, ne peut lui prêter en cette occurrence qu’un secours limité à son champ d’action.

Les lois qui frappent la récidive correctionnelle ne font pas, en effet, de distinction entre la récidive locale et la récidive encourue en divers points du territoire de la République. Il en résulte implicitement pour l’Administration des prisons l’obligation de reconnaître et de signaler, sans distinction d’origine, les récidivistes de tous pays, qui chercheraient à se dissimuler sous de faux noms au milieu de la population pénitentiaire.

Ce résultat capital n’a pu être atteint que par la centralisation, en un service spécial, des copies de tous les signalements relevés dans les diverses prisons de France. C’est là le côté du problème que résout plus spécialement la partie anthropométrique de la notice signalétique.


On avait cru un moment, il y a trente ans, que la photographie allait donner la solution de la question. Mais la collection des portraits judiciaires ainsi rassemblés ne tarda pas à atteindre un nombre si considérable qu’il devint matériellement impraticable de retrouver, de découvrir, parmi eux, l’image d’un individu qui dissimulait son nom.

Durant ces dix dernières années la police parisienne a réuni plus de 100.000 photographies. Croyez-vous qu’il soit possible de comparer successivement chacune de ces 100.000 photographies avec chacun des 100 individus que l’on arrête quotidiennement à Paris ? L’essayerait-on pour un malfaiteur plus particulièrement signalé, que la recherche demanderait plus d’une semaine d’application, sans parler des erreurs et des oublis qu’un travail aussi fastidieux et fatigant pour l’œil ne manquerait pas d’occasionner.

Besoin était d’une méthode d’élimination analogue à celle en usage dans les sciences botaniques et zoologiques, c’est-à-dire prenant pour base les éléments caractéristiques de l’individualité, et non l’état civil qui peut avoir été l’objet d’une falsification.

Remarquons en passant que l’absence de classification naturelle est un reproche qui s’applique également à tous les systèmes d’identification judiciaire qu’on a cherché depuis à opposer à la photographie. Nous citerons entre autres : 1° l’impression des filigranes qui tapissent l’épiderme du pouce, procédé qui serait pratiqué en Chine, paraît-il ; 2° le moulage sur plâtre de la mâchoire que certains dentistes voudraient imposer à nos criminels ; 3° le dessin minutieux des auréoles et des dentelures que présente l’iris humain observé de près d’après la méthode que j’ai proposée il y a une dizaine d’années ; 4° l’empreinte, le moule ou la photographie de l’oreille dont les creux et les reliefs présentent tant de variété individuelle qu’il est presque impossible de trouver deux oreilles humaines identiques, et tant de fixité chez le même individu que la forme en semble immuable de l’enfance à la vieillesse ; 5° le relevé anatomique des marques particulières, grains de beauté, cicatrices, etc.

On a dit depuis longtemps qu’il était impossible de trouver deux feuilles exactement semblables : jamais la nature ne se répète. Choisissez n’importe quelle partie du corps humain, examinez-la et comparez-la avec soin chez divers sujets, et les dissemblances vous apparaîtront d’autant plus nombreuses que votre examen aura été plus minutieux : variabilité extérieure, variabilité interne dans l’ossature, les muscles, le tracé des veines ; variabilité physiologique dans la démarche, les expressions de physionomie, le jeu et la sécrétion des organes, etc.

Le chien qui cherche son maître dans une foule arpente la place en tout sens, le nez à terre, Homère nous raconte qu’après vingt ans d’absence, Ulysse, déguisé en mendiant, ne fut reconnu que par son chien, « le fidèle Argos au flair excellent ». Il y a là évidemment un élément d’individualité, et par conséquent de reconnaissance qui échappe complètement aux sens de l’homme. Mais quelques paroles prononcées d’une voix naturelle et « édisonnées » par un phonographe laisseraient une trace bien convaincante d’identité.

Ainsi la solution du problème de l’identification judiciaire consistait moins dans la recherche de nouveaux éléments caractéristiques de l’individualité que dans la découverte d’un moyen de classification. Certes, je ne conteste pas, pour ne parler que du procédé chinois, que les arabesques filigranées que présente l’épiderme de la face antérieure du pouce ne soient à la fois fixes chez le même sujet et extraordinairement variables d’un sujet à un autre ; et que chaque individu ne possède là une espèce de sceau original et bien personnel. Malheureusement il est tout aussi indéniable, malgré les recherches ingénieuses poursuivies par M. Francis Galton, en Angleterre, que ces dessins ne présentent pas par eux-mêmes des éléments de variabilité assez tranchés pour servir de base à un répertoire de plusieurs centaines de mille cas.

Le signalement anthropométrique, outre qu’il offre autant et même plus de variabilité que les divers procédés que nous venons d’énumérer, se prête admirablement bien à la classification : c’est là son but, son principal but, et la cause de sa supériorité.