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L’Alcoran (Traduction de Du Ryer)/20

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Traduction par André Du Ryer.
Antoine de Sommaville (p. 296-306).



CHAPITRE DE LA BEATITUDE & DE L'ENFER,
contenant cent trente-cinq verſets,
eſcrit à la Meque.

Lecteur, les Mahometans ont intitulé ce Chapitre طه Tthé. Ce ſont deux lettres de lAlphabet Arabe, à ſçavoir ط Tt & هـ Hé ou ـه En ce lieu Tt ſignifie طوبا Thouba, c'eſt à dire Beatitude & ـه ſignifie هوه haoihé, c'eſt à dire l'Enfer. Voyez la gloſe & l'interpretation de Gelaldin & du Bedaoi. Ils ont intitulé ce Chapitre de la Beatitude & de l'Enfer.


AU Nom de Dieu clement & miſericordieux. Nous ne t’avons pas donné l’Alcoran pour te tourmenter, mais pour l’enſeigner au gens de bien. Il t’a eſté envoyé par celuy qui creé la Terre & les Cieux, le miſericordieux eſt aſſis ſur ſon troſne, ce qui eſt au Ciel & en la Terre, ce qui eſt ; entr’eux & ce qui eſt deſſouz la Terre luy appartient : Il ſçait tes penſées, il ſçait ce que tu tiens ſecret & ce que tu manifeſte. Dieu! il n’y à qu’un ſeul Dieu tous les beaux noms du monde luy ſont deubs. Sçais-tu l’hiſtoire de Moyſe ? Lorſqu’il a veu le feu il a dit à ſa famille, arreſtez-vous icy, je voy un grand feu, je vous en apporteray une eſtincelle, & trouveray en luy le droict chemin lorſqu’il s’en eſt approché on luy a dit, ô Moyſe je ſuis ton Seigneur, deſchauſſe tes ſouliers, tu és en la ſainte valée de Toï, je t’ay eſleu entre mon peuple, eſcoute ma parole & reçois mes, inſpirations, Je ſuis Dieu, il n’y a point de Dieu que moy, adore-moy ſeul, & faits tes prieres ainſi qu’il eſt ordonné, l’heure s’approche inconnue au monde que je recompenſeray & chaſtieray chacun ſelon ſes œuvres, garde que les impies ne te dévoyent du droict chemin, ſi tu ſuis leur appetit tu ſeras perdu, ce n’eſt pas ce que tu m’as juré : Il a reſpondu, Seigneur, je me rangetay à toy, & m’appuyeray ſur mon baſton, j’en frapperay les fruicts des arbres pour les faire tomber ſur mon troupeau, j’ay encor une autre façon de nourrir mes oüailles avec ce baſton, je m’en ſerviray pour les deffendre & garder de mal ; Dieu luy a dit, ô Moyſe jette ce baſton en terre, voila un ſerpent, il marche, prends le, & n’en aye pas de peur, je le feray retourner en ſon premier eſtat ; Retire ta main & la mets ſouz ton bras, elle deviendra blanche & luiſante ſans mal & ſans douleur, elle ſera une marque tres-aſſeurée de mon unité, je te feray voir les miracles de ma toute-Puiſſance, va vers Pharaon il eſt en une tres-grande erreur, & eſt devoyé du droict chemin : Moyſe dit, Seigneur, reſjoüy mon cœur & facilite ma miſſion, deſlie le nœud de ma langue afin qu’ils entendent mes paroles, donne moy Aaron pour m’aider en cette occurrence, afin que je te loüe & que j’exalte hautement ta gloire, tu és ſeul noſtre protecteur ; Dieu dit, ta priere eſt exaucée, nous t’avons fait grace une autrefois lors que nous avons inſpiré à ta mere de te mettre dans un coffre, & de rejetter ſur la riviere du Nil, l’eau t’a jetté au rivage où Pharaon t’a retiré, je t’ay fait aimer de luy pour avoir du ſoin de mon peuple ; lors que ta ſœur cherchait nouvelle de ce que tu eſtois devenu, elle diſoit, qui nous conduira où il eſt ? qui nous conduira vers celuy qui le garde ? nous t’avons renvoyé à ta mere pour arreſter ſes pleurs & mettre fin à ſon affliction. Tu as tué un homme, nous t’avons deſlivré de la main de tes ennemis, & avons eſprouvé ta perſeverance, tu as demeuré quelque temps avec les habitans de Madian, apres ce nous t’avons envoyé pour preſcher nos commandemens, j’ay fait eſlection de toy, va avec ton frere vers Pharaon, & ne mens pas en parlant de moy, il eſt devoyé du droict chemin, parlez luy tous deux avec douceur, peut-eſtre qu’il vous eſcoutera & qu’il aura peur du feu d’Enfer : Ils ont reſpondu, Seigneur, nous craignons qu’il nous tourmente & qu’il s’eſleve contre nous ; il a dit, ne craignez rien, je feray avec vous, eſcoutez ce qu’il dit, conſiderez ſes actions, approchez vous de luy, & dites, nous ſommes Meſſagers de Dieu tout-Puiſſant, congedie avec nous les enfans d’Iſraël, & ne les tourmente plus, nous ſommes icy venus par le commandemens de Dieu ton Seigneur, le ſalut eſt pour ceux qui ſuivent le droict chemin, la damnation eſt pour ceux qui blaſphement contre ſa loy, & qui s’eſloignent de ſes commandemens ; Pharaon leur a dit, qui eſt voſtre Dieu ? Moïſe a dit. Mon Dieu eſt celuy qui a creé le monde, & qui conduit les hommes au droict chemin ; Pharaon a dit quelle loy ont obſervé ceux qui vous ont precedez ? que ſont-ils devenus ; Moïſe a reſpondu, Dieu ſçait en quel eſtat ils ſont, rien n’eſt caché à Dieu, il a eſtendu la terre, il a eſtably les chemins, il fait deſcendre la pluye du Ciel, & fait produire les plantes, les herbes, & les fruicts que vous mangez & qui nourriſſent vos troupeaux ; ces choſes ſont ſignes de ſa toute-Puiſſance à ceux qui les comprennent. Nous vous avons creé de terre, nous vous ferons retourner en terre, & vous en ferons ſortir une autrefois, nous avons fait voir nos miracles à Pharaon, mais il a eſté incredule, il les a meſpriſez, & a dit, O Moïſe, es-tu venu pour nous chaſſer de nos eſtats avec ta magie ? je t’en feray voir vrac ſemblable à la tienne : Convenons d’un lieu & jour prefix entre toy & moy pour nous aſſembler ; Moïſe luy dit, faiſons eſlection du jour de voſtre feſte ſi vous le trouvez bon le peuple ſe pourra aſſembler au Soleil levé. Apres ce diſcours Pharaon, ſe retira, il aſſembla toutes ſes fineſſes, & au jour & à heure prefixe, il vint avec ſes gens au lieu aſſigné ou eſtoit Moïſe, qui leur dit, Malheur eſt ſur vous, ne blaſphemez pas contre Dieu, il vous chaſtiera & exterminera ceux qui blaſphemeront contre luy ; Les gens de Pharaon eſtoient en differente opinion de ce qu’ils avoient à faire, ils tenoient leur deſſein ſecret, & diſoient à Pharaon, ces deux hommes ſont Magiciens, ils vous veulent chaſſer de voſtre pays par leur magie, & dévoyer vos ſubjets de voſtre Religion, aſſemblez vos fineſſes & vos forces, & choiſiſſez des perſonnes capables pour diſputer contr’eux, ce jour ſera heureux à celuy qui ſera victorieux, Ils ont dit, ô Moïſe ; veux-tu jetter ton baſton le premier en terre, ou ſi nous jetterons les noſtres, leurs cordes & leurs baſtons & ſe ſont eſlevez contre : Moïſe par leur magies & ont cheminé ; Moïſe parloit bas entre ſes dents, nous luy avons dit, ne crains rien, tu ſeras victorieux, jette en terre le baſton qui eſt en ta main droicte, il devorera ce qu’ils ont fait, ce n’eſt que ſortilege & magie qui n’apportent ny profit ny contentement. Alors les Magiciens de Pharaon, ſe ſont proſternez en terre, & ont dit, Nous croyons au Dieu d’Aaron & de Moïſe ; Pharaon leur a dit, croyez-vous en luy ſans ma permiſſion ? Moïſe eſt voſtre Maiſtre, je vous feray couper les pieds droicts & les mains gauches, ou les mains droictes & les pieds gauches & vous feray pendre au pied des palmiers, afin que vous cognoiſſiez qui eſt le plus rude en les chaſtimens, ou moy, ou le Dieu de Moïſe ; Ils ont dit, les miracles que tu as veu paroiſtre ne t’ont-ils pas touché ? celuy qui nous a creé fait des choſes que tu n’as pas le pouvoir de faire, ton pouvoir ne s’étend qu’en ce monde, nous croyons en Dieu noſtre Seigneur qui nous pardonnera nos pechez ; tu es cauſe qu’il nous abhorre avec noſtre magie, il eſt plus puiſſant que toy, & eſt eternel, l’Enfer eſt preparé pour les infidelles, ils ne trouveront point de repos ny en leur vie ny en leur mort, & les gens de bien qui feront de bonnes œuvres joüiront eternellement des plaiſirs des jardins d’Eden ou coulent pluſieurs fleuves delicieux, telle ſera la recompenſe de ceux qui ſeront purgez de leurs pechez. Nous avons dit à Moïſe, ſors la nuit avec mon peuple, & luy faits un chemin ſec dedans la mer, ne crains pas que ſes ennemis t’attrapent, & n’aye pas peur d’eſtre ſubmergé, Pharaon les ſuivra avec ſes troupes, je les feray ſubmerger dedans la mer, & le dévoyeray avec ſes gens, il ne ſuivra pas le droict chemin. O enfans d’Iſraël, nous vous avons delivrez de vos ennemis, & vous avons conduits vers la montagne de Sinaï, nous avons fait deſcendre ſur vous la manne &. les cailles, & avons dit, mangez des biens que nous vous avons donnés, & n’en ſoiez pas ingrats, autrement ma colere tombera ſur vous, celuy ſur qui mon ire tombera ſera precipité dedans le feu d’Enfer, je ſeray miſericordieux à ceux qui ſe convertiront qui feront de bonnes œuvres, & qui ſuivront le droict chemin. O Moïſe, qui t’a preſſé de t’abſenter de ſon peuple ? il a reſpondu, le voila qu’il ſuit mes pas, je me ſuis avancé pour recevoir tes commandemens ; Nous avons eſloigné ton peuple de toy apres ton depart, & Samery l’a devoyé du droict chemin, il eſt retourné ſur ſes pas à ſon peuple en grande colere, & a dit ; ô peuple Dieu ne vous avoit-il pas promis toute ſorte de contentement ? il a prolongé l’effect de ſes promeſſes à cauſe de vos pechez, voulez vous que ſa colere tombe ſur vous ? Pourquoy avez-vous contrevenu à ce que vous m’avez promis ? Ils ont dit, nous n’avons pas contrevenu à nos promeſſes de noſtre mouvement, nous avons pris les plus peſans ornemens du peuple, & les avons jettez dedans le feu, Samery les y a jettés luy meſme, il a fait le corps d’un veau mugiſſant, & a dit avec ceux de ſa ſuite, voilà voſtre Dieu, le Dieu de Moïſe qu’il a oublie. Ne voyoient-ils pas que ce veau ne leur parloir pas, & qu’il n’avoit pas le pouvoir de leur faire ny bien ny mal ? Aaron leur avoit dit auparavant la venuë de Moïſe, ô peuple vous avez eſté ſeduits par ce veau, le miſericordieux eſt voſtre Dieu & voſtre Seigneur, ſuivez-moy & m’obeïſſez ; Ils ont dit, nous demeurerons icy juſques à ce que Moïſe ſoit de retour ; Moïſe à ſon retour a dit à Aaron, qui t’a empeſché de me ſuivre lors que tu as veu qu’ils ſe devoyoient de la Loy de Dieu ? pourquoy m’as-tu deſobey ? O fils de ma Mere! Aaron a dit, ne me tire pas la barbe ny les cheveux, j’ay eu crainte de te deſplaire ſi je quitois les enfans d’Iſraël, & ſi je deſobeiſſois à ton commandement, Moïſe a dit à Samery, quel eſtoit ton deſſein ? il a reſpondu, je voyois ce que le peuple ne void pas, j’ay pris une poignée de terre des veſtiges du Meſſager de Dieu, & en ay fait la figure d’un veau le plus beau que j’ay peu ; Moïſe luy a dit, va, ſors d’avec nous, tu fuïras la preſence des hommes tout le temps de la vie, tu leur diras, ne n’approchez pas, ne me touchez pas, le temps de ta punition eſt ordonné, tu ne l’eviteras pas, regarde ton faux Dieu, regarde ce veau que tu as adoré, je le feray bruſler & jetteray ſes cendres de dans la mer, voſtre Dieu eſt un ſeul Dieu, & n’y à point de Dieu que le Dieu qui ſçait toute choſe : Ainſi je te raconte les choſes paſſées, nous t’avons donné l’Alcoran, ceux qui l’abjureront porteront leur fardeau au jour du Jugement, & ſeront éternellement tourmentez, je leur demanderay un jour compte de leur fardeau, & je les aſſembleray tous avec leurs fineſſes, lorſque la trompette ſonnera ils demanderont les uns aux autres combien de temps ils ont demeuré dans le monde, ils diront qu’ils n’y ont demeuré que dix jours & dix nuits, je ſçay tout ce qu’ils diront, les plus ſages d’entr’eux diront qu’ils n’y ont demeuré qu’un jour. Ils t’interrogeront des montagnes : dis leur, Dieu les arrachera & les unira à la terre, tu les verras unies & abaiſſées, alors les hommes ſans retardement ſuivront celuy qui les appellera au Jugement univerſel, ils s’humilieront devant Dieu, tu entendras ce jour des voix belles & humbles, ce jour les prieres ſeront inutiles, excepté de ceux qui ſeront agreables à Dieu, à qui il permettra de parler ; Il ſçait tous ce qui les hommes font en ce monde, & tout ce que leur doit arriver en l’autre, & eux ne le ſçavent pas, ils s’humilieront & baiſſeront la teſte devant le Seigneur vivant & éternel, tous les infidelles ſeront damnez, & les gens de bien vray-croyans qui auront fait de bonnes œuvres n’auront pas peur d’injuſtice. Nous avons envoyé l’Alcoran en langue Arabeſque, il enſeigne nos commandements aux hommes, peut-eſtre qu’ils craindront l’impieté, il leur enſeignera ce qu’ils doivent ſçavoir ; exalte la gloire de Dieu Roy du Monde, il eſt la verité meſme, ne te preſſe pas de lire l’Alcoran juſques à ce que tu l’aye bien compris ; dis, Seigneur augmente mon ſçavoir. Nous avons cy-devant prohibé à Adam de manger du fruicts deffendu, il a oublié noſtre commandement, je n’ay point treuvé en luy de perſeverance. Souviens-toy que nous avons dit aux Anges de s’humilier devant luy, ils ſe ſont humiliez excepté le Diable qui ne l’a pas voulu faire ; ſouviens-toy que nous avons dit à Adam le Diable eſt ton ennemy & l’ennemy de ta femme, il fera ſes efforts pour vous rendre miſerables, pour vous faire ſortir tous deux du Paradis ou tu n’as ny faim, ny ſoif, ny chaud, ny froid ; Le Diable les a tentez & a dit, ô Adam je te conduiray vers l’arbre de l’eternité treſor qui ne perira jamais, ils ont tous deux mangé du fruict de cét arbre, alors ils ont connu leur ſaleté, & ont commencé de prendre des feüilles d’arbres pour couvrir leur nudité, Adam a deſobey à ſon Seigneur & s’eſt rendu miſerable, neantmoins il l’a exaucé, il luy a pardonné, & luy a monſtré le droict chemin, il a dit, deſcendez du Paradis ennemis les uns des autres, je vous envoyeray cy-apres un guide, celuy qui le ſuivra ne ſera pas devoyé & : ſera bienheureux : celuy qui ſe devoyera & ne croira pas en moy ſera malheureux dans le monde, & ſera aveuglé au jour du Jugement, il dira ce jour, Seigneur pourquoy m’as-tu aveuglé ? J’avois la veuë bonne lorſque j’eſtois au monde : Je t’oublie aujourd’huy comme tu as oublié mes commandemens, je traite ainſi les infidelles. Les tourmens de l’autre monde ſont plus griefs que ceux de la terre & durent davantage, les infidelles n’ont-ils pas peur lorſqu’ils conſiderent combien nous avons exterminé d’hommes ſur la terre aux ſiecles paſſez ? leur malheur ſervira d’exemple à ceux qui ſont ſages ; Si ton Seigneur n’euſt dit qu’il differera la punition des meſchants juſques au temps ordonné il les auroit deſja tous exterminez. Patience & ſupporte leur diſcours, loüe ton Seigneur avant que le Soleil ſe leve, avant qu’il ſe couche à une heure de nuit, & à la fin du jour, tu ſeras choſe qui luy ſera agreable, La vie du monde eſt belle pour vous tenter, mais les biens de ton Seigneur ſont meilleurs & ſont éternels. Ordonne au peuple de faire ſes prieres au temps ordonné, & ne ſois pas impatient envers luy, je ne te demande point de richeſſes, je t’enrichiray toy-meſme, & à la fin le Paradis ſera pour les gens de bien. Les infidelles ont dit, ſi (Mahomet) ne fait paroiſtre quelque miracle de la part de Dieu, & s’il ne ſçait l’explication des livres de nos predeceſſeurs, nous ne croirons pas en luy ; Nous avons avant ſa venuë exterminé pluſieurs impies qui ont dit, Seigneur ſi tu nous avois envoyé un Prophete nous aurions obſervé tes commandemens avant que d’eſtre honteux & remplis d’ignominie : dis leur, chacun attend ſa fin, attendez, vous connoiſtrez un jour ceux qui ſuivent le droict chemin, & qui ne ſont pas devoyez.