Initiation musicale (Widor)/ch07

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Librairie Hachette (p. 31-40).
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CHAPITRE VII

LES INSTRUMENTS

INSTRUMENTS À CORDES ET À VENT. ║ LES CORS.
LES TROMPETTES. ║ LES TROMBONES.



Deux grandes familles : les cordes et les vents. Ces derniers se subdivisent en bois et en cuivres, et les cuivres eux-mêmes en cuivres doux (les cors) et gros cuivres (trompettes, trombones, tubas).

Les instruments à cordes. ↔ Entre les membres de la famille des cordes, violons, altos, violoncelles, contre-basses, l’harmonie des timbres est presque aussi complète que celle qui unit les diverses octaves du piano. Une grande gamme qui commence à l’extrême grave de la contrebasse et passe successivement au violoncelle, à l’alto, au second violon pour finir à l’extrême aigu du premier, traduit l’impression d’une gamme sur le clavier.

Instruments à vent. ↔ Moins d’unité dans le groupe des bois, flûtes, hautbois, clarinettes, cors anglais et bassons : Dans la flûte, la colonne d’air est directement ébranlée par la lèvre de l’instrumentiste, tandis que hautbois, cors anglais, clarinettes et bassons ne chantent que par la vibration d’une anche (languette actionnée dans le tube par le souffle de l’exécutant, comme la glotte dans le gosier).

Voici l’étendue de ces « bois » :

Flûte :

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(avec tous les intervalles chromatiques).

Hautbois :

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Cor anglais :

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Clarinette :
xxxxxxxxid.

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Clarinette-basse :
xxxxxxxxid.

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Basson :
xxxxxxxxid.

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Contrebasson :
xxxxxxxxid.

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Si les flûtes et les hautbois étaient connus dès la plus haute antiquité, avant notre XVIIIe siècle on ignorait les clarinettes. Quant au basson, on l’attribue à un chanoine de Pavie (1540), cherchant une meilleure basse que celle du hautbois-basse (il y avait alors hautbois-alto, hautbois d’amour, hautbois de chasse, hautbois-basse).

Les cors. ↔ Le groupe des cors est un intermédiaire entre les bois et les cuivres, leur son ayant une intensité très supérieure à celle des bois, mais pouvant, dans la douceur, se fondre avec eux. Dans la force, il s’associe aux trompettes et aux trombones ; l’unisson des quatre cors s’entend au milieu du fracas de l’orchestre.

Leur timbre ? Trois colorations : le son naturel, doux et poétique ; le son cuivré, strident, métallique ; le son bouché qu’on obtient en oblitérant de la main la moitié du pavillon, et qui produit avec la clarinette le minimum de sonorité à l’orchestre. Seul, le médium de la clarinette peut donner un pianissimo aussi diaphane.

L’étendue du clavier des cors est à peu près celle du basson. Toutefois il est imprudent de les faire descendre au-dessous du 3. Voici ses limites à l’orchestre :

Cor à pistons :

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Jadis, avant l’invention des pistons, les cors ne donnaient que les sons de l’échelle harmonique, et l’instrumentiste ne produisait les sons intermédiaires qu’en bouchant de la main soit la moitié, soit les deux tiers du pavillon :

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Tous les demi-tons immédiatement au-dessous d’un son naturel et provenant de l’oblitération de la moitié du pavillon, — ce qui fait baisser d’un demi-ton le son naturel, — sont assez sonores, mais non les autres, ceux qui résultent d’une oblitération des deux tiers, des trois quarts de ce pavillon.

La trompette. ↔ Plus incomplète encore, puisqu’elle n’a pas la ressource des sons bouchés ; l’échelle de la trompette simple (sans pistons) :

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C’est, avec la flûte et le hautbois (cornemuse), de tous les instruments le plus ancien. Égyptiens, Assyriens, Étrusques, Hébreux le pratiquaient quinze siècles avant notre ère ; les bas-reliefs en font foi ; Homère compare à son éclat le cri d’Achille.

Chez les Grecs, et plus tard chez les Romains, la trompette était d’os ou de bronze. « Qu’il périsse, dit Properce, celui qui forma les funestes trompettes avec d’affreux ossements. »

L’instrument était court et ne donnait que les harmoniques aigus. Celui des Égyptiens était plus long et par conséquent plus grave.

Moins encore que sa matière, la forme du tube n’a d’influence sur le son. Trompettes antiques rectilignes, trompettes modernes enroulées, aucune différence de timbre ni d’intensité. Nos trompettes de cavalerie ont la longueur des trompettes que représentent les sculptures égyptiennes ; on enroule leur tube en forme de cercles allongés afin de préserver l’instrumentiste des chocs extérieurs. Un coup de coude, une ruade atteignant le pavillon ; alors que l’embouchure est aux lèvres de l’exécutant, voila ses dents brisées. C’est pourquoi les règlements militaires ont déterminé la position de l’instrument : pavillon « visant haut ».

Nous connaissons tous cette vieille estampe représentant une procession, place Saint-Marc. En tête, des musiciens soufflant dans de longues trompettes rectilignes dont le pavillon repose sur l’épaule de jeunes pages, ceux-ci prudemment armés de sortes de lances pour écarter la foule et empêcher tout contact. D’après l’échelle de l’estampe, ces trompettes auraient 2 m. 75 de longueur, à peu près celle de nos trompettes-basses. Un instrument de pareille longueur, et dont l’extrémité est la partie la plus lourde, ne peut se jouer sans un point d’appui et une garantie de sécurité pour l’exécutant. C’est ce que nous prouve l’estampe de Venise.

À quelle époque a-t-on pensé à courber un tube, à le pelotonner, à l’enrouler ?

Déjà les Étrusques fabricaient des cors de ce genre ; nous avons sur ce point le témoignage de Virgile :

Æreaque assensu conspirant cornua rauco.
ÉNÉIDE, VII, (v. 615.)

Les bas-reliefs de la colonne Trajane nous montrent le corniste et son instrument circulaire.

À quelle époque a-t-on pensé à pelotonner le tube de la trompette ?… Sans doute à la création des armées permanentes et aux premiers règlements de cavalerie. Toutefois les primitifs Flamands nous représentent déjà le concert des anges usant de trompettes ainsi repliées.

Le timbre du cor étrusque devait ressembler à celui de la trompette, sauf en ce qui concerne son échelle, naturellement plus grave. Quant à la forme de l’embouchure, nous l’ignorons.

Si les Romains eurent à leur service flûtes, hautbois, trompettes, cors et cornemuses, les Grecs ne connurent, comme instruments à vent, que flûtes, hautbois et trompettes. Il est juste d’ajouter qu’il y avait flûtes et flûtes, et que la famille de leurs flûtes comptait quantité d’espèces.

Il y en avait pour :

Le chant des hymnes ;
Les chœurs d’enfants ;
Les chœurs d’hommes ;
Les funérailles ;
La marche lente des cortèges ;
La tragédie, la comédie, etc.

Il y avait des flûtes-traversières [1], qu’on jouait comme les nôtres ; des flûtes à bec, qu’on jouait comme nos hautbois ; des flûtes-doubles, des flûtes à anches dont le son devait porter au loin.

Les musiques actuelles des régiments écossais ont des ensembles de flûtes, de hautbois, de cornemuses dont l’effet supérieur à celui des « cuivres » s’entend à grande distance, et dont le caractère agressif devient irrésistible sur le champ de bataille. Ne nous étonnons donc pas lorsqu’on nous raconte que les Spartiates s’élançaient à l’assaut au son de la flûte…

Après la trompette, le cornet à pistons. ↔ La symphonie moderne a mis de l’ordre dans son domaine ; chacun garde son caractère propre sans empiéter sur le voisin. Les accents belliqueux appartiennent maintenant an groupe des « gros cuivres », trompettes, cornets, trombones et tubas, et non plus aux « bois ».

Le Cornet à pistons ne date que d’un siècle. Plus petite que celle de la trompette, son embouchure le rend plus souple, plus agile. L’échelle est la même, montant aussi haut, descendant aussi bas, ce dont profitent les trompettistes sans scrupule pour se permettre de substituer un instrument à l’autre. Nous devons énergiquement protester : quelle que soit l’habileté du virtuose : quand c’est l’impérieux accent de la trompette que réclame le texte, ce n’est pas au cornet de répondre

Le trombone. ↔ Plus vieux est le trombone. Au Moyen Âge, on le connaissait sous le nom de Sacquebute ; ceux que nous représentent les peintures du temps sont assez semblables aux nôtres. C’était alors le seul instrument de cuivre jouissant d’un clavier complet avec tons et demi-tons, grâce aux déplacements de la fondamentale (Voir. p. 16).

La famille des trombones est complète : soprano, alto, ténor et basse. Bach la réunissait, les jours de fête, non pour servilement doubler les quatre parties du chœur, mais pour faire entendre, du haut des tours, le Choral qui allait être chanté dans l’église. Le quatuor des cuivres remplaçait la sonnerie des cloches.

Vrai jouet d’enfant, le petit trombone-soprano, n’existe plus à Paris qu’à l’état de curiosité [2] : de même l’alto, pour lequel, écrivaient encore Mozart, Beethoven, Mendelssohn, Schumann. Nous ne conservons plus du quatuor des trombones que le ténor à l’ordinaire et la basse exceptionnellement, car le trombone-basse, très beau de sonorité, très noble, très puissant, est fort dur à jouer, très fatigant pour les poumons de l’exécutant. Aussi, est-ce au Tuba que nous confions d’ordinaire la basse du groupe des « gros cuivres », le soutien de l’orchestre.

Le tuba. ↔ Le tuba appartient à la famine des saxhorns, dont le créateur, Adolphe Sax, était un Beige (de Dinant), mort à Paris en 1863.

La famille des saxhorns comprend :

Soprano 
 Le petit bugle en mi ;xxxxxxxxxxxxxx
Contralto 
 Le bugle en si ;xxxxxxxxxxxxxxxxxxxx
Alto 
 L’alto en mi ;xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx
Baryton 
 Le baryton en si ;xxxxxxxxxxxxxxxxxx
Basse 
 Le tuba en si, ou en ut.xxxxxxxxxxxx
Contrebasse 
 Le bombardon ou tuba-contrebasse.

Les saxhorns, avec les saxophones, constituent le fond de nos musiques militaires, fond sur lequel jouent les colorations diverses des flûtes et des hautbois, du groupe des clarinettes, du quatuor, des cors et de la masse des cuivres.

Instruments à percussion. ↔ Les timbales nous viennent d’Orient, au temps des Croisades : tapisseries, vitraux, sculptures du Moyen Âge nous les montrent, dans les tournois, les fêtes, les combats, toujours groupées par deux.

Aujourd’hui, pas un de nos orchestres qui ne compte au moins trois timbales afin de donner toute liberté au compositeur, chacune d’elles, suivant la tension de sa membrane, s’accordant dans les limites de cinq on six demi-tons :

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Au-dessous du fa grave, la timbale basse n’a plus de sonorité ; à l’aigu, la petite timbale ne peut dépasser le fa2. Beethoven a donné de l’instrument un exemple caractéristique, dans le final de sa Huitième Symphonie :

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Avec le Glockenspiel (jeu de timbres), le Celesta (clavier de diapasons), le Xylophone (lames de bois graduées), les Timbales sont les seules percussions musicales, c’est-à-dire donnant des sons en accord avec la tonalité de l’œuvre.

Au contraire : Tambour, Tambourin, Tambour de basque, Triangle, Castagnettes, Cymbale et Grosse Caisse, Tam-Tam, ne sont que bruits sans rapport avec cette tonalité et ne participent à la symphonie que par le rythme. Que le morceau soit en , en mi, en fa, n’importe ; ni la baguette, ni la mailloche n’ont à s’en inquiéter.

  1. La flûte oblique ou traversière, qui se trouve représentée sur de nombreux monuments en Égypte, ne se voit pas dans les peintures ou sculptures grecques ; cependant les Grecs en faisaient usage puisqu’ils lui donnaient le nom de plagiaude (πλάγιος αυλος : plagi oblique)

    Féi, Hist. de la musique, t. II, p. 293.

  2. Les fabricants d’instruments de cuivre conservent chez eux, à titre de document, tous les types, qu’ils soient ou qu’ils ne soient plus en usage.