L’Adolescence Clémentine/Ballades

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Complainctes L’Adolescence Clémentine Rondeaux


I[modifier]

Des enfants sans soucy

Qui sont ceulx là, qui ont si grant envie

Dedans leur cueur, et triste marrisson,

Dont, ce pendant que nous somme en vie,

De maistre Ennuy n'escoutons la leçon?

Ilz ont grand tort, veu qu'en bonne façon

Nous consommons nostre florissant aage.

Saulter, dancer, chanter à l'advantage,

Faulx Envieulx, est ce chose qui blesse?

Nenny (pour vray) mais toute gentillesse,

Et gay vouloir, qui nous tient en ses las.

Ne blasmez point doncques nostre jeunesse,

Car noble cueur ne cherche que soulas.

Nous sommes druz, chagrin ne nous suit mye:

De froit soucy ne sentons le frisson:

Mais de quoy sert une teste endormie?

Autant qu'un Boeuf dormant pres du Buysson.

Languars picquans plus fort qu'un herisson,

Et plus reclus qu'un viel Corbeau en cage;

Jamais d'aultruy ne tiennent bon langage,

Tousjours s'en vont songeans quelcque finesse:

Mais entre nous, nous vivons sans tristesse,

Sans mal penser, plus aises que Prelatz.

D'en dire mal c'est doncques grand simplesse,

Car noble cueur ne cherche que soulas.

Bon cueur, bon corps, bonne phisionomie,

Boire matin, fuyr noise, et tanson:

Dessus le soir, pour l'amour de s'amye

Devant son huys la petite chanson:

Trancher du Brave, et du mauvais Garson,

Aller de nuict, sans faire aulcun oultrage:

Se retirer, voilà le tripotage:

Le lendemain recommancer la presse.

Conclusion, nous demandons liesse:

De la tenir jamais ne fusmes las,

Et maintenons, que cela est noblesse:

Car noble cueur ne cherche que soulas.

Prince d'Amours, à qui debvons hommage,

Certainement c'est ung fort grand dommage,

Que nous n'avons en ce monde largesse

Des grands tresors de Juno la Deesse

Pour Venus suyvre, et que Dame Pallas

Nous vint apres resjouyr en vieillesse,

Car noble cueur ne cherche que soulas.


II[modifier]

Le cry du jeu de l'Empire d'Orleans

Laissez à part voz vineulses Tavernes,

Museaulx ardans, de rouge enluminez.

Renjeunissez, saillez de voz Cavernes,

Vieulx accropiz, par aage exanimez:

Voicy les jours qui sont determinez

A blasonner, à desgorger et dire:

Voicy le temps, que Suppotz de l'Empire

Doibvent par droit leurs coutusmes tenir:

Si voulez donc passer le temps, et rire,

N'y envoyez, mais pensez de venir.

Harnoys, Chevaulx, Fiffres, Tabours, et Trompes,

Riches habitz, et grands bragues avoir,

Ce ne sont pas de l'Empire les pompes:

Leurs motz, leur jeu, c'est cela qui fault veoir:

Qui vouldra donc des nouvelles sçavoir,

Qui ne sçaura des folies cent mille,

Qui ne sçaura mainte abusion vile,

Sans trop picquer, l'en ferons souvenir:

Pourtant Seigneurs de ceste noble Ville,

N'y envoyez, mais pensez de venir.

N'ayez pas peur Dames gentes, mignonnes,

Qu'en noz papiers on vous vueille coucher,

Chascun sçait bien qu'estes belles, et bonnes,

On ne sçauroit à vos honneurs toucher:

Qui est morveulx, si se voyse moucher.

Venez, venez, Sotz, Sages, Folz, et Folles,

Vous Musequins, qui tenez les escolles

De caqueter, faire, et entretenir,

Pour bien juger, que c'est de noz parolles,

N'y envoyez, mais pensez de venir.

Prince le temps, et le terme s'approche,

Qu'Empiriens par dessus la Bazoche

Triumpheront, pour honneur maintenir:

Toutes et tous, si trop fort on ne cloche,

N'y envoyez, mais pensez de venir.


III[modifier]

D'ung qu'on appeloit frere Lubin

Pour courir en poste à la Ville

Vingt fois, cent fois, ne sçay combien,

Pour faire quelcque chose vile,

Frere Lubin le fera bien.

Mais d'avoir honneste entretien,

Ou mener vie salutaire,

C'est à faire à ung bon Chrestien.

Frere Lubin ne le peult faire.

Pour mettre (comme ung homme habile)

Le bien d'aultruy avec le sien,

Et vous laissez sans croix, ne pile,

Frere Lubin le fera bien.

On a beau dire, je le tien,

Et le presser de satisfaire,

Jamais ne vous en rendra rien.

Frere Lubin ne le peult faire.

Pour desbaucher par ung doulx stile

Quelcque fille de bon maintien,

Point ne fault de Vieille subtile,

Frere Lubin le fera bien.

Il presche en Theologien,

Mais pour boire de belle eau claire,

Faictez la boire à vostre Chien,

Frere Lubin ne le peult faire.

Envoy

Pour faire plus tost mal, que bien,

Frere Lubin le fera bien:

Et si c'est quelcque bon affaire,

Frere Lubin ne le peult faire.


IV[modifier]

De soy mesme, du temps qu'il apprenoit à escrire au Palais à Paris

Musiciens à la voix argentine,

Doresnavant comme ung homme esperdu

Je chanteray plus haut qu'une bucine:

Helas si j'ay mon joly temps perdu.

Puis que je n'ay ce que j'ay pretendu,

C'est ma chanson, pour moy elle est bien deue:

Or je voys voir, si la guerre est perdue,

Ou s'elle picque, ainsi qu'ung herisson.

A dieu vous dy mon Maistre Jehan Grisson:

A dieu Palais, et la Porte Barbette,

Où j'ay chanté mainte belle chanson

Pour le plaisir d'une jeune fillette.

Celle qui c'est, en jeunesse est bien fine,

Ou j'ay esté assez mal entendu.

Mais si pour elle encores je chemine,

Parmy les piedz je puisse estre pendu:

C'est trop chanté, sifflé, et attendu

Devant sa porte, en passant par la rue.

Et mieulx vauldroit tirer à la Charrue,

Qu'avoir telle peine: ou servir ung masson.

Brief, si jamais j'en tremble de frisson,

Je suis content qu'on m'appelle Caillette.

C'est trop souffert de peine, et marrisson

Pour le plaisir d'une jeune fillette.

Je quitte tout, je donne, je resigne

Le don d'aymer, qui est si cher vendu.

Je ne dy pas que je me determine

De vaincre Amour, cela m'est deffendu:

Car nul ne peult contre son Arc tendu.

Mais de souffrir chose si mal congreue,

Par mon serment je ne suis plus si Grue.

On m'a appris tout par cueur ma leçon:

Je crains le Guet, c'est un maulvais Garson:

Et puis de nuict trouver une charrette:

Vous vous cassez le nez comme ung glaçon

Pour le plaisir d'une jeune fillette.

Prince d'amour regnant dessoubz la nue,

Livre la moy en ung lit toute nue,

Pour me paier de mes maulx la façon,

Ou la m'envoye à l'ombre d'ung buisson,

Car s'elle estoit avecques moy seullete,

Tu ne veis onc mieulx planter le cresson,

Pour le plaisir d'une jeune fillette.


V[modifier]

A ma Dame la Duchesse d'Alençon: laquelle il supplie d'estre couché en son estat

Princesse au cueur noble, et rassis,

La fortune que j'ay suivie

Par force m'a souvent assis

Au froit giron de triste vie:

De m'y seoir encor me convie,

Mais je respondz (comme fasché)

D'estre assis je n'ay plus d'envie:

Il n'est que d'estre bien couché.

Je ne suis point des excessifz

Importuns, car j'ay la pepie:

Dont suis au vent comme ung Chassis,

Et debout ainsi qu'une Espie:

Mais s'une fois en la Copie

De vostre estat je suis marché,

Je criray plus hault qu'une Pie,

Il n'est que d'estre bien couché.

L'ung soustient contre cinq ou six,

Qu'estre accouldé, c'est musardie.

L'autre, qu'il n'est que d'estre assis

Pour bien tenir chere hardie.

L'autre dit que c'est melodie

D'ung homme debout bien fiché:

Mais quelcque chose que l'on die,

Il n'est que d'estre bien couché.

Princesse de Vertu remplie,

Dire puis (comme j'ay touché)

Si promesse m'est accomplie,

Il n'est que d'estre bien couché.


VI[modifier]

D'ung Amant ferme en son amour, quelcque rigueur que sa Dame luy fasse

Pres de toy, m'a faict arrester

Amour, qui tousjours me remord:

Mais d'en partir fault m'apprester

Sans y poursuyvre ma mort.

Bel Acueil, qui m'a rys, me mord,

Et tourne ma joye en destresse,

Pour avoir quys en trop hault port

Premiere, et derniere maistresse.

Ha mon cueur, que veoy regretter,

Tu cherches trop heureux confort.

Foible suis pour te conquester

Ung Chasteau de si grand effort:

Si vivras tu loyal, et fort,

Et combien que rigueur t'oppresse,

Je veulx que la tiennes (au fort)

Premiere, et derniere maistresse.

Premiere, car d'aultre accointer

Ne me vint oncques en record.

Et derniere, car la quitter

Jamais je ne seray d'accord.

Premiere me serre, et entord:

Derniere peult m'oster de presse.

Brief, elle m'est (soit droit, ou tort)

Premiere, et derniere maistresse.

Envoy

A Dieu donc cueur de noble apport,

Taché d'ingratitude expresse.

A Dieu du Servant sans support

Premiere, et derniere maistresse.


VII[modifier]

De la naissance de Monseigneur le Daulphin

Quand Neptunus puissant Dieu de la Mer

Cessa d'armer Carraques, et Gallées,

Les Gallicans bien le deurent aymer,

Et reclamer ses grands undes sallées,

Car il voulut en ces basses vallées,

Rendre la Mer de la Gaule haultaine

Calme, et paisible, ainsi qu'une fontaine:

Et pour oster Mathelotz de souffrance,

Faire nager en ceste eaue claire et saine

Le beau Daulphin tant desiré en France.

Nymphes des boys, pour son nom sublimer,

Et estimer, sur la Mer sont allées:

Si furent lors, comme on peult presumer,

Sans escumer les vagues ravallées:

Car les fortz Ventz eurent gorges hallées,

Et ne souffloient, si non à doulce alaine:

Dont Mariniers vogoient en la Mer plaine

Sans craindre en rien des oraiges l'oultrance,

Bien prevoyans la Paix, que leur ameine

Le Beau Daulphin tant desiré en France.

Monstres marins veit on lors assommer,

Et consommer tempestes devallées,

Si que les Nefz sans crainte d'abismer

Nageoient en Mer à voilles avallées.

Les grans poissons faisoient saulx, et hullées:

Et les petis d'une voix fort sereine

Doulcettement avecques la Sereine

Chantoient au jour de sa noble naissance,

Bien soit venu en la Mer souveraine

Le beau Daulphin tant désiré en France.

Envoy

Prince Marin fuiant oeuvre villaine,

Je te supply garde que la Balaine

Au Celerin plus ne fasse nuisance,

Affin qu'on ayme en ceste Mer mondaine

Le beau Daulphin tant desiré en France.


VIII[modifier]

Du triumphe d'Ardres, et Guignes faict par les Roys de France, et d'Angleterre

Au camp des Roys les plus beaulx de ce Monde

Sont arrivez trois riches Estendars:

Amour tient l'ung de couleur blanche et munde,

Triumphe l'autre avecques ses Souldars,

Vivement painct de couleur Celestine:

Beaulté apres en sa main noble et digne

Porte le tiers tainct de vermeille sorte.

Ainsi chascun richement se comporte,

Et en tel ordre, et pompe primeraine,

Sont venuz veoir la Royalle cohorte

Amour, Triumphe, et Beaulté souveraine.

En ces beaulx lieux plus tost que vol d'Aronde

Vient celle Amour des Celestines pars,

Et en apporte une vive, et claire unde,

Dont elle estainct les fureurs du Dieu Mars:

Avecques France, Angleterre enlumine,

Disant il fault qu'en ce Camp je domine:

Puis à son vueil faict bon guet à la porte,

Pour empescher, que Discorde n'apporte

La Pomme d'or, dont vint guerre inhumaine:

Auẞi affin que seulement en sorte

Amour, Triumphe, et Beaulté souveraine.

Pas ne convient, que ma plume se fonde

A rediger du Triumphe les ars,

Car de si grands en haultesse profonde

N'en feirent onc les belliqueurs Cesars.

Que diray plus? richesse tant insigne

A tous humains bien demonstre et designe

Des deux partiz la puissance tresforte.

Brief, il n'est cueur qui ne se reconforte

En ce pays, plus qu'en Mer la Seraine,

De veoir regner (apres rancune morte)

Amour, Triumphe, et Beaulté souveraine.

Envoy

De la beaulté des hommes me deporte:

Et quant à celle aux Dames, je rapporte

Qu'en ce monceau laide seroit Helaine.

Parquoy concludz, que ceste Terre porte

Amour, Triumphe, et Beaulté souveraine.


IX[modifier]

De l'arrivée de Monsieur d'Alençon en Haynault

Devers Haynault, sur les fins de Champaigne,

Est arrivé le bon Duc d'Alençon

Avec honneur, qui tousjours l'accompaigne

Comme le sien propre, et vray escusson.

Là peult on veoir sur la grand plaine unie

De bons souldards son Enseigne munie,

Pretz d'emploier leur bras fulminatoire

A repousser dedans leur territoire

Lourdz Haynuiers, gent rustique, et brutale,

Voulant marcher sans raison peremptoire

Sur les Climatz de France Occidentale.

Prenez hault cueur doncques France, et Bretaigne.

Car si en Camp tenez fiere façon

Fondre verrez devant vous Alemaigne

Comme au Soleil blanche neige, et glaçon:

Fiffres, Tabours sonnez en armonie:

Adventuriers, que la picque on manye

Pour les choquer, et mettre en accessoire,

Car desjà sont au Royal possessoire:

Mais (comme croy) destinée fatale

Peult ruiner leur oultrageuse gloire

Sur les Climatz de France Occidentale.

Doncques Pietons marchants sur la campaigne

Fouldroiez tout, sans rien prendre à rançon:

Preux Chevaliers, puis que honneur on y gaigne,

Voz ennemyz poussez hors de l'arson.

Faictes rougir du sang de Germanie

Les clers ruisseaux, dont la terre est garnie.

Si seront mis voz haultz noms en histoire.

Frappez donc tant de main gladiatoire,

Qu'apres leur mort, et deffaicte totale

Vous rapportez la Palme de victoire

Sur les Climatz de France Occidentale.

Envoy

Princes rempliz de hault loz meritoire

Faisons les tous, si vous me voulez croire,

Aller humer leur Cervoise, et Godale,

Car de noz Vins ont grand desir de boire

Sur les Climatz de France Occidentale.


X[modifier]

De Paix, et de Victoire

Quel hault souhait, quel bien heuré desir

Feray je, las, pour mon dueil qui empire?

Souhaiteray je avoir Dame à plaisir?

Desiraray je ung Regne, ou ung Empire?

Nenny (pour vray) car celluy qui n'aspire

Qu'à son seul bien, trop se peult desvoyer:

Pour chascun donc à soulas convoyer,

Souhaiter veulx chose plus meritoire:

C'est que Dieu vueille en brief nous envoyer

Heureuse Paix, ou triumphant Victoire.

Famine vient Labeur aux champs saisir:

Le bras au Chief soubdaine mort souspire:

Soubz Terre voy Gentilz hommes gesir,

Dont mainte Dame en regretant souspire:

Clameurs en faict ma Bouche, qui respire:

Mon triste Cueur l'Oeil en faict larmoyer:

Mon floible Sens ne peult plus rimoyer,

Fors en dolente, et pitoyable histoire:

Mais Bon Espoir me promect pour loyer

Heureuse Paix, ou triumphant Victoire.

Ma plume alors aura cause, et loysir

Pour du loyer quelcque beau Lay escrire:

Bon Temps adonc viendra France choisir,

Labeur alors changera pleurs en rire.

O que ces motz sont faciles à dire!

Ne sçay si Dieu les vouldra employer:

Cueurs endurciz (las) il vous fault ployer.

Amende toy ô Regne transitoire,

Car tes pechez pourroient bien fourvoyer

Heureuse Paix, ou triumphant Victoire.

Envoy

Prince Françoys, fais Discorde noyer:

Prince Espaignol cesse de guerroyer:

Prince aux Angloys, garde ton territoire,

Prince du Ciel, vueille à France octroyer:

Heureuse Paix, ou triumphant Victoire.


XI[modifier]

Du Jour de Noël

Or est Noel venu son petit trac

Sus donc aux champs, Bergieres de respec:

Prenons chascun Panetiere, et Bissac,

Fluste, Flageol, Cornemuse, et rebec:

Ores n'est pas temps de clorre le bec,

Chantons, saultons, et dansons ric à ric:

Puis allons veoir L'enfant au pauvre nic,

Tant exalté d'Helye, aussi d'Enoc,

Et adoré de maint grand Roy, et Duc:

S'on nous dit nac, il fauldra dire noc:

Chantons Noel tant au soir, qu'au desjucq.

Colin, Georget, et toy Margot du Clac

Escoute ung peu, et ne dors plus illec:

N'a pas long temps sommeillant pres d'ung Lac

Me fut advis, qu'en ce grand chemin sec

Ung jeune Enfant se combatoit avec

Ung grand Serpent, et dangereux Aspic:

Mais l'Enfanteau en moins de dire pic,

D'une grand Croix luy donna si grand choc,

Qu'il l'abbatit, et luy cassa le sucq.

Garde n'avoit de dire en ce defroc

Chantons Noel tant au soir, qu'au desjucq.

Quand je l'ouy frapper et tic et tac,

Et luy donner si merveilleux eschec,

L'Ange me dist, d'ung joyeulx estomach,

Chante Noel, en Françoys, ou en Grec,

Et de chagrin ne donne plus ung zec,

Car le Serpent a esté prins au bric:

Lors m'esveillay, et comme fantastic

Tous mes trouppeaulx je laissoy pres ung Roc.

Si m'en allay plus fier qu'un Archeduc

En Bethleem. Robin, Gaultier, et Roch,

Chantons Noel tant au soir, qu'au desjucq.

Prince devot, souverain Catholiq,

Sa maison n'est de pierre, ne de Bric.

Car tous les Ventz y soufflent à grand floc:

Et qu'ainsi soit, demandez à Sainct Luc.

Sus donc avant pendons soucy au croc,

Chantons Noel tant au soir, qu'au desjucq.


XII[modifier]

De Caresme

Cessez Acteurs d'escrire en eloquence

D'armes, d'amours, de fables, et sornettes,

Venez dicter soubz piteuse loquence

Livres plainctifz de tristes chansonnettes:

N'escripvez d'or, mais de couleurs brunettes,

A celle fin que tout dueil y abonde.

Car Jesuchrist l'Aigneau tout pur, et munde

Pour nous tirer des Enfers detestables

Endure mort horrible, et furibunde

En ces sainctz jours piteux, et lamentables.

Romps tes flageolz Dieu Pan par violence,

Et va gemir en champestres Logettes:

Laissez les Boys vous Nymphes d'excellence,

Et vous rendez en Cavernes subjectes:

Ne chantez plus, refrenez vos gorgettes

Tous Oyselletz: trouble toy la claire Unde:

Ciel noircy toy: et d'angoisse profonde,

Bestes des champs par cris espouventables

Faictes trembler toute la Terre ronde

En ces sainctz jours piteux, et lamentables.

Riches habitz de noble preference

Vueillez changer Dames, et Pucellettes

Aux ornemens de dolente apparence,

Et resserrez vos blanches mammellettes:

En temps d'Esté florissent violettes,

Et en Yver seichent par tout le Monde:

Donc puis qu'en vous joye, et soulas redonde

Durant les jours à rire convenables,

Pleurez au moins, autant noire, que blonde

En ces sainctz jours piteux, et lamentables.

Envoy

Prince Chrestien, sans que nul te confonde,

Presche chascun qu'à jeusner il se fonde

Non seulement de mectz bien delectables,

Mais de peché, et vice trop immunde

En ces sainctz jours piteux, et lamentables.


XIII[modifier]

De la Passion nostre Seigneur Jesuchrit

Le Pellican de la forest Celique

Entre ses faictz tant beaulx, et nouvelletz

Apres les Cieulx, et l'Ordre Archangelique,

Voulut créer ses petis Oyselletz.

Puis s'en volla, les laissa tous seuletz,

Et leur donna, pour mieulx sur la Terre estre,

La grand forest de Paradis Terrestre,

D'arbres de vie amplement revestue

Plantez par luy, qu'on peult dire en tout estre

Le Pellican, qui pour les siens se tue.

Mais ce pendant qu'en ramage musique

Chantent au boys comme Rossignoletz,

Ung Oyselleur cauteleux, et inique

Les a deceuz à Glus, Rhetz, et Filletz:

Dont sont bannis des Jardins verdeletz,

Car des haultz fruictz trop voulurent repaistre.

Parquoy en lieu sentant pouldre, et Salpestre

Par plusieurs ans mainte souffrance ont eue,

En attendant hors du beau lieu Champestre

Le Pellican, qui pour les siens se tue.

Pour eulx mourut cest Oysel deificque,

Car du hault boys plein de sainctz Angeletz

Volla çà bas par Charité pudique,

Où il trouva Corbeaux tresordz, et laidz:

Qui de son sang ont faictz maintz ruisseletz,

Le tourmentant à dextre, et à senestre,

Si que la Mort, comme l'on peult congnoistre,

A ses Petis a la vie rendue.

Ainsi leur feit sa bonté apparoistre

Le Pellican, qui pour les siens se tue.

Envoy

Les Corbeaulx sont des Juifs exilez,

Qui ont a tort les membres mutillez

Du Pellican: c'est du seul Dieu et maistre.

Les Oyseletz, sont humains, qu'il feit naistre.

Et L'oyseleur, la Serpente tortue,

Qui les deceut, leur faisant mescongnoistre

Le Pellican, qui pour les siens se tue.


XIV[modifier]

Contre celle qui fut s'Amye

Ung jour rescripviz à m'Amye

Son inconstance seulement,

Mais elle ne fut endormie

A me le rendre chauldement:

Car des l'heure tint parlement,

A je ne sçay quel Papelard,

Et luy a dict tout bellement,

Prenez le, il a mangé le Lard.

Lors six Pendars ne faillent mye

A me surprendre finement,

Et de jour, pour plus d'infamie,

Feirent mon emprisonnement.

Ilz vindrent à mon logement:

Lors se va dire ung gros Paillart,

Par la Morbieu voilà Clement,

Prenez le, il a mangé le Lard.

Or est ma cruelle Ennemye

Vangée bien amerement,

Revange n'en veulx, ne demye:

Mais quand je pense voirement,

Ell'a de l'engin largement

D'inventer la science, et l'art

De crier sur moy haultement,

Prenez le, il a mangé le Lard.

Envoy

Prince qui n'eust dit plainement

La trop grand chaleur, dont elle art,

Jamais n'eust dit aucunement,

Prenez le, il a mangé le Lard.

Au moins en despit des Jaloux

Faictes qu'à Dieu vous puisse dire.

Ma bouche, qui vous souloit rire,

Et compter propos gracieux,

Ne faict maintenant que mauldire

Ceulx, qui m'ont banny de voz yeux.

Banny j'en suis par faulx semblant:

Mais pour nous veoir encor ensemble,

Fault que me soiez ressemblant

De fermeté: car il me semble

Que quand faulx Rapport desassemble

Les Amans, qui sont assemblez,

Si ferme amour ne les r'assemble

Sans fin seront desassemblez.

Fin de l'Adolescence Clementine


Chant Royal de la Conception nostre dame, que Maistre Guillaume Cretin voulut avoir de l'Autheur: lequel luy envoya avecques ce huictain

A monsieur Cretin, Souverain Poëte françoys Salut

L'homme sotart, et non sçavant,

Comme un Rotisseur qui lave Oye,

La faulte d'aulcun nonce avant,

Qu'il la congnoisse, [ou] la voye: [ne]

Mais vous de hault sçavoir la voye

Sçaurez par trop mieulx me excuser

D'ung gros erreur, si faict l'avoye,

Qu'ung amoureux de Muscq user.

Chant Royal de la Conception

Lors que le Roy par hault desir, et cure,

Delibera d'aller vaincre Ennemys,

Et retirer de leur prison obscure

Ceulx de son Ost à grands tourmens submis,

Il envoya ses Fourriers en Judée

Prendre logis sur place bien fondée:

Puis commenda tendre en forme facile

Ung Pavillon pour exquis Domicile,

Dedans lequel dresser il proposa

Son Lict de camp nommé en plein Concile

La digne Couche, où le Roy reposa.

Au Pavillon fut la riche paincture,

Monstrant par qui noz pechez sont remis:

C'estoit la nue, ayant en sa closture

Le Jardin clos, à tous humains promis,

La grand Cité des haulx Cieulx regardée,

Le Lys Royal, l'Olive collaudée,

Avec la Tour de David immobile.

Parquoy l'Ouvrier sur tous le plus habile

En lieu si noble assist, et apposa

(Mettant en fin le dict de la Sybille)

La digne Couche, où le Roy reposa.

D'antique ouvrage a composé Nature

Le boys du Lict, où n'a ung poinct obmis:

Mais où Coissin plume tresblanche, et pure

D'ung blanc Coulomb le grand Ouvrier a mis:

Puis Charité tant quise, et demandée

Le Lict prepare avec Paix accordée:

Linge trespur Dame Innocente file:

Divinité les trois Rideaulx enfile,

Puis à l'entour les tendit, et posa,

Pour preserver du vent froit, et mobile,

La digne Couche, où le Roy reposa.

Aulcuns ont dit noire la Couverture:

Ce qui n'est pas, car du Ciel fut transmis

Son lustre blanc, sans aultre art de taincture:

Ung grand Pasteur l'avoit ainsi permis:

Lequel jadis par grâce concordée

De ses Aigneaulx la toison bien gardée

Transmist au cloz de Nature subtile,

Qui une en feit la plus blanche, et utile,

Qu'oncques sa main tissut, ou composa:

Dont elle orna (oultre son commun stile)

La digne Couche, où le Roy reposa.

Pas n'eut ung Ciel faict à frange, et figure

De fin Damas, Sargettes, ou Samis,

Car le hault Ciel, que tout rond on figure,

Pour telle Couche illustrer fut commis.

D'ung tour estoit si precieux bordée,

Qu'oncques ne fut de vermine abordée.

N'est ce donc pas d'humanité fertile

Oeuvre bien faict? veu que l'Aspic hostille,

Pour y dormir, approcher n'en osa?

Certes si est, et n'est à luy serville

La digne couche, où le Roy reposa.

Envoy

Prince je prends en mon sens puerile

Le Pavillon, pour Saincte Anne sterile:

Le Roy, pour Dieu, qui aux Cieulx repos a:

Et Marie est (vray comme l'Evangile)

La digne Couche, où le Roy reposa.