Journal de ma vie (Bassompierre)/Premier tome/Notice

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Journal de ma vie. Mémoires du maréchal de Bassompiere (1665)
Texte établi par le marquis de ChantéracVeuve Jules Renouard, libraire de la Société de l’histoire de France (tome 1p. i-xxix).





NOTICE HISTORIQUE ET BIBLIOGRAPHIQUE.



S’il est en général conseillé aux auteurs de ne parler d’eux-mêmes que le moins possible, cette recommandation doit être encore plus expresse pour le simple éditeur, dont le mérite consiste seulement à reproduire d’une manière fidèle l’œuvre d’autrui, et à la commenter avec discrétion et sobriété. Je ne dirai donc de moi que peu de chose, et en lieu où il sera permis de ne pas me lire. Uni par les liens les plus chers à la dernière héritière d’un nom qui va s’éteindre, j’ai entrepris de restituer l’œuvre historique, jusqu’ici défigurée, du personnage qui a rendu ce nom célèbre. Quelle garantie meilleure pourrais-je donner du soin religieux avec lequel j’ai accompli ce travail ?

Le journal de la vie du maréchal de Bassompierre parut pour la première fois en 1665, à Cologne, chez Pierre du Marteau, en deux volumes in-12, sous ce titre: Mémoires du mareschal de Bassompierre, contenant l’histoire de sa vie et de ce qui s’est fait de plus remarquable à la cour de France pendant quelques années. Une préface est en tête de l’ouvrage. Cette jolie édition, imprimée avec les caractères et les fleurons des Elsevier, et placée par Brunet parmi celles qui peuvent s’ajouter à leur collection, est remplie de fautes grossières, d’omissions et d’interversions qui altèrent le sens à chaque phrase ; les noms propres y sont défigurés de manière à devenir souvent méconnaissables ; tout annonce enfin qu’elle a été donnée sur une copie inexacte par un éditeur inintelligent. M. Paulin Paris me pardonnera si je décharge ici un innocent de l’accusation mal fondée qu’il fait peser sur lui lorsqu’il dit, dans les Historiettes de Tallemant des Réaux[1], que « les mémoires du maréchal de Bassompierre ont été donnés par les soins très-peu vigilants de Claude de Malleville, son secrétaire, membre de l’Académie française. » Ce poète, qui avait honoré sa muse par des vers où il déplorait les malheurs du maréchal et cherchait à fléchir la rigueur du cardinal de Richelieu, ne vivait plus depuis longtemps, et le libraire qui, en 1649, publiait ses œuvres après sa mort, disait au lecteur: « Les dernières années de sa vie ayant esté données toutes entières à ce cher Maistre dont il avoit si longtemps pleuré la captivité, il n’a pas eu le loisir de revoir soigneusement ses ouvrages. »

Une autre édition des Mémoires parut la même année à Cologne, chez Pierre du Marteau, en trois volumes petit in-12 : elle est beaucoup moins jolie que la précédente, qu’elle reproduit avec quelques fautes d’impression de plus, et la préface de moins. L’édition de Cologne, P. du Marteau, 1666 (à la sphère), 2 vol. in-12, est assez jolie, dit Brunet, et peut remplacer l’édition originale.

Enfin j’ai sous les yeux une édition de 1692, Cologne, P. du Marteau, 2 vol. petit in-12, où se trouve la préface, et où les Mémoires sont annoncés sur le titre comme « reveus et corrigés en cette nouvelle édition » ; une autre de 1692, Amsterdam, chez André de Hoogenhuysen (à la sphère), avec privilège de Messieurs les Estats de la Hollande, 2 vol. petit in-12, édition revue et corrigée (toujours sur le titre), et reproduisant la préface ; une de 1703, Cologne, Jean Sambix le jeune, à la couronne d’or, 2 vol. in-12, sans préface ; une de 1721, Amsterdam, chez Henri Deroubec, 4 vol. in-12, sans préface, avec quelques figures ; et une de 1723, Amsterdam, aux dépens de la Compagnie, 4 petits vol. in-12, à la sphère, également sans préface.

C’est là que s’arrête la liste assez nombreuse des éditions anciennes, toutes publiées en pays étranger. Plus récemment, les Mémoires du maréchal de Bassompierre ont été donnés dans la collection Petitot et dans la collection Michaud. L’éditeur de la première de ces deux collections déclare qu’il a choisi pour texte l’édition de 1665, en la purgeant de quelques fautes. J’ignore quelles sont les erreurs qu’il a fait disparaître ; mais ce que je puis dire, c’est que les plus graves de celles qui déparent l’édition de 1665 et les suivantes, se trouvent fidèlement reproduites dans le texte de la collection Petitot. Quant à celui de la collection Michaud, il s’annonce simplement comme une répétition du précédent.

La conclusion à tirer de ce court exposé bibliographique, c’est que, de toutes les éditions existantes, anciennes ou nouvelles, aucune n’est complètement satisfaisante, aucune même ne peut être considérée comme sérieuse. C’est donc avec raison que la Société de l’histoire de France a jugé utile de donner une édition exacte d’un ouvrage qui renferme des détails intéressants sur les règnes d’Henri IV et de Louis XIII. Le but était facile à atteindre : il s’agissait seulement de reproduire le manuscrit autographe de l’auteur. Il existe différentes copies de ce manuscrit ; je me bornerai à signaler celles qui me sont connues. En présence d’un pareil document, les copies n’auraient d’intérêt qu’autant qu’elles offriraient des variantes indiquant une modification voulue dans la pensée ou dans l’expression ; mais dans celles que j’ai eues sous les yeux et que j’ai examinées, les variantes sont simplement des fautes.

Les copies conservées à la Bibliothèque nationale sont :

1o Le manuscrit Fr. 17476-17477 (précédemment ' Saint-Germain français, no 1028), 2 vol. in-folio, reliés en vélin. Le premier volume porte en tête du premier feuillet le nom de Malleville, probablement écrit par lui-même, ce qui doit faire penser que ce manuscrit lui a appartenu, et qu’il a passé de ses mains dans la bibliothèque du chancelier Séguier, devenue depuis bibliothèque de Coislin, et de là dans la bibliothèque de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés.

2o Le manuscrit portant les nos 4062-4063-4064-4065-4066 du Fonds français (précédemment 9186-9190), 5 vol. petit in-folio, reliés en maroquin rouge aux armes de Philippe de Béthune, comte de Selles, et appartenant à la collection dite Fonds de Béthune.

3o Les deux volumes portant les nos 10315-10316 du Fonds français (précédemment Supplément français no 36841-2. Ces deux volumes in-folio sont reliés en maroquin rouge, aux armes d’Orléans en losange, surmontées de la couronne ducale ; il est probable qu’ils ont appartenu à Mlle de Montpensier.

La bibliothèque de l’Arsenal possède dans son Fonds de France, sous la désignation Fr. Histoire. 192, un volume in-folio, provenant du séminaire des Missions étrangères, et intitulé : Copie des Mémoires de M. de Bassompier. Il renferme seulement la matière du second volume du manuscrit original.

Enfin la bibliothèque de la ville de Meaux possède les 2e et 3e volumes d’une copie qui porte l’ex libris de l’abbaye de Saint-Faron de Meaux, après celui de Philippe Bergerat, prêtre. Ces deux volumes ont pour titre : Memoires de Monsieur le mareschal de Bassompierre touchant ce qui s’est passé en France durant sa vie tant dans le cabinet que dans les armes.

Je puis encore citer une copie que je n’ai pas vue, mais que l’obligeance de M. Gustave Masson m’a signalée et qu’il a décrite avec le plus grand détail. Ce manuscrit, qui se compose de trois volumes in-folio reliés en veau plein avec armes, appartient au British Museum, où il figure au catalogue sous l’indication Harleian library (fonds Harleien), nos 4586-4588. Il provient de la bibliothèque du comte de Brienne, et fut acheté par le comte d’Oxford avec une quantité d’autres ouvrages précieux vers le commencement du siècle dernier[2].

Ces diverses copies présentent entre elles quelques différences ; mais toutes renferment un très-grand nombre de fautes grossières assez semblables à ces traits caractéristiques qui font reconnaître les membres d’une même famille et attestent leur commune origine : d’où on peut conclure qu’elles ont été faites les unes sur les autres, ou peut-être toutes sur l’une d’elles. Les mêmes fautes, les mêmes omissions se rencontrant dans l’édition de 1665, et par conséquent dans les suivantes, on doit supposer que cette édition a été donnée sur une de ces copies, ou sur une copie semblable, qui est peut-être restée hors de France. Je ferai connaître quelques-unes de ces fautes en la place où elles se trouvent ; mais je me garderai de les signaler toutes : ce serait augmenter le volume de l’ouvrage dans des proportions démesurées, et risquer de lasser inutilement la patience du lecteur. Il lui suffit de savoir que je lui donne un texte rigoureusement conforme au manuscrit original dont j’ai déjà parlé, et sur lequel il est temps de donner quelques détails.

Ce manuscrit existe à la Bibliothèque nationale sous les nos 17478-17479 du Fonds français (précédemment Saint-Germain français, n° 1029), ces numéros faisant suite à ceux de la première copie que j’ai mentionnée. Il se compose de deux volumes in-folio couverts d’une reliure molle en vélin. Le premier volume renferme 424 feuillets et se termine au milieu d’une phrase qui se continue sur le premier feuillet du second volume. Ce premier feuillet porte le numéro 425, et la suite des numéros se continue jusqu’au chiffre 667, après lequel le texte s’achève sur 74 feuillets non numérotés[3]. Il est à remarquer que la phrase qui commence le second volume ne se trouve pas dans la plupart des copies, et qu’elle manque dans toutes les éditions imprimées. Les deux volumes sont en entier de la main du maréchal de Bassompierre, d’une bonne et lisible écriture, avec une orthographe relativement correcte, dont les incertitudes et les variations n’accusent point chez l’auteur un défaut d’instruction, et doivent être attribuées seulement à l’absence d’une législation fixe à cet égard. Les mots, qui aujourd’hui ne peuvent paraître que revêtus d’une livrée uniforme comme les soldats des modernes bataillons, se présentaient alors sous la plume de l’écrivain avec le costume bigarré des routiers de nos vieilles bandes, et les gens de lettres eux-mêmes usaient sur ce point de la liberté qui leur était laissée.

L’ouvrage, ainsi que son titre l’indique, est écrit sous la forme d’un journal : les dates sont rappelées à chaque page, en haut de la marge, par mois et par année, et chaque changement dans le cours d’une page est indiqué, également en marge, par une mention correspondante.

On sait que le maréchal de Bassompierre écrivit ses mémoires pendant les tristes loisirs de sa captivité : leur rédaction dura plusieurs années, ainsi qu’on peut le voir par quelques circonstances de son récit que je signalerai en leur lieu ; mais le manuscrit dont je m’occupe est une mise au net qui paraît avoir été faite par lui d’une seule haleine, et sur laquelle on ne remarque qu’un très-petit nombre de corrections, et quelques additions parfois marginales, parfois interlinéaires.

La première question à résoudre, en commençant la reproduction du texte de ces mémoires, était celle de l’orthographe qu’il convenait d’adopter. En présence du manuscrit autographe d’un auteur du commencement du XVIIe siècle, il m’a semblé qu’il n’y avait point à hésiter. Le style des écrivains de cette époque de transition entre la langue de Montaigne et de Brantôme et celle de Balzac ou de Mme de Sévigné a encore un caractère avec lequel s’accorderait mal l’orthographe moderne. Adapter cette orthographe à la phrase du maréchal de Bassompierre, ce serait la défigurer et la priver de ce qu’elle peut avoir de charme : autant vaudrait, dans le beau portrait de Van-Dyck[4], le dépouiller du pourpoint de velours noir à crevés et de la collerette empesée, pour le revêtir de l’ajustement de nos jours. Dans la copie que j’ai écrite moi-même sur le manuscrit, j’ai donc conservé l’orthographe de l’auteur, toutefois avec quelques légères modifications déterminées par cette considération qu’il s’agissait ici principalement d’une œuvre historique dont il importait de rendre la lecture claire et suffisamment facile. Ainsi j’ai fait disparaître la confusion entre l’adjectif démonstratif et l’adjectif possessif, lorsque cette confusion rendait le sens douteux, ce qui arrive dans la plupart des cas ; j’ai adopté pour les noms propres une orthographe uniforme, qui permettra au lecteur de n’avoir pas à se demander, chaque fois que ces noms reparaîtront sous ses yeux, quel est le personnage ou quel est le lieu auquel ils se rapportent. Sauf ces exceptions et quelques autres qui m’ont paru nécessaires, je le répète, j’ai reproduit le texte tel qu’il était, et j’ai même pris soin d’écrire exactement comme l’auteur certains mots, certains temps de verbes qui paraissent chez lui affecter une forme particulière.

Comme l’usage des manchettes n’est pas habituel dans les publications de la Société, j’ai reproduit dans le titre courant l’ordre de dates marginales adopté par l’auteur. Cette disposition était nécessaire pour conserver à l’ouvrage sa physionomie de journal et pour mettre en leur place exacte des faits souvent très-détaillés.

Parfois il arrive que les additions marginales ou interlinéaires interrompent le sens, et même la phrase ; dans ces cas je les ai placées en note avec cette mention : Addition de l’auteur.

Enfin j’ai ajouté à l’ouvrage un sommaire divisé par années, une table alphabétique des noms de lieux et de personnes qui se rencontrent dans les Mémoires, et des notes placées le plus ordinairement au bas des pages, mais renvoyées à l’appendice lorsque leur étendue était trop considérable.

Dans ces conditions, j’espère, sous les auspices de la Société de l’histoire de France, et avec l’aide amicale de mon commissaire responsable, être arrivé à donner une édition des Mémoires du maréchal de Bassompierre qui ne laissera rien à désirer sous le rapport de l’exactitude, et qui pourra être considérée à la fois comme une première édition et comme une édition définitive. Parmi celles qui l’ont précédée, l’édition de 1665 restera comme un des livres de la collection des Elseviers ; elle pourra même être payée fort cher par les bibliophiles, si elle ne porte pas au front le stigmate de Jouxte la copie imprimée qui flétrit la réimpression de même date, si elle sort des mains d’un amateur illustre avec une belle reliure, ou si, par un coup de fortune, l’exemplaire est non rogné ; mais cette édition, même recherchée, sera destinée seulement à figurer sur les rayons de l’armoire favorite : pour la lecture et pour le travail, si l’on ne veut être arrêté à chaque pas par un non-sens ou par une inextricable confusion de noms ou de choses, on ne pourra se servir que de celle dont la Société m’a confié la publication.


La biographie du maréchal de Bassompierre a été faite par lui dans ses mémoires : quelques pages suffiront pour la résumer, et pour l’achever depuis l’époque où s’arrête son récit jusqu’à sa mort.

François de Bassompierre naquit au château d’Harouel en Lorraine, le 12 avril 1579. Sa famille était illustre : elle descendait des comtes de Ravenstein, dont elle portait les armes pleines, d’argent à trois chevrons de gueules, et fut reconnue par l’empereur Ferdinand III comme une branche cadette de l’ancienne maison de Clèves. Ses ancêtres avaient servi les ducs de Bourgogne, puis les ducs de Lorraine : un d’eux avait combattu pour René II à la bataille de Nancy. Depuis ce temps, les barons de Betstein ou de Bassompierre occupaient les plus hautes charges à la cour de Lorraine. Les guerres de religion leur fournirent l’occasion de prendre du service en France : les oncles et le père du maréchal amenèrent au roi des régiments de reîtres et de lansquenets ; son père se maria en France avec une nièce du maréchal de Brissac, Louise le Picart de Radeval ; de grands domaines, situés en Normandie, lui furent engagés pour le payer de ses services militaires. Ami du duc de Guise, engagé dans la Ligue, le baron de Betstein combattit contre Henri IV à Arques, et dut ensuite se retirer en Lorraine : mais après que la paix, négociée par lui, eut été conclue entre le roi et le duc de Lorraine, quand le roi fut en possession incontestée de sa couronne, la mère de Bassompierre, française de naissance, devenue veuve et tutrice de ses enfants, voulut présenter ses fils à la cour de France. C’était en 1598 : ils avaient alors achevé leur éducation et visité les cours de Bavière et de Florence, l’Allemagne et l’Italie. En France ils retrouvaient, parmi les princes et les grands seigneurs, des amis de leur père qui les accueillaient et les entouraient à la cour. Aussi doit-on regarder comme peu vraisemblable l’histoire que raconte Tallemant des Réaux (t. III, p. 333) d’une mystification pratiquée par Sygongne sur François de Bassompierre. Bientôt le roi se prit d’une vive amitié pour le jeune courtisan, et dès lors commença pour ce dernier cette vie d’aventures galantes et de folies de jeunesse qu’il faut lui laisser raconter à lui-même, et à laquelle la campagne de Savoie, en 1600, et la campagne de Hongrie, en 1603, firent une courte diversion. Parmi ses nombreuses passions, il y en eut une qui le rapprocha encore du roi : il aima Charlotte-Marie de Balsac, sœur de la marquise de Verneuil ; dans ce commerce troublé, sa destinée eut quelque ressemblance avec celle d’Henri IV : comme lui il eut des brouilles et des raccommodements, comme lui il fut poursuivi par une promesse de mariage : les deux sœurs, poussées par leur mère, avaient la passion de se faire épouser ; un long procès, qui lui causa beaucoup de tourments, se termina seulement en 1615 par un jugement définitif qui le délivra de cette obsession.

Cependant, au milieu de ces folies, la perspective d’un brillant établissement se présenta au jeune seigneur : le connétable de Montmorency conçut la pensée de lui faire épouser sa fille et lui en fit lui-même la proposition. Il faut lire dans les Mémoires le récit de cet intéressant épisode : quelle dignité dans l’offre de ce grand seigneur, âgé, comblé d’honneurs, qui veut donner sa fille à un jeune homme digne d’elle par sa naissance, mais encore inconnu et n’ayant pas fait fortune ; et quelle noble simplicité dans la modestie et dans la reconnaissance du jeune homme qui sent le prix de l’honneur qu’il reçoit, mais qui en même temps ne s’en juge pas indigne ! Le mariage allait donc s’accomplir, lorsque le roi intervint : le tendre monarque avait vu Mlle de Montmorency, et il avait conçu pour elle une folle passion ; il aimait mieux laisser tomber la menace d’une infortune conjugale sur son parent que sur son ami, et il priait Bassompierre de renoncer en faveur du prince de Condé à la perspective de cette belle alliance. Bassompierre déféra au désir du roi, non sans regret, car il aimait Mlle de Montmorency, toutefois « d’un amour réglé de mariage », ce qui lui permit de se consoler avec d’autres amours que ne tempérait pas la même règle.

Le roi, comme pour dédommager Bassompierre, lui confia bientôt une mission secrète et importante : il le chargea de faire au duc de Lorraine des ouvertures relatives à un projet de mariage entre sa fille et le dauphin de France. Le jeune ambassadeur, moitié Français et moitié Lorrain, sut se placer à tous les points de vue et présenter au duc tous les arguments qui pouvaient le décider. Le caractère irrésolu de ce prince l’empêcha de donner une réponse positive. Que de maux eussent été épargnés à la Lorraine, si sa réunion à la France se fût accomplie par cette voie pacifique, au lieu d’être achetée par de longues guerres ! Mais les grandes pensées d’Henri IV ne devaient pas voir leur accomplissement, et après le coup fatal qui l’enleva à la France, le souci des intérêts généraux fit place aux intrigues et aux ambitions personnelles : les protestants, ne se sentant plus ni suffisamment contenus ni suffisamment protégés, commencèrent à remuer, et tout annonça que la guerre civile éclaterait bientôt sur la France. Une première prise d’armes des princes et des grands en 1614 fut pour Bassompierre l’occasion d’une haute promotion : il obtint les provisions de la charge de colonel général des Suisses, rachetée par lui au duc de Rohan. Un second soulèvement, en 1615, donna lieu à une campagne à laquelle il prit part, mais qui fut conduite avec une grande mollesse : les généraux du roi semblaient craindre de poursuivre trop vivement leurs adversaires et de remporter sur eux un avantage décisif. Bassompierre restait fidèle à la reine-mère, l’aidait à faire arrêter le prince de Condé, et repartait en 1617 pour aller combattre les princes révoltés. Mais bientôt la mort du maréchal d’Ancre venait changer la face des choses, et Bassompierre faisait ce qu’il avait loyalement annoncé à la reine lorsqu’il lui disait :

« Sy le roy s’en estoit un de ces jours allé à Saint-Germain et qu’il eut mandé à M. d’Espernon et à moy de l’y venir trouver, et qu’en suitte il nous eut dit que nous n’eussions plus à vous reconnestre, nous sommes vos très obligés serviteurs, mais nous ne pourrions faire autre chose que de venir prendre congé de vous et vous supplier très humblement de nous excuser sy nous ne vous avions aussy bien servie pendant vostre administration de l’estat comme nous y estions obligés. »

A la fin de 1619 il fut fait chevalier des ordres, et en 1620 il rassembla activement une armée pour combattre les mécontents groupés autour de la reine-mère, et conduisit cette armée aux Ponts-de-Cé où se termina encore un soulèvement sans consistance et sans racines.

Mais déjà le duc de Luynes sentait que sa faveur pouvait courir quelque danger : il crut voir un rival dans Bassompierre et lui fit accepter l’exil honorable d’une ambassade en Espagne. Là, Bassompierre négocia les affaires de la Valteline et des Grisons et fit le traité de Madrid, qui ne devait guère être exécuté. Revenu en France dans le cours de l’année 1621, il prit part à la guerre engagée contre les protestants, guerre sérieuse cette fois, et joua, comme maréchal de camp, un rôle actif dans le siège de Montauban, terminé par un échec pour l’armée royale.

Confident involontaire des chagrins du roi et de son irritation contre le connétable de Luynes, Bassompierre vit sans regret comme sans joie la mort de ce favori en décadence, mais il ne chercha point à le remplacer dans l’esprit du roi, et repoussa même les ouvertures qui lui furent faites à ce sujet par des personnages intéressés à le pousser au poste resté vacant ; il se contenta, pendant la campagne importante de 1622, de servir bravement à l’affaire de l’île de Rié et aux sièges de Royan, de Négrepelisse, de Saint-Antonin, de Lunel, de Montpellier. Tallemant des Réaux, peu bienveillant en général pour Bassompierre, lui rend cependant justice en cette occasion, et dit qu’aux Sables-d’Olonne « il paya de sa personne et monstra le chemin aux autres : car il se mit dans l’eau jusqu’au cou. » Le roi qui, au commencement de cette campagne, lui avait donné la charge de premier maréchal de camp, le fit maréchal de France, aux applaudissements de l’armée, le 12 octobre 1622. Quelques jours à peine après que Bassompierre a reçu du roi le bâton de maréchal, Richelieu vient à son tour recevoir le bonnet de cardinal : ainsi ces deux fortunes ennemies, dont l’une doit renverser l’autre, arrivent presque au même moment à leur point culminant. La conformité absolue de leurs armes offre encore un rapprochement assez bizarre.

Le nouveau maréchal avait alors de l’influence dans les conseils du roi : il parvint à faire nommer Caumartin garde des sceaux et à retarder la chute de Schomberg, surintendant des finances. Le marquis de la Vieuville, pendant la courte durée de sa puissance, chercha vainement à le perdre, et ne réussit même pas à lui aliéner l’esprit du roi. En 1625, le maréchal de Bassompierre fut envoyé comme ambassadeur extraordinaire en Suisse, où son influence personnelle était nécessaire pour contrebalancer les influences allemande et espagnole, et resserrer les liens de l’alliance avec la Confédération. En 1626, il fut ambassadeur en Angleterre pour négocier le rétablissement des ecclésiastiques et des serviteurs français auprès de la reine. En 1627 et en 1628, il eut un grand commandement au siège de la Rochelle, dont il a laissé dans ses mémoires un récit malheureusement plus rempli de faits personnels sans importance que de détails militaires.

Après la chute de ce boulevard des protestants, le cardinal de Richelieu tourna ses vues plus librement du côté de la politique étrangère, et l’année 1629 commençait à peine que déjà le roi repartait, mais cette fois pour l’Italie. Au passage du défilé de Suse, le maréchal de Bassompierre ajoutait un fleuron à sa couronne de gloire militaire, puis il revenait prendre part au siège de Privas et à la dernière campagne du Languedoc, qui se termina par la pacification définitive de cette contrée depuis longtemps agitée par les guerres religieuses. Quelques semaines s’étaient à peine écoulées, et déjà les affaires d’Italie ramenaient les armes du roi dans ce pays : le maréchal, au commencement de 1630, était de nouveau ambassadeur en Suisse, où il faisait une levée, puis il allait prendre la part principale dans la rapide conquête de la Savoie.

Ce fut là que se termina la vie active de Bassompierre : bientôt survint la maladie du roi, pendant laquelle s’accumulèrent les griefs du cardinal contre ses ennemis ; le maréchal fut placé sur cette liste fatale, et soit qu’il eût refusé à Richelieu de mettre les Suisses à sa disposition en cas de mort du roi, soit que, dans le conseil des ennemis du cardinal, il eût, comme on le dit, opiné pour son emprisonnement, soit enfin que sa qualité de Lorrain et d’ami des Guise et de la reine-mère fût suffisante pour le rendre suspect, sa perte dut être dès lors résolue. Après la journée des Dupes, pendant laquelle le maréchal fut, s’il faut en croire ses protestations, d’une ignorance peut-être un peu affectée, l’orage qui grondait sur les têtes les plus illustres tomba successivement sur chacune d’elles. Bassompierre alla hardiment au-devant du danger, et vint trouver le roi à Senlis après avoir brûlé « plus de six mille lettres d’amour », parmi lesquelles se trouvaient peut-être quelques papiers politiques. Il fut arrêté le 25 février 1631, et commença cette longue captivité qui ne devait se terminer qu’après la mort du cardinal. Un chagrin plus amer allait encore se joindre au chagrin de son emprisonnement : la princesse de Conti, cette femme aimable et spirituelle avec laquelle l’unissait un mariage secret, venait d’être éloignée de la cour ; deux mois après, elle mourait au château d’Eu, succombant à la douleur de la séparation : le poète Malleville l’atteste dans l’élégie qui commence par ces vers :


Quand Armide eut appris qu’un funeste séjour
Luy retenoit l’objet qui causoit son amour,
Et que le beau Daphnis, la gloire des fidelles,
Perdoit la liberté qu’il ostoit aux plus belles,
Elle accusa les Dieux d’un si prompt changement
Et d’un si rude coup eut tant de sentiment,
Que dessus un papier tout moite de ses larmes
Elle imprima soudain ses mortelles alarmes,
Deschargea sa colère, et de sang et de pleurs
Fit ce mourant tableau de ses vives douleurs :
Daphnis, le seul objet qui reste en ma mémoire,
Mon désir, mon espoir, ma richesse et ma gloire,
Si ce triste discours qui confirma ma foy
Peut forcer les prisons et passer jusqu’à toy,
Entends ce que l’amour m’oblige de te dire,
Et de quelques soupirs honore mon martyre.


Enfermé dans la Bastille, Bassompierre ne fit pas entendre une plainte : il chercha plutôt, par ses paroles et par ses actes, à fléchir la rigueur du tout-puissant ministre. Ainsi, quand il se décida à vendre sa charge, il insista pour qu’elle tombât entre les mains d’un parent de Richelieu ; il protesta vivement lorsqu’il pensa qu’on pouvait le ranger parmi les mécontents ou parmi les adversaires du cardinal ; il prêta sa maison de Chaillot à ce dernier toutes les fois qu’elle lui fut demandée ; enfin, ce qui l’honore davantage, lorsqu’en 1636 la France fut envahie, il s’offrit noblement à servir comme un loyal soldat. Tout fut inutile. Les personnages les plus considérables sollicitèrent sa liberté ; les poètes s’intéressèrent à son sort, et leurs vers, s’ils sont moins connus de la postérité que les vers du fabuliste aux Nymples de Vaux, n’attestèrent pas moins la reconnaissance courageuse de ceux pour lesquels le maréchal avait sans doute été un Mécène.

Le poète Maynard s’attira la défaveur du cardinal de Richelieu par sa fidélité au maréchal de Bassompierre et au comte de Cramail.

Malleville adressa à Richelieu une élégie dans laquelle il demandait la liberté du maréchal, et, par un artifice poétique, se plaignait de ne pouvoir louer convenablement le cardinal pendant que son maître et son protecteur languissait en prison. Bassompierre, disait-il,


Bassompierre est captif, et durant sa disgrace
J’aurois tort d’aspirer aux faveurs du Parnasse.
Aussi-tost qu’il fut pris, mon cœur le fut d’ennuy,
Et ma langue liée a mesme heure que luy.
Si parfois ta vertu sollicite ma plume,
Sa douleur attiédit le beau feu qui m’allume,
Et mon bras, partageant ses chaisnes et ses fers,
N’a plus de mouvement pour écrire des vers.


Et il commençait ainsi le récit des hauts faits de son héros :


Tu sçais que Bassompierre, aussi vaillant qu’un Dieu,
A fait des actions dignes d’un autre lieu,
Et que ses qualitez qui n’ont point eu d’exemples
Au lieu d’une prison mériteroient des temples.
Tu sçais qu’en le tirant de la captivité
A tous les gens d’honneur tu rends la liberté,
Que chacun le désire, et que sa délivrance
Est un des biens publics que tu dois à la France.


Cependant, pour tromper l’ennui de la captivité, on cherchait à la Bastille à se donner quelques divertissements, et Bassompierre, toujours galant malgré son âge, eut, dit-on, une liaison avec Mme de Gravelle, prisonnière comme lui. On y conspirait même, et il eut l’honneur de mériter la défiance du jeune abbé de Retz, qui venait préluder à sa vie d’intrigue par des complots noués avec le comte de Cramail, mais soigneusement cachés au maréchal, que l’on trouvait « trop causeur. »

Enfin Richelieu mourait le 4 décembre 1642, et bientôt le maréchal de Bassompierre pouvait inscrire ces vers dans son Repertoire :


Enfin sur l’arriere sayson
La fortune d’Armand s’accorde avec la mienne :
France je sors de ma prison[5]
Quand son âme sort de la sienne.
Regarde sy c’est justement
Qu’il m’a tenu douze ans dedans cette misere
Puis qu’un sy subit changement
Me rend ma liberté première.


Ce ne fut cependant pas sans peine que les illustres prisonniers de la Bastille parvinrent à en sortir. Mazarin et Chavigny demandaient leur mise en liberté ; Sublet de Noyers s’y opposait. L’ordre d’élargissement fut donné seulement le 18 janvier 1643, et comme les captifs délivrés n’étaient pas encore autorisés à revenir à la cour, le maréchal refusait de sortir de sa prison : ses amis le décidèrent à en prendre son parti, et il se retira, suivant l’ordre du roi, au château de Tillières.

Henri Arnauld, abbé de Saint-Nicolas d’Angers, dans un journal adressé à la présidente Barillon (Manuscrits de la Bibliothèque nationale, Fr. 3778), racontait ainsi les péripéties de cette délivrance, que l’invisible influence de Richelieu semblait encore entraver :

« Du 4 janvier 1643... On fait esperer aux deux marechaux qui sont dans la Bastille qu’ils ne passeront pas ce mois. »

« Du 7 janvier... Les prisonniers de la Bastille sont dans de grandes espérances d’une prochaine liberté. »

« Du 11 janvier... Je ne vois pas que les esperances que l’on donne à ces messieurs de la Bastille aient un fondement trop asseuré. Je souhaitte extremement me tromper dans le jugement que j’en fais. »

« Du 18 janvier... Depuis ma lettre escripte je suis allé à la Bastille, où M. de Romefort est venu de la part de M. de Chavigny dire à Mrs de Bassompierre, de Vitry et de Cramail que le roy leur donnoit leur liberté, mais à condition que le premier ira à Tillieres chez M. son beau frere, M. de Vitry à Châteauvilain et M. de Cramail en l’une de ses maisons. Ces deux derniers ont receu cella avec joye ; mais M. de Bassompierre est jusques icy tres résolu à ne vouloir point sortir soubz cette condition là, et à choisir de demeurer plustost dans la Bastille, et tous ses amis et serviteurs ne peuvent rien gagner sur luy pour cela. C’est demain qu’ils doivent sortir : peut-être cy et là changera-t-il d’avis. »

« Ce mercredy 21 janvier 1643. Lundy Mrs de Bassompierre, de Vitry et le comte de Cramail sortirent de la Bastille, ces deux derniers avec une joye extrême, et pour ce qui est du premier, ses parents et ses amis eurent toutes les peines imaginables à luy persuader d’accepter sa liberté à condition d’aller à Tillieres, et je creus cent fois qu’il n’en feroit rien : j’y fus depuis 10 heures du matin jusqu’à 9 heures du soir qu’ils sortirent... Ils ont trois ou quatre jours pour demeurer icy : ils ont vu tous Mrs les ministres. C’est non sans quelque esperance que M. le maréchal de Bassompierre ne demeurera pas longtemps où il va. »

« Du 25 janvier... Ces trois personnes sorties de la Bastille eurent deffense de voir Monsieur. Ils sont partis. Le marquis de Saint Luc porta au roy une lettre de remerciement de M. le marechal de Bassompierre. Le roy après l’avoir leue deux fois dit : Je ne veux point que l’on capitule avec moy, et le marechal de Bassompierre est un des premiers qui m’a dit que je ne le devois pas faire ; s’il ne se fut resolu d’aller à Tillieres, je l’aurois laissé dans la Bastille où il se fut nourry à ses dépens. Je gagne par leur sortie quarante-cinq mille livres par an. Ouy, sire, respondit Saint Luc, et cent mille benedictions[6]. »

« Mardy 28 janvier... M. le marechal de Bassompierre est party ce matin de Chaliot pour estre demain à Tillieres. »

« Du 11 mars... M. le mareschal de Bassompierre s’ennuye de telle sorte à Tillieres qu’il tesmoigne se repentir d’estre sorty de la Bastille et d’avoir suivy en cela le conseil de ses amis. »

Quelques mois après, et bien peu de temps avant sa mort, Louis XIII autorisa le comte de Cramail et les maréchaux de Vitry et de Bassompierre à reparaître à la cour.

Douze ans s’étaient écoulés depuis que Bassompierre était entré à la Bastille ; pendant ce long espace de temps bien des choses avaient changé : la régence d’Anne d’Autriche inaugurait maintenant une cour nouvelle. Bassompierre, avec ses anciennes habitudes de magnificence et de galanterie, y parut un peu vieilli : toutefois, dans l’opinion de Mme de Motteville, « les restes du maréchal de Bassompierre valaient mieux que la jeunesse de quelques uns des plus polis de ce temps là. » Ces jeunes gens formèrent la cabale des Importants dont le règne éphémère se termina par l’emprisonnement du duc de Beaufort. A cette cabale appartenait le marquis de la Châtre, qui avait eu la charge de colonel général des Suisses après M. de Coislin, successeur du maréchal de Bassompierre. Il fut obligé de s’en défaire, et le maréchal en reprit possession, à condition de payer à M. de la Châtre la somme de 400,000 livres qu’il avait reçue de M. de Coislin. Sa démission était considérée comme nulle, et la charge comme n’ayant pas été vacante[7]. Le marquis de la Châtre, dans ses mémoires, se plaint à cette occasion du maréchal de Bassompierre et de M. de Brienne : ce dernier lui fit une réponse que l’on trouve dans un Recueil de diverses pièces, imprimé à Cologne, MDCLXIV.

Le maréchal ne jouit pas longtemps de ce retour de faveur. Le 12 octobre 1646, ses gens le trouvaient mort dans son lit à Provins, où il s’était arrêté en revenant d’une maison de M. Bouthillier, ancien surintendant des finances, « cette mort subite, dit la Gazette de France, ayant d’autant plus estonné les assistants que ce seigneur avait acquis dès sa jeunesse l’affection d’un chacun. » On eut même quelque soupçon d’empoisonnement, comme on le voit par un récit que le curé de Chaillot avait inséré dans un registre des décès, aujourd’hui brûlé, mais heureusement dépouillé par M. Cocheris avant les tristes événements de 1871 : « Son corps a esté ouvert, écrit le curé : on a eu quelque mauvais soupçon de sa mort, comme d’ordinaire on soupçonne mal de la mort des grands, principalement quand ils meurent de la sorte[8]. » Le corps avait été rapporté dans un carrosse au château de Chaillot : les intestins, la langue et la cervelle furent enterrés dans l’église de la paroisse devant le grand autel ; le cœur et le reste du corps furent remis par le curé aux minimes de Migeon dont le couvent était attenant au château, et déposés dans une chapelle à gauche du grand autel, dans le chœur de leur église. Le duc de Chevreuse, « et autres seigneurs et dames de grande qualité, avec grand nombre de bourgeois et habitants de Chaliot, » assistèrent à la cérémonie funèbre.

Le maréchal de Bassompierre laissait deux fils. L’un était né de Charlotte-Marie d’Entragues : il s’appelait Louis de Bassompierre ; du vivant de son père il était entré dans l’état ecclésiastique. Il est parlé de lui à l’Appendice, XV, p. 399-400. Ajoutons à ce qui est dit à son sujet que madame de Sévigné fait son éloge dans ses lettres. Le 1er juillet 1676 elle écrivait : « Hélas ! à propos de dormir, le pauvre Monsieur de Saintes s’est endormi cette nuit au Seigneur d’un sommeil éternel. Il a été vingt-cinq jours malade, saigné treize fois, et hier matin il étoit sans fièvre, et se croyoit entièrement hors d’affaire. Il causa une heure avec l’abbé Têtu (ces sortes de mieux sont quasi toujours traîtres), et tout d’un coup il est retombé dans l’agonie, et enfin nous l’avons perdu. Comme il étoit extrêmement aimable, il est extrêmement regretté. » Et le 31 juillet 1676 : « Monsieur d’Alby est mort ; il laisse des trésors au duc du Lude : Hélas ! comme notre pauvre Monsieur de Saintes a disposé saintement de son bien au prix de cet avare ! »

« Ce digne prélat, disait la Gazette du 4 juillet, a laissé ses amis sensiblement affligés, les pauvres de son diocèse dans la dernière désolation, et tous ceux qui le connoissoient édifiés des actions exemplaires de sa vie, et de sa résignation chrétienne à la mort. »

L’autre fils du maréchal était ce François de la Tour, né de son union secrète avec la princesse de Conti, union que les contemporains ont regardée comme certaine, mais qu’il n’a nulle part indiquée dans ses mémoires. Très-discret en général sur le nom des femmes auprès desquelles il a eu des succès, comme s’il voulait changer en vérité ce vers des Contreveritez de la cour :


Que Bassompierre fait l’amour sans dire mot,


il garde sur ses rapports avec la princesse une discrète réserve, et son émotion contenue lorsqu’il annonce sa mort est le seul indice de ses sentiments pour elle. Le nom de cette femme illustre revient cependant sous sa plume dans un de ses Discours académiques, où il dit :

« De là quelques autheurs peut-estre trop passionnez pour l’interest de leur sexe ont tiré cette conjecture que les femmes estoient moins judicieuses que les hommes, pour estre d’une constitution plus humide ; mais n’y eut-il que cette illustre princesse dont la maison de Lorraine par descendance, et celle de Bourbon par alliance, est honnorée, n’avons-nous pas tres ample sujet de condamner l’erreur de cette consequence et d’advouer plus tost que leur complexion molle et délicate ne peut produire que des esprits espurez et subtils, et en suitte le temperamment veritable pour la beauté de l’esprit, la delicatesse des pensées et la clarté du jugement. Aussy bien loing d’adherer à une opinion sy contraire a mon sentiment je crois que le prix des meilleures choses et le dernier ornement des plus beaux ouvrages, voir mesmes la reputation d’un honneste homme despend de leur estime, et quelque amour que nous ayons naturellement pour nos œuvres, je commenceray seulement d’estre satisfaict de celle cy quand j’auray reconnu qu’elles ne la jugent pas tout a faict indigne de leur approbation. »

François de la Tour fut blessé le 10 août 1648, à la prise de Vietri dans le royaume de Naples, et mourut probablement de sa blessure. C’est sans doute de lui que parle la Gazette de France, lorsqu’elle annonce, à la date du 27 janvier 1648, que le sieur de Bassompierre, capitaine de vaisseau, s’est distingué dans les combats donnés entre l’armée du roi commandée par le duc de Richelieu, et celle d’Espagne aux ordres de don Juan d’Autriche, dans le golfe de Naples. On peut lire quelques détails sur lui au tome IV, Appendice, XIX, p. 362-364.

Des trois neveux de Bassompierre, l’aîné, Anne-François, marquis de Bassompierre, fut tué en duel en mai 1646, sans avoir été marié (P. Anselme, t. VII, p. 468). Le second, Charles, baron de Dommartin, épousa Henriette d’Haraucourt : sa postérité masculine a continué seulement jusqu’à la seconde génération. Le troisième, Gaston-Jean-Baptiste, marquis de Baudricourt et de Bassompierre, a laissé une descendance, attachée successivement au service de la Lorraine et de la France : Charles-Jean-Stanislas-François, marquis de Bassompierre, mort en 1837, a été le dernier représentant mâle de cette lignée. Les familles qui peuvent aujourd’hui porter le nom de Bassompierre ne se rattachent par aucun lien à la maison de Betstein.

Le maréchal de Bassompierre laissa une succession obérée, dont la liquidation fut d’une longueur sans exemple. A son inventaire, commencé en l’hôtel où il demeurait, rue Neuve-des-Petits-Champs, le 15 octobre 1646, et continué jusqu’en janvier 1647, ses neveux se portèrent d’abord comme héritiers et en même temps comme créanciers. Au cours de l’inventaire un jugement déclara le futur évêque de Saintes seul héritier bénéficiaire du maréchal. Ce prélat mourut sans avoir rien recueilli de la succession. La baronnie de Bassompierre et le marquisat d’Harouel furent soumis à des adjudications que compliquèrent les changements de domination subis par la Lorraine. Des procédures et des arrêts nombreux intervinrent pendant toute la durée du siècle et la première moitié du siècle suivant. En déposant des conclusions longuement motivées, l’avocat général de Montureux adressait à la cour de Nancy les paroles suivantes :

« Si le maréchal de Bassompierre s’étoit contenté d’immortaliser son nom par ses glorieux exploits dans la guerre, par ses sages conseils dans le cabinet, et par les heureux succès que son grand génie lui procura dans les négociations importantes dont il fut chargé, sa maison auroit aujourd’huy l’avantage d’unir la possession de ses grands biens à la gloire dont il l’a comblée. Mais la magnificence de ce seigneur étant encore infiniment supérieure à sa fortune, les dépenses qu’il a faites et les dettes qu’il a contractées pour y subvenir, ont été telles que l’on empruntoit communément son nom pour exprimer le titre de Magnifique, et qu’elles ont mis ses affaires aussi bas que sa naissance, son mérite et son rang étoient élevez, ce qui fait qu’il a laissé à ses héritiers beaucoup plus d’honneurs que de biens. »

« Il y a plus de soixante ans qu’on les voit contester en différens tribunaux pour sauver quelques tables du naufrage, et le fameux procès touchant le marquisat d’Harouel vient seulement d’être terminé. Mais comme si la justice ambitionnoit de voir la mémoire de ce grand homme se perpétuer dans son sanctuaire comme elle se perpétue partout ailleurs, il semble que les difficultez de sa succession renaissent de leurs cendres pour ne devoir jamais finir. En sorte qu’après de si longues poursuites de leur part sur le décret du marquisat d’Harouel, il est aujourd’huy question de décider du mérite de celui de la baronnie de Bassompierre dont la perte leur seroit d’autant plus sensible que cette terre, en portant leur nom, porte le titre de leur noblesse et de leur gloire. »

Enfin le 25 octobre 1719, les héritiers de Georges-African, marquis de Removille, frère du maréchal de Bassompierre, cédèrent au prince de Craon tous leurs droits contre la succession vacante et abandonnée, et se désintéressèrent ainsi de cette longue procédure. Toutefois il paraissent encore le 23 octobre 1752 dans un acte confirmatif du traité de cession.

Les fastueuses prodigalités du maréchal de Bassompierre, les dépenses nécessitées par ses grandes charges, ses galanteries peut-être, furent les causes principales de sa ruine. Mais parmi ses sources de dépenses on peut compter la composition d’une riche bibliothèque, et la protection généreuse qu’il accorda aux gens de lettres, protection attestée par le nombre considérable des ouvrages qui lui furent dédiés ; la nomenclature suivante est probablement incomplète :

Les chastes destinées de Chloris, ou Roman des histoires de ce temps, mêlé de prose et de vers, par le sieur du Souhait. Paris, Fr. Huby. 1609.

Philis, tragédie, par Chevalier. Paris, Jean Jannon. MDCIX.

L’art de régner, ou le sage gouverneur, tragi-comédie, par Gillet de la Tessonnerie. Une édition de 1649 de ce poème fait partie de la collection des Elseviers.

Lettres amoureuses et morales des beaux esprits de ce temps, recueillies par F. de Rosset.

Les jours caniculaires, composez en latin par messire Simon Maiole d’Ast, mis en françois par F. de Rosset.

Le sommaire armorial. Paris, Pierre Billaine. MDCXXXVIII.

Peristandre, ou l’illustre captif, roman en prose, par Demoreaux. Paris, Antoine Robinot. MDCXXXXII.

La conduite du courtisan, petit traité en prose, par François de Soucy, sieur de Gerzan. Paris, Jean Bessin. MDCXXXXVI.

Orasie, roman, par mademoiselle de Senneterre, dédié au maréchal par son éditeur. Paris, veuve de Nicolas de Sercy. 1646.

Le livre De admirandis naturœ reginœ deœque mortalium arcanis, soixante dialogues écrits en latin par Lucilio Vanini, qui se faisait appeler Jules César. Paris, Adrien Périer. MDCXVI. L’auteur de la Vie de Lucilio Vanini, en racontant que Bassompierre l’avait eu un moment pour aumônier, fait peser sur ce dernier, assez injustement à mon avis, l’accusation de n’avoir pas été « autrement fort chargé de religion. » Au contraire le célèbre athée, comme s’il eût voulu placer son livre sous un patronage sûr, lui disait dans son épître dédicatoire : Sæpenumero adversus hæreticos te disserentem excipiens, suspicabar an ab ipso Deo consultò donatum fuerit cognomentum, Bassompetrœus, Petri S. Ecclesiœ basis[9].

L’inventaire de la bibliothèque du maréchal de Bassompierre, l’une des plus belles de son temps[10], fut fait après sa mort par les libraires Sébastien Cramoisy et Jacob Chevalier. Cet inventaire imprimé est à la bibliothèque Mazarine sous le n° 18611. Il renferme plus de sept cents numéros. On ne saurait dire combien de fois seraient décuplés aujourd’hui les prix de quelques-uns des ouvrages qui y sont mentionnés.

Bassompierre, d’ailleurs, était lui-même un écrivain. Outre ses Mémoires, dont le style, toujours aisé et correct, possède des qualités diverses, appropriées aux sujets divers qu’ils traitent, outre ses Ambassades, publiées, d’une manière très-incomplète, à Cologne, chez P. du Marteau, en 1668, il a composé un certain nombre de discours académiques et de traités et lettres sur divers sujets, qui sont conservés en manuscrit autographe à la Bibliothèque nationale. (Fr. 19196, précédemment Saint-Germain français n° 1030, et auparavant Ex bibliotheca mss. Coislinianâ, n° 1550). Une copie en deux volumes, contenant quelques morceaux de plus, porte les nos 19195 et 19197 (précédemment Saint-Germain français n° 1030 et Ex bibliotheca mss. Coislinianâ, nos 1549 et 1551). Il a encore écrit de sa main un Repertoire où se trouvent des pensées, ou personnelles, ou extraites de différents ouvrages, des pièces de vers en diverses langues, des morceaux détachés, etc. Le tout est renfermé dans quatre petits volumes in-4° qui figurent à la Bibliothèque nationale sous les nos 14224-14227 du Fonds latin (précédemment Saint-Germain Français, 1999), et dans un cahier joint à un volume in-folio de la bibliothèque de l’Arsenal (Fr. Histoire. 192). Bassompierre se venge de la réserve qu’il avait longtemps gardée, en inscrivant dans ce recueil des épitaphes sanglantes sur le cardinal de Richelieu, et même sur le P. Joseph. Peut-on s’en étonner, ou le blâmer de ce changement ? Le despotisme n’engendre-t-il pas toujours le culte servile de sa puissance et l’insulte à sa chute ?

On a publié en 1802 un livre intitulé : Nouveaux Mémoires du maréchal de Bassompierre (Paris, Locard fils. An X. 1802), extraits des papiers du président Hénault. M. Hippeau a vu une copie de ces mémoires dans les papiers du château de Tillières, où le maréchal fut relégué après sa délivrance, et il en conclut qu’ils peuvent justement lui être attribués. Comme ils ne sont pas autographes, et que leur authenticité n’est pas absolument certaine, la Société n’a pas jugé à propos de les ajouter au Journal de ma vie.

Enfin les Remarques sur l’histoire des rois Henri IV et Louis XIII, par Scipion Dupleix, telles du moins qu’elles ont été mises en circulation et plus tard imprimées, sont énergiquement reniées par le maréchal à qui on les attribuait. Elles n’en sont pas moins curieuses, surtout si on les rapproche de la réponse de Scipion Dupleix. On peut voir à ce sujet les Mémoires (t. IV, p. 232 et suiv.) et l’Appendice, XIII, même tome, p. 355-356.

Je ne puis mieux terminer cette notice qu’en rapportant sur la personne de Bassompierre et sur son œuvre le jugement d’un homme qui fut, comme lui, militaire, courtisan et écrivain, et qui subit comme lui l’épreuve d’une longue disgrâce. Bussy-Rabutin écrit le 16 août 1671 à Mme de Scudéry :

« Je n’ai point vu de mémoires plus agréables ni mieux écrits que ceux du maréchal de Bassompierre. Je ne sais si l’idée que j’ai de lui ne me prévient pas en leur faveur. C’étoit un homme de grande qualité, beau, bien fait, quoique d’une taille un peu épaisse. Il avoit bien de l’esprit et d’un caractère fort galant. Il avoit du courage, de l’ambition et l’âme d’un grand roi. Encore qu’il se loue fort souvent, il ne ment pas. Mais j’eusse voulu qu’il nous eût rapporté les ordres du roi, les lettres particulières de Sa Majesté, celles des ministres et des généraux d’armée, et même celles des maîtresses avec ses réponses[11]. Car comme l’histoire n’est que le portrait des gens dont on parle, rien ne fait mieux connoître leur caractère que leurs lettres, outre que le maréchal eût mieux établi les choses qu’il nous a dites. Et il ne faut pas que pour l’excuser, on dise qu’ayant écrit de mémoire sa vie, il ne pouvoit se souvenir de tous ces ordres et de toutes les lettres dont je viens de parler, car il est certain qu’on les garde d’ordinaire pour sa famille. Mais pour ce qu’il dit qu’il a écrit sa vie de mémoire, cela ne peut pas être. Le moyen de s’imaginer que l’on puisse écrire par le seul ressouvenir les choses qu’on a faites et dites jour par jour trente ans auparavant. Ainsi le maréchal, en voulant faire estimer sa mémoire, fait mépriser son jugement. Il nous a dit encore des bagatelles inutiles, à moins que de nous en dire un plus grand détail, que de dire qu’un tel jour il eut une bonne fortune, qu’un autre il s’embarqua avec une dame blonde, qu’un autre il donna à dîner, sans nous dire ni les dames, ni les messieurs, ni les aventures, ni ce qui se passa d’agréable à ces repas, qui sont des choses dont le lecteur peut avoir de la curiosité. Mais avec tout cela les beautés de ses mémoires sont très-grandes et les défauts sont très-petits. S’il s’étoit donné la peine de les relire avec un de ses amis, il auroit ôté les bagatelles ou il les auroit rendues curieuses par les particularités qu’il en auroit dites, comme celle de sa lingère. Quoique cette bonne fortune ne lui fasse pas grand honneur, l’aventure est si extraordinaire qu’on est bien aise de la savoir. Enfin c’est un malheur au cardinal de Richelieu et une tache à sa vie que d’avoir persécuté un aussi galant homme que le maréchal de Bassompierre, et l’on ne peut aimer celui-ci, comme il est impossible de s’en défendre, sans haïr l’autre. »

Mis DE CHANTÉRAC.

Notes :

  1. Historiette de Bassompierre. Commentaire. (Troisième édition, t. III, p. 355.)
  2. Le catalogue des livres de l’abbé de Rothelin, imprimé pour sa vente en 1746, annonçait, sous le no 3752, un manuscrit en trois volumes in-folio contenant les Mémoires de François maréchal de Bassompierre depuis 1598 jusqu’en 1631. Ce manuscrit s’arrêtait, à ce qu’il paraît, au moment de l’emprisonnement du maréchal. Il fut vendu au prix modique de 5 l.
  3. Chaque volume porte sur le premier feuillet un numéro écrit à la main (1547 et 1548), et un ex libris imprimé en ces termes : Ex bibliotheca Mss. Coisliniana, olim Segueriana, quam Illus. Henricus du Cambout, Dux de Coislin, Par Franciæ, Episcopus Metensis etc. Monasterio S. Germani à Pratis legavit an. MDCCXXXII.
  4. Ce portrait, conservé dans la famille de Bassompierre, a figuré à l’exposition d’Alsace-Lorraine en 1874.
  5. Anagramme de : François de Bassompierre, en changeant b en n.
  6. Le roi écrivit ce même jour à Bassompierre une lettre favorable, au sujet de laquelle le maréchal adressa ses remerciments à Chavigny, la considérant comme « un pur ouvrage de sa bonté. »
  7. On trouve dans l’Inventaire fait après le deceds de Mr le mareschal de Bassompierre la cote suivante : « Item les lettres de restablissement dudt sgr mareschal en la charge de colonel general des Suisses en datte du 15e octobre 1643. Signé : Louis, et sur le reply : par le Roy, la Reine regente sa mère presente, Le Tellier, et scellées du grand scel de cire jaune, inventorié au dos 42. »
  8. Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, par l’abbé Lebeuf, nouvelle édition, annotée et continuée par Hip. Cocheris, t. IV, p. 313-314.
  9. Les arts s’exercèrent aussi en l’honneur de Bassompierre. Outre la belle toile de Van-Dyck, je possède un portrait sur marbre du maréchal à cheval, en armure dorée. Un autre portrait, peint dans la manière de Philippe de Champagne, appartient à M. le comte de Laugier-Villars. Une médaille, frappée en 1633, porte d’un côté la tête de Bassompierre en demi-relief, avec la légende FR. A. BASSOMPIERRE FRANC. POLEM. GLIS. HELVET. PRÆF., et de l’autre un phare sous un ciel étoilé avec les mots : quod nequeunt tot sidera præstat. Le P. Bouhours (Entretiens d’Eugène et d’Ariste) critique cette devise : il fait aussi quelques réserves au sujet d’une autre devise du maréchal, qui avait pour corps une fusée volante, et pour âme ces mots : Da l’ardora l’ardire ; cette dernière plaisait cependant à Mme de Sévigné.
  10. « Monseigneur de Bassompierre est en estime d’un esprit très accomply pour les sciences ; car son étude est continuelle, aussi bien que le soin qu’il a de rechercher les meilleurs livres pour enrichir sa célèbre bibliothèque où sont conservez plus de quatre mille volumes. » (Traicté des plus belles bibliothèques, par le P. Louis Jacob. Paris, Rolet-le-Duc, M.DC.XLIV.)
  11. La lecture des Mémoires eût été difficile si elle avait été continuellement interrompue par des pièces officielles. Les Ambassades répondent au désir de Bussy en ce qui concerne les missions diplomatiques. Quant aux lettres des maîtresses, on sait ce que Bassompierre en a fait, et, à dire vrai, je crois qu’il a rendu service à la postérité.