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L’Amour et le Sablier/Trois petits préludes

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L’Amour et le SablierFrançois Bernouard (p. 7-12).
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Trois
petits Préludes


I


 
La Nuit s’est refermée
Comme un calice obscur
Sur la pulpe dorée
Et tiède de la chambre.


La lampe se consume
Sous un arc de silence
Et je ne sais plus rien
Sinon que je suis seul,


Mordu par un désir
Qui se mêle aux rumeurs
Du jardin frissonnant
Sous l’averse nocturne.

Un nom — hier ignoré —
Plaqué comme un accord,
Élargit le silence
Aux limites du soir,

Tandis que replié
Sur un âpre plaisir
Où parfois la tendresse
Fuse comme un sanglot,

J’appelle sans espoir.
D’un cri de tout mon être,
Un bonheur déchirant
Amer comme un départ.


II


 
Seront-ils le terme d’un songe,
Ces feuillages où l’Aventure,
Comme l’eau, le désir ou l’ombre,
À glissé sans regret de lune ?

Ces arches creusées de lueurs.
Ces barques lourdes de désirs.
Le soir penchant sur les eaux calmes
Un visage de souvenir ;


La nuit tiède et lisse à nos mains,
Tel un corps aux parfums obscurs,
Le plaisir beau comme un orage,
Et ces bouches dans l’ombre, avides ?

De tant d’ardeurs évanouies
Ne restera-t-il pour emplir
La splendeur lancinante et vide
Des nuits si belles à venir,

Que ces images obstinées,
Ces feuillages où l’Aventure…
Et cet arbre nu sur le ciel
Que scellait une étoile unique ?


III


 
Toute l’âme réfugiée
Vers la vitre, où se consume
La flamme haute du jour,
J’écoute en la solitude
Mon sang qui bat à coups sourds


Penché sur mille rumeurs,
Je suis au cœur de la ville
Bourdonnante de clarté,
Une cellule qu’épuise,
Perfide et sûre, l’attente.

J’attends : le monde se rythme
Sous le bélier de mes tempes.
L’Été des rues solitaires
— Désir, angoisse et silence —
Se fige comme un bloc d’or.

Avant même qu’invisible
Ta main n’effleure la porte
Je sentirai sur ma bouche
Le souffle de ta présence,

Comme on devine la mer.