Identification anthropométrique, instructions signalétiques/3

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II

EXPOSÉ DES TROIS SORTES DE SIGNALEMENT

1.

DU SIGNALEMENT ANTHROPOMÉTRIQUE

L’emploi de l’anthropométrie comme procédé d’identification repose sur les trois données suivantes que l’expérience de ces dix dernières années a rendues indiscutables, savoir :

la fixité à peu près absolue de l’ossature humaine à partir de la vingtième année d’âge. La taille seule, ou plus exactement, les fémurs, continuent souvent à croître pendant deux ou trois ans encore mais si peu qu’il est facile d’en tenir compte. La pratique montre que cette faible augmentation est compensée et au delà par l’incurvation de la colonne vertébrale (désignée sur la fiche signalétique par la rubrique voûte) qui, commençant vers la vingtième année, va, pas à pas, en s’accentuant jusqu’à la vieillesse.

la diversité extrême de dimension que présente le squelette humain comparé d’un sujet à un autre, à tel point qu’il serait fort difficile, sinon impossible, de rencontrer deux individus pourvus d’une ossature, je ne dirai pas rigoureusement identique, mais seulement assez voisine pour pouvoir être confondue.

la facilité et la précision relative avec lesquelles certaines dimensions du squelette sont susceptibles d’être mesurées sur le vivant au moyen de compas d’une construction très simple.

Voici parmi les innombrables mesures qu’il est possible de relever sur le corps humain celles qu’après une minutieuse critique nous avons définitivement admises à figurer sur le formulaire du signalement anthropométrique.

Mesures relevées sur l’ensemble du corps Taille (hauteur de l’homme debout).
Envergure des bras.
Buste (hauteur de l’homme assis).
Mesures relevées sur la tête Longueur de la tête.
Largeur de la tête.
Longueur de l’oreille droite.
Largeur de l’oreille droite.
Mesures relevées sur les membres Longueur du pied gauche.
Longueur du doigt médius gauche.
Longueur de l’auriculaire gauche.
Longueur de la coudée gauche.

Ces constatations n’ont de valeur qu’à la condition sine quâ non qu’elles soient relevées d’une façon rigoureusement uniforme et précise. La valeur signalétique d’une longueur osseuse est en effet, toutes choses égales d’ailleurs, directement proportionnelle à la précision de sa mensuration. C’est là un point capital sur lequel il nous faut particulièrement insister.

Supposons, par exemple, qu’au moyen d’un artifice quelconque, nous puissions arriver partout et toujours à mesurer la hauteur de la taille en commettant une erreur moitié moindre que celle dont cette indication est susceptible d’ordinaire ; il est évident que le chiffre ainsi recueilli permettra de distinguer deux fois plus, d’individus, autrement dit, aura une valeur signalétique double.

Mais, quel résultat final n’obtiendrait-on pas, si l’on supposait le même perfectionnement de mensuration appliqué, après la taille, successivement aux dix autres observations du signalement anthropométrique ! L’envergure relevée avec une précision double différencierait de même deux fois plus de monde, ce qui, en tenant compte du résultat déjà obtenu par la taille, quadruplerait le nombre de sujets reconnaissables à l’ensemble de ces deux caractères (2 × 2 = 4). La hauteur du buste, en profitant du même perfectionnement, doublerait aussi pour sa part le nombre précédent qui deviendrait ainsi huit fois plus fort. La transformation des huit autres mesures, en apportant chacune avec elle un doublement successif, porterait progressivement ce coefficient au chiffre de 4.096 (8 × 2 × 2 × 2 × 2 × 2 × 2 × 2 × 2 = 4.096) !

Ainsi, le simple fait d’être à même de relever les onze mesures du signalement anthropométrique, chacune avec une précision double, rendrait ce document plus de quatre mille fois meilleur ; autrement dit, si le premier signalement, tel que nous l’avons supposé, permettait de distinguer un millier de personnes les unes des autres (nous citons ce chiffre au hasard), le nouveau, après ce perfectionnement idéal, en distinguerait quatre millions (1.000 × 4.000 = 4.000.000.)

Inversement, la moindre négligence, ou seulement la moindre différence dans la façon d’opérer qui diminuerait la précision de l’observation pourrait, en se répercutant sur la succession de nos mesures, arriver à réduire presque à néant la valeur signalétique d’une description anthropométrique.

Ces considérations démontrent jusqu’à l’évidence l’obligation inéluctable de relever les mesures avec toute la rigueur possible, au moyen d’instruments spéciaux et en se conformant exactement aux prescriptions minutieuses qui font l’objet de la partie technique de ce volume.

Le court résumé que nous allons en donner ici, tout en étant manifestement insuffisant pour guider une mise en pratique, servira à tout le moins à fixer les idées du lecteur sur la signification de chacune de ces constatations (voir la gravure du frontispice).

La hauteur de la taille est projetée au moyen d’une équerre en bois de forme spéciale sur un mètre gradué fixé verticalement au mur. Le sujet, pieds nus, est adossé au mur, la colonne vertébrale à environ 15 centimètres à gauche de la graduation. L’opération est d’autant plus juste qu’elle est exécutée plus rapidement.

L’envergure ou longueur des bras étendus en croix est prise immédiatement après, sans presque avoir à déranger le sujet, au moyen d’une graduation murale dont les verticales centimétriques peuvent s’adapter à toutes les tailles.

La mensuration de la hauteur du buste (hauteur de l’homme assis) est effectuée ensuite à l’aide d’instruments analogues à ceux employés pour la taille.

Les deux diamètres céphaliques (longueur et largeur du crâne) sont l’un et l’autre des dimensions maximums. Ils doivent être relevés au moyen d’un compas spécial, muni d’un arc de cercle gradué, du type appelé communément compas d’épaisseur.

La longueur de la tête est mesurée de la concavité de la racine du nez prise comme point fixe a la partie la plus saillante du derrière de la tête.

La mensuration de la largeur (diamètre transverse maximum) est une opération un peu plus délicate. Elle diffère notamment de la précédente en ce qu’il n’y a plus de point fixe et que les extrémités des deux branches de l’instrument doivent être déplacées ici à la fois horizontalement et symétriquement de chaque côté de la tête. Remarque très importante : Ces deux observations doivent toujours être l’objet d’une vérification dite de contrôle qui consiste à fixer les branches du compas au moyen de la vis d’arrêt à l’écartement trouvé par une première investigation et à les essayer ainsi à nouveau sur la tête du sujet en modifiant la pointure, jusqu’à ce que le double contact désirable soit atteint[1].

Les deux diamètres de l’oreille droite sont mesurés sur leur axe maximum, au moyen d’un petit compas à coulisse spécial, en ayant soin de ne pas déprimer en quoi que ce soit les parties molles.

Ces deux dernières opérations sont les seules qui s’effectuent sur le côté droit de l’individu, toutes les observations unilatérales qui vont suivre devant porter exclusivement sur le côté gauche. Cette exception tient à ce qu’il a semblé préférable de faire porter la mensuration et la description sur l’oreille qu’il est d’usage, pour des raisons multiples et techniques, de reproduire en photographie judiciaire.

Le pied gauche nu doit être mesuré en ayant soin de faire reposer tout le poids du corps sur ce pied étendu à plat sur le sol (de préférence sur un tabouret), le pied droit étant soulevé et porté en arrière. C’est le long du pied, du côté du gros orteil, que l’on dispose la tige du grand compas à coulisse employé pour cette mensuration. La branche fixée étant placée contre le talon du sujet, la branche mobile doit toucher, sans déprimer, l’extrémité du gros orteil.

Inutile de dire que la longueur anthropométrique du pied diffère de la mesure relevée par le cordonnier et qu’un soulier dont on aurait pris la mesure d’une façon aussi juste, ne pourrait être chaussé. Le but poursuivi ici n’est pas de faire une paire de souliers, mais de chercher à obtenir une longueur constante que l’on ne puisse altérer et que l’on soit toujours à même de reprendre aussi exactement, quels que soient le moment et le lieu où l’on opère[2].

Les doigts médius et auriculaire de la main gauche sont mesurés d’équerre à partir du dos de la main, au moyen des petites branches du grand compas à coulisse. Ces deux observations ont une valeur signalétique considérable à la condition qu’elles soient relevées en se conformant exactement aux prescriptions.

La coudée gauche est mesurée de la pointe du coude à l’extrémité du médius, l’avant-bras étant plié à angle aigu par rapport au bras et la main étendue à plat sur une table, les ongles en dessus. Cette opération nécessite pour être bien conduite l’emploi d’une table spéciale haute et étroite, en forme de tréteau, dont le plan et les dimensions ont été indiqués exactement planche 1 de l’Album. Rien de plus aisé que d’en faire construire une semblable par la main d’œuvre pénale.

Toutes les mesures de notre signalement, l’envergure exceptée, sont relevées en enserrant la partie à mesurer entre deux surfaces parallèles dont l’écartement est projeté sur une tige graduée. Sur les trois compas employés, la lecture de la graduation doit être faite en se reportant vis-à-vis le trait zéro (analogue à celui en usage pour les verniers) qui se trouve approximativement au milieu du verrou mobile. L’emplacement de ce trait est déterminé, en pratique comme en théorie, par cette indication bien simple que l’instrument fermé doit marquer zéro.

Avons-nous besoin de dire que la disposition de ces instruments a été l’objet de bien des tâtonnements et de multiples perfectionnements avant d’atteindre leur état actuel que nous regardons comme définitif. Aussi repoussons-nous d’avance toute modification, tout nouveau changement même minime, dans leurs formes comme dans la manière de s’en servir. C’est là une tentation bien grande de la part des débutants auxquels les idées nouvelles arrivent nombreuses, mais qui ignorent que toutes ces idées, même celles qu’ils croient les plus originales, les plus personnelles, ont déjà été proposées par d’autres, essayées et finalement rejetées pour diverses raisons.

En réalité, tout changement apporté au manuel opératoire anthropométrique, soit dans ses parties essentielles mentionnées plus haut, soit dans les détails exposés dans la première partie des Instructions ne peut avoir d’autre conséquence que d’augmenter la valeur de l’erreur possible et inévitable dont les constatations humaines sont toujours plus ou moins entachées, c’est-à-dire, ainsi qu’il a été démontré plus haut, d’affaiblir, sinon d’anéantir complètement, la valeur signalétique de ces constatations.

De la classification des signalements.

Les mesures énumérées ci-dessus ont été relevées sur les 120.000 sujets qui ont traversé les prisons de Paris durant ces dix dernières années et recopiées à mesure sur autant de fiches de carton de 146 millimètres de haut sur 142 de large, qui sont rangées dans de petites boîtes mobiles.

Voici les lignes principales de la méthode qui a présidé à la classification de cette masse énorme de signalements :

Les hommes sont placés d’un côté, les femmes de l’autre. Ces dernières, beaucoup moins nombreuses ici que les hommes, ne dépassent pas le nombre de 20.000. Des 100.000 signalements masculins restant, il faut encore défalquer environ 10.000 relatifs à des mineurs âgés de moins de vingt et un ans, lesquels nécessitent une classification spéciale.

Quant aux 90.000 signalements d’adultes, ils sont d’abord répartis d’après leur longueur de tête dans les trois embranchements primordiaux suivants :

division des petites longueurs de tête comprenant environ 30.000 signalts.
moyennes 30.000
grandes 30.000

Les mots petite longueur, moyenne longueur, grande longueur sont ici rigoureusement déterminés par des chiffres. L’expérience a prouvé qu’il était possible, après quelques tâtonnements, d’en fixer une fois pour toutes les valeurs de façon à ce que les trois classes arrivent à contenir un nombre approximativement égal de signalements. Naturellement ce résultat ne peut être obtenu qu’en enserrant la classe moyenne entre des bornes plus rapprochées que la petite ou la grande.

Ainsi les limites chiffrées de la moyenne longueur de tête en usage à la Préfecture de police de Paris n’embrassent que 6 millimètres d’intervalle (de 185 à 190) ; tandis que celles de la grande, qui s’étend de 191 jusqu’à la plus grande dimension possible, englobe plus de 3 centimètres, car on rencontre quelquefois des longueurs de tête de plus de 22 centimètres. La division des petites longueurs réunit de même des têtes de 160 millimètres de long, par exemple, à côté d’autres de 184, c’est-à-dire de 26 millimètres plus grandes. Dans la division tripartite : α à 184, 185 à 190, 191 à ω[3], ce sont naturellement les deux chiffres limites de la valeur médiane qui déterminent l’ensemble du système.

Chacune de ces trois grandes masses de 30.000 signalements est ensuite partagée, sans plus s’occuper aucunement de la longueur de la tête, en trois groupes basés sur la largeur de tête.

Il a été constaté depuis longtemps en anthropologie que la largeur de la tête varie indépendamment de sa longueur. Autrement dit de ce que nous connaissons la longueur d’un crâne, il ne s’ensuit pas que nous puissions prévoir quelle sera sa largeur. Les trois catégories ci-dessus mentionnées de longueur de tête sont donc susceptibles d’être subdivisées chacune en trois sous-groupes basés sur le degré de largeur.

Ces nouvelles subdivisions, au nombre de neuf ne contiennent plus alors, savoir :

Celles des petites largeurs de tête que 10.000 signalements ;
moyennes 10.000
grandes 10.000

A leur tour, ces neuf subdivisions de 10.000 sont partagées chacune en trois groupes suivant la longueur du doigt médius, ce qui nous donne un total de 27 sous-subdivisions ne comptant plus chacune, savoir :

Celles des médius petits que 3.300 signalements environs ;
moyens 3.300
grands 3.300

La longueur du pied fournit une quatrième indication qui subdivise encore chacun des groupes obtenus précédemment en trois de 1.100 signalements environ[4].

Puis interviennent trois subdivisions basées sur la longueur de la coudée qui réduisent le nombre précédent à moins de 400.

Les variations de la taille divisent chacun de ces derniers paquets en trois d’environ 130 signalements qui sont finalement répartis, toujours d’après le même principe, en classes d’une soixantaine au moyen des variations du doigt auriculaire[5], et en classes d’une douzaine au moyen de la couleur de l’œil. Ce dernier groupe de douze signalements est ordonné lui-même suivant les valeurs croissantes de la longueur de l’oreille.

C’est ainsi que, grâce aux six données anthropométriques nouvelles (le sexe, la taille, l’âge et la couleur des yeux ayant figuré de tous temps sur les signalements), la collection des 120.000 signalements de la Préfecture de police se trouve finalement être divisée en groupes d’une douzaine !

Supposons maintenant que nous ayons à vérifier dans la collection, si un individu qui vient d’être arrêté et qui se dit sans antécédents judiciaires, n’y a pas été précédemment classé sous un autre nom. Il va de soi, qu’il faudra, après en avoir pris un signalement anthropométrique, se diriger vers la division de la longueur de tête correspondant à celle de l’individu examiné, s’arrêter à la subdivision de sa largeur de tête, pour chercher ensuite la sous-subdivision de son médius, puis celle de son pied et celle de sa coudée. On arrivera ainsi d’élimination en élimination au paquet final qui devra contenir le signalement recherché, si, bien entendu, la personne arrêtée a déjà été condamnée et mesurée antérieurement.

Quand une ou plusieurs des mesures relevées à nouveau sur l’individu tombent sur les limites des divisions de la classification, l’enquête doit être poursuivie dans les divers embranchements, absolument comme dans un dictionnaire on recherche à différents endroits le mot dont on ignore l’orthographe exacte.

Ces explorations limites allongent considérablement les recherches lorsqu’elles portent à la fois sur plusieurs mesures. Elles demandent alors à être dirigées dans un ordre constant et en suivant une loi mécanique de combinaisons qui a reçu des employés spéciaux qui en sont chargés le nom caractéristique de recherches doubles. C’est en elles que réside la seule difficulté de l’identification anthropométrique. Elles incombent d’ailleurs uniquement au personnel du service central. Les résultats obtenus en dix ans de pratique ont démontré que l’obstacle était aisément surmontable.


On remarquera, dès maintenant, que les éliminations anthropométriques qui viennent d’être indiquées ne se succèdent pas dans le même ordre que celui de la liste des mesures à prendre. Cette dernière sériation, qui est celle de la fiche et des formules signalétiques en usage dans les prisons, reproduit la marche qu’il convient, autant que possible, d’observer dans la mensuration du sujet, de façon notamment à n’abandonner un instrument qu’après avoir épuisé toutes les indications qu’il doit aider à relever. C’est également l’ordre d’exposition qui a été suivi dans les chapitres des Instructions anthropométriques.

L’ordre de la classification est déterminé d’après une considération dm tout autre genre : c’est de placer au début les mesures qui ont la plus grande puissance signalétique, c’est-à-dire celles qui sont à la fois les plus stables chez le même individu et les plus variables d’un individu à un autre, de façon que les éliminations effectuées en premier prêtent le moins possible aux hésitations et aux recherches doubles qui en découlent. Ces dernières sont en effet d’autant plus rapidement et facilement effectuées qu’elles portent sur les ramifications ultimes de la classification.

Il importe de faire ressortir que le fait pour deux signalements de se trouver dans la même case finale n’implique pas une concordance nécessaire et absolue entre les chiffres des mensurations. Pour nous en tenir à la division médiane ou moyenne, où les ressemblances sont de beaucoup les plus étroites, on peut distinguer près de trois catégories de dimensions, indépendantes l’une de l’autre, suivant que le chiffre considéré confine à la division petite, ou à la grande, ou est intermédiaire entre les deux.

Une comparaison du signalement chiffré poursuivie entre les fiches classées dans la même case finale révèle qu’il est presque impossible, en cherchant au hasard dans le répertoire anthropométrique, de rencontrer deux signalements exactement semblables, et que l’équivalence des chiffres arrive ainsi en fin de compte à constituer une quasi-certitude d’identité.

La discussion raisonnée des chiffres du signalement métrique dans les divisions ultimes du classement, comme la connaissance des cas qui approchent assez de la limite de nos divisions tripartites pour nécessiter les recherches doubles visées par un paragraphe précédent, présupposent la connaissance exacte du nombre de millimètres dont peuvent s’écarter deux mesures qui auraient été relevées sur la même personne, en des lieux, à des époques et par des observateurs différents.

Nous avons démontré plus haut quelle était l’importance extrême qui s’attachait à ce que ces écarts fussent en pratique les plus petits possible. Mais quels que soient le soin et l’uniformité apportés à la mensuration, des différences se rencontrent toujours ; il est impossible qu’il en soit autrement. Il importe d’autant plus d’être fixé rigoureusement sur le chiffre qu’elles peuvent atteindre, mais non dépasser.

La mensuration d’un même individu répétée dix fois de suite fournirait presque immanquablement en pratique dix signalements, différant tous les uns des autres de quantités insignifiantes, quoique tous également exacts. Il est presque impossible, par exemple, d’obtenir à deux reprises l’ensemble des mêmes chiffres millimétriques de taille, de buste et de largeur d’oreille[6].

La connaissance réfléchie de ce que l’on peut appeler le maximum d’écart tolérable, ou encore le degré d’approximation exigible, est la base de tout contrôle administratif comme de toute utilisation judiciaire du signalement anthropométrique.

On en trouvera l’indication précise, qui varie grandement suivant la partie du corps à mesurer, en un paragraphe spécial à la fin des instructions techniques relatives à chaque mensuration. En voici un tableau récapitulatif avec toutes les explications que comporte le sujet.

A
APPROXIMATIONS

théoriquement exigible
(en + ou en −)
B
DIVERGENCES

au-delà desquelles commence la faute lourde.
C
FAUTES

très lourdes ou écarts au-delà desquels on est en droit de déclarer la non-identité.
m/m
m/m
m/m
Taille 7 15 30
Envergure 10 20 40
Buste 7 15 30
Longueur de la tête. 0,5 1 2
Largeur de la tête. 0,5 1 2
Longueur de l’oreille droite. 1 2 4
Largeur de l’oreille droite. 1,5 3 6
Longueur du pied gauche. 1,5 3 5
Longueur du médius gauche. 0,5 1 2
Longueur de l’auriculaire gauche. 0,75 2 3
Longueur de la coudée gauche. 1,5 3 6

Les chiffres des colonnes B et C sont obtenus en doublant et en quadruplant respectivement ceux de la colonne A. Quant à celle-ci, qui détermine ainsi tout le système, elle nous donne, pour chaque mesure, en millimètres et fractions de millimètre, la longueur maximum dont un observateur scrupuleux peut se tromper en plus ou en moins (+ ou −) autour du chiffre vrai idéal[7].

Ainsi pour la taille une différence de moins de 7 millimètres en dessus ou en dessous du chiffre supposé vrai est toujours admissible et ne saurait être qualifiée de faute.

La tolérance est la même en ce qui regarde le buste.

Mais pour l’envergure la différence entre deux mesures également bien prises sur un même sujet pourra s’élever à 10 millimètres, ou 1 centimètre, ce qui n’a rien d’étonnant, cette longueur étant la seule du signalement, qui soit relevée en chiffres centimétriques ronds, c’est-à-dire sans adjonction de millimètres.

Ces trois observations pouvant être dans une certaine limite l’objet de manœuvres de tricherie de la part du sujet, il faudra toujours dans la comparaison des résultats tenir compte en outre des corrections et indications qui pourraient être mentionnées, soit en note, soit à la rubrique voûte.

L’approximation d’un demi-millimètre (0mm5), exigible pour la mensuration des diamètres céphaliques et de la longueur du médius, étonnera au premier abord ceux de nos lecteurs qui, ayant eu entre les mains des relevés anthropométriques, auraient remarqué que la plus petite décimale employée est le millimètre, autrement dit, que l’on n’y mentionne jamais le demi-millimètre.

Néanmoins il est facile de s’assurer, pour peu que l’on y réfléchisse, que cette approximation est réellement atteinte, puisque les divergences de 1 millimètre entre deux diamètres céphaliques également bien relevés sur un même sujet ne s’observent en pratique anthropométrique que lorsque la longueur vraie tombe, à peu de chose près, juste entre deux chiffres millimétriques consécutifs.

Les autres nombres fractionnaires du tableau, savoir : 1mm5 (un millimètre et demi) pour la largeur de l’oreille et les longueurs du pied et de la coudée, et 0mm76 (trois quarts de millimètre) pour la longueur de l’auriculaire, s’expliquent de même parla nécessité de tenir compte des erreurs, en dessus ou en dessous du chiffre vrai, qui, en se combinant, peuvent arriver à produire une différence totale non fractionnaire d’étendue double. Les chiffres de la colonne A sont les seuls de ce tableau qui soient précédés des signes + ou − (plus ou moins).

Les chiffres de la colonne B, obtenus en multipliant les précédents par 2, peuvent donc être absolument relevés entre deux signalements d’un même sujet sans qu’en réalité chacun d’eux, considéré séparément, soit affecté d’une erreur plus grande que celle mentionnée en la colonne A, c’est-à-dire, sans qu’il y ait nécessairement faute commise. Néanmoins si des divergences de cette nature ne doivent pas, en tout état de cause, entraîner un blâme à l’adresse du ou des observateurs, elles doivent toutes les fois que cela est possible (c’est-à-dire toutes les fois que le sujet est encore présent), donner lieu à une contre-vérification dans le but de s’assurer que les deux valeurs divergentes sont réellement l’une et l’autre également éloignées de la vérité qui est restée entre les deux.

S’il en était autrement, si l’on tolérait dans la pratique anthropométrique que des divergences aussi fortes que celles de la colonne B puissent se glisser en un seul sens, il se présenterait nécessairement des cas où ces écarts, en se produisant une première fois en plus et une seconde fois en moins, atteindraient une différence absolue égale aux chiffres de la colonne C. Or, nous avons précédemment insisté assez longuement sur l’obligation d’arriver au maximum de précision possible pour qu’il soit utile d’y revenir.

On doit donc admettre qu’il y a eu forcément faute commise du moment que la comparaison de deux signalements relevés sur la même personne fait ressortir un écart égal à celui de la colonne C (obtenue elle-même par le doublement de la colonne B). La faute sera simple si elle n’atteint pour chaque signalement que la moitié de cet écart (c’est-à-dire les chiffres de la colonne B) ; elle sera très lourde si elle est uniquement attribuable à un seul des deux signalements examinés.

Conclusion : la colonne C nous donne les valeurs au-delà desquelles on est en droit de déclarer la non-identité entre deux signalements de l’exactitude desquels on est également sûr.

Théoriquement, un seul écart supérieur à celui de la colonne C, comme par exemple une différence de 3 millimètres pour l’un des diamètres céphaliques ou de 6 millimètres pour la longueur du pied, etc., devrait suffire pour prononcer la non-identité entre deux signalements. Néanmoins, étant donnée l’étourderie humaine, on agira prudemment en ne concluant qu’après la découverte, sur une autre mesure, d’un nouvel écart caractérisé.

La connaissance de l’écart maximum nous met à même d’apprécier d’une façon raisonnée la valeur récognitive qu’il convient d’attribuer au signalement anthropométrique et de préciser ce que nous avons dit plus haut sur la presque impossibilité de rencontrer dans la collection deux signalements concordants, c’est-à-dire présentant approximativement les mêmes chiffres, quoique ne se rapportant pas à la même personne.

C’est là une question capitale qui se pose journellement devant les tribunaux. La réponse à formuler varie quelque peu suivant que la découverte du signalement contesté a été amenée : 1° par l’enquête judiciaire proprement dite ; ou 2° par une recherche spontanée au moyen de la classification tripartite décrite précédemment.

Examinons d’abord le premier cas. Les révélations d’un témoin, les aveux momentanés de l’intéressé, une saisie de pièces, etc., font retrouver dans les archives criminelles un ancien dossier judiciaire avec un signalement anthropométrique, dont toutes les observations concordent, dans la limite des écarts admissibles, avec celles relevées sur l’individu présent.

Nulle hésitation ! La concordance des chiffres doit être regardée, en pareil cas, comme une preuve absolument péremptoire. Des témoins peuvent être induits en erreur par des coïncidences physiques de taille, d’âge, de complexion (voir Pl. 59 et 60 de l’Album). On peut admettre aussi que l’intéressé ait été tenté de profiter de pareilles ressemblances venues à sa connaissance. Mais les observations anthropométriques échappent à cette cause de suspicion, par cela même que leur constatation nécessite l’emploi d’instruments de précision. Et quand même l’individu visé aurait à sa disposition les outils indispensables, toute la population réunie d’une maison centrale serait encore manifestement insuffisante pour lui offrir l’occasion d’y rencontrer un seul sujet ayant approximativement les mêmes mesures que lui. Pour qu’il ait chance d’y réussir, il faudrait supposer que la personne en question, ayant eu à une période de sa vie la libre disposition du répertoire central de Paris, aurait pu explorer à loisir la case finale où aboutissait son propre signalement aux fins d’y rechercher le nom de quelque sujet présentant suffisamment d’analogie métrique pour être confondu avec lui. C’est là une hypothèse dont il est inutile de faire ressortir l’impossibilité.

Même en l’admettant, la chance de rencontrer un signalement de permutation serait bien minime. L’examen du deuxième cas va nous le démontrer.

En présence d’un individu cachant manifestement son nom, des recherches méthodiquement conduites dans les archives centrales, sans autre fil indicateur que les éliminations anthropométriques nécessaires, ont amené la découverte d’un signalement dont toutes les indications métriques concordent avec celui qui fait l’objet de la recherche : quel degré de confiance convient-il d’accorder à une pareille coïncidence ? — La réponse demande quelques explications préalables.

Théoriquement on devrait admettre, en effet, qu’il est toujours possible, du moment que l’on dispose d’un nombre suffisant de signalements, d’en trouver deux équivalents, quoique se référant à deux individualités différentes. Les chiffres de nos mesures ne variant que dans des limites déterminées, le nombre des combinaisons qu’elles peuvent présenter entre elles est également limité, quelque élevé qu’en soit le produit. Toute la question semble donc se résumer à connaître le chiffre de signalements qu’il faut réunir pour avoir chance d’en trouver deux semblables.

Mais pour donner au problème une solution à la fois précise et pratique, faut-il encore savoir de quels chiffres se compose le signalement dont on s’occupe. Il est évident, par exemple, qu’un individu doté d’une taille exceptionnellement grande, combinée avec des diamètres céphaliques minimes, serait infiniment plus reconnaissable que si l’ensemble de ses indications chiffrées correspondait à la moyenne.

Ces dernières conditions ont été intentionnellement réalisées sur le signalement ci-dessous, qui a été gratifié de chiffres exactement moyens ou plutôt médians, c’est-à-dire également écartés des limites des divisions petites et grandes de la classification triparlite.

Taille 1m645
Envergure 1m680
Buste 0m880
Tête longr. 187
largr 156
Or. longr. 63
largr 37
Pied 259
Médius 114
Auri. 89
Coudée 451
Œil châtain (4e cl.)

C’est l’ensemble signalétique qui, complété par l’indication d’un âge moyen compris entre vingt-cinq et quarante ans, par exemple, a, théoriquement et pratiquement, le plus de chance d’être rencontré dans un répertoire anthropométrique[8].

Or une expérience dont nous garantissons l’exactitude et qu’il est facile de répéter, montre qu’il est impossible d’en trouver un exactement semblable, au millimètre près, dans le répertoire anthropométrique des 90.000 signalements d’adultes méthodiquement classés de la Préfecture de police.

La recherche est également vaine si, au lieu de l’identité absolue de chiffre, on se contente de compulser les signalements qui pourraient être confondus avec lui dans la limite des approximations de la colonne A.

Pour arriver à trouver un seul signalement assimilable au type imaginé précédemment, il faut en altérer les valeurs en plus ou en moins de quantités égales à celles de la colonne B, différences qui ne s’observent, comme on sait, qu’en cas de négligence de mensuration, sinon de faute proprement dite.

Mais si au lieu d’infliger à notre signalement-type les divergences encore admissibles de la colonne B, nous lui faisons subir en plus ou en moins les écarts de la colonne C, le résultat de la recherche dans notre répertoire change complètement de face : au lieu d’une fiche concordante nous en trouvons trente !

Il ne faudrait pas croire d’ailleurs que ces trente signalements, quoique confondables avec notre type médian, le soient tous en même temps entre eux.

En effet, admettre des écarts égaux à ceux de la colonne C. pour nos recherches dans le répertoire, c’est donner au signalement précédent la forme ci-jointe :

T. 1m645 ± 30
E. 1m680 ± 3
B. 0m880 ± 30
Tête 187 ± 2
156 ± 2
Or. 63 ± 4
37 ± 6
P. 259 ± 5
M. 114 ± 2
Au. 89 ± 3
C. 451 ± 6

L’opération à effectuer alors consiste dans l’extraction, de notre répertoire, de tous les signalements sans exception, présentant un ensemble de chiffres compris respectivement entre les limites inférieures et supérieures, indiquées ci-après :

T. 1m615 à 1m675
E. 1m640 à 1m720
B. 0m850 à 0m910
Tête 185 à 189
154 à 158
Or. 59 à 67
31 à 43
P. 254 à 264
M. 112 à 116
Au. 86 à 92
C. 445 à 457

Or il est évident, pour nous en tenir à la taille, que, si notre chiffre médian de 1 m. 65 peut à la rigueur être confondu, d’un côté, avec une taille de 1 m. 62, et, de l’autre, avec celle de 1 m. 68, il est absolument impossible d’admettre qu’un même adulte pourra être gratifié une première fois de la taille de 1 m. 61 et une seconde fois de celle de 1 m. 67.

La même discussion chiffrée appliquée successivement à chacune des onze indications anthropométriques conduit à cette constatation qu’il y a à peine une dizaine de fiches sur trente qui s’entr’accordent dans les limites des plus grands écarts admissibles.

Ainsi l’observation des faits confirme avec une exactitude suffisante les déductions exclusivement mathématiques exposées au début de cette discussion (page xvii), savoir la très grande différence à faire au point de vue de la certitude d’identification entre deux signalements suivant que leurs chiffres concordent dans les limites des colonnes A et B, ou qu’ils diffèrent des quantités doubles mentionnées colonne C.

N’oublions pas d’ailleurs que le signalement-type, qui vient de servir de base à notre démonstration, est un signalement inventé à plaisir en vue de conduire précisément à celle de nos 15.000 divisions finales dont les limites sont confinées entre les chiffres les plus rapprochés (voir la note page xxxi), et qu’il suffirait, dans ce même signalement, d’écarter quelque peu de la moyenne une seule de ses valeurs, pour rendre à nouveau presque impossible la tâche de découvrir dans la collection un deuxième signalement semblable.

Des faits précédents tirons cette conclusion pratique que, lorsque les observations anthropométriques contestées par l’intéressé sont soumises à l’appréciation d’un tribunal, l’agent ou l’expert, chargé de l’interprétation de ces documents, ne doit jamais négliger (après avoir fait constater l’équivalence des chiffres en indiquant que le degré d’approximation exigible a été atteint séparément pour chaque mesure), de signaler quelles sont celles de ces valeurs qui s’éloignent le plus de la moyenne et de combien elles s’en éloignent (voir l’annexe sur le Portrait parlé).

La preuve d’identité sera d’autant plus sure que ces anomalies de dimension se produiront en sens opposé : si, par exemple, à une taille supérieure s’associe un médius inférieur ou simplement égal à la moyenne générale, etc.

Est-il nécessaire de répéter que la rencontre d’un signalement approximativement moyen en toutes ses parties est extrêmement rare et que, même en ce cas, l’identification uniquement basée sur le signalement anthropométrique serre de bien près la vérité, puisque, tout en admettant les écarts énormes de la colonne C, il ne permet pas de confondre plus de dix individus sur un ensemble de plus de 40.000 de même âge approximatif, à quinze ans près.


Néanmoins, quelle que soit la similitude de deux signalements chiffrés, quelque anormaux qu’on les imagine sous le rapport anthropométrique, ils ne sauraient suffire à eux seuls pour asseoir la religion d’un tribunal, du moment que leur découverte est le résultat d’une recherche par élimination dans le répertoire central.

A l’argumentation tirée de l’équivalence, on doit en effet objecter qu’elle n’a rien de convaincant, étant donné qu’elle a été voulue, recherchée, choisie comme telle, entre toutes les fiches d’une collection immense. Plus cette collection aura vieilli et se sera accrue par l’accumulation annuelle de nouveaux signalements, plus le doute sera légitime.

Il faut de toute nécessité, pour rendre l’identification indiscutable, qu’elle puisse être confirmée, après coup, par un ensemble de faits indépendants, n’entrant pas en ligne de compte durant la classification et la recherche de la fiche signalétique : tel est le rôle des renseignements descriptifs et du relevé des marques particulières qui doivent être adjoints à tout signalement et qui vont faire l’objet des deux chapitres suivants.

2.

DU SIGNALEMENT DESCRIPTIF

Ainsi il sera démontré une fois de plus que si l’homme ne voit partout que hasard et désordre tant qu’il n’a pas saisi la loi de sériation naturelle, tout devient après ordre, succession régulière et causalité.

(Dr Bertillon père, in Philosophie et Physique, 1860).

Le signalement descriptif opposé à l’anthropométrique est celui qui décrit avec des mots, à l’aide de la seule observation, sans le secours d’instruments. Tel est le type bien connu des signalements encore en usage pour les passeports, permis de chasse, etc.

Nous allons démontrer comment il est possible de donner au signalement descriptif quelque peu de la rigueur du signalement anthropométrique en y appliquant la méthode des limites d’approximation.

Pour ce, reportons-nous à la note de la page xxxi où une première allusion a été faite à la loi de sériation des dimensions. Nous y avons constaté le fait de la diminution régulière et symétrique de la fréquence, à mesure que l’on s’éloigne de la moyenne centrale, et nos lecteurs ont présente à l’esprit la forme de la courbe appelée en mathématiques binomiale, qui, d’un trait de plume, figure l’ensemble de ces faits. Nous avons vu que, quelle que soit la partie du corps examiné, la même répartition reproduisant la même courbe se retrouvait partout, identique à elle-même.

Or cette loi a une portée encore plus générale ; elle régit non seulement les dimensions, mais les nuances et les formes des hommes comme des animaux, des êtres vivants comme des objets inanimés.

Tout ce qui vit, croît ou décroît, oscille entre un maximum et un minimum, entre lesquels viennent se grouper la multitude de formes intermédiaires d’autant plus nombreuses qu’elles avoisinent davantage la moyenne, d’autant plus rares qu’elles s’en éloignent.

Cette loi naturelle, découverte par l’illustre Belge Quételet, trouve son explication dans le mélange infini des causes créatrices et plus spécialement, en ce qui regarde l’espèce humaine, dans la fusion des races, brunes avec blondes, grandes avec petites, etc. Quoi qu’il en soit, a priori, nous pouvons poser comme principe que notre vocabulaire descriptif sera d’autant plus conforme à la nature des choses et d’autant plus susceptible, par conséquent, d’être appliqué avec exactitude et facilité qu’il s’inspirera davantage de cette règle universelle.

La langue usuelle, fille de la nécessité journalière, n’a cure de ces idées générales. Le plus souvent elle ne dispose de mots que pour les cas extrêmes, bien tranchés, qui, par cela même, sont exceptionnels, et elle laisse inconsidérément de côté les intermédiaires, c’est-à-dire les neuf dixièmes des cas pour lesquels elle ne nous offre que les qualificatifs : ordinaire, moyen, commun, qui se résument tous dans le terme, également très employé, de néant.

Ainsi chacun sait, par exemple, ce qu’il faut entendre par yeux bleus et yeux marron (vulgo bruns). Mais quand il s’agit de qualifier les yeux mitoyens entre ces deux types ethniques (les blonds et les bruns), la langue usuelle ne nous fournit plus que des mots peu exacts où disparaît toute indication de gradation, de transition d’une catégorie à une autre. C’est ainsi que les yeux appelés d’habitude gris, verts, roux, noirs, etc., ne sont à proprement parler ni gris, ni verts, ni roux, ni noirs, mais participent tous plus ou moins de ces qualificatifs. Or ce sont précisément ces catégories mélangées qui, de par la nature des choses, avons-nous dit, doivent être et sont en effet de beaucoup les plus nombreuses. Nous expliquerons plus loin, en ce qui regarde la couleur de l’œil, comment le problème a été résolu.

Le nez nous offre un exemple analogue en ce qui regarde la forme. La langue usuelle nous parle de nez retroussé ou de nez en pied de marmite, de nez aquilin ou nez en bec d’aigle, mais elle serait incapable de nous fournir des termes pour la multitude des nez qui ne sont ni franchement retroussés, ni franchement aquilins.

Nous pourrions multiplier ces exemples qui tous tendraient à prouver que le peuple cherche non pas à décrire, mais à dépeindre, ce qui n’est pas la même chose, au moyen d’une comparaison ou d’une image, les formes qui le frappent, c’est-à-dire les formes exceptionnelles.

La belle avance pour le rédacteur de signalement qui, pris au dépourvu neuf fois sur dix, ne saura comment exprimer les configurations qui lui viendront sous les yeux et qui ne seront nettement aucune de celles pour la description desquelles il dispose de termes, mais un mélange de toutes à divers degrés.

Ainsi la première des conditions qu’une notation méthodique doive remplir est d’observer et de traduire, par des mots appropriés, l’ordre et la gradation que l’on observe dans la nature. C’est ce même principe que les naturalistes, en se plaçant à un autre point de vue, ont exprimé par l’adage : Natura non facit saltus (la nature ne fait pas de sauts). Sous ce rapport aucun terme de la langue usuelle ne saurait dépasser l’expression numérique, pour la finesse et la sériation des degrés : c’est là l’idéal dont il faut chercher à approcher.

Comparons, pour fixer les idées, la notation de la hauteur de la taille, formulée d’abord au moyen de chiffres, puis à l’aide de mots. Nous savons tous que la taille de 1 m. 55, par exemple, est inférieure à celle de 1 m. 65, et cette dernière inférieure à celle de 1 m. 75 ; nous n’avons aucune difficulté à intercaler par la pensée autant de valeurs intermédiaires que nous voulons, allant de la plus petite taille imaginable à la plus grande, par échelons insensibles, centimètres par centimètres, ou millimètres par millimètres.

Cherchons maintenant à remplacer dans l’exemple ci-dessus les trois chiffres précédents par des mots. Les qualificatifs suivants se présenteront immédiatement à l’esprit : taille petite, taille moyenne, taille grande. Leur gradation est évidente. Pourtant nous ne serons fixés rigoureusement sur leur valeur que lorsque nous aurons déterminé les limites inférieures et supérieures du terme central, autrement dit, quand nous saurons exactement où finit la petite taille et où commence la grande. Admettons provisoirement pour le premier chiffre 1 m. 60 et pour le second 1 m. 70.

De cette détermination naîtra aussitôt un embarras. Supposons-nous en présence d’une taille d’environ 1 m. 69 : les écarts de cette mesure pouvant facilement atteindre deux ou trois centimètres, il faudra nous attendre à voir la taille en question signalée tantôt comme moyenne, tantôt comme grande, sans qu’on puisse arguer de faute ce dernier qualificatif.

La même démonstration pouvant être répétée pour les tailles de 1 m. 58 à 1 m. 62, avoisinant la limite inférieure du groupe moyen, nous devons en conclure que, quand nous lisons sur un signalement l’indication taille moyenne, nous pouvons toujours prévoir la possibilité de découvrir un autre signalement de la même individualité apostille des mots soit petit, soit grand,

Le terme moyen perd donc toute espèce de signification pour la comparaison de deux descriptions écrites, puisqu’on peut l’appareiller avec chacun des trois échelons de la série : petit, moyen ou grand. Or, de par la courbe binomiale, la division moyenne à elle seule réunit la moitié des cas, quand la description est faite à l’œil, sans l’aide d’instruments anthropométriques, d’après les procédés d’observation et de notation ordinaires. Les deux termes extrêmes grand et petit, pouvant eux-mêmes être également confondus avec le terme moyen de fréquence double, leur mention sur une description n’élimine qu’un quart du tout. Nous sommes ainsi amenés pour rendre au terme moyen quelque signification, à multiplier le nombre de nos degrés, en intercalant des termes intermédiaires.

L’expression littéraire de ces intercalations peut revêtir bien des formes. En voici un exemple :

TAILLES
1 2 3 4 5 6 7
Très petite. Petite proprement dite. Petite, limite moyenne. Moyenne. Grande, limite moyenne. Grande proprement dite. Très grande.
Limites proposées α à 1m 56 1m 61 1m 650 1m 69 1m 74 1m 770
1m 53 ± 3cm ± 2cm ± 2cm ± 2cm ± 3cm à ω

N’oublions pas d’ailleurs qu’il s’agit ici de décrire et non de mesurer, que l’exemple choisi est purement didactique et qu’ainsi que nous le disions plus haut, la notation de la taille en centimètres sera toujours infiniment préférable au vocabulaire le plus parfait. Si nous avons pris cet exemple de préférence à la couleur de l’œil ou à la forme du nez, c’est à cause des commodités qu’offre la notation chiffrée pour définir la gradation des termes, et à cause de la simplicité de l’objet de la description (la dimension en hauteur), qui est manifestement unique et facile à abstraire.

Le nombre de sept échelons indiqué ci-dessus n’a d’ailleurs rien de limitatif. C’est ainsi qu’on pourrait encore ajouter à gauche une taille naine ou extrêmement petite (de α à 1 m. 40 ), et à droite une taille extrêmement grande ou géante (de 1 m. 90 à ω). Voici la répartition en neuf catégories d’un groupe de 1.000 sujets adultes :

LIMITES NOMBRE DES CAS
TAILLES naine et extrêmement petite α à 1m40 0 ,05
très petite 1m47 ± 6 35 ,95
petite proprement dite 1m56 ± 3 148
petite, limite moyenne 1m61 ± 2 198
Moyenne 1m650 ± 2 236
grande, limite moyenne 1m69 ± 2 198
grande proprement dite 1m74 ± 3 148
très grande 1m83 ± 6 35 ,95
extrêmement grande et géante 1m90 à ω 0 ,05
Total 1.000

On reconnaît qu’une sériation de ce genre est arrivée à un nombre suffisant de subdivisions lorsque la confusion entre deux qualificatifs consécutifs dans la série peut se produire facilement et sans inconvénients. On est assuré, au contraire, que les cas intermédiaires n’ont pas été trop multipliés, autrement dit, qu’il n’y en a que le nombre nécessaire, en constatant qu’il ne serait guère possible de chevaucher au-dessus d’une catégorie et de confondre entre elles deux subdivisions séparées par un ou plusieurs intermédiaires.

En effet, plus les termes de la gradation seront nombreux, plus la description sera précise. Mais cet accroissement cesserait d’être utile pour devenir encombrant si l’on arrivait à différencier par des mots ce qu’il serait impossible de distinguer en pratique.

Le reproche que nous faisions à la répartition descriptive tripartite de faire perdre au mot moyen toute espèce de valeur signalétique se trouve ainsi écarté. Ce qui est moyen proprement dit, pourra être qualifié soit de petit limite moyen, soit de grand limite moyen, mais les quatre autres catégories se trouveront toujours éliminées.

Que l’on se rappelle ce que nous avons dit précédemment sur l’approximation anthropométrique, et il apparaîtra immédiatement qu’un pareil résultat n’est théoriquement atteint, que lorsque l’échelon le plus étroit de la gradation (qui est nécessairement celui du milieu) est approximativement égal au degré maximum de divergence admissible en description. C’est là la condition nécessaire et suffisante pour assurer à un vocabulaire descriptif le maximum de précision avec le minimum de termes.

Pourtant on verra dans la suite que la gradation descriptive à sept échelons ne peut guère être dépassée en pratique. Nous allons indiquer le procédé auquel nous avons eu recours pour en représenter abréviativement la progression : il consiste à remplacer le mot limite par une parenthèse entourant les qualificatifs petit ou grand et à souligner ces mêmes termes pour exprimer le mot très. Représentée de cette façon, la gradation prend cette forme ;

1 2 3 4 5 6 7
petit petit (petit) moyen (grand) grand grand

La parenthèse a comme effet de rapprocher de la moyenne le terme entouré et le soulignement celui de l’en éloigner. Ce dernier équivaut à l’adverbe très, et la parenthèse à celui de légèrement : légèrement petit (no 3), légèrement grand (no 5). Ici, comme pour l’exemple de la taille, il ne faut interpréter les mots petit, moyen, grand que comme des jalons destinés à être remplacés ultérieurement par une sériation de termes appropriés plus spécialement à l’observation que l’on a en vue, tels seraient : clair, moyen, foncé ; — relevé, horizontal, abaissé, etc. Ainsi cette dernière sériation répartie en sept rubriques deviendrait :

1 2 3 4 5 6 7
relevé relevé (relevé) horizontal (abaissé) abaissé abaissé

Le chapitre suivant va nous permettre de passer en revue l’ensemble de ce vocabulaire.

Voici, à titre d’exemple, la répartition de 1.000 sujets en sept catégories représentées : 1° sur la courbe binomiale de la taille (Fig. 4) ; et 2° au moyen d’une suite de rectangles de même base, mais de hauteur proportionnelle au nombre de cas réunis par chacun (Fig. 5).

La comparaison de ces deux figures montre clairement comment il est possible d’arriver à égaliser quelque peu la répartition des cas au moyen d’un écartement progressif des limites de chaque catégorie. Seuls les extrêmes (c’est-à-dire les termes soulignés) restent à gauche et à droite avec un nombre insignifiant de cas.

Fig. 4. — Courbe binomiale de la taille
Fig. 4. — Courbe binomiale de la taille sur laquelle on a séparé par des verticales l’emplacement des sept catégories de taille.
Fig. 5. — Diagramme de la taille
Fig. 5. — Diagramme de la taille indiquant par la hauteur proportionnelle des colonnes

le nombre des sujets ressortissant à chacune

des sept catégories de taille indiquées sur la courbe binomiale (Fig. 4).
Des rubriques du signalement descriptif.

La première difficulté à vaincre quand on cherche à établir le vocabulaire descriptif d’un organe, comme l’œil, le nez, etc., c’est de démêler, au milieu de la multitude des caractères, ceux qui varient le plus. Ce premier choix fait, il reste à établir comment ils varient.

Du moment qu’il y a variation d’un sujet à un autre, on peut être assuré, avons-nous dit, que la répartition des cas individuels obéira à la courbe binomiale. Mais ce n’est souvent qu’après une analyse délicate qu’on arrive à découvrir le point de vue spécial d’où il convient d’examiner un caractère, pour en mettre la sériation nettement en relief. Le problème ne devra être considéré comme résolu que lorsque la progression des rubriques, essayée sur quelques centaines de sujets, se sera révélée au dépouillement statistique comme réellement affectée d’une fréquence symétriquement décroissante de la partie médiane aux deux extrémités.

Un autre obstacle contre lequel on a à lutter, vient de la présence dans la langue courante d’expressions très figuratives, mais englobant divers attributs, et qu’il est, par conséquent, impossible de faire entrer telles quelles dans une sériation. Souvent deux termes descriptifs que l’on applique couramment au même organe et dans lesquels, à cause même de l’exagération caractéristique qu’ils expriment, l’on serait tenté, au premier abord, de voir les deux extrêmes d’une série, visent en réalité des caractères entièrement différents.

Ainsi, par exemple, on parle couramment du teint coloré de l’ivrogne et du teint basané du mulâtre, et il serait pourtant impossible de découvrir une série naturelle d’intermédiaires conduisant de l’un à l’autre. C’est que le teint est le résultat de la combinaison de deux éléments qui varient indépendamment : la coloration sanguine et la coloration pigmentaire. Le premier terme ne vise que la quantité plus ou moins grande de sang que la transparence de la peau laisse percevoir et le deuxième les variations de la matière jaunâtre qui colore plus ou moins abondamment la peau de tous les humains, même de ceux de race blanche. L’ivrogne a souvent la coloration sanguine poussée au maximum ; le mulâtre présente l’exagération de la coloration pigmentaire. Il n’y a aucune corrélation à établir entre ces deux caractères, qui sont chacun l’extrême d’une série spéciale nécessitant une rubrique particulière.

En général, pour apercevoir la série des intermédiaires constituant un groupe binomial et conduisant d’un extrême à l’autre, il faut pousser l’analyse et la décomposition des caractères jusqu’à ce qu’il soit possible de répondre à chaque rubrique par l’un des qualificatifs petit ou grand ou par une sériation de termes analogues.

Mais, dira-t-on, cette décomposition analytique poussée à l’extrême va allonger la description et la rendre inapplicable par excès de complication ! En réalité c’est plutôt le phénomène inverse qui se produira. N’oublions pas qu’il s’agit ici de répondre à des formulaires imprimés. Or, l’observateur aura encore plus vite fait de satisfaire à deux ou trois questions ne demandant que des réponses simples, prévues et ordonnées, que de chercher en sa tête le mot propre à les concilier toutes à la fois, à supposer qu’il existe.

Nous allons indiquer rapidement la façon dont le problème a été successivement envisagé et résolu pour chaque partie du signalement descriptif, en nous attachant autant que possible à la question de méthode et en renvoyant le lecteur, qui désirerait faire une connaissance plus pratique du sujet, au texte des Instructions proprement dites. La lecture de ces aperçus généraux et abstraits aura à tout le moins l’avantage de familiariser son esprit avec les termes de notre vocabulaire.

Les qualificatifs prescrits pour noter la nuance de la barbe et des cheveux ne diffèrent pas de ceux employés d’ordinaire par le public ; blond, châtain, noir, en forment la gamme tripartite portée à sept échelons par l’addition aux deux premiers de l’un des mots clair, moyen ou foncé. Les cheveux roux-acajou, blond-roux et châtain-roux doivent être considérés comme formant une série séparée parallèle à la première et conduisant par transitions insensibles du roux le plus vif au châtain-roux foncé.

Le teint ou coloration de la peau du visage sera analysé, avons-nous dit précédemment, sous le rapport de l’intensité : 1° de la pigmentation jaune ; et 2° de la coloration sanguine. Il sera répondu à chacun de ces mots par petit, moyen ou grand.

La notation de la nuance de l’iris soulève plus de difficultés. On dit couramment dans le public que la couleur de l’œil change plusieurs fois par jour suivant les états d’âme et de santé du sujet, etc. Ces croyances ne reposent sur rien de bien sérieux ; la vérité c’est que l’iris, ombragé par les arcades sourcilières qui le surplombent est grandement influencé par les changements de direction de la lumière ambiante ; aussi la première des conditions pour avoir des observations comparables entre elles est de n’y procéder que dans des conditions identiques d’éclairage. « L’observateur, disent les Instructions signalétiques, devra se placer vis-à-vis son sujet, à trente centimètres environ de lui et le dos tourné au jour, de telle sorte que l’œil à examiner reçoive en plein une lumière vive (mais non les rayons du soleil) ; puis il l’invitera à le regarder les yeux dans les yeux, en lui soulevant légèrement le milieu du sourcil gauche. »

Quelques observations pratiquées de cette façon suffiront pour démontrer que la couleur de l’œil telle qu’elle apparaît à distance résulte de la fusion de deux éléments indépendants : la nuance du fond de l’œil, qui oscille entre les deux extrêmes bleu azuré et bleu ardoisé, et l’intensité de la pigmentation jaune-orange, qui est groupée superficiellement en auréole autour de la pupille (voir la planche chromotypographique spéciale).

Il faut donc, pour arriver à une notation sériée, considérer séparément chacune des deux zones composantes. C’est l’auréole jaune-orange qui présente les éléments distinctifs les plus nets, les plus aptes à un classement. On la qualifiera des mots : pâle, jaune, orange, châtain ou marron selon le degré d’intensité de la nuance pigmentaire[9].

Le premier terme, auréole pâle, vise les yeux richement pourvus de stries blanchâtres rayonnant du centre vers la périphérie, mais dépourvus de matière jaune. C’est la classe 1, le premier échelon de la série. Un tiret remplace l’indication de l’auréole lorsque cette dernière est peu apparente, particularité qui implique l’absence de pigment et l’uniformité de la nuance azurée ou ardoisée.

Quant aux yeux à pigmentation marron, ils sont subdivisés en trois classes, selon que la matière brune : ou 1° reste confinée autour de la pupille ; ou 2° envahit la totalité de l’iris, tout en laissant à découvert sur le fond des stries ou des secteurs jaune-verdâtre ; ou 3° recouvre l’œil en entier d’un velouté brun foncé uniforme.

La série complète : 1° yeux impigmentés (avec ou sans auréole pâle) ; 2° à auréole jaune ; 3° à auréole orangée ; 4° à auréole châtain ; 5° à auréole marron groupée en disque ou cercle autour de la pupille ; 6° à auréole marron recouvrant imparfaitement la totalité de l’iris ; 7° à auréole marron recouvrant uniformément la totalité de l’iris, suit une progression qui satisfait aux conditions requises de gradation indiquées précédemment, en ce qu’elle permet de passer insensiblement, pas à pas, de l’œil bleu (azuré ou ardoisé) des races blondes à l’œil marron foncé de l’Arabe. Chaque classe peut être confondue soit avec la précédente, soit avec la suivante, à l’exception des classes 5 et 6 qui, ne différant que par un détail de structure, ne forment, en quelque sorte, qu’une seule subdivision ; ainsi il n’est guère possible de chevaucher par dessus une classe, de confondre l’œil impigmenté (Cl. 1), avec l’orangé (Cl. 3) et ce dernier avec le marron incomplet (Cl. 5 et 6). La classe 7 (marron pur) ne peut de même prêter à l’hésitation qu’avec la classe 6, etc. Ces indécisions se traduisent sur les fiches par la mention, à la rubrique y relative, de un ou plusieurs numéros de classe séparés par un tiret. Si l’observateur croit être arrivé à la certitude absolue, il n’inscrit que le numéro de la classe visée ; s’il hésite entre deux et même trois numéros (classes marron), il ajoute au numéro le plus probable ceux avec lesquels le doute lui semble possible.

Quant à la nuance du fond, elle est, avons-nous dit, ou azurée, ou ardoisée, ou intermédiaire entre ces deux tons, c’est-à-dire, plus ou moins bleu violacé. C’est cette dernière nuance, l’intermédiaire, que l’on rencontre le plus fréquemment sur les formules descriptives de l’iris ; elle rappelle quelque peu par son nom et son rôle la couleur neutre des boîtes pour l’aquarelle. L’intensité de la lumière ambiante a sur la nuance du fond une bien plus grande influence que sur celle du pigment jaune-orange. Tel œil examiné de la bonne façon et par le même observateur semblera avoir un fond azuré à midi, et intermédiaire et peut-être ardoisé à quatre heures du soir. Aussi ce second élément (la nuance du fond) n’intervient-il pas dans la classification ; sa rubrique ne figure sur les formules qu’à titre d’indication descriptive complémentaire ; c’est même précisément à l’élimination de ce renseignement que notre classification, basée uniquement sur l’intensité pigmentaire, est redevable de sa simplicité relative.

Notons néanmoins que l’unité de point de vue, où nous avons dû nous placer pour la classification, n’est pas sans engendrer quelques résultats hétéroclites. C’est ainsi, par exemple, que la classe 1, celle des impigmentés, réunit en elle, du moment qu’ils sont dépourvus de matière jaune, les yeux bleu azuré et les yeux bleu ardoisé, quelque dissemblables qu’ils soient à première vue. Or ces deux catégories, azurée et ardoisée (ou plus généralement les séries à couches profondes claires et à couches profondes foncées), persistent d’un extrême à l’autre tout en se rapprochant progressivement, au point de se confondre, à mesure que l’on s’éloigne de l’œil impigmenté pour se rapprocher de l’œil marron.

Fig. 6. — Schéma

Fig. 6. — Schéma indiquant, par la convergence des lignes vers l’axe central horizontal, le rapprochement progressif des nuances de la périphérie de l’iris à mesure que la pigmentation augmente.

Cette idée de rapprochement, de resserrement progressif a été traduite schématiquement ci-contre au moyen d’un faisceau de lignes qui, d’abord très divergentes, se rapprochent insensiblement jusqu’à se fusionner. Les embranchements du tiers supérieur de ce graphique représentent idéalement les yeux azurés, ceux du tiers inférieur les yeux ardoisés, et le tiers du milieu les yeux à périphérie intermédiaire entre l’azur et l’ardoise. Enfin le cône à axe horizontal ainsi formé est coupé verticalement en autant de tranches que la progression pigmentaire reconnaît de classes, c’est-à-dire en sept, et l’intervalle de chaque coupe est ménagé de telle sorte que la surface délimitée soit proportionnelle au nombre d’iris observés en France pour chacune de ces catégories.

Fig. 7. — Diagramme des nuances de l’iris

Fig. 7. — Diagramme des nuances de l’iris indiquant, par la hauteur proportionnelle des colonnes, la fréquence relative de chacune de nos sept catégories.

Le même phénomène ressort également de l’examen de la planche chromotypographique de l’iris annexée à l’Album.

Il y appert à première vue que les yeux des groupes 5, 6 et 7 présentent entre eux beaucoup plus d’analogies que ceux des classes 1, 2 et 3 ; mais cette planche, qui consacre à chaque catégorie un même nombre de spécimens, ne donne aucune idée de la fréquence relative des différents types observés parmi les Européens. Elle n’a d’ailleurs nullement la prétention d’offrir un spécimen de tous les iris ; leur nombre est presque infini et il est impossible d’en rencontrer deux exactement semblables. Il ne faut donc pas s’attendre à y trouver jamais la copie exacte de l’œil dont on veut définir la nuance.

Le tableau chromatique permet seulement de rechercher entre quels types représentés l’œil observé viendrait se ranger, et, par suite, de quel numéro de classe il convient de l’apostiller. Or, c’est là le point capital ; les détails complénientaires descriptifs s’en déduisent aisément. Ils pourraient même être beaucoup simplifiés.

C’est ainsi que la notation des divers dessins d’auréole doit être regardée en bien des cas comme un renseignement superflu. Nous serions presque tenté d’en dire autant de l’indication du ton (clair, moyen ou foncé) dont l’emploi n’est obligatoire que pour les signalements destinés au répertoire anthropométrique. Du moment qu’il s’agit d’un signalement descriptif usuel, tout œil peut être décrit de la façon la plus simple à l’aide de deux qualificatifs enchâssés dans une formule de ce genre : légère ou forte auréole jaune pâle sur fond ardoisé, ou auréole orangée sur fond intermédiaire verdâtre, ou auréole marron sur fond jaune verdâtre, ou encore pour les deux extrêmes : iris uniformément azur ou ardoisé on marron.

Nous avons la conviction que ce procédé de notation, ainsi débarrassé des accessoires peu utiles en dehors de l’identification de cabinet, finira par s’imposer au signalement des passeports, permis de chasse, etc., dont il décuplera la valeur signalétique.

Caractères morphologiques faisant l’objet de rubriques spéciales sur la fiche signalétique.

Ces rubriques se réfèrent à la description du front, du nez et de l’oreille. Le lecteur sera peut-être surpris, à un premier coup d’œil sur la fiche, de la multiplicité des rapports sous lesquels nous avons cru devoir analyser la structure du visage et notamment l’oreille. Précédemment nous avons déjà démontré que la difficulté des réponses n’est pas proportionnelle au nombre des demandes posées, mais que ce serait plutôt l’inverse, à la condition que chacune ne se rapporte qu’à un point de vue unique. La description complète de l’oreille ne fait pas d’ailleurs partie obligatoire du signalement anthropométrique. Seules les formes ou dimensions nettement extrêmes, appelées anomalies, dont les diverses parties de cet organe sont si souvent le siège, doivent être l’objet d’une remarque en tout état de cause. Si les instructions et les rubriques de la fiche sont si explicites sur cette partie du visage, c’est qu’aucun organe ne lui est supérieur pour assurer la reconnaissance d’un sujet à un grand nombre d’années d’intervalle.

Mais là où les mérites transcendants de l’oreille pour l’identification apparaissent le plus nettement, c’est quand il s’agit d’affirmer solennellement en justice que telle ancienne photographie « est bien et dûment applicable à tel sujet ici présent ». On peut dire en effet que, grâce d’une part à l’immuabilité de la forme de l’oreille à travers la vie, et de l’autre au très grand nombre de variétés de configuration qu’elle présente, il est impossible de trouver deux oreilles semblables et que l’identité de son modelé est une condition nécessaire et suffisante pour confirmer l’identité individuelle[10].

C’est là une vérité qui résulte pour nous de dix années d’expérience. Mais pour la faire pénétrer dans la conscience d’un tribunal, ou pour en imprégner le sens pratique des policiers, l’affirmation, même la plus catégorique, est insuffisante. Il faut pour amener cette conviction intime qu’une initiation préalable étayée sur le contrôle expérimental ait montré à chacun la justesse du fait. Comment, par exemple, un fonctionnaire pourrait-il être à même d’apprécier le degré plus ou moins grand de certitude d’identité qui résulte de la présence concomitante sur deux photographies d’oreille, d’un antitragus à inclinaison horizontale et à profil rectiligne, s’il n’a pas vérifié depuis longtemps que le même point pourrait tout aussi bien se profiler suivant une ligne saillante à direction générale, oblique. S’il ignore la série de toutes les formes possibles d’antitragus une similitude de ce genre ne lui dira rien ; il la croira naturelle, normale, offerte par tous à peu d’exceptions près. Le plus souvent même, ne connaissant pas l’importance signalétique de ce détail de structure, son œil ne l’apercevra même pas sur le sujet : c’est que l’oreille qui, avons-nous dit, est l’organe d’identification le plus puissant, est en même temps celui qui attire le moins les regards du vulgaire. Notre œil a aussi peu l’habitude de la regarder que notre langue de la décrire. Or ce qui échappe à notre langage échappe aussi à notre vision ; nous ne voyons que ce que nous pouvons exprimer, avons-nous dit dans l’avertissement qui ouvre ce volume.

Cette remarque capitale, qui a inspiré la création du portrait parlé, est tout aussi bien applicable à l’étude morphologique du front, du nez et des autres parties du visage qui sont résumées dans la rubrique traits caractéristiques.

La revue des termes descriptifs que nous allons présenter ici au lecteur dans un ordre spéculatif, en dehors de toute application pratique, lui fera faire une première connaissance théorique avec notre vocabulaire. Mais seul le texte des instructions fournira au praticien, rédacteur de signalements, des notions ordonnées en vue d’une application quotidienne.

Exposé des divers points de vue visés par le vocabulaire morphologique.

La première de toutes les règles, le fondement de toute description, c’est la séparation, dans l’analyse, de la forme et de la dimension. Quand, par exemple, en parlant de la montagne du Puy-de-Dôme, on dit qu’elle a la forme d’un pain de sucre, il est évident que l’image évoquée par ces mots demande à être complétée par l’indication de la hauteur de sa pointe au-dessus de la plaine sous-jacente.

En description, il est répondu à la rubrique dimension uniformément par l’un des qualificatifs petit, moyen ou grand. Sur le modèle réglementaire imprimé par les soins de l’Administration pénitentiaire, ces rubriques, dites de dimension, se distinguent par leur initiale majuscule des autres demandes qui se réfèrent à la forme et qui exigent un vocabulaire descriptif plus spécialisé.

Quant à la forme proprement dite, elle sera considérée, autant que possible, sous divers points de vue, ou profils, lesquels se résolvent en lignes. Ces lignes, une fois isolées, devront être décrites soit sous le rapport de la forme de leur tracé, soit sous celui de leur direction ou inclinaison générale, soit même sous ces deux points de vue successivement, suivant le genre de variations morphologiques communément offertes par l’organe envisagé.

Les diverses sortes de tracé linéaire se rattachent toutes à la série dont le type est donné par les formes de dos du nez vu de profil, savoir : cave (pour concave), rectiligne, convexe (Fig. 8).

Fig. 8. — Nez à dos cave, rectiligne et convexe.

Fig. 8. — Nez à dos cave, rectiligne et convexe.

Pour le nez, mais pour le nez seul, il convient d’établir une sériation parallèle à la précédente qui permette d’enregistrer la variété sinueuse, savoir : cave-sinueux, rectiligne-sinueux, convexe-sinueux (Fig. 9).

Fig. 9. — Nez à dos cave-sinueux, rectiligne-sinueux et convexe-sinueux.

Fig. 9. — Nez à dos cave-sinueux, rectiligne-sinueux et convexe-sinueux.

Quand il s’agit de décrire l’oreille, les séries précédentes sont remplacées par d’autres progressions dont les termes sont appropriés plus spécialement à chaque caractère. C’est ainsi que le degré d’ouverture de la bordure qui ourle le contour postérieur de l’oreille sera exprimé par la gradation : ouverte, intermédiaire, adhérente (Fig. 10).

Fig. 10. — Forme ouverte, intermédiaire et adhérente de la bordure postérieure de l’oreille.

Fig. 10. — Forme ouverte, intermédiaire et adhérente de la bordure postérieure de l’oreille.

Fig. 11. — Lobe à contour équerre, intermédiaire et golfe.

Fig. 11. — Lobe à contour équerre, intermédiaire et golfe.

Le contour extérieur du lobe sera de même qualifié, selon les cas, de l’un des quatre termes suivants : — descendant —, équerre, intermédiaire et golfe (Fig. 11).

La forme descendante, mise entre tirets tirets, est une anomalie que l’on rencontre assez rarement ; il importait de la signaler, mais, au point de vue du groupement binomial des termes, elle doit être confondue avec la forme équerre.

Fig. 12. — Antitragus à profil rectiligne, intermédiaire et saillant.

Fig. 12. — Antitragus à profil rectiligne, intermédiaire et saillant.

Le profil de l’antitragus sera dit de même : — cave — (anomalie hors série), rectiligne, intermédiaire et saillant, suivant que la projection horizontale de ce cartilage tracera une ligne à concavité supérieure, rectiligne, légèrement sinueuse ou franchement saillante. Ce dernier mot a semblé ici plus à sa place que convexe (Fig. 12).

Fig. 13. — Pli intérieur à coupe horizontale cave, intermédiaire et convexe.

Fig. 13. — Pli intérieur à coupe horizontale cave, intermédiaire et convexe.

Mais la progression classique : cave, intermédiaire et convexe réapparaît, presque dans la même forme que pour le nez, quand il s’agit de noter le degré de torsion de la portion inférieure du repli intérieur de l’oreille (l’anthélix des anatomistes) (Fig. 13).

Enfin quelques parties de l’oreille demandent en outre à être considérées sous le rapport du modelé de leur surface, d’où la série : fondue, intermédiaire, séparée (Fig. 14). qui exprime le mode d’adhérence du lobule à la joue en ne basant que le degré d’accentuation ou de prolongation du sillon qui, deux fois sur trois, le sépare de la joue (Fig. 14), et la série : traversé, intermédiaire (ou uni), et en éminence (Fig. 15), qui vise la forme soit creuse soit mamelonnée de la surface antéro-externe du lobule (Fig. 15).

Fig. 14. — Lobe à adhérence fondue, intermédiaire et séparée.

Fig. 14. — Lobe à adhérence fondue, intermédiaire et séparée.

Fig. 15. — Lobe à modelé traversé, intermédiaire (ou uni) et en éminence.

Fig. 15. — Lobe à modelé traversé, intermédiaire (ou uni) et en éminence.

Fig. 16. — Antitragus versé (en dehors), à renversement intermédiaire et droit.

Fig. 16. — Antitragus versé (en dehors), à renversement intermédiaire et droit.

Fig. 17. — Antitragus à inclinaison horizontale, intermédiaire et oblique.

Fig. 17. — Antitragus à inclinaison horizontale, intermédiaire et oblique.

De même l’antitragus sera dit : versé, intermédiaire ou droit, selon le degré de renversement en dehors de cette petite arête cartilagineuse (Fig. 16).

Mais déjà le point de vue précédent se rattache beaucoup moins au tracé, proprement dit, qu’à la direction ou inclinaison de la ligne. Cette dernière sera qualifiée d’après une première série d’horizontale, intermédiaire, ou oblique, suivant le degré d’obliquité de l’ensemble du tracé de l’antitragus (Fig. 17).


Les mêmes termes pourraient être appliqués, si nécessaire, à l’inclinaison au-dessus de l’horizontale de la branche médiane du repli interne de l’oreille (branche originelle de l’anthélix).


Une deuxième série, fuyante, intermédiaire, verticale, fournira les adjectifs spécialement en usage pour la désignation de l’inclinaison du profil du front (Fig. 18).

Fig. 18. — Front à inclinaison fuyante, intermédiaire et verticale.

Fig. 18. — Front à inclinaison fuyante, intermédiaire et verticale.

La troisième série, relevée, horizontale, abaissée, servira à définir l’inclinaison de la base du nez (Fig. 19).

Fig. 19. — Nez à base relevée, horizontale et abaissée.

Fig. 19. — Nez à base relevée, horizontale et abaissée.

Le diagramme suivant donne une idée de la valeur sérielle qu’il convient d’attribuer à ces différents termes :

Fig. 20. — Schéma des divers qualificatifs d’inclinaison observés sur un profil humain (côte droit).

Fig. 20. — Schéma des divers qualificatifs d’inclinaison observés sur un profil humain (côte droit).

Pour la notation du tracé comme pour celle de l’inclinaison nous nous sommes appliqué à ordonner nos caractères crescendo, c’est-à-dire en commençant autant que possible par les caractères qui passent, à tort ou à raison, pour les plus inférieurs, les moins nobles.

On remarquera à titre de curiosité que le degré d’inclinaison des rayons schématiques de notre diagramme progresse de gauche à droite dans le même sens que la sériation des qualificatifs prescrits lequel sens se trouve être également celui du pas d’une vis.

Enfin il est bien entendu que, quoique notre vocabulaire soit toujours indiqué ici sous sa forme tripartite, il peut être élevé en pratique à sept échelons par l’emploi approprié de la parenthèse et du soulignement.

Traits caractéristiques complémentaires, ne faisant pas l’objet de rubriques spéciales sur la fiche signalétique.

Trois lignes seules ont été réservées à cette rubrique sur la fiche signalétique. On y note la description des traits physionomiques autres que ceux dont nous venons de parler et qui se trouveraient offrir quelques caractères exceptionnels ; tels, par exemple, des cheveux très frisés, des sourcils en brosse, une bouche très grande, un menton particulièrement fuyant, etc. Il aurait été impossible d’attribuer à chacune de ces parties du visage des rubriques aussi étendues que celles du front, du nez, de l’oreille, etc. ; néanmoins il était nécessaire de se ménager quelques lignes pour les relever. Car elles sont bien rares les figures qui, en dehors des parties à décrire en tout état de cause, offrent un ensemble de traits assez régulier pour ne prêter à aucune remarque caractéristique.

Notre signalement descriptif se trouve ainsi complété de tous les renseignements réellement utiles, fournis par les anciennes formules encore en usage sur les permis de chasse, passeports, etc., où une ligne unique est successivement et uniformément consacrée à la description de chaque partie du visage. Du moment que la réponse à l’une de ces anciennes rubriques se serait écartée de moyen ou ordinaire, etc., elle doit être mentionnée sur la nouvelle fiche aux traits caractéristiques.

Autrement dit, en application de la méthode de notation exposée dans le chapitre précédent, ne doivent être relevés au paragraphe des traits caractéristiques que les qualificatifs qui auraient été l’objet du soulignement dans une description intégrale.

Au fond, ce procédé est le même que celui auquel nous avons recours chaque jour dans la langue usuelle quand, naturellement, sans aucune préoccupation de méthode, nous voulons donner rapidement à un de nos amis la description d’une personne absente. D’instinct nous éliminons tous les caractères sans valeur, indifférents ou médians qui en raison même de leur mitoyenneté échappent à notre mémoire, tandis que les caractères typiques, réellement signalétiques, au nombre de deux ou trois au plus, surnagent seuls au milieu de la confusion de nos souvenirs.

La notation des traits caractéristiques peut être formulée sur la fiche en n’importe quels termes. Les détails et les expressions que l’on trouvera dans les Instructions et qu’il serait oiseux de répéter ici, y sont donnés plus spécialement en vue de servir de guide à la rédaction du portrait parlé (voir l’Annexe B). Nous recommandons d’en remettre l’étude jusqu’après la connaissance théorique et pratique de tout le reste du volume.

A Paris, où un service photographique spécial permet de prendre chaque jour, dans des conditions de bon marché extraordinaire, un très grand nombre de clichés photographiques, il est de règle, pour tous les sujets soumis à la photographie, d’ajourner la description morphologique, même en ce qui concerne le front, le nez et l’oreille jusqu’au moment, qui pour beaucoup n’arrive jamais, d’une nouvelle enquête judiciaire.

En effet, les portraits photographiques à deux poses, profil et face, y sont pris dans de telles conditions d’exactitude que l’analyse physionomique peut toujours y être reconstituée avec la même précision que si elle avait été prise sur le vivant. Ainsi la plupart des fiches avec photographie, classées dans le répertoire anthropométrique de Paris, conservent leurs rubriques descriptives en blanc, à l’exception naturellement des renseignements chromatiques qu’il serait impossible de reconstituer exactement sur la vue de l’épreuve.

Les considérations précédentes nous amènent à dire quelques mots sur la photographie judiciaire. S’il ne faut certes pas s’exagérer le secours que notre méthode reçoit de la photographie pour les constatations d’identité, on ne saurait contester que cette dernière y ajoute facilités et garanties, lorsqu’il s’agit de vérifications à poursuivre dans la collection des sujets arrêtés et photographiés à Paris à moins de vingt ans d’âge.

Le principe fondamental de la photographie judiciaire repose sur la nécessité d’observer une uniformité rigoureuse de pose et de réduction dans les conditions que nous avons été le premier à définir.

Les deux poses choisies comme étant les plus aisées à reproduire identiquement à elles-mêmes sont ; 1° le profil absolu ; 2° la pleine face.

La réduction du portrait (1/7) est telle que 28 centimètres relevés sur le plan vertical passant par l’angle externe de l’œil droit donnent sur la glace dépolie une image de 4 centimètres.

Nous ne saurions trop insister sur la nécessité de prendre toujours les images des sujets tête nue du moment qu’il s’agit d’une recherche d’identité.

L’étude des deux cents portraits collographiqnes qui forment la deuxième partie de l’album et qui ont été établis exactement, sans retouche d’aucune sorte, conformément aux conditions de pose, d’éclairage et de réduction indiquées ci-dessus, constitue pour toutes les personnes appelées de par leurs fonctions à se servir de photographies judiciaires un excellent exercice préparatoire de l’œil.

Remarquons, en ce qui concerne la signification morphologique de ces images, que les types moyens, médians ou intermédiaires n’ont été intercalés que pour les caractères qui font l’objet de rubriques spéciales sur la fiche et auxquels il convient de répondre en tout état de cause. Les traits caractéristiques, au contraire, qui ne doivent être l’objet d’une mention que dans les cas extrêmes, ne sont représentés que par les deux formes opposées. D’où cette conclusion, qu’il est préférable quand on parcourt au point de vue pittoresque la première partie de nos figures collographiques, d’opposer immédiatement les deux types extrêmes en sautant sur l’image intermédiaire dont la présence diminue l’opposition des deux autres.

3.

DU SIGNALEMENT AU MOYEN DES MARQUES PARTICULIÈRES

La rubrique : marques particulières a figuré de tous temps sur les formules des anciens signalements, mais on ne lui consacrait alors qu’une ligne presque toujours occupée par le mot néant.

Les nouvelles fiches signalétiques contiennent sous ce chef une trentaine de lignes dont 5 ou 6 au moins doivent toujours être remplies.

Tout le monde a, en effet, des marques particulières, et souvent à son insu ; j’entends par là des grains de beauté, des cicatrices de coupure aux doigts, des points cicatriciels de furoncle, etc. Mais le relevé de ces marques auxquelles on n’attachait précédemment que peu de valeur, ne devient réellement utile que lorsque la précision la plus rigoureuse a présidé à leur description et à la notation de leur emplacement.

L’idéal à atteindre serait qu’une personne opérant dans un autre lieu fut mise à même, en lisant un relevé de ce genre, de reproduire sur son propre corps des dessins imitant exactement comme aspect général, forme, dimension et position les marques de l’individu signalé.

Ainsi c’est moins l’existence, la présence réelle, constatée, de telle ou telle particularité, qui caractérise l’individu, puisqu’on en peut retrouver autant sur chacun de nous, que sa localisation rigoureuse.

Il est facile de démontrer que la puissance signalétique d’une marque particulière croit avec la précision de sa description suivant une progression géométrique.

Si nous croyons devoir répéter ici la démonstration de ce fait c’est qu’elle va nous offrir l’occasion de passer en revue, chemin faisant, les quelques termes anatomiques avec lesquels il nous est indispensable de faire connaissance.

Imaginons un signalement anthropométrique portant à la rubrique marques particulières ces simples mots : une cicatrice sur poitrine. Certes, voici un renseignement qui a déjà quelque valeur. Mais n’est-il pas facile de comprendre que sa puissance signalétique aurait été exactement doublée si l’on avait ajouté ce renseignement supplémentaire : sur moitié gauche (ou droite) de poitrine. Comme il y a autant de chances pour que la cicatrice en question se trouve à droite qu’à gauche, l’indication : sur poitrine moitié gauche a une valeur signalétique équivalente à celle de : deux cicatrices sur poitrine (sans désignation de côté).

Augmentons le nombre des déterminatifs. Si à : une cicatrice sur poitrine moitié gauche, nous ajoutons le qualificatif oblique (ou horizontale ou verticale) le caractère double encore de valeur et équivaut, en poursuivant le même raisonnement que précédemment, à celui libellé uniquement : quatre cicatrices sur poitrine.

De même si nous ajoutons oblique interne[11], comme il y atout autant de chances pour que la cicatrice en question soit oblique interne que oblique externe, la valeur signalétique en est à nouveau doublée et la notation complète : cicatrice oblique interne sur poitrine gauche, a la même importance au point de vue du signalement que la rubrique qui porterait ces seuls mots : huit cicatrices sur poitrine.

A ces attributs ajoutons : à … centimètres du teton gauche, ou mieux : à … centimètres sous teton gauche, et en précisant davantage : à … centimètres sous teton gauche et à … centimètres de médiane.

Poursuivons l’énumération, en donnant encore la longueur de la cicatrice, sa forme et s’il y a lieu, son origine (coup de couteau, abcès, brûlure, etc.), et nous arriverons à prouver, d’après les mêmes principes, que la description complète, libellée conformément aux règles que nous indiquerons dans ce volume, possède la même valeur au point de vue du signalement qu’une formule de ce genre : on relève trente-deux ou même soixante-quatre cicatrices sur la poitrine de cet individu.

Le manque d’habitude seul nous empêche de saisir la valeur au point de vue de l'identité d’un caractère comme celui-ci : grain de beauté sur le dos, à 18 centimètres sous la 7e vertèbre (vertèbre proéminente du cou), et à 10 centimètres à droite de la colonne vertébrale, tandis que la formule équivalente : soixante-quatre cicatrices sur le dos, nous laisserait convaincus qu’un nombre très restreint d’individus, dans l’univers entier, doivent présenter un caractère semblable.

Ce procédé de raisonnement présuppose que les différents attributs d’une particularité à décrire sont indépendants les uns des autres et que la présence de telle ou telle marque ou cicatrice ne préjuge rien sur la coexistence des autres. En fait, il n’en est pas rigoureusement ainsi ; l’exercice d’une profession, celle de cordonnier, par exemple, occasionnera chez tous les membres de cette corporation des marques correspondant, comme direction et localisation, au sens du coup de tranchet. Les mains des fondeurs, étameurs, etc., offriront des cicatrices de brûlures approximativement semblables chez tous comme aspect et emplacement. D’où la nécessité, au point de vue de l’identification, de varier le choix des signes à relever chez un même sujet.

Il est un autre genre de particularités encore plus sujet à caution que les cicatrices et marques d’origine professionnelle, nous voulons parler des tatouages.

C’est une erreur de croire que la mention d’un ou deux tatouages puisse suppléer à elle seule à tout un relevé cicatriciel ; ces indications sont d’autant plus traîtres en pratique, qu’elles paraissent plus probantes au premier abord. Quand un malfaiteur projette de déguiser sa personnalité, son premier soin est de surcharger ses anciens tatouages et de se couvrir, si possible, de ceux du camarade dont il usurpe l’état civil. C’est l’A, B, C du métier. Depuis quelques années enfin il n’est pas rare de rencontrer des cicatrices laissées par d’anciens tatouages plus ou moins bien effacés au moyen du procédé du docteur Variot. La cicatrice peut être peu apparente, mais elle existe toujours.

Ces diverses manœuvres doivent être annihilées en mentionnant exactement sur la fiche, non seulement la signification du dessin, mais aussi sa dimension et son emplacement. En plus, quels que soient le nombre et la signification des tatouages relevés, ils ne devront jamais empêcher de rechercher et de bien décrire les signes et cicatrices ordinaires qui ont une valeur signalétique tout aussi grande et qui ont sur, les premiers l’avantage d’être beaucoup moins altérables.

Remarquons ici que pour bien préciser la position d’un signe particulier, un point de repère ne suffit pas, à moins que la marque à signaler ne soit sur le repère même. Ainsi le signe qui serait noté en ces termes : cicatrice à 8 centimètres du teton droit, pourrait être situé sur l’un des points quelconques de la circonférence imaginaire décrite autour du teton avec un rayon de 8 centimètres. La formule : à 8 centimètres dessus teton droit, est déjà plus exacte, le mot dessus éliminant plus de la moitié inférieure de la circonférence susdite. Mais le point n’est déterminé rigoureusement qu’à l’aide d’un deuxième repère : à 8 centimètres dessus teton droit et à 7 de médiane ; ou encore : à 8 centimètres dessus teton droit et à 13 sous fourche sternale.

Même observation pour la région du dos, du cou, etc. Néanmoins, en ce qui regarde les coupures des mains, des membres, et pour certaines cicatrices de la figure, l’indication d’un seul point de repère est généralement suffisante, surtout lorsqu’on peut y joindre les mots : dessus, sous, avant, arrière, etc. Il y a là une question d’appréciation laissée au discernement de l’observateur, qui devra prendre comme guide les nombreux exemples que nous aurons l’occasion de donner dans le cours de cet ouvrage.

En fait, trois ou quatre marques bien décrites et variées quant à leur origine et leur emplacement, suffiraient amplement pour mettre l’identification future d’un sujet hors de toute contestation, si le collationnement des particularités anciennement signalées avec celles offertes présentement pouvait partout et toujours être fait avec le sujet sous les yeux. Ce n’est là malheureusement que l’exception, toutes les recherches demandées à la collection centrale par les parquets de province devant forcément être assurées loin du sujet qui en fait l’objet.

La façon de faire qui consisterait à limiter de parti pris son choix aux trois ou quatre signes principaux exposerait à bien des mécomptes. Le nombre des marques allant toujours en augmentant depuis la naissance jusqu’à la mort, telle d’entre elles, qui, durant l’enfance, aurait légitimement passé pour importante, pourrait, avec ce système, être omise ultérieurement par suite de l’acquisition, la vie durant, d’autres particularités encore plus remarquables. Aussi est-il recommandé de s’efforcer de relever autant que possible leur totalité, dût le nombre strictement indispensable être de beaucoup dépassé. C’est le seul moyen de mettre hors de contestation l’identification avec un ancien signalement encore à trouver et que l’on aurait à collationner loin du sujet.

Et pourtant, pour certains sujets trop abondamment pourvus, la limitation du choix aux 12 ou aux 15 principales s’impose forcément en pratique. Ainsi quel que soit le soin apporté, jamais un relevé de ce genre n’arrive à être absolument complet. C’est même là un des moyens de défense les plus couramment invoqués devant les tribunaux par des prévenus qui essayent de contester quelque condamnation antérieure subie sous un autre nom : telle cicatrice ou tel signe de naissance aurait, à les en croire, immanquablement figuré sur le premier signalement, s’il se rapportait réellement à leur personne !

Les oublis de ce genre doivent généralement être attribués, soit au peu d’apparence extérieure de la marque, soit à sa situation peu en vue ou cachée par le pantalon (lequel ne doit pas être quitté d’ordinaire), soit enfin à la date de son origine manifestement récente, et, par conséquent, postérieure à celle de l’établissement du premier signalement.

Disons plus : l’omission d’une marque même bien apparente et de date ancienne ne saurait infirmer une identification dont la légitimité serait abondamment prouvée d’autre part par l’ensemble des autres marques particulières et la correspondance des signalements anthropométrique et descriptif.

Le cas inverse est plus grave et doit rendre plus circonspect : telle marque correctement décrite sur l'ancien signalement ne se trouve plus sur le sujet actuel. Si l’on peut admettre, à la rigueur, soit une confusion entre les mots droit et gauche, ou une erreur dans la transcription du libellé, ou l’assimilation d’un accident passager quelconque, dartre, écorchure fraîche, etc., donnant l’illusion d’une cicatrice permanente, on n’en saurait tolérer davantage ; à la deuxième et a fortiori à la troisième marque non retrouvée, l’identité doit être déclarée impossible.

Conclusion : toutes les marques qui figurent sur un ancien signalement doivent pouvoir se retrouver sur le sujet, si ce signalement lui est réellement applicable ; mais inversement il n’est pas nécessaire que toutes les marques du sujet présent figurent sans omission d’aucune sorte sur l’ancien relevé.


Le rôle important attribué au collationnement des cicatrices dans toutes les questions d’identification fait ressortir l’intérêt pratique considérable qu’il y aurait, au point de vue de la rapidité de la constatation, à pouvoir les ordonner toujours de même. Les numéros d’ordre (chiffres romains de I à VI de la fiche signalétique) y pourvoient, en séparant le relevé des signes particuliers en six chapitres distincts, correspondant chacun à une partie du corps examiné, savoir : le I au membre supérieur gauche ; le II au membre supérieur droit ; le III à la face et au devant du cou ; le IV à la poitrine ; le V au dos et le VI aux autres parties (bas du tronc et membres inférieurs).

L’emploi des numéros d’ordre, en établissant une séparation nette entre le relevé du membre supérieur droit et celui du membre supérieur gauche, prévient en même temps les confusions si préjudiciables et si aisées entre les deux faces latérales. Néanmoins, par surcroît de précautions, il est prescrit de terminer toute localisation de marque, faite sur l’un des membres, par la mention droit ou gauche qui corrobore ainsi les indications des numéros d’ordre I et II.

En règle générale, l’examinateur doit s’efforcer de procéder de haut en bas en ce qui regarde les membres supérieurs, bras et avant-bras en premier, main ensuite, et achever le relevé de la face antérieure de chacune de ces parties avant de s’occuper de la postérieure. Mais, quel que soit le soin apporté à l’observation de ces prescriptions, on sera constamment entraîné à intervertir l’ordre soit que telle marque se trouve à cheval sur une délimitation, ou qu’elle n’apparaisse aux yeux de l’observateur que tardivement, après son tour d’inscription.

La divergence des termes employés d’un examen à l’autre pour la description ou la localisation de la même marque peut occasionner parfois un léger embarras. Tel nœvus (vulgo grain de beauté), par exemple, situé approximativement au milieu du bras, sera localisé une fois : à 10 centimètres sous articulation cubitale, et une autre fois : à 13 centimètres dessus poignet. Une cicatrice notée une première fois comme étant de direction oblique sera quelquefois qualifiée de verticale à un examen ultérieur. En résumé, ici, comme pour les deux autres sortes de signalement, le praticien devra se familiariser avec le degré de divergence dont chaque terme est susceptible.

Un chapitre spécial des Instructions est consacré à l’analyse des abréviations à employer pour l’inscription des marques particulières. Les mots de la phrase cicatricielle étant en nombre restreint, et se succédant dans un ordre toujours le même, il devient possible de les représenter en écriture au moyen d’abréviations, réduites pour la plupart à l’initiale du mot, ou même au moyen de signes conventionnels. C’est ainsi, par exemple, que le mot cicatrice est représenté par les lettres cic, et le mot oblique par un simple b ; c signifie courbe, et la lettre r, rectiligne ; α se lit antérieur et ρ (le rho grec), postérieur ; ε, externe et ι, interne ; f se lit phalange ; chaque doigt de la main est indiqué par son initiale en majuscule, etc.

Supposons une marque libellée ainsi : cicatrice rectiligne d’une dimension de 1 centimètre, oblique externe, sur le milieu de la deuxième phalange du médius gauche, face postérieure ; elle se réduira en la ligne suivante :

cic. r. de 1 b ε, ml. 2e f. M. g. ρ.

On comprend que l’usage journalier de ces signes sténographiques donne à l’écriture une rapidité égale et même supérieure à la parole. Les agents qui s’en servent vont même jusqu’à déclarer que la lecture en est plus rapide et l’interprétation plus facile que celle de l’écriture ordinaire. Un apprentissage de quelques jours suffit pour arriver au maximum de vitesse, ce qui s’explique aisément par ce fait que les mouvements réflexes entre la parole et l’écriture, si longs à établir que leur parachèvement nécessite plusieurs années d’école, sont conservés ici, grâce aux lettres initiales, au lieu d’être détruits et remplacés par d’autres, comme dans les méthodes de sténographie ordinaire.

Ajoutons que, toutes les initiales employées étant, à quelques exceptions près, communes au latin et à l’anglais en même temps qu’au français, ces signes ont une valeur internationale en quelque sorte idéalogique.

Si maintenant nous nous attachons à l’ordre des mots dans une phrase type comme, par exemple : cicatrice rectiligne de 6 oblique interne à 9 dessus poignet gauche postérieur, nous remarquons que notre description progresse du particulier au général. Elle commence par énoncer le genre de la marque, avant d’en définir l’aspect et les dimensions ; puis, s’élevant à une vue plus étendue, elle embrasse la direction de sa forme par rapport à l’ensemble du corps pour finir par l’indication de son emplacement.

Les mots de la description suivent ainsi, en quelque sorte, les opérations de nos sens qui commencent par découvrir l’existence de la marque avant d’en analyser les caractères signalétiques. L’indication de la direction oblique interne a été intercalée intentionnellement entre le chiffre de dimension 6 et celui de la localisation 9, pour empêcher la confusion entre les deux valeurs numériques.

Cet ordre progressif, très bon pour la dictée, serait pourtant avantageusement retourné, quand on se livre à l’opération inverse, qui consiste à retrouver sur un sujet les diverses marques indiquées par un signalement antérieur.

Pour nous en tenir à notre phrase, il est évident qu’avant d’apercevoir la cicatrice rectiligne de 6 centimètres oblique interne et d’être à même de juxtaposer l’objet annoncé avec chacun des mots de la description, il faut que nous ayons été averti d’avoir à regarder vers la face postérieure de l’avant-bras gauche à hauteur de 9 centimètres au-dessus du poignet.

Ainsi, l’agent qui aura à collationner un signalement de ce genre devra donc, autant que possible, intervertir l’ordre de la lecture, c’est-à-dire commencer par la localisation et finir par la description.

On trouvera dans les Instructions un tableau synoptique des termes à employer pour le relevé de toute espèce de marque. Nous nous contentons d’en reproduire ici les en-têtes qui constituent, pour ainsi dire, le cadre de la phrase cicatricielle. Un moment, au début de la mise en pratique de notre système, nous avions essayé de reproduire un tableau de ce genre sur le modèle officiel de fiche en usage à l’Administration pénitentiaire ; mais l’expérience nous a montré que le relevé des particularités, loin d’en être abrégé, en était notablement allongé, par la nécessité où se trouvait le secrétaire de sauter continuellement de colonne en colonne, en en passant parfois une ou plusieurs suivant les besoins de la description. L’emploi des signes abréviatifs permettant de suivre la parole de l’observateur, il serait oiseux de chercher à aller plus vite.

Ajoutons qu’il est recommandé de toujours faire recopier en écriture ordinaire les relevés de marques particulières qui pourraient être demandés occasionnellement par des autorités judiciaires ou administratives non initiées à nos signes conventionnels.

I. — Description du signe.
a. b. c. d.
Nature ou désignation. Forme et sens. Dimensions. Direction ou inclinaison générale.
II. — Localisation du signe.
e. f. g.
Proposition locative Énumération des parties du corps servant de point de repère, en procédant de haut en bas. Côtés et faces (quand il s’agit des membres).

  1. La mensuration des deux diamètres, qu’il s’agisse du temps d’investigation ou de celui de contrôle, doit être effectuée en maintenant les branches du compas presque horizontalement et non verticalement comme il est fait souvent par suite d’une interprétation vicieuse des dessins de l’édition précédente.
  2. La pointure de cordonnier équivaut à environ 6,75 millimètres ce qui donne en chiffres ronds 3 pointures par 2 centimètres.

    La longueur maximum du soulier mesuré extérieurement, conformément à la pratique de la cordonnerie, est de 12 à 20 millimètres (soit deux ou trois pointures) plus grande que la longueur anthropométrique du pied qui est logé dedans.

    En conséquence, pour transformer une longueur de pied en pointures de cordonnerie, ajouter, suivant les cas, de 12 à 20 millimètres au chiffre anthropométrique et multiplier la somme par 3/2. — Inversement, pour changer une pointure en longueur signalétique : retrancher deux ou trois pointures et multiplier par 2/3. (Dr Georges Bertillon. — De la reconstitution du signalement anthropométrique au moyen des pièces de l’habillement. — Thèse inaugurale Paris, 1892.)

  3. Les deux lettres grecques α et ω (alpha et oméga) sont employées ici abréviativement pour représenter : α la plus petite ou minimum et ω la plus grande ou maximum, des quantités qu’il soit possible de rencontrer.
  4. Les relations de dimension entre la longueur du médius et colle du pied sont indiscutables. La preuve en est le procédé des bonnetiers qui, en vue de connaître la longueur du pied de leurs clients pour l’essayage des chaussettes, mesurent le pourtour du poing formé. Néanmoins l’expérience prouve que la dépendance d’une mesure par rapport à l’autre n’est pas si stricte qu’il ne soit possible de répartir un groupe de sujets ayant même médius, en trois catégories égales basées sur la longueur du pied de chacun. L’indépendance d’une dimension par rapport à l’autre croit en proportion de la précision avec laquelle on arrive à les mesurer l’une et l’autre. Néanmoins, les limites des chiffres des divisions tripartites de pied changent suivant la catégorie de médius à subdiviser. Ainsi le pied moyen de l’un des embranchements des médius petits devra avoir forcément d’autres bornes que le pied moyen des médius moyens et, a fortiori, des médius grands. Chaque limite demande à être déterminée séparément.
  5. Les variations de longueur de l’auriculaire, étant donnée celle du médius, sont insuffisamment étendues pour fournir les éléments d’une division tripartite approximativement égale. En pareil cas, la différence porte nécessairement sur la division médiane qui croît quelque peu en nombre aux dépens des deux voisines : d’où le chiffre approximatif de 60 mentionné ici au lieu de 40 environ que nous aurait fourni la division de 130 en trois parts égales.
  6. Ainsi tomba l’argument d’audience qui consiste à épiloguer sur des différences millimétriques de taille, de buste, d’oreille, de coudée, etc., pour prouver la non identité de deux signalements. La question ici est de savoir, non pas s’il y a des différences (puisqu’il ne peut pas ne pas y en avoir) mais à combien elles s’élèvent et notamment si elles ne dépassent pas l’approximation de tolérance.

    Bien plus, une similitude absolue de chiffres, en pareilles circonstances, loin de prouver le passage successif d’une même individualité à travers la geôle d’une prison, serait l’indice infaillible d’une erreur.

    Les petites différences en question doivent donc être interprétées comme étant la preuve inéluctable et précieuse que les deux signalements identifiés ont bien été relevés indépendamment l’un de l’autre, à des époques différentes, et ne sont pas des duplicata d’après un même original.

  7. La possibilité d’atteindre pratiquement ce degré de précision ne sera contestée par aucun anthropomètre de bonne école. L’exactitude des chiffres de la colonne A a d’ailleurs été confirmée a posteriori par un relevé statistique scrupuleux, basé sur la comparaison de plus de 400 couples de signalements similaires de récidivistes adultes revenus en dissimulant leur identité, remesurés et finalement reconnus par le service durant ces dernières années.

    Voici pour chaque mesure le chiffe exact obtenu en divisant la somme du produit des erreurs par le nombre des cas : Taille, 6mm7 ; — Envergure, 7mm8 ; — Buste, 7mm3 ; — Tête : longueur, 0mm62 ; — largeur, 0mm53 ; — Oreille : longueur, 0mm93 ; largeur, 1mm3 ; — Pied, 1mm4 ; — Médius, 0mm51 ; — Auriculaire, 0mm66 ; — Coudée, 1mm35.

    Les chiffres de la colonne A, quoique obtenus directement par l’expérimentation, semblent être la copie arrondie de l’erreur moyenne donnée par le calcul. Ils ne sont donc pas l’expression d’un désir, d’un idéal irréalisable en pratique, mais donnent une idée suffisamment exacte de l’approximation qui est atteinte journellement par nos agents anthropomètres lorsqu’ils opèrent dans les plus mauvaises conditions, c’est-à-dire sur un sujet cherchant à dissimuler son identité et ayant intérêt à tricher et sans savoir eux-mêmes que ces nouvelles observations seront l’objet d’une comparaison ultérieure par suite de la reconnaissance d’identité.

  8. La probabilité de rencontrer une dimension déterminée, taille, diamètres céphaliques, ou longueurs osseuses quelconques, diminue rapidement et symétriquement à mesure que l’on s’éloigne, en plus ou en moins, de la dimension moyenne qui est nécessairement la plus fréquente. Ainsi, tandis que la taille de 1 m. 65, qui est, en France, la taille moyenne, s’observe (à cinq millimètres près), 60 fois sur mille sujets, les tailles de 1 m. 55 et 1 m. 74 qui en sont éloignées de 10 cent. (en plus ou en moins) ne se rencontrent plus que 2 fois dans le même groupe et la taille de 1 m. 50 et 1 m. 79 que 6 fois ! Cette répartition a été représentée sur la courbe ci-dessous, appelée binominale du nom de la formule mathématique à laquelle elle semble obéir.
    Fig. 3. — Courbe de probabilité de la taille masculine en France.
    Fig. 3. — Courbe de probabilité de la taille masculine en France.

    Chaque verticale correspond à une taille déterminée à 5 mill. en plus ou en moins, et sa hauteur est proportionnelle au nombre de sujets de cette taille que l’on a chance de rencontrer dans un groupe de mille personnes. La courbe serait approximativement la même si, au lieu d’ordonner des hauteurs de taille, centimètre par centimètre, on ordonnait des longueurs de tête, millimètre par millimètre. La dimension centrale moyenne, au lieu d’être apostillée de 1 m. 65 porterait la valeur de 0 m. 187 et les chiffres voisins seraient respectivement 182 et 192 — 177 et 197, etc. La largeur de la tête, la longueur du médius, du pied, de la coudée, etc., fourniraient de même des dessins semblables, en faisant subir à la valeur centrale et au mode de groupement des corrections appropriées.

    L’existence de ces règles qui constituent ce que l’on pourrait appeler la philosophie de l’anthropométrie, peut être vérifiée facilement, pour une mesure déterminée, en distribuant une centaine de signalements par paquets distincts correspondant aux variations observées soit par millimètre, soit par demi-centimètre ou centimètre, etc. Pour chaque mesure, l’épaisseur des paquets obtenue par la superposition des fiches apostillées d’un même chiffre croîtra proportionnellement au nombre des cas semblables observés et finira toujours par réaliser plus ou moins la courbe théorique.

    Comme il a été dit plus haut, la grande fréquence des cas, à mesure que l’on s’approche de la moyenne, démontre la nécessité inéluctable, pour obtenir des paquets égaux dans la classification tripartite, d’entourer la division médiane de limites étroites. Ainsi, pour répartir un groupe humain en trois parts égales basées sur la hauteur de la taille, la taille médiane ne devrait comprendre que les sujets de 1 m. 620 à 1 m. 679, tandis que la petite s’étendrait de α à 1 m. 619 et la grande de 1 m. 680 à ω.

    D’un autre côté il ne faudrait pas, tombant d’un extrême dans l’autre, assigner sous prétexte de répartition égale, des limites si étroites à la division médiane, que les divisions petite et grande n’étant plus séparées l’une de l’autre que par une quantité virtuelle inférieure à l’approximation de tolérance, pourraient être confondues l’une avec l’autre.

    L’établissement du signalement anthropométrique a consisté précisément à choisir des longueurs osseuses et des procédés de mensuration qui rendissent ces conditions pratiquement réalisables.

  9. Ces termes sont empruntes pour la plupart au paragraphe où Buffon analysa et décrit l’aspect de l’iris humain. La classification et la sériation des termes seules me sont personnelles ; et pourtant elles n’avaient pas échappé à Aristote qui assignait « trois couleurs principales à l’iris des yeux humains : 1° le bleu ; 2° l’orange obscur ; et 3° le brun noir ».
  10. Voir, à ce sujet, dans l’Album, les 96 photographies d’oreilles, toutes différentes, reproduites en dimensions demi-nature, d’après des types existants. — Exception doit être faite pour les jumeaux (Album, Pl. 60b).
  11. C’est-à-dire, dont la direction (prolongée de haut en bas, en descendant) incline vers le milieu du corps. Toutes nos indications de sens et d’obliquité doivent toujours être interprétées en procédant de haut en bas.