Journal d’un bibliophile/Notre clergé — Histoire et éducation

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Imprimerie « La Parole » limitée (p. 107-109).


XX

Notre Clergé — Histoire et éducation


Il est indéniable que celui qui a le moindrement lu l’histoire du Canada français ne peut que se rendre compte du rôle de premier ordre accompli par le clergé d’origine française sur le continent nord de l’Amérique.

Non seulement il a préservé du désastre la nation canadienne française après la cession du Canada à l’Angleterre, mais, longtemps avant, dès les débuts de la colonie et par la suite, il en a écrit l’histoire et par ses intéressantes relations des Jésuites et par les explorations et descriptions de l’Amérique du Nord par les Révérends Pères de Hannepin, Carayon, Charlevoix, Marquette.

Continuant toujours avec les abbés Bourbourg, Faillon, Faribault, Ferland, Laverdière, son œuvre se complète de nos jours par les Tanguay, les Casgrain, les d’Arles, les Gosselin et tant d’autres qu’il serait trop long d’énumérer ici.

Ce fut notre clergé, nos prêtres et nos missionnaires qui parcoururent et foulèrent les premiers le sol de la grande république voisine, faisant courageusement face aux outrages des sauvages et aux puritains fanatiques d’alors, ouvrant les portes, imposant l’admiration et la tolérance à tous et fournissant le premier noyau de cette organisation puissante de prêtres, d’évêques et même de cardinaux qui exerce aujourd’hui au Canada le ministère sacré avec toute la latitude et la liberté désirables.

A-t-il été apprécié et remercié en retour suivant son mérite ?

On ne peut nier que les Cheverus, les Richard, les Blanchet furent des ouvriers de la première heure.

Nos collèges classiques furent les ruches qui formèrent le grand nombre de ces hommes qui se sont sacrifiés à l’évangélisation dans la république voisine.

Ne sont-ils pas encore aujourd’hui les seuls à se rendre dans les régions glacées du pôle nord les moins accessibles pour y introduire la civilisation et la connaissance de Dieu ?

Ce fut notre clergé, et c’est bien là où je veux en venir, n’en déplaise aux petits casseurs de vitres, réformateurs d’enseignement laïque selon l’idée maçonnique, de concert avec les éléments hostiles à la formation et à la conservation nationale des Canadiens français, oui ! on ne peut jamais trop le répéter, ce sont les membres de notre clergé, les fondateurs de nos maisons d’éducation, qui formèrent, parmi le peuple, cette pléiade d’hommes politiques, d’avocats, de notaires et de médecins habiles, qui peuvent se placer sur un pied d’égalité avec les professionnels de n’importe quelle nation étrangère.

Les membres du clergé voulurent encore faire plus pour répandre l’instruction parmi le peuple. C’est pourquoi ils s’ingénièrent à la fondation et à la diffusion de bons journaux et de revues auxquels ils ont fourni la matière pour les rendre intéressants, aidés de quelques laïques influents, au premier rang desquels se trouvent les Beaudry, les Larue, les Aubry, les Demers, les Landry, les Trudel, etc.

Sachons donc rendre à César ce qui appartient à César et à notre clergé national : gloire, reconnaissance et appréciation, pour ses mérites. Nos prêtres doivent rester toujours les pères de la nation.

Je leur dois ce que je possède et fais de mon mieux pour leur prouver ma reconnaissance.