Journal d’un bibliophile/La Haute-Cour fait une précieuse acquisition

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Imprimerie « La Parole » limitée (p. 113-118).


LA HAUTE-COUR FAIT UNE PRÉCIEUSE ACQUISITION[1]


Elle accomplit une œuvre de conservation historique et nationale en achetant la fameuse Collection Lambert, composée de plus de quatre mille volumes ayant trait à l’histoire de notre race en Amérique.


La décision la plus importante prise à l’Assemblée trimestrielle de la Haute-Cour, le mercredi 15 mai, fut celle de l’achat de la Collection Lambert, comprenant plus de 4 000 volumes ayant trait à l’histoire de notre race en Amérique ou ayant pour auteur des Canadiens français.

Les directeurs de l’Association ont jugé qu’il était de leur devoir de ne pas laisser éparpiller cette superbe collection.

Ils ont conscience d’avoir fait œuvre de conservation historique en s’appropriant ces centaines de volumes, dont quelques-uns très précieux par leur ancienneté et leur rareté.

L’histoire de la Collection Lambert n’est ni longue, ni compliquée.

Elle peut se résumer en quelques lignes :

M. Adélard Lambert, né à St-Cuthbert, comté de Berthier, P. Q., mais demeurant aux États-Unis depuis sa plus petite enfance, est un marchand de thé pour le compte d’une maison de commerce de Manchester.

C’est un de ces humbles savants pour qui les livres sont plus qu’un divertissement, une véritable passion.

Dans l’exercice de ses fonctions de commerçant, en colportant son thé de maison en maison, il a trouvé le moyen de dénicher une foule d’ouvrages aujourd’hui introuvables en librairie.

Que de fois, parti le matin avec sa cargaison de marchandises, il revenait le soir avec sa voiture pleine de livres.

De plus, il n’a pas paru un seul ouvrage canadien-français depuis trente-cinq ans, qu’il n’en ait acheté un exemplaire. À son modeste foyer, les revues s’entassaient ainsi que les livres.

Il n’y a probablement pas une seule revue canadienne-française de quelque importance dont il ne possède la série complète.

À force d’amasser et de compiler, M. Lambert s’est trouvé un beau jour en possession d’une collection que des experts ont évaluée à plusieurs milliers de dollars.

Animé d’un sens patriotique qui lui fait honneur, M. Lambert aurait voulu mettre les trésors de sa collection à la disposition de tous ceux qui aiment à se renseigner sur l’histoire de la race française en Amérique, à livrer au public les productions littéraires de nos écrivains, poètes, historiens, hommes d’État.

De plus, advenant sa mort soudaine, que deviendraient tous ces volumes, toutes ces séries de revues, réunies avec tant de peine et au prix de tant d’argent ?

En songeant à cette dernière hypothèse, M. Lambert se disait qu’il aurait aimé à laisser sa collection en mains sûres et dans un endroit où elle pourrait profiter à ses compatriotes.

Un jour qu’il s’entretenait de ces choses avec M. Henri Langelier, Secrétaire-Général de l’Association Canado-Américaine, celui-ci lui demanda tout-à-coup à brûle-pourpoint :

— À quelles conditions vendriez-vous votre collection à notre Société ?

Les pourparlers s’engagèrent alors.

À une assemblée de la Commission permanente, tenue le 10 mai, M. J.-E. Lachance, avocat et conseiller général, était chargé de s’entendre avec M. Lambert sur le prix de vente.

Enfin, le 15 mai, la Haute-Cour décidait de conclure l’achat au prix de $3,000, dont $500 comptant, et la balance par versements annuels de $500 sans intérêt.

Les fonds seront d’abord pris dans la caisse d’administration, mais, chaque année, la Haute-Cour entend organiser des conférences dont les recettes serviront à rembourser la caisse d’administration.

Voici ce que disait le Secrétaire-Général dans son rapport à l’assemblée :

« Il existe, à Manchester, une collection de livres canadiens peut-être unique en son genre ; c’est la Collection Lambert. Plus des trois quarts des ouvrages réunis dans cette collection traitent du Canada, de l’Amérique ou ont pour auteurs des Canadiens français.

« Son propriétaire, M. Lambert, a consacré son temps, son argent et il a accompli des démarches sans nombre pour amasser un pareil choix d’ouvrages.

« Quelques-uns ont une très grande valeur, soit par leur ancienneté, soit par leur rareté. Nous pourrions mentionner tel livre, publié en 1618 ; tel autre, dont on ne connait qu’un exemplaire, lequel se trouve dans la collection.

« M. Lambert s’est aussi occupé de réunir les revues canadiennes depuis le premier numéro de leur publication jusqu’à nos jours.

« En un mot, cette collection est probablement l’une des plus complètes, en fait d’ouvrages canadiens, que l’on puisse imaginer. Et il serait malheureux qu’elle fût un jour dispersée, advenant le décès de son propriétaire.

« Nous croyons savoir que celui-ci la céderait à une société comme la nôtre, pour un prix raisonnable. Et je demande si ce ne serait pas faire œuvre de conservation historique et nationale, d’acquérir cette collection, de la mettre en lieu sûr, de continuer de la compléter, afin d’en faire une institution où les historiens de l’avenir pourront se documenter sur tout ce qui aura trait à l’histoire de notre race.

« Déjà, la Commission permanente s’est occupée de cette question, et un comité a été nommé afin d’aviser aux moyens d’acquérir cette précieuse et si rare collection. »

Lorsque les volumes auront été catalogués et que tout sera prêt, la Collection Lambert sera ouverte aux membres de notre société, de même qu’aux journalistes, écrivains, chercheurs, qui voudraient s’y documenter.

À l’Assemblée de la Haute-Cour, où fut prise la décision d’acheter la Collection Lambert, assistaient : M. l’abbé Henri Beaudé, assistant-chapelain général ; T. G. Biron, ex-président ; A. A. E. Brien, président ; J. A. Lussier et Rosario Galipault, vice-présidents ; Henri Langelier, secrétaire ; J. A. Boivin, trésorier ; Jos. Francœur, inspecteur-organisateur ; Damase Caron, médecin-reviseur ; J. E. Bernier, Norbert Martel, J. A. Bourke, Ernest LeBel, Dr J. G. Boucher, directeurs.

  1. Extrait du « Canado-Américain » de Manchester. 25 mai 1918.
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