L’Alcoran (Traduction de Du Ryer)/12

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Traduction d’
Antoine de Sommaville (p. 222-236).



LE CHAPITRE DE JOSEPH,
contenant cent treize verſets,
eſcrit à la Meque.


AU Nom de Dieu clement & miſericordieux. Je ſuis Dieu Misericordieux. Ces ſignes ſsont les ſignes du livre qui distingue le bien d’avec le mal. Nous avons fait deſcendre l’Alcoran du Ciel en langue Arabeſque, pour que vous le comprendrez. Je te raconte dans l’Alcoran une des meilleures choſes que nous t’ayons inſpirée. Tu eſtois auparavant ſa venue au nombre des ignorans. Souviens toy que Joſeph dict à ſon pere, mon pere j'ay vû en ſonge onze etoiles, le Soleil & la Lune, je les ay veu qu’ils m’adoroient. Mon fils, dit ſon pere, ne dis pas ton ſonge à tes freres, ils conſpireront contre toy, le Diable eſl ennemy deſcouvert des hommes, tu ſeras eſleu du Seigneur en ce monde, il t'enſeignera l’explicasion des ſonges, il accomplira ſa grace ſur toy & ſur la lignée de Jacob, comme il l'a accomply ſur tes peres Abraham & Iſaac, le Seigneur ſçait tout & eſt tres-ſage. L’hiſtoire de Joſeph ſervira d’exemple à la poſterité, ſouviens-toy comme ſes freres ont dit, noſtre pere ayme noſtre frere Joſeph plus que nous tous enſemble, il eſt en une tres-grande erreur, tuons Joſeph & le jettons en quelque lieu ſecret eſloigné de nous, ſon abſcence rendra la ſace de noſtre pere plus douce envers nous, apres ſa mort nous nous convertirons ; Un d'entr’eux dit, ne le tuez pas vous ne ſerez pas bien, mais jettez le dans le puy, quelque paſſant le prendra &: l’emmenera en pays incognu : Ils ont dit à leur pere, mon pere pourquoy n’envoyez vous pas Joſeph aux champs avec nous ? nous en aurons grand ſoing, il ſe divertira & ſe réjouyra ; J’apprehende, reſpondit-il, que vous ne ſoyez negligens à le garder, craignez vous ont-il dit, que le loup le mange auprés de nous ? & que nous n’ayons pas la force de le deffendre ? ils l’ont mené le matin avec eux, & l’ont jetté dans un puy. Nous luy avons inſpiré de leur prophetiſer ce qui leur arriveroit du mal qu’ils luy feroient, mais ils ne l’ont pas ſçeu comprendre ; Ils ſont retourné le ſoir en la maiſon de leur pere avec les yeux pleins de larmes ſimulées ; & luy ont dit, mon pere;, nous joüions et courions à qui couroit le mieux, Joseph eſtoit demeuré auprés de nos hardes, le loup eſt venu qui l’a mangé, tu ne nous veux pas croire encore que nous te diſions la verité, alors ils luy ont monſtré la chemiſe qu’ils avoient enſanglantée, c’eſt vous, dit-il, qui avez fait cela, vous en reſpondrez devant Dieu, il eſt mon protecteur , & prit patience ſans crier. Il paſſa ce jour une caravane[1], auprés de ce puy qui voulut puiſer de l’eau pour boire, ils deſcendirent le ſeau dedans, auquel Joseph s’attacha pour ſortir, ils luy donnerent des habits , ils l’emmenerent ſecrettement, & le vendirent à bon marché argent comptant ; ils ne le voulurent pas tuer, en quoy ils furent gens de bien. Celuy qui l’achepta en Egypte commanda à ſa femme d’avoir ſoin de luy, qu’il ſera un jour utile à leur ſervice & leur ſervira d’enfant ; Ainsi nous avons eſtably Joseph au pays d’Egypte, & luy avons enſeigné l’explication des ſonges, ton Seigneur eſt tout-Puiſſant, mais peu de perſonnes le cognoiſſent : Lors que Joseph à eſté arrivé en l’aage de la virilité, nous luy avons donné la ſcience & la prudence, ainsi nous recompenſons les gens de bien, La femme de ſon Maiſtre ſut amoureuſe de ſa beauté, elle l’enferme un jour dedans ſa chambre & le voulut ſolli(ci)ter d’amour, Dieu me garde, dit-il, de trahir mon Maiſtre, & d’eſtre impudique (il eſtoit au nombre des gens de bien) & ſenfuir à la porte, ſa Maiſtreſſe courut apres luy, & defchira la chemiſe par le dos pour l’arreſter ; elle rencontra ſon mary derriere la porte auquel elle dit, que merite autre choſe celuy qui a voulu deshonnorer ta maiſon, ſinon d’eſtre mis prifonnicr, & d’eſtre rigouruſement chaſtié ? Seigneur, dit Joſeph, elle me ſollicite, cét enfant qui eſt dans le berceau & qui eſt de ta parenté en ſera teſmoin : alors l’enfant qui efloit au berceau dit, ·Si la chemiſe de Joſeph eſt deſchiree par devant, elle dit la veriré & Joſeph eſt menteur, ſi la chemiſe eſt déchiree par derriere, Joſeph dit la verité & elle eſt menteuſe. Lorſque ſon mary vit la chemiſe deJoſeph déchiree par derriere il connut qu’il y avoit une grande malice, & dit à Joſeph, prens garde a toy, & garde que cette affaire ne s’evente : Toy, parlant a la ſemme, demande pardon de ta faute, tu es veritablement coupable. Les femmes de la Ville diſoient entr’elles que la femme du riche eſtoit amoureuſe de fon valet, qu’elle l’avoit prié d’amour, & qu’elle s’eſtoit devoyee du droit chemin, ce qu’ayant appris, elle leur fit un tres-beau feſtin, & fit entrer Joſeph dans la ſalle où elles eſtoient lors qu’elles coupoient de la viander, elles furent tellement ſurpriſes & interdites de la beauté de Joſeph qu’elles ſe coupperent les doigts au lieu de coupper leurs viandes, & Dieu ! diſoient-elles, ce n’eſt pas un homme, c’eſt un Ange : alors elle leur dit, voila celuy que j’ay aimé avec tant de paſſion, elle le ſollicita encore une autrefois de complaire à ſon deſir, & voyant qu’il ne vouloir pas condefcendre à ſa vo1onré, elle le menaça de la priſon & de le rendre miſerable : O Dieu, dit Joſeph, j’aime mieux eſtre priſonnier que de faire ce qu’elle deſire ; delivre moy de la malice, garde moy d’incliner à la lubricité, & d’eſtre au nombre des meſchans, ſon Seigneur exauça, ſa priere, il entend tout & ſçait tout ; Cette Femme voyant la reſolution de Joſeph jugea à propos de le faire mettre dans une priſon pour quelque temps, il fut mis priſonnier avec deux hommes, l’un luy dit qu’il avoit ſongé qu’il preſſoit des raiſins pour faire du vin, l’autre luy dit qu’il avoit ſongé qu’il portoit du pain ſur la teſte ou les oiſeaux mangeoient, ils luy demanderent l’interpretation de leurs ſonges, parce qu’il leur ſembloit eſtre homme de bien : Il leur dit, avant que vous deſjeuniez ſe vous expliqueray voſtre ſonge. Je vous diray premierement ce que Dieu m’a enſeigné, & comme je quitte & abandonne la loy des infidelles, & embraſſe la loy de nos Peres Abraham, lſaac & Jacob, nous ne devons pas adorer pluſieurs Dieux, ceux qui croyent en l’unité de Dieu ſont doüez de ſa grace, mais peu de gens l’en remercient. O priſonniers, qui a plus de pouvoir, ou les idoles, ou un feu ! Dieu qui eſt tout-Puiſſant ? les Dieux que vous adorez ne ſont que des idoles que vous & vos peres appellez de tel nom que bon vous ſemble, vous n’avez pas raiſon de les adorer, Dieu ne le vous commande pas, il vous commande de l’adorer luy ſeul, c’eſt le droict chemin, mais la pluſgrande partie du monde ne le cognoit pas, O priſonniers, l’un de vous deux donnera à boire du vin à ſon Maiſtre, & l’autre ſera pendu, les oiſeaux paiſtront ſur ſa teſte, l’explication que vous m’avez demandée s’accomplira ; Il pria celuy qui devoit eſtre ſauvé d’avoir memoire de luy lors qu’il ſeroit auprez de ſon Maiſtre, mais le Diable luy fit perdre le ſouvenir de Joſeph ; il demeura priſonnier l’eſpace de neuf ans. En ce temps le Roy d’Egypte vid en ſonge ſept vaches graſſes que ſept vaches maigres devorroient, & ſept eſpics verds & ſept eſpics ſecs dont il demanda l’explication à ſes Docteurs, ils reſpondirent que ce ſonge eſtoit tout embroüillé & qu’ils n’en ſçavoient pas l’explication ; le priſonnier qui avoit eſté delivré dit qu’il diroit bien-toſt l’explication de ce ſonge, & ſe ſouvint de Joſeph, il le fit appeller & luy dit : O homme de bien, explique nous ce que ſignifient ſept vaches graſſes mangées par ſept vaches maigres, & ſepr eſpics verds & ſept ſecs, peut-eſtre que je retourneray vers le Roy & vers les gens, & qu’ils apprendront l’explication de ce ſonge ; Joſeph luy dit, vous ſemerez la terre ſept annees conſecutives qui ſeront abondantes en fruicts, conſervez voſtre moiſſon dans les eſpics, & prenez ſeulement ce qui vous ſera neceſſaire pour vivre, apres ce il viendra ſept années maigres & infructueuſes auſquelles le peuple ſouffrira beaucoup ; Le Roy d’Egypte ayant appris l’explication de ce ſonge commanda d’appeler Joſeph, le Meſſager luy dit, ô Joſeph retourne vers ton Maiſtre, & luy demande l’explication des femmes qui ſe ſont coupez les doigts, il a ſceu leur malice, il les a fait aſſembler, & leur a demandé quel eſtoit leur deſſein lors qu’elles t’ont ſollicité d’amour, elles ont reſpondu qu’elles ne connoiſſent point de peche en toy, & ſa femme a confeſſé la verité, elle a dit qu’elle l’avoit ſollicité, mais que tu és un grand homme de bien. Joſeph reſpondit, cela fait cognoiſtre que je ne ſuis pas traiſtre à mon Maiſtre en ſon abſence, Dieu ne conduit pas les traiſtres, je ne veux pas dire que je ſuis homme ſans peché, l’eſprit de l’homme eſt enclin au mal, excepté ceux à qui Dieu a donné une grace particuliere, il eſt clement & miſericordieux à qui bon luy ſemble. Le Roy apres avoir parlé à Joſeph le mit au nombre de ſes domeſtiques, & le fit Sur-Intendant de ſes finances, parce qu’il le connût homme d’eſprit, fidel, & bon meſnager. Nous avons eſtably Joſeph au pays d’Egypte par noſtre grace ſpecialle, où il faiſoit ce que bon luy ſembloit, je ne prive pas les gens de bien de leur recompenſe ſur la terre, la recompenſe de l’autre monde eſt encore plus grande pour ceux qui croyent en ma loy, & qui ont ma crainte devant les yeux : Les freres de Joſeph ſont retournez pour acheter du bled, il leur a dit, lors ça vous reviendrez amenez avec vous voſtre petit frere de pere, vous verrez que je vous feray bonne meſure, & que je loge bien mes hoſtes, ſi vous ne l’amenez pas il n’y aura point de bled pour vous, n’aprochez-pas ce Royaume ſans luy ; ils ont refpondu ; Seigneur, ſon pere l’aime extrémement, neantmoins nous taſcherons de faire ce que tu nous ordonne, il commanda à ſes ſerviteurs de mettre l’argent du bled au fonds des ſacs de ſes freres, peut-eſtre, diſoit-il, qu’ils reviendront ou qu’ils reconnoiſtront ce bienfait quand ils ſeront retournez en leur pays ; Lors qu’ils ont eſté arrivez vers leur pere ils ont dit, Mon pere, il n’y a plus de bled pour nous ſi noſtre petit frere ne vient avec nous, s’il y vient nous aurons bonne meſure & aurons du ſoins de luy. Vous en aurez du ſoin, dit-il, comme vous avez eu cy-devant de voſtre frere Joſeph, Dieu le gardera mieux que vous, il eſt le miſericordieux des miſericordieux ; quand ils ont vuidé leur bled ils ont trouvé leur argent au fonds du ſac, ils ont dit, noſtre pere, que deſirons nous davantage ? noſtre argent nous a eſté rendu, & avons du pain pour noſtre famille, permets que nous menions noſtre frere avec nous, nous en aurons meilleure meſure, cela eſt peu de choſe au Roy d’Egypte : Je ne l’envoyeray pas avec vous que vous ne me juriez tous devant Dieu de le ramener s’il n’y a tres grand empeſchement ; ils jurerent de faire à ſa volonté, alors il dit, je prens Dieu à teſmoin de voſtre ſerment, O mes enfans, n’entrez pas dans la ville tous enſemble, entrez par diverses portes, affin que le peuple ne prenne ombrage de vous, Dieu commande ce que bon luy ſemble, j’ay mis mon apuy en luy, tous les vray-croyans, ſe doivent reſigner à ſa divine volonté, ils entrerent dans la Ville comme leur pere leur avoit recommandé pour le contenter, lors qu’ils ſurent arrivez devant Joſeph il prit la main de ſon petit frere & luy dit, ne te mets pas en peine de ce que deviendront tes freres : apres avoir remply leurs ſacs il fit mettre une taſſe ornée de pierreries dans le ſac de ſon petit frere, il fit publier que ceux de la caravane auroient deſrobé la taſſe du Roy, & envoya des hommes apres eux pour la chercher, ces eſtrangers juroient qu’ils ne l’avoient pas veuë, & qu’ils n’eſtoient pas venus en Egypte pour deſrober, qu’ils eſtoient cautions les uns des autres, & que celuy qui l’auroit deſrobée meritoit d’eſtre chaſtié ; la taſſe ſe trouva dans le ſac de ſon petit frere, il le fit arreſter, & les accuſa tous de larcin, Seigneur, dirent-ils, ſon pere eſt vieil, il s’affligera extremement de ſon abſence, prens un de nous en ſa place tu connoiſtras à la fin que nous ſommes gens de bien. Dieu garde, dit-il, que j’arreſte autre que celuy qui a eſté trouvé ſaiſi du larcin, ce ſeroit une injuſtice voyans qu’ils eſtoient hors d’eſperance de pouvoir delivrer leur frere, ils ſe ſont ſauvez en un lieu fecret eſloigné de la ville où l’aiſné dit à ſes freres, vous ſçavez le ſerment que nous avons fait à noſtre depart, & comme nous avons cy-devant uſé envers Joſeph, je ne ſortiray pas d’Egypte ſans la permiſſion de noſtre pere, Dieu eſt tres-juſte, il ordonnera de moy & de noſtre frere ce qu’il luy plaira, retournez vers noſtre pere & luy dites, ton fils a eſté ſurpris en larcin, nous l’avons vû, & avons fait noſtre poſſîble pour le delivrer, ceux de la caravane en ſeront tefmoins. Jacob leur dit à leur retour, vous eſtes cauſe de cet accident, cela ne vous a pas deſplu, & prit patience, diſant, Dieu fera peut-eſtre la grace à mes enfans de retourner en ſanté, il ſçait en quel eſtat je ſuis, il eſt tres-prudene en ce qu’il ordonne ; Il s’eſt retiré d’entre ſes enfans extremement affligé, & regrettoit la. perte de ſon fils Joſeph, il avoit continuellement les yeux couverts de larmes, & portoit en ſon cœur une grande triſteſfe ; Ses enfans luy dirent, te ſouviens-tu encore de Joſeph pour augmenter ſon affliction & pour avancer ſa fin ? Je fuis, reſpondit-il, extrememenr deſolé, je remets tout à la volonté de Dieu, il m’a apris ce que vous ne ſçavez pas. Mes enfans retournez en Egypte, & demandez des nouvelles de vos deux freres, ne deſeſperez pas de l’Eſprit de Dieu, perſonne ne deſeſpere de l’Eſprit de Dieu que les impies ; lorfqu’ils ſont arrivez auprcz de Joſeph, ils luy ont dit, la famine qui eſt dans noſtre Païs nous a extremement affligez, elle nous a contraints de venir pluſieurs fois pour acheter du bled, tu nous as de ta grace fait bonne figure, tu nous as fait rendre noſtre argent par aumoſnes, Dieu te veuille recompenſer, il recompenſe ceux qui ſont aumoſniers. Il leur dit , vous ſouvenez-vous de ce que vous avez fait à Joſeph voſtre frere ; ils ont reſpondu, veritablement tu n'es pas Joſeph : je ſuis Joſeph, dit-il & voila mon frere Benjamin, Dieu vous a donné ſa grace, il recompenſe celuy qui a ſa crainte devant les yeux & qui eſt patient en les afflictions, il ne prive pas de recompenſe les gens de bien : Dieu, reponſdirent-ils, a verſé ſes graces ſur nous de t'avoir ſauvé, nous t'avions grandement offensé. N'ayez point de honte, leur dit-il, Dieu vous pardonne aujour'huy ce peché. il eſt clement et miſericordieux, retournez voir voſtre pere & luy portez cette chemiſe, jettez-luy ſur ſa face, il recouvrira la veuë, & revenez icy avec luy & toute voſtre famille, La caravane eſtoit encore à moitié chemin de ſon retour lorsque Jacob dit à ceux qui eſoient auprez de luy, je ſens l'odeur de mon fils Joſeph, vous vous mocquez de moy, mais ce que je dis eſt tres-veritable : ils luy dirent qu'il eſtoit encore dans ſa vieille erreur ; quelques jours apres un de ſes fils arriva avec des nouvelles de Joſeph, & jetta ſur luy la chemiſe qu'il luy avoit donnée, incontinent il recouvra la veuë, & dit, ne vous ay-je pas touſjours dit que je ſçay ce que vous ne ſçavez pas : ils ont dit, noſtre Pere pardonne-nous, & demande à Dieu pardon pour nous qui l'avons grandement offenſé ; il a repondu, je demanderay au Seigneur pardon pour vous, il eſt clement & miſéricordieux. Lors qu’ils arriverent devant Joſeph, il prit la main de ſon pere & luy dit, entrez dans l’Egypte ſans peur, il l’a fait aſſeoir & ses freres ſe ſont proſternez devant lui, Mon pere, dit-il, voila l’explication de mon ancien songe, Dieu l’a rendu veritable, il m’a fait la grace de me delivrer de la priſon, & de vous avoir conduit jusques icy, il a mis fin à la jalousie que le Diable avoit mis entre mes freres et moy, le Seigneur eſt liberal à qui bon luy ſemble, il ſçait ce qui eſt neceſſaire à ſon peuple, & eſt tres-prudent en tout ce qu’il ordonne. Seigneur, tu m’as donné des biens et la ſcience de l’explication des ſonges Créateur du Ciel & de la Terre, tu es mon protecteur, faits-moy la grace de mourrir en ta loy, & me mets au nombre des gens de bien. Cette hiſtoire de Joſeph eſt une hiſtoire ancienne que je te raconte[2] tu n’étois pas avec ſes freres lors qu’ils ont conſpiré contre lui, néanmoins la plus grande partie du peuple eſt incredule. Ne leur demande point de recompenſe d’avoir preſché l’Alcoran, il n’inſtruit que les ſages. Combien y a-t-il de marques au Ciel et en la terre de l’unité de Dieu ? néanmoins le peuple n’y croid pas, & la plus grande partie adore les Idoles ; aſſurément Dieu les chaſtiera à heure impourveuë, & en un temps qu’ils ne ſçavent pas. Dis leur, voila le droict chemin, j’appelle à la loy de ſalut & à la lumiere ceux qui me ſuivront, je rends graces à Dieu de ce que je ne ſuis pas au nombre des infidelles. Nous avons envoyé cy-devant que des hommes pour enſeigner le peuple, les hommes ne conſidereront-ils pas quelle a eſté la fin des impies qui les ont precedez ? Le Paradis eſt pour ceux qui ſont des gens de bien ; ne vous convertirez vous pas ? Ils ont fait perdre à nos Prophetes toute l'eſperance de leur converſion, & ont crû qu'ils eſtoient menteurs, mais nous lesavons protegez, & avons delivré de leur malice ceux que bon nous a ſemblé ; rein n'exemptera les meſchans de la punition de leur peines, ils ſerviront d'exeples aux gens d'eſprit : L'Alcoran ne contient point de blaſphemes, il confirme les anciennes eſcritures, & enſeigne aux vray-croyans le chemin de ſalut.

  1. Les levantins appellent caravane un nombre de perſonnes aſſemblées pour voyager enſemble.
  2. Il parle à Mahomet