L’Art de greffer/Procédés de greffage

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G. Masson Éditeur (p. 72-188).

VI. — Procédés de greffage

Les procédés de greffage sont très nombreux. Ils varient à l’infini suivant les conditions où l’on se trouve ; le plus souvent, le hasard ou la fantaisie leur ont donné naissance.

Prenant pour base notre expérience et nos observations, nous décrirons les modes de greffage qui présentent un avantage appréciable. En les modifiant, on en augmentera le nombre, mais les uns et les autres se rapporteront aux types que nous présentons ou seront appelés à rendre les mêmes services.

[0.1]Le classement méthodique des systèmes de greffage devient difficile en présence de leur multiplicité. Les lignes insaisissables de démarcation, les noms consacrés par l’usage s’opposent à l’agencement d’une classification irréprochable. Toutefois, on s’accorde à grouper les procédés de greffage en trois grandes divisions :

I. — Les greffages en approche ;

II. — Les greffages par rameau détaché ;

III. — Les greffages par œil ou bourgeon détaché.

Nous donnerons dans la partie descriptive, à chaque subdivision de greffage, un titre qui rappellera le genre d’opération à pratiquer.

Voici, d’ailleurs, l’ordre dans lequel nous inscrivons les divers procédés connus :

I. — Greffage par approche.

Groupe 1. — Greffage par approche de côté.
Greffe par approche en placage.
Greffe par approche en incrustation.
Greffe par approche à l’anglaise.
Groupe 2. — Greffage par approche en tête.
Greffe en tête à l’anglaise.
Groupe 3. — Greffage par approche en arc-boutant.
Greffe en arc-boutant avec œil.
Greffe en arc-boutant avec rameau.

II. — Greffage par rameau détaché.

Groupe 1. — Greffage de côté sous écorce.
Greffe sous écorce par rameau simple.
Greffe sous écorce avec embase.
Greffe sous écorce à l’anglaise.
Groupe 2. — Greffage en couronne.
Greffe en couronne ordinaire.
Greffe en couronne perfectionnée.
Groupe 3. — Greffage en placage.
Greffe en placage ordinaire.
Greffe en placage à l’anglaise.
Greffe en placage en couronne.
Greffe en placage avec lanière.
Groupe 4. — Greffage en incrustation.
Greffe en incrustation en tête.
Greffe en incrustation de côté.
Groupe 5. — Greffage dans l’aubier.
Greffe dans l’aubier, en tête.
Greffe avec biseau plat.
Greffe avec biseau de biais.
Greffe dans l’aubier, de côté.
Greffe avec entaille droite.
Greffe avec entaille oblique.
Groupe 6. — Greffage en fente.
Greffe en fente ordinaire.
Greffe en fente, simple.
Greffe en fente, double.
Greffe en fente terminale.
Greffe terminale, ligneuse.
Greffe terminale, herbacée.
Greffe en fente sur bifurcation.
Groupe 7.Greffage à l’anglaise.
Greffe anglaise simple.
Greffe anglaise compliquée.
Greffe anglaise au galop.
Greffe au galop, simple.
Greffe au galop, double.
Greffe anglaise à cheval.

III.Greffage par œil ou bourgeon.

Groupe 1.Greffage par écusson.
Écussonnage sous écorce ou par inoculation.
Écussonnage ordinaire.
Écussonnage par incision cruciale.
Écussonnage par incision renversée.
Écussonnage en placage.
Écussonnage combiné.
Groupe 2.Greffage en flûte.
Greffe en flûte ordinaire.
Greffe en flûte avec lanières.

Tous les procédés de greffage sont pratiqués en tête du sujet, ou de côté.

[1]

I. — Greffage par approche

[1.1]
préceptes généraux

Le greffage par approche est le plus ancien de tous ; les auteurs de l’antiquité en ont parlé. La nature en fournit des exemples dans les forêts et les bois, dans les haies et les charmilles, où l’on rencontre des arbres unis entre eux par leurs couches ligneuses, conséquence de leur frottement prolongé, de leur contact intime.

Le greffage par approche consiste donc à souder deux arbres par leur tige ou leurs branches. Dans certains cas, c’est une branche du sujet qui sera greffée sur lui-même.

L’époque de greffer en approche commence avec la sève et finit avec elle, de mars en septembre. Le sujet et le greffon sont à l’état ligneux ou herbacé, l’opération reste la même.

Avec le greffage par approche, on n’effeuille pas le greffon, comme avec d’autres systèmes, parce que le greffon reste adhérent à l’arbre-mère ou garde ses racines en terre au moment de son application sur le sujet.

On entame le sujet et le greffon au moyen d’une ablation de bois et d’écorce identique sur les deux parties, de manière à les faire joindre intimement, en les réunissant. Pour faciliter la soudure, on applique une ligature et un engluement ; on ajoutera un support, un tuteur ou un lien, s’il s’agit de deux arbres distincts.

Après une saison au moins de végétation, quand l’agglutination est certaine, on procède au sevrage ; l’élève est isolé de la mère et vivra de ses propres éléments.

Nous établissons trois catégories de greffes en approche : 1° les greffes de côté, pour lesquelles on conserve la sommité du greffon lors de son insertion sur le sujet ; 2° les greffes en tête, le greffon venant s’incruster sur le sujet préalablement écimé ; 3° les procédés dits en arc-boutant, où le greffon, écimé, sera inoculé par son sommet sous l’écorce du sujet.

[1.2]
Groupe 1.

greffage par approche de côté

Le greffon est un arbre ou une branche appartenant à un arbre distinct du sujet ou un rameau appartenant au sujet lui-même. Le sommet du greffon est gardé tout entier, au-dessus de son point de contact avec le sujet ; cependant s’il est trop long, on le taille au-dessus de la greffe, soit à deux ou trois yeux s’il s’agit d’un rameau, soit à 0m,10, 0m,20 ou 0m,30 si le greffon est une branche ramifiée.

Le mode d’assemblage du sujet avec le greffon constitue divers procédés qui empruntent leur nom à d’autres méthodes de greffage : en placage, en incrustation, à l’anglaise.

[1.2.1]Nous signalerons pour mémoire le greffage par approche en travers ou en biais ; le greffon s’incruste dans l’écorce du sujet, obliquement de droite à gauche ou de gauche à droite. Forsyth, arboriculteur anglais, a été un des premiers à l’indiquer dans la réfection des arbres mal formés. Les Japonais greffent ainsi les variétés de l’Érable polymorphe et, par ce système, nous avons garni de branches des Pêchers dénudés, — ne pouvant faire mieux.

[1.2.2]Greffe par approche en placage (fig. 37). — Le greffon (A) subit une entaille (a) qui enlève les couches d’écorce et d’aubier.

[fig37]

Fig. 37. — Greffe par approche en placage (Bouleau).


Le sujet B est entamé en b jusqu’à l’aubier, par une rainure à fond plat, d’une dimension combinée avec la plaie (a) du greffon. Les deux parties sont réunies en C. On ligature aux points de contact ; l’engluement est rarement nécessaire, sauf quand la sève est au repos.

[1.2.3]Greffe par approche en incrustation. (fig. 38). — Le greffon (D) est légèrement avivé (d) sur deux faces. Le sujet (E) est préparé (e) par

[fig38]

Fig. 38. — Greffe par approche en incrustation (Aune).

une ouverture angulaire dans laquelle le biseau (d) du greffon devra s’incruster parfaitement, comme on le voit en F. Ce greffage est applicable aux espèces à bois dur, ou lorsque la périphérie du greffon est dite méplate, ou elliptique.

Un greffeur habile se sert du greffoir ou de la serpette pour pratiquer l’entaille ; l’amateur préférera probablement la gouge angulaire.

[1.2.4]Greffe par approche à l’anglaise, de côté (fig. 39). — Il est un moyen de consolider naturellement la greffe par approche : c’est en ouvrant sur les deux parties, où l’écorce est avivée, une série de languettes et d’encoches réciproques (A et B, fig. 39) qui viennent s’assembler en C.

[fig39]

Fig. 39. — Greffe par approche à l’anglaise, de côté (Hêtre).

Au lieu d’être sur parties ligneuses, la greffe peut mettre en contact des parties vertes. Voici un exemple de la greffe en approche herbacée (fig. 40) qui a été tentée dans le vignoble phylloxéré. Les plants (A et B) rapprochés l’un de l’autre sont greffés à l’anglaise (C) en mai-juin.

[fig40]

Fig. 40. — Greffe par approche herbacée, et buttage de plants de Vigne.

En même temps, les sommités des rameaux sont écimées en a et b et liées ensemble pour se [fig41]
Fig. 41. — Greffe par approche à l’anglaise, de sarments-boutures.
soutenir mutuellement. Un tuteur est indispensable et, pour assurer le succès de la greffe de Vigne, un apport de terre immédiat tel que notre dessin l’indique doit séjourner toute l’année. Le sevrage aura lieu au printemps suivant.

La même opération peut être faite avec deux sarments-boutures (A et B, fig. 41). Ils sont greffés à l’anglaise (en C), opération faite à l’abri. On les plante en pépinière en les buttant de terre jusqu’au sommet. L’évolution des yeux (a et b) de tête excitera le développement des racines et la soudure de la greffe.

Cette greffe en approche par double bouture réussit mieux quand les deux rameaux-boutures, ayant passé l’hiver en jauge, ont les mamelons radicellaires apparents à leur base, au moment du greffage ; la sève est déjà en mouvement.

[1.3]
Groupe 2.



greffage par approche de tête

La greffe par approche, en tête, a sa raison d’être lorsque le greffage de côté est difficile à pratiquer ou lorsque l’on craint une agglutination lente.

[fig42]

Fig. 42. — Greffe par approche à l’anglaise, en tête (Noisetier).

Le sujet sera étêté au moment du greffage, et le greffon inséré à son sommet. En dehors de la tige, les branches latérales peuvent recevoir cette greffe. L’essentiel est que l’arbre étalon ait assez de rameaux-greffons faciles à rapprocher du sujet.

Les modes de greffage déjà décrits sont applicables ici ; mais la greffe anglaise offrira plus de chances de succès dans l’assemblage.

Si la tige du sujet était ramifiée, on coursonnerait les ramifications inutiles pour les retrancher plus tard ou même les greffer.

[1.3.1]Greffe par approche à l’anglaise, en tête (fig. 42). — Au moment du greffage, on étête le sujet (B, fig. 42) immédiatement au-dessus d’un bourgeon, qui fera fonction d’appelle-sève. On y amène le greffon (A) pour bien s’assurer des points de contact, alors on taille le sommet du sujet en biseau ; au tiers supérieur du biseau, on pratique un simple cran (B) de haut en bas. Le greffon sera légèrement écorcé sur une étendue analogue ; on ouvrira aux deux tiers, vers la base de la plaie, un petit cran (A) de bas en haut. Assembler languette et encoche ; ligaturer (C), enfin mastiquer les parties mises à nu.

[1.4]
Groupe 3.

greffage par approche en arc-boutant

Plus spécialement employée pour la restauration des végétaux, cette variété de la greffe en approche est en même temps utile à leur multiplication. On l’emploie d’avril en juillet.

La principale différence entre ce groupe et ceux qui précèdent, consiste dans l’étêtage du greffon et dans son inoculation sous l’écorce du sujet. La coupe supérieure du greffon est pratiquée sous un œil ou sous une ramification, de manière que l’un ou l’autre se trouve enchâssé dans le sujet après l’inoculation. Le greffon sera écimé et taillé en biseau plat dit pied-de-biche, aminci au sommet jusqu’à extinction du liber, sur la face opposée à la naissance du bourgeon qui constituera le développement de la greffe ; on inoculera ce sommet biseauté sur le sujet au moyen d’une incision en T renversé (T). La place de celle-ci est calculée d’après la longueur du greffon, mais on l’ouvre à 0m,02 plus bas, de telle sorte que, pour introduire le greffon, on l’arque légèrement en lui imprimant un mouvement de retraite de haut en bas, puis on le glisse sous les lèvres de l’incision comme s’il s’agissait d’un arc-boutant.

Les deux modes principaux de greffage en arc-boutant ne sont applicables que pendant l’état de sève du sujet, soit à la montée de la sève, avec greffon ligneux, soit au commencement de l’été, avec greffon herbacé, arbre ou rameau.

[1.4.1]Greffe en arc-boutant avec œil (fig. 43). — L’œil étant choisi comme bourgeon terminal, nous taillons le greffon en biseau plat (S) aminci jusqu’au liber vers le sommet ; nous l’inoculons sous l’écorce du sujet (T) soulevée (en V). Nous ligaturons (X) en ménageant l’œil du greffon placé sur le dos du biseau. L’œil du sujet, au-dessus de la greffe, eu hâtera l’agglutination.

Le chapitre de la restauration des arbres défectueux donnera l’emploi de ce système avec greffon herbacé, appliqué en été.

[fig43]

Fig. 43. — Greffe par approche en arc-boutant, d’un œil.


Lorsqu’on ne peut soulever l’écorce du sujet, on fait pénétrer l’outil dans l’aubier et l’on y introduit le greffon taillé en double biseau.

[1.4.2]Greffage en arc-boutant avec rameau (fig. 44). — Le greffon (L) portant un rameau anticipé (M) sera écimé à 0m,02 au-dessus, et taillé en biseau plat (N) à l’opposé du rameau ; on prendra garde d’affaiblir l’épaisseur du biseau, sauf à la pointe qui sera amincie en lame de couteau jusqu’à l’écorce. On ne retranchera pas les feuilles de la branche ni celles du greffon.

Le sujet est un arbre distinct ou une branche (O) portant le rameau-greffon. L’incision (P) y est pratiquée de manière que l’introduction du greffon s’obtienne comme on le voit (en R). On ligature et, si la partie greffée est frappée par le soleil, on la couvre de boue ou d’onguent.

[fig44]

Fig. 44. — Greffe par approche en arc-boutant, d’un rameau.
[1.5]
soins après le greffage par approche

L’emploi de deux sujets distincts, conservant leurs rapports de végétation, nécessite l’application de liens, de supports, de tuteurs ou de crochets (fig. 46) pour fixer les tiges et les branches greffées dans une position aussi invariable que possible.

Si la ligature a pénétré dans l’écorce du sujet, on l’enlève, et si l’on craint que l’agglutination soit inachevée, on place un nouveau lien.

Le soin ultérieur le plus important consiste dans le sevrage de la greffe.

[1.5.1]Sevrage de la greffe par approche (fig. 45). — En horticulture, on entend par sevrage l’action d’isoler le sujet de la plante-mère en coupant la branche ou la tige qui les relie, l’un à l’autre. Cette opération complémentaire s’impose dès que l’élève peut se passer, pour vivre, du concours de la mère nourricière.

Le sevrage de la greffe comprend une double opération :

1° Retrancher la tête du sujet, au delà de la greffe ;

2° Couper le rameau-greffon, en deçà de la greffe.

Il est prudent de procéder graduellement dans l’ensemble et dans les détails de l’opération.

On commencera par couper la tête du sujet ; ensuite on détachera le greffon de la mère ; on procédera dans les deux cas par une série de retranchements successifs, afin d’éviter les réactions produites par des mutilations radicales. Plus les parties rapprochées par la greffe sont jeunes et vigoureuses, plus promptement s’opérera leur agglutination.

[1.5.2]Écimage du sujet. — Étant donnée une greffe par approche de côté (fig. 45), les mutilations opérées sur la tête du sujet (B) peuvent commencer quinze jours après le greffage, s’il a été pratiqué au début de la sève et si les apparences de la réussite sont bonnes.

[fig45]

Fig. 45. — Sevrage de la greffe en approche.

On retranche déjà les extrémités des branches principales (b) ; huit jours après, on les rapproche à 0m,10 ou 0m,20 Quand la soudure est certaine, on raccourcit la tige en deux ou trois fois, de manière à laisser un moignon de 0m,10 (b') au-dessus de la greffe et garni de petits rameaux d’appel s’il est possible.

Avec une greffe de printemps, on arrive à ce demi-sevrage vers la fin de l’été ; l’agglutination s’achèvera avant l’hiver.

Mais si le greffage a été pratiqué plus tard, on se bornerait, avant l’hiver, à diminuer les branches de la tête, dès que la cicatrisation serait en bonne voie. L’étêtage définitif à 0m,10 (b') au-dessus de la greffe (c) serait réservé pour le printemps suivant, à la montée de la sève.

L’onglet est conservé pendant une saison pour servir à l’accolement de la greffe ; il y attire la sève au moyen de ses bourgeons. On le supprimera (en b'') lorsque l’on jugera la soudure complète et la force de résistance du greffon suffisante. Il n’y aurait aucun inconvénient à couvrir la plaie d’un engluement et à maintenir le tuteur encore quelque temps.

[1.5.3]Séparation de la mère. — La séparation de la mère (A, fig. 45) est un acte important, en ce sens qu’il abandonne l’élève à ses propres ressources, l’arbre-mère n’étant plus appelé à le nourrir.

En principe, la séparation totale ne doit pas être accomplie avant qu’une saison complète de végétation ait passé sur la greffe (c). En fait, on devance quelquefois ; nous ne pouvons recommander ce procédé. Le greffeur appréciera.

Toutefois, le greffon doit rester adhérent à la mère (A) tant que la liaison n’est pas un fait accompli. On en juge par le bourrelet qui se forme aux points de soudure du greffon sur le sujet (B) et à la végétation relative des deux parties.

En cas de doute, il convient d’agir prudemment, de préparer le jeune arbre à se nourrir sans le secours de l’arbre-mère. On l’y habitue en pratiquant des entailles ou des incisions sur le bras qui relie la mère au sujet. Une seule entaille (a) peut suffire ; mais on l’avive au bout de huit ou quinze jours, en la rendant plus profonde. Au lieu d’une incision unique, on peut encore amener la séparation graduellement par une succession d’encoches pénétrant l’écorce et le bois, ou de crans circulaires (a’), de bagues pratiquées sur le bras de la greffe ; on les commencerait à une certaine distance de la greffe en les accentuant ensuite et en les rapprochant. Enfin on arrive à couper net (a") contre le sujet, et l’on englue l’amputation s’il y a lieu.

On voit en (C), l’arbre greffé en (c’) vivant de ses propres forces et tenu pendant quelque temps avec un tuteur attaché au-dessous et au-dessus de la greffe ; ce protecteur lui donnera une direction rectiligne.

Rappelons au greffeur que, plus le climat est chaud ou plus la greffe est herbacée, plus promptement se formera le tissu cicatriciel, et plus tôt on pourra pratiquer le sevrage.

[1.6]
application du greffage par approche à la multiplication des végétaux

Sous tous les rapports, il est préférable que le greffon soit à proximité du sujet. Le travail de la greffe en est simplifié.

Dans les pépinières bien ordonnées, on plante les arbres-étalons dans les emplacements destinés au greffage par approche, soit avant la plantation des sujets, soit en même temps.

Si l’on plante des mères et des sujets assez forts pour être greffés de suite, il faut attendre une année au moins de végétation. Les racines se lient au sol et la soudure de la greffe est plus certaine.

On choisit des arbres-étalons et des sujets qui puissent être greffés avec succès ; on leur donne une forme élevée ou branchue de manière à faciliter leur rapprochement au moment du greffage. Le même étalon peut servir au greffage de plusieurs sujets.

La figure 46 expose plusieurs moyens de rapprocher, par la greffe, des sujets de dimensions inégales, auprès d’un étalon commun.

Ici le sujet, assez élevé, est greffé à haute tige par un greffon placé à la même hauteur, tandis que son voisin, trop grand, doit être penché vers le sol pour se prêter au contact du greffon ; celui-ci est opéré à haute tige, celui-là à demi-tige, l’autre à fleur de terre. Parmi les sujets plantés en pot, les uns seront placés sur un support qui les élèvera à la hauteur de l’étalon, les autres recevront le greffon, le vase restant enterré dans le sol. Les sujets étant jeunes et les greffons assez flexibles, on arrive ainsi à les réunir aux endroits qui offrent le plus de chances pour le greffage.

[fig46]

Fig. 46. — Greffage en approche de jeunes sujets auprès d’un arbre étalon.

Dans les établissements commerciaux, on possède quelquefois des arbres nouveaux en petits exemplaires cultivés en pot. Si l’on tient à les propager sur des arbres à haute tige, on plante des sujets assez grands et l’on amène l’étalon à leur hauteur avec l’aide d’un support. La figure 47 fournit un échantillon de ce genre de travail. Afin de soustraire l’étalon à l’influence de la sécheresse, il conviendra de placer le vase dans un autre plus grand, et de garnir l’intervalle avec de la mousse que l’on tiendra humide.

[fig47]

Fig. 47. — Groupe de sujets greffés par approche avec un étalon
élevé à leur hauteur
.

Un exemple diamétralement opposé au précédent se rencontre assez souvent dans les pépinières. L’arbre type est très fort et branchu ; l’étendue de ses racines et l’ombre de son feuillage ne permettent guère la plantation de jeunes élèves autour de lui. Pour le multiplier, il suffira de cultiver les plants sujets en pot ; à partir de leur seconde année de végétation, on les transportera dans le branchage du porte-greffes. À cet effet, on dressera un échafaudage à gradins qui mettra les sujets à la portée des rameaux greffons. Les pots étant logés, perchés sur une tablette, on les entoure d’un lit de mousse, de tannée, de sable ou autre matière peu lourde qui conserve la fraîcheur, les arrosages y étant difficiles à pratiquer et les pluies de l’été se trouvant interceptées par le feuillage de l’arbre.

[2]

II. — Greffage par rameau détaché

[2.1]
préceptes généraux

Le sujet est un végétal complet ou à peu près, car nous emploierons quelquefois une branche-bouture ou un fragment de racine. Il est élevé sur place ou en pépinière, ou bien il a été cultivé en pot pour être greffé sous verre, à l’étouffée. Les sujets complets sont généralement greffés en place ; quelquefois, pour les greffages pratiqués pendant le repos de la sève, on déplante les sujets pour les greffer en jauge ou à l’abri. Les sujets-boutures seront greffés à l’abri.

Le greffon est un rameau ou une fraction de rameau portant au moins un œil ; sa longueur est de 0m,04 à 0m,15. On emploie des greffons courts pour les espèces à bourgeons rapprochés, ou d’une multiplication précieuse, et des greffons longs lorsque le greffage s’accomplit dans un pays froid.

Ainsi que nous le disions, page 56, le greffon peut être détaché à l’avance de l’arbre étalon, quand la sève est au repos, pour les greffages de printemps ; on le conserve alors à l’ombre d’un arbre ou d’un bâtiment (fig. 32), la base enfoncée dans du sable fin, le sommet abrité avec de la paille. S’il ne doit être employé qu’après la montée de la sève, on le garde dans une cave, couché complètement dans le sable ou placé dans une caisse plate enfoncée dans le sol (B, fig. 32).

Il est toujours préférable de préparer ses provisions de greffons avant l’arrivée des grands froids qui pourraient, sans cette précaution, les fatiguer ou les détruire sur l’arbre.

Avec certaines espèces à épiderme délicat, susceptibles de pourrir en terre : Althéa, Cytise, Robinier, Févier, il est préférable de couper le greffon peu de temps avant le greffage, alors que la sève monte et gonfle les bourgeons.

Les greffons d’espèces toujours vertes ne seront détachés qu’au moment d’être greffés, et on leur laissera les feuilles, sauf les plus grandes qui peuvent être coupées à moitié. Les espèces à feuille caduque, greffées en été, auront leurs greffons séparés de l’étalon, moins de vingt-quatre heures avant le greffage ; on les effeuillera dès qu’ils se trouveront isolés. — Effeuiller un greffon, c’est couper la feuille sur son pétiole (Voir fig. 88.).

En général, il importe peu au succès de l’opération que le bourgeon supérieur de la greffe soit l’œil terminal ou un œil latéral. — Un rameau trop long sera raccourci et pourra, au besoin, fournir plusieurs greffons. Avec des végétaux à bois creux, on choisit la base du greffon sur bois de deux ans.

Pour faciliter l’assemblage et l’agglutination des deux parties, le greffon sera plus ou moins entaillé à la base dans la moitié de sa longueur ; cette partie avivée se nomme biseau.

On fait en sorte d’appliquer le greffon sur le jeune arbre, en face ou à peu près d’un bourgeon du sujet à la hauteur de la greffe ; son rôle sera d’y appeler la sève et de fortifier les soudures.

La ligature et le mastic sont utiles dans le greffage par rameau.

Avant leur végétation ou s’ils ont été greffés pendant la sève, les greffons insuffisamment ligneux ou exposés au hâle seront préservés avec un cornet de papier formant écran.

Lorsqu’il s’agit de greffages rez-terre ou au-dessous du niveau du sol, il convient de préserver les greffons des coups de soleil et du hâle, et d’éviter le retrait produit par les dégels et les crues d’eau, en les abritant avec de la paille.

Dans les pays froids, et non loin de la mer, la température basse et les vents secs qui persistent jusqu’en été nuisent à la reprise de la greffe.

Voici comment obvient à cet inconvénient MM. Looymans à Oudenbosch, en Hollande. D’abord le greffage est pratiqué aussi tard que possible, tant que les greffons ne pressent pas, ceux-ci ayant été coupés en janvier et mis tout entiers en terre et à l’abri, à 0m,30 de profondeur. Au moment du greffage, le greffon étant coupé de longueur, on trempe sa partie supérieure dans un bain chaud de mastic à greffer, pour la plonger aussitôt après dans l’eau froide. La partie inférieure, tenue à la main, reste exempte de mastic. On taille ensuite le biseau, et le greffage se termine dans les conditions ordinaires. Les bourgeons perceront eux-mêmes cette cuirasse préservatrice assez mince dans son épaisseur.

Les pépiniéristes de Vitry (Seine) visent au même but lorsqu’ils badigeonnent les greffes dès que l’engluement est séché. Ce pralinage de terre argileuse est aujourd’hui préféré au cornet de papier d’autrefois.

Les groupes du greffage par rameau sont les greffes sous écorce, en couronne, en placage, en incrustation, dans l’aubier, en fente et à l’anglaise.

[2.2]
Groupe 1.

greffage de côté sous écorce

[2.2.1]Préceptes généraux. — Nous voulons inoculer un rameau sur le côté d’une tige et sous son écorce ; le sujet doit être en végétation. L’opération se fait : 1° en avril-mai, à la montée de la sève, elle est dite à œil poussant ; 2° de juillet en septembre, c’est une greffe à œil dormant.

Dans le premier cas (à œil poussant), on emploie des rameaux-greffons de l’année précédente, conservés en terre ou à la cave ; la sève étant en mouvement dans les plantes lors de leur emploi, la greffe se développera dans le cours de la même année.

Dans le deuxième cas (à œil dormant), où la greffe ne se développera que l’année suivante, on choisit des scions de l’année, détachés de l’arbre étalon le jour du greffage ; on les effeuille, s’il s’agit d’espèces à feuilles caduques. Nous avons dit que les greffons de végétaux à feuillage persistant ne seraient détachés de l’étalon qu’au dernier moment et ne seraient pas effeuillés.

Pour ces deux systèmes, les sommités de rameau avec bourgeon terminal constituent d’excellents greffons.

[2.2.1.1]Greffe sous écorce par rameau simple (fig. 48). — Ce procédé est important pour restaurer des arbres défectueux, pour obtenir des branches où il en manque et changer la variété de sujets âgés. Le greffon ligneux se prêtera mieux à l’inoculation sous de vieilles écorces que le bourgeon de l’écussonnage. Le greffage sous écorce, recommandé en 1739, par « de La Rivière et Du Moulin, » décrit par La La Bretonnerie en 1780, par Calvel en 1800, dédié par Thouin, en 1820 à Richard, de Trianon, est fort utile à la multiplication des végétaux ; dans ce but, il n’est pas assez employé.

Le greffon (B, fig. 48) est un petit rameau ou un fragment de rameau, long de 0m,10 à 0m,20 ; on taille la moitié inférieure en biseau plat, allongé et aminci jusqu’au liber, vers la pointe (B). Le sommet du biseau partant d’un œil (a), il en résultera que le coussinet sera le point d’appui qui écartera légèrement du sujet la tête du greffon.

Le greffon étant taillé, on pratique sur le sujet (A), en deux coups de greffoir, une double incision (C) en T qui traverse l’épaisseur des couches corticales, et s’arrête à l’aubier. Avec la spatule de l’outil, on soulève les lèvres de l’incision et l’on y glisse le greffon, de manière que le sommet de son biseau aboutisse au cran transversal du T sur le sujet.

On ligature (D), et s’il reste un vide à la jonction des deux parties, on préserve de l’action de l’air les tissus entamés, avec une feuille d’arbre, de l’onguent ou de la boue.

Quand il s’agit d’introduire une branche sur un arbre qui en manque, au lieu d’une incision en T, on pourrait se contenter d’une simple ouverture en œil-de-bœuf par laquelle on glisserait le greffon, mais il conviendrait alors de faciliter ce glissement par l’introduction préalable d’une petite tige biseautée en buis ou en os ; c’est la vraie greffe en coulée.

Si l’on veut obtenir une branche formant un angle ouvert avec la tige du sujet, on choisit un greffon coudé ou courbé ; le biseau, sur la partie convexe, s’appliquera contre le sujet, tandis que le sommet rejeté en dehors donnera la direction inclinée au membre projeté. L’œil (c) au dos du greffon pourrait fournir la branche désirée.

[fig48]

Fig. 48. — Greffe sous écorce par rameau simple.

Un point sur lequel nous appelons l’attention, c’est la taille du greffon. Le biseau part de l’œil (a) qu’il détruit pour finir en (b) dans l’écorce même. Le coussinet de l’œil (a) formant épaulette, le greffon s’appliquera mieux sur le sujet (A) sans nécessiter une entaille d’écorce en tête du T.

Il est bon de ménager l’œil (c) au dos du biseau ; il se développera moins si l’on accorde toute liberté d’expansion aux yeux de tête (a’, a"), mais ce sera un bourgeon de réserve.

Dans la multiplication de certains arbres, comme le Hêtre et le Bouleau, on emploie des greffons ramifiés, âgés de deux ou trois ans, et on taille le biseau assez mince vers la pointe. Pour d’autres sortes, Cornouiller, Fusain, Lilas, Marronnier, Olivier, Oranger, Tilleul, on prend les greffons sur des rameaux d’un an.

[2.2.1.2]Greffe sous écorce à l’anglaise (fig. 49). — La crainte de voir se disjoindre deux parties simplement appliquées l’une contre l’autre nous a fait imaginer un moyen de les agrafer.

Au lieu d’un T tranchant seulement l’écorce du sujet (B), le trait supérieur (C’), grâce à un coup de greffoir plus prononcé, pénétrera l’aubier en biais, de haut en bas, tandis que le trait longitudinal (C) ne tranchera que l’écorce.

De son côté, le greffon (A) est d’abord préparé comme celui du greffage précédent ; puis, en tête du biseau un coup de greffoir de bas en haut, parallèle à l’axe, ou à peu près, fend l’aubier en long (A’) sur une faible étendue.

À l’assemblage (c), le greffon glissant sous l’écorce du sujet, s’y accrochera en tête dans l’incision (C’) au moyen de la languette (A’) résultant l’une et l’autre d’une entaille préméditée.

On comprend qu’une greffe semblable résiste mieux aux bourrasques, au poids du feuillage des bourgeons de certaines espèces, comme le Marronnier, et susceptibles de les ébranler.

[fig49]

Fig. 49. — Greffe sous écorce, à l’anglaise.

Ce procédé nouveau appelé par quelques-uns « greffe Baltet » relie le greffage sous écorce au greffage dans l’aubier.

[2.2.1.3]Greffe par rameau avec embase (fig. 50). — On a recours à ce procédé pour multiplier quelques végétaux, particulièrement l’Érable, le Cornouiller. La bonne saison pour opérer est en août-septembre, le greffage se pratiquant plutôt à œil dormant ; c’est en quelque sorte le greffage d’un rameau par écusson.

On choisira pour greffon un rameau court (X, fig. 50). Avec le greffoir, on le détache de la branche qui le porte, mais en conservant un plastron d’écorce (V) de cette branche au delà et en deçà de la naissance du rameau greffon. La manière de lever cette embase est à peu près celle que nous décrirons plus loin à l’écussonnage (Voir fig. 90).

[fig50]

Fig. 50. — Greffe de coté par rameau avec embase
(Érable jaspé, de Pensylvanie).

Il n’y a pas à redouter la présence de fibres ligneuses sous l’embase (V) ; il y aurait, au contraire, du danger à les enlever. On se bornera à en aplanir la surface avec la lame de l’outil.

Sur le sujet (Y), on ouvre une incision (Z) en T qui pénètre seulement la couche d’écorce ; avec la spatule, on soulève les lèvres de l’incision et l’on y glisse le greffon par son plastron (V).

On ligature (A). L’engluement est inutile.

Dans la restauration des arbres fruitiers, nous avons quelquefois employé, à titre de greffons, des rameaux longs de 0m,50 et munis d’une embase de 0m,10. On les effeuille huit jours à l’avance sur l’arbre-mère, pour les disposer à la séparation ; en les couvrant avec des feuilles d’arbre ou de la boue aussitôt le greffage terminé, on évitera leur dessèchement. La greffe avec branche complète, recommandée dans le même but par Roger-Schabol, en 1782, a échoué par suite de l’absence de ces précautions.

[2.2.2]Soins après le greffage de côté sous écorce. — Pour le greffage à œil dormant, les soins particuliers consisteront à étêter le sujet après l’hiver, à 0m,10 au-dessus de la greffe, et à palisser immédiatement la sommité du greffon ligneux afin d’éviter une tige coudée au point de la greffe.

Le premier procédé, par rameau simple, lorsqu’il est employé à la restauration des arbres, n’oblige pas à l’amputation du sujet ; mais, pour hâter le développement de la greffe, on ouvrira, au printemps, un cran sur le sujet à 0m,01 au-dessus d’elle (Z, fig. 58). En même temps, on taille les branches placées au-dessus de la greffe.

Une baguette formant tuteur est indispensable au palissage de la jeune greffe.

Quand le greffage est fait à la montée de la sève, il convient d’embouer le greffon pour le préserver de l’action du soleil et du hâle.

[2.3]
Groupe 2.

greffage en couronne

Logiquement, le greffage en couronne pourrait être confondu avec le groupe précédent, greffage sous écorce, celui-ci en tête, celui-là de côté. Nous avons préféré conserver le nom consacré par l’usage. André Thouin avait dédié la greffe en couronne à Pline et à Théophraste, qui l’ont décrite et recommandée.

[2.3.1]Préceptes généraux. — Le greffage en couronne est d’un bon emploi pour un grand nombre d’arbres et d’arbustes de divers genres. On le pratique au printemps aussitôt que l’écorce se détache de l’aubier, mais on aura la précaution de préparer, d’étêter les sujets trois ou quatre semaines avant de les greffer et même à l’automne précédent. Cet étêtage préalable, dit ébottage du sujet, permettra de greffer plus tard encore avec succès. Au moment de poser les greffes, on rafraîchit avec la serpette les plaies plus ou moins vivaces ou séchées.

Les rameaux à greffer sont coupés en hiver et conservés (Voir page 56) jusqu’à l’ascension de la sève ; l’essentiel est qu’ils ne bourgeonnent pas encore, et que l’écorce reste vive. Au moment du greffage, le sujet peut bourgeonner, mais le greffon, non.

Le greffon est un fragment de rameau long de 0m,05 à 0m,12 environ. La moitié supérieure aura deux ou trois yeux ; la partie inférieure sera taillée en biseau plat dit pied-de-biche ou bec-de-flûte ; le biseau doit commencer en face d’un œil, traverser l’étui médullaire et se terminer en s’amincissant ; ainsi purgé de moelle, il se soudera mieux au sujet ; il ne faut donc pas lui laisser trop d’épaisseur. Un petit cran ménagé à la partie supérieure du biseau est utile, en ce sens qu’il permet d’asseoir le greffon à plat ou à cheval sur le sujet, suivant sa coupe plane ou oblique.

L’insertion de cette greffe se fait en tête du sujet, sur la coupe, entre l’écorce et le bois ; on amincit les deux faces de la pointe du biseau pour en faciliter le glissement : souvent le greffeur se contente d’humecter cette pointe entre ses lèvres.

Les greffeurs ont habituellement à leur disposition un petit instrument en bois ou en ivoire, aminci vers la pointe, qui leur sert à préparer, à essayer le logement du greffon. Ils introduisent cet instrument à l’endroit désigné, le retirent et placent aussitôt le greffon dans l’ouverture. Avec cette précaution, on n’a pas à craindre de briser les rameaux délicats ni d’en déchirer l’écorce.

On saisit le greffon par la tête et on le fait glisser entre le liber et l’aubier. On n’ouvre pas l’écorce ; c’est le greffon qui la détache de l’aubier sous la pression de la main.

L’introduction de la greffe est facilitée dans la plupart des cas par la circulation de la sève qui isole le liber de l’aubier. Cependant il peut arriver que des greffons d’un gros volume menacent de déchirer les tissus ; alors, pour éviter cette déchirure, le mieux est de fendre l’écorce du sujet (D, fig. 51) par un coup de greffoir en long, au moment d’y placer le greffon.

Plus un tronçon à greffer est gros, plus nombreux devront être les greffons qu’on y placera ; toutefois, pour rendre la soudure plus complète, ils conserveront entre eux un intervalle dont le minimum serait de 0m,05.

Une ligature demi-serrée, ne comprimant pas trop l’écorce, est nécessaire après l’insertion des greffes. On applique l’onguent sur les plaies et sur l’écorce du sujet qui recouvre le greffon, afin de prévenir les déchirures. On facilitera l’adhérence ; du mastic en épongeant le liquide séveux qui suinte des parties tranchées au vif.

En greffant en couronne un sujet rez terre, il n’y a pas d’inconvénient à butter le tronc jusqu’aux yeux supérieurs de la greffe ; on évitera un dessèchement toujours nuisible et, avec certaines espèces, il se formera, sur les incisions, des racines qui aideront à la rapidité de la végétation.

Le greffage en couronne est pour ainsi dire indispensable quand on agit sur de gros arbres ; on peut y insérer un assez grand nombre de branches qui répondent, par réciprocité, à la nourriture fournie par les racines.

[fig51]
Fig. 51. — Greffe en couronne ordinaire.

En dehors de l’époque indiquée pour le greffage en couronne, on pourrait le pratiquer, dans un pays froid, en juillet-août ; on prendrait alors pour greffon la base déjà lignifiée de jeunes rameaux munis d’yeux bien formés, ou même les rameaux conservés dans la caissette souterraine (fig. 32, p. 58).

[2.3.1.1]Greffe en couronne ordinaire (fig. 51). — Étant donné le sujet B amputé au vif, nous y insérons trois greffons (c, c’, c"), en proportion de son diamètre. Il serait assez difficile de placer plusieurs greffons sans fendre l’écorce au moins dans un seul endroit ; la tension produite par l’inoculation de plusieurs rameaux finirait par faire craquer les couches corticales. On prévient cet accident par une incision longitudinale (D) qui, non seulement facilite le glissement du greffon c’, mais permet aux autres (c et c") d’être à l’aise et de ne pas menacer de fendre l’écorce du sujet. On ligature, puis on englue sur l’amputation de la tige, au sommet des greffons étêtés, et en face de leur dos, sur l’écorce du sujet.

[fig52]

Fig. 52. — Greffe en couronne avec greffon âgé de deux ans (Février).

Le choix des greffons produits par la dernière sève n’est pas absolument nécessaire. Du bois de deux ans, mais vivace, a également chance de réussite, à la condition, bien entendu, qu’il soit pourvu d’yeux capables de pousser. Ainsi le greffon (A, fig. 52) est un rameau âgé de deux ans, portant deux scions de l’année, rabattus à 0m,02 de leur naissance. On taille le biseau (a) sur le vieux bois et suivant le plan représenté en a’ ; puis on l’introduit sur le sujet (B), où une incision simple vient d’être pratiquée. On est même forcé d’écarter un peu l’écorce (b) avec la spatule du greffoir.

[2.3.1.2]Greffe en couronne perfectionnée (fig. 53). — Cette greffe diffère de la précédente par deux particularités essentielles :

[fig53]
Fig. 53. — Greffe en couronne
perfectionnée.
1° Le sujet A (fig. 53) étant taillé sur un plan oblique (B), le greffon (F) est inséré à son sommet, avec une languette (H) à angle aigu, qui l’accroche parfaitement sur le biais de la coupe.

2° L’incision du sujet est obligatoire : le coup de greffoir étant donné, on soulève avec la spatule un côté seulement (C) de la partie incisée ; on y glisse le greffon de telle sorte que l’intérieur avivé du biseau soit appliqué contre l’aubier (E), et le dos (G) recouvert par la lèvre (C).

On augmente encore les chances de réussite en enlevant une faible bande d’écorce sur le côté (I) du biseau du greffon, correspondant avec la lèvre (D) du sujet, non détachée de l’aubier, et contre laquelle il viendra se juxtaposer. La greffe terminée en J, sera ligaturée et engluée.

À son tour, l’horticulteur Lagrange, d’Oullins, pratique un système mixte consistant à fendre de biais l’écorce du sujet, entamant légèrement l’aubier pour y caser solidement le greffon.

[fig54]
Fig. 54. — Greffe en couronne
avec œil enchâssé.
En présence des points de contact assez nombreux de la greffe en couronne, on renonce à ces complications de détail, et l’on préfère l’insertion d’un œil sur le dos du biseau du greffon (A, fig. 54). Ainsi le sujet (B) a reçu le greffon (X) portant cet œil complémentaire (Y). En C, la ligature le respecte, lui et l’œil d’appel (Z) ; il en sera de même à l’engluement qui saura les ménager (voir, fig. 13).

La pousse de l’œil enchâssé (Y), palissée d’abord sur le greffon (X), sera forte et résistante à l’action du vent. Le bourgeon d’appel (Z), quoique pincé, entretiendra la vie en tête du sujet (B).

[2.3.2]Soins après le greffage en couronne. — Les soins se bornent : 1° à surveiller la ligature, à la délier si elle étrangle, à la renouveler si la soudure n’est pas suffisante ; 2° à palisser les nouveaux scions sur des baguettes ou contre un tuteur qui domine la greffe ; 3° à ébourgeonner progressivement les productions foliacées du sujet.

[2.4]
Groupe 3.

greffage en place

[2.4.1]Préceptes généraux. — La greffe en placage est le mode principal du greffage des arbres et arbustes verts, et le mode préféré pour les opérations faites à l’étouffée.

Les pépiniéristes et les fleuristes pratiquent cette greffe en plein air ou dans la serre, à la montée de la sève, plutôt qu’à son déclin, surtout lorsqu’il s’agit de plantes toujours vertes.

Un sujet à sève modérée, un greffon aoûté, sont les deux premières conditions. Le greffon sera de l’année courante ou de l’année précédente, suivant que le greffage se fait à l’automne ou au printemps ; sa longueur varie de 0m,05 à 0m,15, il sera taillé en biseau plat sans la moindre inégalité, pour être adapté exactement au sujet. S’il est d’espèce à feuillage persistant, on lui gardera ses feuilles, et on ne le détachera de l’arbre-mère qu’au moment de l’employer.

Le rapprochement des deux parties se fait par une application pure et simple au sommet ou sur le côté du sujet, assez souvent avec cran et languette, et quelquefois sous lanière d’écorce.

Nous ajouterons que la greffe en placage convient moins lorsque le terrage de la greffe est nécessaire pour favoriser la reprise ; l’humidité de la terre pourrait nuire à la soudure.

La greffe en placage a son emploi dans la serre et sur des plants en arrachis, les bourgeons de la tête du sujet contribuant à attirer la sève vers la greffe.

[2.4.1.1]Greffe en placage ordinaire (fig. 55). — Par le placage ordinaire, on ajuste un rameau-greffon jusque sur les premières couches d’aubier du sujet, aussi exactement que possible.

Le sujet ne sera pas étêté à l’avance. S’il est d’espèce à feuillage persistant, on coupe, sur le pétiole ou à demi-limbe, les feuilles situées à l’endroit destiné à la greffe. Dans ce cas, le greffon ne doit pas être effeuillé.

Le greffon étant taillé en biseau à section droite commençant en face d’un œil, on en prend le diamètre avec le métrogreffe (fig. 10). On porte la double spatule sur le sujet (B, fig. 55) et l’on trace les limites du biseau. Il n’y a plus qu’à évider la partie comprise entre les deux traits pour y placer le greffon (D’) suivant l’épaisseur de sa base. Il faut d’abord enlever l’écorce du sujet ; puis — ou en même temps — entamer les premières couches d’aubier (C) jusqu’à ce que le dos du greffon paraisse autant que possible se confondre avec la périphérie du sujet. À défaut du métrogreffe, on emploie un greffoir ou une serpette fine.

[fig55]

Fig. 55. — Greffe en placage ordinaire (Rhododendron).

On peut s’abstenir de tailler carrément la base de l’entaille (C). Des tissus semi-herbacés ne l’exigent pas. Si le sujet est trop ligneux, on donnera un coup de greffoir à la base de la plaie (C’) pour y insérer la pointe du greffon avivée à ses deux faces ; c’est alors un commencement de greffage dans l’aubier.

Une ligature, laine ou coton, à spires rapprochées (D), est indispensable. L’engluement n’est pas toujours nécessaire.

[2.4.1.2]Greffe en placage à l’anglaise (fig. 56). — Le greffon (B, fig. 56) est taillé d’abord en biseau à surface plane (b), avivé au revers, à la pointe (y) ; d’un coup de greffoir, de bas en haut, on y pratique le cran (u).

[fig56]

Fig. 56. — Greffe en placage à l’anglaise (Tilleul).

Immédiatement on fait au sujet (A) une plaie analogue (e) ; un nouveau coup de greffoir ménage un cran à la base (o) et un autre au milieu (i), de manière que leur assemblage (C) agrafe languettes et encoches, sans laisser de parties vives exposées à l’air.

Pratiqué au début de la sève, le greffage est à œil poussant ; en août, il est à œil dormant. Dans le premier cas, l’écimage de la tête du sujet se pratique huit jours après le greffage, à 0m,20 au-dessus de la greffe, si le plant est suffisamment long, par exemple en f (fig. 56) ; en même temps on écime le rameau (e). Dès que le greffon se développe, on étête le sujet une seconde fois, au moins 8 ou 15 jours après la première opération, à 0m,10 (g). Cet onglet sert de tuteur, on le retranchera (en j) à la chute des feuilles.

Dans le second cas, la greffe étant pratiquée fin été, à œil dormant, le sujet sera tronqué (en g) à 0m,10, après l’hiver, et l’onglet coupé (en j) en août-septembre de cette même seconde année.

En 1820, André Thouin signale un procédé à peu près semblable pour les Houx, les Lauriers, les Myrtes, et le dédie à Collignon, jardinier du Muséum, chargé de répandre dans les îles de la mer du Sud des graines de végétaux utiles à leurs habitants, pendant le voyage de La Peyrouse, dont il partagea le malheureux sort.

[2.4.1.3]Greffe en placage en tête (fig. 57). — Le greffon (A) ne sera pas taillé en biseau pied-de-biche. Une encoche sera utile au sommet du biseau (B), comme pour la greffe en couronne, afin de l’asseoir carrément sur le sujet (C).

Avec le métrogreffe (fig. 10), on mesure le diamètre du biseau (B), en l’appliquant sur le sujet, successivement en d, d, d, d, on marque la place de chaque greffon ; la double spatule étant tranchante, l’écorce se trouvera coupée ; on l’enlève pour plaquer à sa place chaque greffon, ainsi qu’on le voit en E.

[fig57]

Fig. 57. — Greffe en placage en tête.

La ligature et le liniment sont de rigueur.

Deux époques sont convenables pour ce mode de greffer : au réveil de la sève, en mars-avril, et à son déclin, en septembre-octobre. Les soins après le greffage sont ceux que nous avons indiqués au greffage en couronne.

[2.4.1.4]Greffe en placage avec lanière (fig. 58). — Ce procédé a quelque rapport avec la greffe sous écorce par rameau (fig. 48) sauf que le greffon est ici plaqué sur le sujet et non glissé en coulée.

[fig58]

Fig. 58. — Greffe en placage avec lanière.

L’époque du greffage est en avril, à œil poussant, et en août, à œil dormant.

Nous taillons le greffon (V, fig. 58) sur sa base un peu coudée, en biseau bec-de-cane. Avec le métrogreffe, nous en mesurons le diamètre et, portant l’outil sur le sujet (X), nous tranchons l’écorce au moyen de la double spatule ; puis, donnant un trait de greffoir qui rejoigne le sommet des deux lignes, nous abaissons la lanière (x) ; nous y plaquons le greffon (V), et nous redressons la lanière. Il reste à ligaturer (Y) et à garnir d’onguent les endroits mal joints.

En opérant sur des arbres déjà forts ou branchus, il est prudent d’ouvrir des crans (Z, Z) à 0m,01 au-dessus de la greffe. Le fluide séveux, arrêté dans son cours, refluera vers les nouveaux bourgeons. Si le sujet est faible en sève, la greffe de printemps aura plus de succès.

[2.4.2]Soins après le greffage en placage. — La ligature étant obligatoire, le premier soin doit être d’empêcher la strangulation de la greffe ; une surveillance active sera nécessaire.

Peu de temps après les greffages de printemps, on étête progressivement les sujets greffés de côté, de façon qu’il leur soit conservé un onglet de 0m,10. L’onglet sera retranché en août, au ras de la greffe. La figure 56 en donne le détail.

Avec les greffages de fin d’été, l’étêtage définitif du sujet se fait après l’hiver. L’onglet réservé sert à l’accolage de la greffe ; on l’enlève après une année de végétation.

L’emploi d’un tuteur est utile pour palisser la jeune greffe de placage.

[2.5]
Groupe 4.

greffage en incrustation

[2.5.1]Préceptes généraux. — Jadis connu sous le nom de greffe à la Pontoise, du pays de son propagateur, le jardinier Huard (1775), ce procédé était spécial à la multiplication de l’Oranger et de quelques arbrisseaux ; aujourd’hui, on en généralise l’application sur presque tous les arbres et les arbustes ligneux.

Le principe de l’opération est bien simple ; le greffon, taillé en coin plus ou moins triangulaire, doit être incrusté sur le sujet dans une ouverture qui l’enchâsse hermétiquement.

L’époque du greffage est au printemps, à la phase initiale de la sève ; on pourrait encore greffer en été avec des rameaux semi-ligneux, et en août-septembre avec des greffons aoûtés. L’époque préférable est fin mars et avril.

On prépare le sujet à l’avance et on l’avive au moment du greffage.

Pour la greffe de printemps, les rameaux-greffons seront coupés en hiver et conservés dans la terre ; quelques jours avant de greffer, il serait encore temps de les détacher de l’arbre-étalon. Pour le greffage d’été, cette préparation n’aura lieu que le jour même de leur emploi.

Le greffon, portant deux ou trois yeux, sera taillé à la base en coin assez court, et viendra s’incruster sur le sujet dans une rainure angulaire, d’une ouverture coïncidant avec le biseau cunéiforme du greffon.

On maintient l’assemblage par un lien, et on couvre de mastic les amputations.

[fig59]

Fig. 59. — Greffe en incrustation, en tête.

Dans les pépinières où ce greffage s’étend sur plusieurs hectares, les greffeurs sont groupés par escouades de quatre ou cinq hommes. Le premier étête le sujet ; le second prépare le greffon ; un troisième raine le sujet et y loge le greffon ; un autre place la ligature et le dernier termine par l’engluement. L’étiquetage ou le numérotage des greffes, le tuteurage et le relevé du travail se font eu même temps, par le chef, avant de quitter le chantier.

Le greffage en incrustation se pratique en tête du sujet tronqué et quelquefois sur le côté d’un sujet non écimé.

[fig60]

Fig. 60. — Greffe en incrustation avec un seul bourgeon.

[2.5.1.1]Greffe en incrustation, en tête (fig. 59 et 60). — Le greffon (L, fig. 59) sera taillé en biseau triangulaire (n) dont la coupe est détaillée en n’. Le cran (p) fera reposer le greffon sur la tranche du sujet. On applique contre le sujet (M), à l’endroit destiné au greffage, le dos du biseau ; avec la lame de l’outil, on en trace la silhouette, puis on attaque l’écorce et le bois de manière à obtenir une ouverture cunéiforme (r).

Dans l’ouverture béante (r) du sujet (M), on enchâsse le greffon (L), comme on le voit en O. Ligaturer ensuite et couvrir de mastic.

Si le greffon est réduit à un fragment de rameau portant un seul œil, l’opération se simplifie suivant les indications de la figure 60.

On voit en A le greffon portant son unique bourgeon (a) respecté par le biseau (b) ; le sujet (B) étant ouvert comme nous l’avons dit, le greffon y est incrusté (C) de manière que l’œil affleure son tronçonnement. La ligature et l’engluement complètent l’opération.

[2.5.1.2]Greffe en incrustation latérale (fig. 61). — Un rameau-greffon coudé pourrait être incrusté le long d’une tige droite ; au contraire le greffon droit se placera bien sur une tige coudée. Ainsi enchâssé, le greffon présentera plus de solidité qu’avec la greffe en placage, surtout si la tige du sujet est rugueuse.

Sur le sujet (A, fig. 61), nous voulons introduire une branche où besoin est. Le greffon (B) sera taillé sur son embase ou point d’attache, une rainure analogue étant pratiquée sur le sujet ; l’assemblage se fera en (C).

Ligaturer et mastiquer la greffe ; appliquer ensuite une taille courte aux branches du sujet pour favoriser le développement de la greffe.

[2.5.2]Soins après le greffage en incrustation. — Le greffon n’étant pas suffisamment bridé sur le sujet, il faut le ligaturer solidement, avec un lien plutôt large qu’étroit, moins susceptible d’étrangler la greffe. L’accolage immédiat et suivi du greffon contre un tuteur sera encore d’un bon effet.

[fig61]

Fig. 61. — Greffe en incrustation latérale.

Les arbres greffés en incrustation latérale seront soumis aux soins que nous avons indiqués au placage. Visite aux ligatures, étêtage du sujet, accolage de la greffe, etc. La suppression de l’onglet est un cas assez rare.

[2.6]
Groupe 5.

greffage dans l’aubier

Dans ce groupe, pourraient être rangées les greffes dites à la vrille : 1° en tête, sur tronc, le vilebrequin ou la tarière pénétrant verticalement entre le liber et l’aubier et préparant le logement du greffon, ainsi que les paysans de Crimée le font ; 2° de côté, l’outil creusant la tige de biais, sans atteindre le cœur, pour faciliter l’introduction d’un greffon taillé, suivant la tradition des routiniers. Mais ces procédés primitifs sont à peu près abandonnés.

Nous signalerons ceux qui sont réellement recommandables et pratiques.

[2.6.1]Préceptes généraux. — Un greffon biseauté inséré dans l’aubier du sujet, en tête ou de côté, tel est le principe de l’opération.

Le greffage en tête nécessite l’amputation préalable du sujet ; le greffon y est introduit dans une fente ouverte entre l’écorce et l’étui médullaire, parallèlement à l’axe central.

Le greffage de côté, généralement pratiqué sous verre, peut provoquer un écimage du sujet, mais n’entraîne à son étêtage qu’après la soudure complète du greffon. Pour l’inoculation de ce dernier, on tranche l’écorce et les premières couches d’aubier du sujet, en dirigeant la lame de l’outil de haut en bas, obliquement sans aller jusqu’à la moelle, et on y introduit le greffon préparé à cet effet.

[2.6.1.1]Greffe en tête dans l’aubier. — Ici, nous avons deux procédés qui diffèrent par le biseau du greffon, taillé de biais ou taillé à plat.

[fig62]

Fig. 62. — Greffe en tête dans l’aubier, avec biseau plat.

[2.6.1.2]Greffe avec biseau plat. — Le sujet (A, fig. 62) est préparé comme le précédent, mais le biseau (D) du greffon, au lieu d’être taillé en coin triangulaire, est plane, sans cran, le dos étant avivé à sa base (C), en besaiguë. Le greffon sera introduit dans la fente du sujet ; s’il est trop fort, une entaille remplacera la fente pour le recevoir.

Avec un petit sujet, on pratique une fente partielle et l’on y introduit un greffon ; un gros sujet exige plusieurs greffons.

La ligature (B) et le mastic sont nécessaires.

Ce procédé est la Kiri-tsugi des Japonais.

Sur un sujet jeune et d’un faible diamètre, on pourrait fendre l’étui médullaire et y insérer le greffon ; le bois dur n’est pas formé. C’est encore une greffe dans l’aubier ; elle porte le nom de greffe Hervy, ou génoise ou en fente pleine. On l’emploie au vignoble en fendant le sujet jusqu’à la cloison de l’œil immédiatement inférieur à la tranche ; mais il ne faut pas oublier la ligature.

[fig63]

Baltet - L'art de greffer - fig63-64.jpg
Fig. 63. — Plan du tronc pour
la greffe en tête, de biais.
Fig. 64. — Taille du biseau
pour le greffage de biais.

[2.6.1.3]Greffe avec biseau de biais (fig. 63 et 64). — Nous avons appliqué ce procédé à la restauration de gros troncs qui ne pouvaient être soumis au greffage en couronne.

Le sujet (fig. 63) étant scié, puis avivé à la serpette, nous pratiquons plusieurs fentes de côté (a, a, a) qui, géométriquement, sont des cordes tendues dans le cercle, et non des rayons ni des lignes diamétrales.

Le greffon (L, fig. 64) aura son biseau taillé de biais ; un de ses côtés (M) tranche obliquement le canal médullaire, tandis que l’autre (N) ne fait pour ainsi dire qu’enlever l’écorce jusqu’à l’aubier ; la coupe en est démontrée (en l, m, n). Le greffon est inséré à chaque extrémité des fentes (a, a, a), les écorces devront coïncider.

Ce procédé est applicable aux végétaux chargés de moelle : Vigne, Catalpa, Noyer, Marronnier.

[2.6.1.4]Greffe de côté dans l’aubier. — Ce procédé a deux manières distinctes par la direction de l’incision pratiquée sur le sujet et par la taille du biseau qui en est la conséquence. Les fleuristes belges la nomme greffe à la pose.

[2.6.1.5]Greffe avec entaille droite. — Le greffon (A, fig. 65) de Camellia est taillé sur la moitié de sa longueur, en biseau à deux faces régulières ou double biseau (a), laissant de chaque côté une largeur égale d’écorce, finissant en pointe.

Le sujet (B) sera entaillé (en b) d’un seul coup de greffoir, la lame pénétrant jusque dans l’aubier. Le greffon (A) y sera introduit par sa base (a), puis ligaturé comme on le voit en C.

Les espèces à bois tendre n’exigent pas, autant que celles à bois dur, un greffage sur sujet non écimé. Voici même un exemple où le sujet est un rameau-bouture. Le sujet d’Aucuba.(fig. 66) tronqué à la base (L) et au sommet (K) a reçu le greffon (I) taillé à double face, dans les premières couches sous écorce ; une feuille a été ménagée en tête du sujet, et le pied du greffon affleurant

[fig65]

Fig. 65. — Greffe dans l’aubier, avec entaille droite (Camellia).
le sol, s’y est enraciné (en M). C’est donc une greffe en double bouture. [fig66]

Fig. 66. — Greffe de coté dans l’aubier, par double bouture (Aucuba).

[2.6.1.6]Greffe avec entaille oblique (fig. 67). — Le greffon (E) est une sommité de rameau de Houx ; il est reproduit partiellement en B avec le biseau (C), aminci sur les deux faces, et le dos du biseau plus allongé extérieurement. Nous pratiquons sur le sujet (A) l’entaille (D) en biais par rapport à l’axe du sujet, avec le sommet arrondi en faucille. Les couches génératrices du liber et de l’aubier seront ainsi tranchées obliquement. [fig67]
Fig. 67. — Greffe dans l’aubier avec entaille oblique (Houx).
Le greffon se trouvera donc penché, et ses feuilles ne seront point gênées par le sujet. Mais on pourrait le placer de manière que son sommet soit droit, en taillant le biseau obliquement.

On ligature avec un lien doué d’élasticité, laine ou spargaine.

M. Carrière recommande cette greffe pour les Conifères, et M. Ed. André pour les arbrisseaux de terre de bruyère. Nous l’avons réussie sur ces divers genres.

[2.6.2]Soins après le greffage dans l’aubier. — Le greffage en tête exige une surveillance à la ligature de la greffe et au palissage des jeunes pousses ; l’ébourgeonnage rentre dans les soins généraux qui seront expliqués au chapitre vii.

En ce qui concerne les greffes de côté, si le greffage est fait en avril-mai, on écime progressivement à partir du moment où l’agglutination semble assurée, et on continue à mesure que la greffe se développe.

Si le greffage a été fait à l’automne, on tronçonnera le sujet après l’hiver, à 0m,10 ou 0m,15 de la greffe, en conservant sur l’onglet quelques feuilles ou de petites ramifications que l’on écourtera à la saison des ébourgeonnements.

Cet onglet, premier tuteur du jeune sujet, sera enlevé au ras de la greffe, dès que la nouvelle pousse aura assez de force pour se défendre.

[2.7]
Groupe 6.

greffage en fente

[2.7.1]Préceptes généraux. — Le greffage en fente est employé à la propagation de la majeure partie des végétaux ligneux à feuilles caduques.

Le sujet, étêté ou non, sera tronçonné définitivement au moment de l’opération, au point destiné à recevoir la greffe ; une coupe fraîche se prête mieux à la juxtaposition.

Si la tige est de moyenne grosseur, on ne lui applique qu’une greffe, alors on établit l’aire de l’amputation dans un sens légèrement oblique ; mais si la force du sujet exige plusieurs greffons, on fait la coupe sur un plan horizontal.

Le greffon est un fragment de rameau muni d’un œil ou de plusieurs yeux. Plus le sujet est jeune, plus court sera le greffon. Prenons pour terme moyen deux ou trois yeux ; le greffon a de 0m,08 à 0m,10 de longueur. Pour le préparer, nous taillons la partie inférieure de la greffe sur deux faces, en biseau presque triangulaire. Nous disons presque, attendu que les deux côtés taillés en s’amincissant, ne se rencontrent à vive arête que vers la pointe. À l’opposé de cette arête est le dos du biseau laissé intact par l’outil ; il commence immédiatement sous un œil et se termine en pointe à l’extrémité inférieure du greffon. Dans quelques circonstances, nous verrons qu’il est possible de ménager un bourgeon sur le dos du biseau ; et dans certains procédés de greffage en fente terminale, le greffon est taillé sur les deux faces, en bec-de-cane au lieu d’être en coin triangulaire.

[fig68]

Fig. 68. — Préparation du greffon de la greffe en fente.

Quand on veut faire asseoir parfaitement le rameau-greffon sur le sujet, on ménage au sommet du biseau, en tête de chaque paroi amincie, une légère entaille horizontale ou oblique, dans le sens de la coupe de la tige.

[2.7.1.1]La préparation du greffon (fig. 68) s’obtient plus aisément en tenant le rameau couché sur la main gauche, allongé sur l’index. La main droite, armée d’un greffoir, taille le biseau en lissant chacun de ses côtés, la moindre inégalité s’opposant à sa coïncidence avec le sujet ; la pointe, légèrement émoussée, en facilitera le glissement.

Un conseil aux débutants : le greffeur a plus de force et dirige mieux le mouvement de l’outil, s’il opère les coudes au corps.

La greffe en fente se fait avec un ou plusieurs greffons ; les divers procédés consistent à employer le greffon à l’état ligneux ou herbacé, au printemps, en été ou à l’automne, au sommet de l’arbre, ou à l’angle des bifurcations.

Examinons-les successivement.

[2.7.1.2]
greffe en fente ordinaire

[fig69]
Fig. 69. — Greffe en fente, simple.

[2.7.1.3]Greffe en fente simple ou en demi-fente (fig. 69). — Le sujet (A) est de moyenne grosseur nous le tronçonnons obliquement en B, le sommet (C) de la coupe restant horizontal ; puis en y plaçant le bec de la serpette (fig. 3), ou la lame du couteau à greffer (fig. 7), tout en appuyant sur l’outil, nous le balançons par secousses légères et brusques ; il en résultera une fente verticale (D) ayant la longueur approximative du biseau (F) du greffon (E). Le talent du greffeur consiste à ne pas fendre diamétralement le sujet. Ce mouvement saccadé de la main qui tient l’outil a d’ailleurs pour but de trancher l’écorce et les premières couches d’aubier, pour que le greffon ait son chemin tracé ; si les parois du sillon étaient irrégulièrement séparées, il faudrait s’abstenir de les lisser avec un couteau.

[fig70]
Fig. 70. — Insertion du greffon de la greffe en fente.

Avant que cette fente partielle soit finie, de l’autre main nous prenons le greffon (E) et nous l’y insérons par l’orifice supérieur, en le faisant descendre à mesure que l’incision s’agrandit (fig. 70). Nous retirons même l’outil assez tôt pour que le greffon, se trouvant poussé par la main, achève de préparer son logement. Nous faisons glisser le biseau (F, fig. 69) dans sa position définitive (G), de façon que son écorce coïncide avec celle du sujet, sans saillie et sans cavités accentuées. Si la tige avait une écorce épaisse, nous inclinerions faiblement le greffon dans la fente, rentrant an sommet, sortant à la base, le croisement des couches de liber et d’aubier des deux parties amènerait inévitablement quelque point de contact ; l’agglutination s’accomplit par les zones génératrices, et non par les couches extérieures de l’écorce.

L’engluement est nécessaire. La ligature, même au cas de fente partielle, retient les tissus.

[2.7.1.4]Greffe en fente double ou en fente complète (fig. 71). — Le sujet (A), étant plus gros, recevra deux greffons.

[fig71]
Fig. 71. — Greffe en fente, double.
La coupe (B) est horizontale, et nous fendons diagonalement le sujet en C. Dans ce but, nous plaçons, sur la tranche du sujet, la serpette (fig. 3) ou le ciseau à greffer (fig. 8), la lame parallèlement à l’étui médullaire. Nous appuyons des deux mains ; si le bois est résistant, le maillet sera utilisé ; les greffes sont placées entre les lèvres de l’opérateur ou dans un vase contenant de la mousse fraîche. Quand la fente est aux deux tiers finie, nous retirons l’outil sur un bord, tout en maintenant l’incision entrebâillée ; nous plaçons un greffon (D) à l’autre bord et, en employant l’outil ou le manche du maillet comme un levier, nous faisons pénétrer le greffon complètement. L’insertion de l’autre greffon n’est pas plus difficile ; peut-être faudra-t-il encore placer la lame de l’outil ou un coin de buis dans la fente (C), et forcer un peu l’ouverture, pour faciliter le glissement de la deuxième greffe.

Ligaturer (E) ; engluer copieusement.

[2.7.1.5]Greffe en fente avec œil enchâssé (fig.72). — Ce mode de greffage est basé sur la préparation du greffon. En taillant le greffon (A, fig. 72)

[fig72]

Fig. 72. — Greffe en fente, avec œil enchâssé.
d’après la coupe (a’), on ménage, sur le dos du

biseau (a), un œil (b) qui se trouvera enchâssé dans la fente (c) du sujet (B), tel qu’on le voit en C ; cet œil doit produire un scion vigoureux qui craindra moins l’action des vents. On pourra le palisser, d’abord, contre le sommet du greffon et, plus tard, sur un tuteur.

Ligaturer et engluer (voir fig. 13, p. 27).

[2.7.2]
époque du greffage en fente

Les principales époques du greffage en fente sont le printemps et la fin de l’été. Dans le midi de la France, où l’action des hivers rudes est à peu près nulle, on réussit dès le mois de décembre le greffage de printemps. Vers le nord, on ne peut guère commencer avant le mois d’avril.

[2.7.2.1]Greffage en fente au printemps. — Les mois de mars et d’avril sont les époques habituelles pour le greffage en fente. Dans les pays chauds, on peut commencer plus tôt.

Les rameaux-greffons, coupés à l’avance, seront conservés comme nous l’avons dit, page 56. Avec les espèces à tissus délicats, il est préférable de couper les rameaux à la dernière heure.

Le sujet sera étêté le jour du greffage. Lorsqu’on l’étête plus tôt, on a soin de rafraîchir la coupe avant d’y loger le greffon.

Après le greffage, si les hâles deviennent persistants, on couvre la greffe de mousse ou d’un cornet de papier gris attaché sur le sujet ; le plus simple serait d’embouer les greffons. On agirait de même pour les opérations d’été, comme il est dit à la Greffe en couronne, page 109.

[2.7.2.2]Greffage en fente à l’automne. — La greffe en fente d’automne ou de fin d’été se pratique comme celle de printemps, il n’y a que l’époque de changée. Cette période comprend les mois d’août, de septembre, d’octobre ; il faut saisir le moment où la sève est à son déclin ; les rameaux du sujet sont aoûtés, les yeux sont formés et les feuilles, quoique encore adhérentes, sont prêtes à se détacher. Posée trop tôt, la greffe pourrait bourgeonner, et cette fougue d’arrière-saison lui serait funeste en hiver ; elle offrirait au froid plus de prise que si elle était restée dormante. Si la greffe était faite trop tard, elle ne pourrait plus s’unir au sujet, par suite de la disparition du cambium, et se trouverait desséchée quand arriverait la végétation du printemps, au réveil de la sève.

Les greffons seront coupés au moment de leur emploi, effeuillés aussitôt, et la base sera placée dans un vase rempli d’eau ou de sable frais.

Pour les greffes d’automne, les mastics froids présentent cet inconvénient que leur onctuosité subit l’action de la gelée ; par suite, les tissus englués pourraient en supporter les effets. On emploiera donc un liniment chaud qui durcisse immédiatement (voir p. 28).

[2.7.2.3]
greffe en fente terminale

Les greffes en fente précédemment décrites ne sont que facticement terminales, ce sont des greffes en tête, tandis que celles-ci sont plus spécialement appliquées au sommet d’un sujet non étêté, le greffon muni de son œil terminal.

[2.7.2.4]Greffe terminale ligneuse (fig. 73 et 74). — L’époque du greffage est au printemps, avant la montée de la sève.

Nous citerons quelques exemples avec des arbres résineux et avec des arbres non résineux. Commençons par ces derniers.

[fig73]

Fig. 73. — Greffe en fente terminale (Noyer).

[2.7.2.5]Greffe terminale sur arbres non résineux. — Le greffon de Noyer (A, fig. 73) muni de son œil de tête étant taillé en double biseau régulier (a), le sujet (B) sera fendu au milieu de son bourgeon terminal (b), modérément, de telle sorte que le greffon achève son gîte lors de son introduction (C) sur le sujet (B). Avec une ligature, on bridera sujet et et greffon.

Le lien est conservé jusqu’au début de la végétation de la greffe.

À cette époque, on pince les jets du sauvageon, sans les retrancher totalement ; ils continueront à attirer la sève vers la greffe.

[fig74]

Fig. 74. — Greffe en fente sur bourgeon terminal (Sapin).

[2.7.2.6]Greffe en fente terminale sur le Sapin (fig. 74). — Les Sapins des tribus Abies et Picea, dont la tige s’augmente chaque année d’un verticille de branches et d’une flèche non ramifiée peuvent être propagés à l’aide de ce système. On le pratique à l’air libre, en avril-mai, quand les bourgeons du Sapin commencent à gonfler.

Le greffon (A, fig. 74), choisi au sommet d’une branche, est un rameau de l’année précédente, couronné de ses yeux terminaux. Son biseau (a), légèrement aminci en dedans, est taillé uniformément et sans languette ; on l’inoculera au sommet de la flèche (C) du sujet (B), dans une fente pratiquée entre deux yeux de la couronne, à leur jonction vers l’œil central ; cette incision sera partielle ou totale (b).

L’insertion étant faite (en d), on ligature avec de la laine ou du coton, et on couvre d’onguent ; on entoure ensuite la greffe avec une feuille de papier gris, afin de la préserver, à son début, de l’action du hâle et du soleil.

En même temps, on taille à moitié de leur longueur ou on arque en dessous les rameaux de la dernière couronne du sujet. Cette précaution a pour but de ne pas laisser absorber trop de sève par le sujet aux dépens de la greffe. On n’élague pas, on taille ou on arque ; cette opération est seulement appliquée à la couronne supérieure.

Le sujet reçoit la greffe à tout âge, en plein air ou à l’étouffée. Les arbres qui en résultent conserveront l’apparence des arbres de semis.

[2.7.2.7]Greffe terminale herbacée (fig. 75 et 76). — Nous avons plus particulièrement appliqué cette greffe au Pin ; mais il est probable que d’autres Conifères s’y prêteraient également.

Lors des premières évolutions de la sève, en mai-juin, — les jeunes pousses de Pin ayant déjà 0m,03 à 0m,05, avant que les nouvelles feuilles soient développées, — c’est l’instant propice au greffage.

[fig75]
Fig. 75. — Greffe en fente en tête, avec rameau herbacé (Pin).
Le greffon (C, fig. 75) est un de ces jeunes rameaux, à l’état presque rudimentaire, muni de son œil terminal ; on le prend sur une branche de l’arbre-étalon, choisi au sommet ou de côté. On le taille en double biseau, régulièrement aminci aux deux faces, avec un greffoir bien affilé. Les précautions sont nécessaires à cause de la contexture délicate du greffon.

Le sujet est tronqué au sommet de la flèche, immédiatement au-dessous du groupe d’yeux terminaux. On enlève les feuilles autour du sommet (B), sauf quelques-unes conservées à la tête qui devront y attirer la sève. L’incision sera diamétrale ou partielle suivant la différence de calibre entre le sujet et le greffon, mais il est préférable que leur diamètre soit identique. Le greffon est engagé assez profondément dans cette fente, jusqu’à ce que le sommet du biseau pénètre à 0m,01 au-dessous de la tranche. Le dos du biseau doit coïncider avec l’écorce du sujet. Un tuteur serait indispensable pendant une année ou deux, au moins.

[fig76]

Fig. 76. — Greffe en fente sur bourgeon terminal (Pin).

On ligature avec de la laine, et on englue les coupes vives exposées à l’air ; puis on entoure la greffe avec un cornet de papier que l’on maintiendra jusqu’à ce que les bourgeons greffés soient entrés en végétation.

S’il s’agissait de greffer une variété plus précoce en végétation que le sujet, un greffeur habile pourrait, au lieu d’écimer le sujet (B, fig. 76), fendre à moitié le bourgeon terminal (a) en pénétrant la flèche (A) ; il introduirait le greffon (C) dont le biseau triangulaire (c) s’emboîtera dans la fente partielle (a). On voit (b) la greffe ligaturée. Tandis que le greffon se développera, on modérera par un pincement la végétation des bourgeons du verticille terminal.

D’après l’ouvrage Sciences et Lettres au moyen âge, la greffe herbacée aurait été découverte par un prêtre messin, maître François, contemporain de Christophe Colomb. Son application aux végétaux ligneux ou herbacés a été popularisée vers 1811 par le travail et les communications du baron Tschudy, « bourgeois de Glaris », qui l’appliquait dans son parc de Colombé, près Metz, et la recommandait aux Sociétés savantes.

Les pépinières Simon, qui existaient déjà à Plantières-lez-Metz, l’ont pratiquée et modifiée suivant les milieux.

La greffe terminale avec greffon herbacé fut adoptée : 1° dans les cultures de Louis Noisette, à Paris, horticulteur érudit ; 2° dans le parc de Fromont par Soulange-Bodin, alors qu’il fondait l’Institut horticole ; 3° en pleine forêt de Fontainebleau par Boisdhyver, d’André et de Larminat, où l’on pouvait voir, avant le grand hiver de 1879-1880, des sujets de 40 ans du Pin Laricio greffés de tête en fente herbacée sur Pin sylvestre, et aussi beaux que des arbres de semis.

Pendant trente années, Jules Barotte, dans la Haute-Marne, a transformé par ce procédé, des milliers de Pin sylvestre en Pin d’Autriche ou en Pin Laricio. Il opérait dans la forêt, greffait les sujets sur leur jeune flèche, à 0m,50 ou 1 mètre du sol, et ne couvrait jamais ses greffes avec un écran comme on le fait en pépinière à l’air libre.

[2.7.2.8]
greffe en fente sur bifurcation

L’insertion du greffon sur le sujet se fera à la bifurcation d’une branche sur la tige ou au point de rencontre de deux branches. Il est facile de provoquer la naissance de cette enfourchure par la taille de la tige ou de la branche, ou encore par l’ouverture d’un cran en forme de fer à cheval au-dessus d’un bourgeon qui devra se développer et constituer la ramification.

Le greffon taillé en coin triangulaire, assez aminci, sera introduit sur le sujet à la jonction des deux branches ; ces deux branches seront raccourcies graduellement dès que l’on voudra faire développer la greffe.

Nous signalerons quelques espèces parmi les Conifères, le Hêtre, la Vigne, le Chêne, qui réussissent par ce procédé.

[2.7.2.9]Greffe en bifurcation des Conifères. — Dans les arbres résineux, les espèces qui se ramifient sur la jeune flèche, les variétés de Biota, de Chamæcyparis, de Cyprès, de Genévrier, de Retinospora, de Thuia, pourront être propagées par cette méthode ; elle est suivie à Metz.

Le greffon (A, fig. 77), est inséré sur le sujet (B), au point de jonction (E) du rameau (D) sur la flèche (C), avec le greffoir anglais (fig. 5).

[fig77]
Fig. 77. — Greffe en fente sur
bifurcation (Thuia).
La base (a) du greffon, amincie légèrement, aura la face interne plus étroite ; donc, le biseau est double, uni, sans encoche. On pratique une fente partielle sur la cime du sujet au point (b) de bifurcation ; le greffon y est introduit, ligaturé, englué, et entouré d’un cornet de papier gris, la couleur grise concentrant moins la chaleur.

Le printemps et la fin de l’été sont deux bonnes saisons pour opérer. Il est nécessaire d’attirer la sève vers la greffe par un pincement des branches du sujet.

[2.7.2.10]Greffe en bifurcation des bois durs. — Voici d’abord un exemple relatif au Hêtre. Le greffon, âgé de deux ans (A, fig. 78), est enclavé sur le sujet (B) à la rencontre des deux branches (C et D). Le biseau (a) du greffon est taillé en coin aminci (a’) sur vieux bois. La fente (b) du sujet ne dépasse guère les deux tiers du diamètre de l’arbre, de telle sorte que le greffon s’y trouve bridé. Ligaturer et engluer le greffon complètement.

[fig79]

Fig. 78. — Greffe en fente sur bifurcation (Hêtre).

On taillera assez long les branches (C et D) ; plus tard on réduira leur" longueur, à mesure que le greffon se développera, de façon que les deux moignons puissent être enlevés à l’automne.

Le Chêne se greffe de même sur enfourchure. Paul de Mortillet à Meylan, en Dauphiné, multiplie par ce procédé les Chênes d’Amérique sur les Chênes d’Europe. Nous avons réussi le Noyer à fruit comestible sur le Noyer d’Amérique. Peut-être le Châtaignier et d’autres arbres à bois dur se grefferaient-ils par le même mode.

[2.7.2.11]Greffe en bifurcation de la Vigne. — Ce greffage recommandé par M. Boisselot, de Nantes, se pratique au point de bifurcation de deux branches. Le sujet (A, fig. 79), est branchu (en a, a). Le greffon (B), aminci en double biseau irrégulier (C, D), est introduit sur le sujet (A) par le moyen d’une fente partielle ouverte à la jonction des deux branches (a, a) du sujet. Ligaturer fortement et couvrir de terre. Ces deux branches seront étêtées à 0m,30 environ de leur naissance ; dans l’été, les bourgeons qui s’y développeront seront pincés dans le but d’attirer la sève vers le point greffé. Après une année de végétation, les deux branches seront supprimées à la jonction de la greffe (e, e).

[fig79]

Fig. 79. — Greffe en fente sur bifurcation (Vigne).

À défaut de deux branches, on peut choisir un coude ou le point de naissance d’un sarment.

Le moment de greffer est l’automne, à la phase terminale de la sève, ou le printemps, à son début.

[2.7.3]
soins après le greffage en fente

Nous avons indiqué, aux divers systèmes de la greffe en fente, les soins particuliers qu’ils nécessitent. Il ne nous reste plus qu’à généraliser nos principales recommandations.

On surveillera fréquemment les ligatures.

On procédera au palissage contre un tuteur fixé solidement, échalas, perche ou baguette, de manière que les scions de la greffe y soient palissés au fur et à mesure de leur développement. Avec une jeune tige, il suffirait d’attacher par ses deux extrémités un brin de saule flexible sur le sujet, en le disposant en arc pour opérer l’accolage des jeunes rameaux (fig. 105, p. 196).

On ébourgeonnera les jeunes pousses étrangères au greffon en agissant avec d’autant plus de sévérité que le sujet sera plus fort, et que les scions à supprimer seront plus éloignés de la greffe. Les appelle-sève seront pincés. Enfin on détruira les insectes, sans oublier ceux qui se cachent dans les fentes de la greffe où sous les ligatures.

Une greffe en fente manquée au printemps pourrait être remplacée dans la même année par le greffage en couronne, en écusson, par rameau sous écorce, ou en fente d’été, mais le plus souvent par une greffe en fente d’automne.

[2.8]
Groupe 7.

greffage à l’anglaise

[2.8.1]Préceptes généraux. — La greffe anglaise comprend un sujet et un greffon qui sont généralement du même calibre. On les taille en biais, l’un dans un sens, l’autre dans un sens opposé, mais sous le même angle pour qu’ils coïncident par leur rapprochement. On augmente leurs points de contact par des languettes et des crans qui s’encochent réciproquement.

Le sujet est étêté pour recevoir la greffe. Un sujet plus gros pourrait porter deux greffons. Le greffon est un rameau bien constitué, d’une longueur de deux à quatre yeux.

Le moment de greffer arrive avec mars et avril ; l’opération réussirait encore en août-septembre quand la sève se ralentit.

Le greffage à l’anglaise est le véritable greffage par copulation ; il est applicable à la majorité des végétaux. Les Anglais le préfèrent à tout autre, de là son nom.

[2.8.1.1]Greffe anglaise simple (fig. 80). — Le sujet et le greffon, de semblable diamètre, sont tranchés de biais sur biseau assez long, sans encoche, les parties avivées étant plutôt jeunes.

On fait en sorte de conserver un œil au sommet du sujet et un autre à la base du greffon.

Les deux parties sont assemblées aussi parfaitement que possible ; c’est donc une greffe par application pure et simple. Ligature souple, laine, spargaine ou caoutchouc, tuteurage et surveillance aux ligatures.

[fig80]
Fig. 80. — Greffe anglaise, simple.
Nous avons réussi l’Abricotier par ce procédé. Le Groseillier s’y prête également (fig. 114).

En Angleterre, on greffe ainsi le Rosier sur collet, en serre.

Une école de viticulture d’Autriche a réussi le greffage herbacé de la Vigne, les deux biseaux mis en contact sectionnant en travers la cloison interne de l’œil. Nous y reviendrons avec texte et dessin.

Dans les pays du Nord, où l’on pratique le greffage en cave pendant l’hiver, le jeune plant, de la grosseur d’un crayon est taillé et greffé à l’anglaise simple. On le met en jauge dans le cellier, pour le planter une fois les gelées disparues. Si le sujet est trop gros, on a recours à la greffe anglaise compliquée.

[2.8.1.2]Greffe anglaise compliquée. (fig. 81, 82, 83). — Celle-ci est la plus employée des greffes anglaises ; elle peut être modifiée dans ses détails.

[fig81]
Fig. 81. — Greffe anglaise compliquée.
Le greffon (B, fig. 81) est taillé en bec de flûte très allongé ; on pratique vers le tiers du biseau, entre la moelle et la pointe, une fente longitudinale (D), en ménageant un œil (E) à la base. Cette fente s’obtient par un simple coup d’outil ; on n’enlève aucune esquille de bois.

Le sujet (A) est soumis à une opération analogue : tronçonnement en biais et fente au tiers supérieur avec bourgeon d’appel ; cette fente sera ouverte, comme celle du greffon, entre le centre et la pointe de la tranche.

Une fois les deux biseaux préparés, on les applique l’un sur l’autre à se toucher en tous points ; puis, faisant pénétrer la dent (D) dans le cran (C), on les agrafe intimement, comme on le voit en F.

Quand le greffon est moins large que le sujet, on le ramène au bord de la tranche, pour que les épidermes ou le liber se confondent au moins sur un côté dans la même périphérie.

Ligaturer et engluer copieusement.

[2.8.1.3]Nous donnons (fig. 82) une forme de la greffe anglaise pour diamètres égaux, c’est le trait de Jupiter du charpentier.

[fig82]
Fig. 82. — Greffe anglaise dite Trait de Jupiter.
D’une exécution solide, elle offre une double sécurité par les deux encoches obliques du greffon (A) et du sujet (B), réunis définitivement en C.

Le bourgeon d’appel (d) attire le courant séveux qui doit souder la greffe.

Une autre modification (fig. 83) a été recommandée par M. Aimé Champin, de la Drôme.

Le biseau du sujet (a) et celui du greffon (b) ne sont qu’en affleurement de l’aubier ; alors la fente longitudinale n’est pas pratiquée sur le biseau ; mais à son opposé, la pointe de chaque biseau est obtuse. On opère au-dessus et au-dessous d’un œil. Il n’y a plus qu’à enclaver les deux parties et à ligaturer (C). Les points de retraite (c, d) à la jonction du sujet (A) et du greffon (B) se cicatriseront rapidement.

[2.8.1.4]Greffe anglaise au galop (fig. 84 et 85). — Traduction de « whip graft » des Anglais.

[fig83]
Fig. 83. — Greffe anglaise de Champin.
Des auteurs anglais, Miller en 1731, Bradley en 1756, Forsyth en 1802, l’ont décrite sous le nom de « whipe and tongue grafting », greffe à languette au galop. Vers 1803, Calvel la nomme « greffe de rapport oblique » ; il en fait remonter l’origine à Kuffner, auteur allemand du commencement du dix-huitième siècle, et estime qu’elle aurait été importée d’Allemagne en France, vers 1740, par un soldat interné à Toulouse.

[2.8.1.5]Greffe au galop, simple. — Le sujet (B, fig. 84) est étêté ; avec la serpette ou le greffoir, on obtient la plaie (d, e) longue de 0m,05 à 0m,06, commençant à l’écorce (d), finissant dans l’aubier (e). Au tiers environ, d’un coup d’outil de haut en bas, on a la fente (f). Le greffon (A), long de 0m,10 à 0m,12, aura sa moitié inférieure taillée en biseau plat (a, b) ; aux deux tiers du biseau, de bas en haut, l’outil produira la coche (c). Il reste pour finir à enchevêtrer les deux parties en C, à ligaturer et à engluer les points de contact ou mis à nu.

Il faut avoir le soin de tailler le greffon en pointe finissant à l’écorce, puis de l’ajuster sur le bord de la plaie du sujet ; on ménagera, en tête de ce dernier, un bourgeon d’appel.

[fig84]

Fig. 84. — Greffe anglaise au galop, simple.

En rendant compte au gouvernement belge de leurs excursions en Angleterre (1867, 1868), nos amis Mertens et Forckel, diplômés des Écoles d’horticulture, constatent que, dans les grandes pépinières d’outre-Manche, un bon greffeur accompagné de deux aides qui ligaturent et engluent, peut dans une journée de douze heures, faire mille whip graft.

Cette greffe est applicable à la majeure partie des végétaux ligneux, mais surtout au Pommier, au Poirier, au Prunier, à la Vigne, etc.

[fig85]

Fig. 85. — Greffe anglaise, au galop, double.

[2.8.1.6]Greffe au galop, double. — Le sujet (B, fig. 85) étant d’un assez fort diamètre, pourra recevoir deux greffons ; il subira la plaie (d, e) et sera fendu (f) au sommet (e) ; le greffon (A) aura son biseau (a, b) avec la languette (c) produite par une simple fente. En C, les deux greffons sont agrafés, chacun d’eux étant en contact intime avec la zone génératrice du sujet. — Ligaturer ; engluer.

[fig86]

Fig. 86. — Greffe anglaise, à cheval (Rhododendron).

[2.8.1.7]Greffe anglaise à cheval (fig. 86 et 87). — Le sujet (B, fig. 86) est taillé au sommet en double biseau régulier (b). Le greffon (A) est ouvert ou fendu à sa base en et placé à cheval sur le sujet (B) qui s’y enclave en C. Enfin ligaturer et couvrir la greffe de mastic froid.

[fig87]
Fig. 87. — Greffe anglaise à cheval (Vigne).
Le choix d’un greffon trapu, terminé par un bouton floral, produit avec le Rhododendron un sujet immédiatement en fleurs. [2.8.1.8]Le Camellia se prête à ce procédé de greffage. Voici un autre exemple appliqué à la Vigne.

Le sujet (A, fig. 87) est écimé à 0m,03 ou 0m,04 au-dessus d’un œil (c) et taillé en double biseau (a) formant un angle aigu, le sommet en pointe, les deux côtés commençant au coussinet d’un œil (c) ; le greffon (B) est taillé en sens contraire ; coupé à 0m,04 au-dessous d’un œil (b), puis fendu à sa base jusqu’à cet œil inférieur, il aura les bords intérieurs légèrement retaillés au greffoir à leur pointe ; on le placera à cheval sur le sujet, l’œil (b) étant du côté opposé à l’œil (c). Ligaturer et mastiquer la greffe.

[2.8.2]Soins après le greffage à l’anglaise. — Plus les deux parties greffées sont agrafées mutuellement, moins le tuteur est nécessaire ; cependant il vaut mieux accompagner le sujet d’un échalas pour le palissage de la greffe.

La strangulation par le lien est supposable, car les deux parties, étant de la même grosseur, annoncent un sujet jeune, par conséquent un sujet vigoureux. On détachera la ligature au lieu de la couper, dans la crainte de faire pénétrer le couteau dans une des jointures de la greffe.

[3]

III. — Greffage par œil ou bourgeon

[3.1]
préceptes généraux

Nous considérons comme parfaitement synonymes les mots œil et bourgeon appliqués à la désignation du bouton ou gemme chez les végétaux ligneux.

L’œil ou bourgeon accompagné d’une certaine portion d’écorce, détaché d’un rameau, est le greffon de cette troisième division du greffage.

Le lambeau d’écorce qui supporte l’œil doit comprendre toute l’épaisseur de la couche corticale jusqu’à l’aubier exclusivement. Si le greffeur ne peut y arriver d’une façon rigoureuse, il vaudrait mieux entamer un peu de bois que d’oublier le moindre feuillet du liber. Le fragment cortical représente un écusson d’armoirie ou prend une forme tubulaire. De là, deux groupes : le greffage par écusson d’abord, puis le greffage en flûte.

Le sujet est un arbre en végétation, alors son écorce doit s’isoler facilement de l’aubier pour y permettre l’introduction du greffon. Les rameaux qui auraient pu gêner le travail de l’application du greffon ont été retranchés assez de temps à l’avance. Le fluide séveux doit être en pleine activité plutôt qu’en décroissance.

[3.2]
Groupe 1.

greffage en écusson

Le mot écusson provient, disons-nous, de la forme du lambeau d’écorce qui accompagne l’œil, cependant le dessin en est variable : elliptique, carré, triangulaire, obtus. La désignation héraldique, écusson, n’en persiste pas moins.

En général, les greffons sont pris sur des rameaux de l’année courante si le greffage est fait en été, de l’année précédente s’il est fait au printemps. Un rameau-greffon de grosseur moyenne est préférable aux rameaux trop forts ou trop faibles ; les yeux doivent être bien formés.

Nous admettons deux subdivisions de la greffe en écusson, établies d’après le mode d’insertion du greffon sur le sujet : 1° par inoculation ou sous l’écorce du sujet ; 2° en placage ou à la place d’un fragment d’écorce du sujet.

[3.2.1]
écussonnage sous l’écorce ou par inoculation

[3.2.2]Préceptes généraux. — Le sujet doit se trouver en sève pour recevoir le greffon. On s’en assure en soulevant l’écorce avec le greffoir ; l’écorce s’isolera de l’aubier, sans déchirure, et laissera voir une légère humidité qui facilitera la soudure de l’écusson.

Il est assez important que les deux parties soient à un degré analogue de végétation ; s’il y avait inégalité, il vaudrait mieux que le sujet fût plus avancé en sève que le greffon.

Les rameaux à greffer, qui ne sont ici que des porte-greffons, ont quitté leur phase herbacée et sont déjà ligneux. Leur état de sève est à point, si, avec l’outil ou l’ongle, on isole facilement l’écorce de l’aubier ; on en reconnaît encore l’aoûtement à la nuance bien accusée de l’épiderme, à la formation de l’œil terminal, à la fermeté des tissus sous la pression des doigts.

Un rameau-greffon avancé en maturité vaut mieux que s’il était en tendreté ; mais il est préférable de l’avoir tel que nous l’indiquons.

Nous avons cependant réussi l’écussonnage d’yeux de Pommier levés sur un rameau encore herbacé, mais effeuillé sur pétiole, et laissé sur la terre, au soleil, pendant quelques heures.

Dans les pays froids, brumeux — les Pays-Bas, l’Angleterre, la Norvège, le Danemark, la Russie — où l’état séveux se prolonge au détriment de l’aoûtement des tissus, il convient de préparer cette phase de lignification par le pincement préalable du rameau-greffon et l’aération donnée au sujet, à l’endroit projeté de la greffe.

Dans les pays chauds et secs, Nice, l’Algérie, l’Italie, l’Espagne, le Portugal, où l’on peut écussonner l’Oranger en pleine terre, la période de l’écussonnage est relativement plus courte, le cambium se lignifie promptement. Si la localité est fréquentée par les bourrasques, on placera l’écusson du côté du vent ; le scion qui en résultera sera moins exposé aux ruptures violentes.

[3.2.2.1]Écussonnage ordinaire. — De tous les systèmes de greffage, celui-ci est le plus répandu dans les pépinières et dans les jardins.

[3.2.2.2]Préparation des greffons. — Les rameaux-greffons étant choisis d’après les recommandations précédentes, on les prépare en rejetant ce qui est inutile à l’écussonnage. Disons d’abord que les yeux situés au milieu du rameau sont généralement convenables au greffage en écusson ; ceux de la base et du sommet ont souvent le défaut d’être incomplets, mous, herbacés, éteints ou trop disposés « à fleur ». Ici, un greffon de choix serait un œil bien constitué, ni latent, ni fructifère, ni avarié en aucune façon ; les rameaux anticipés, les rameaux trop florifères seraient au contraire de mauvais porte-greffons.

Toutefois, quand on n’est pas suffisamment approvisionné de bons greffons, on peut employer les yeux douteux en les doublant sur le sujet. Il y a des bourgeons qui paraissent incertains, mais qui fournissent une bonne végétation, les soins de l’ébourgeonnage aidant. Les bourgeons saillants, éperonnés, ne sont pas à dédaigner, ni ceux qui se trouvent accompagnés de plusieurs feuilles, l’œil bruni par l’insolation est mieux aoûté que l’œil verdâtre privé de soleil.

[fig88]
Fig. 88. — Préparation du rameau-greffon pour l’écussonnage.
Le rameau (A, fig. 88) de Poirier étant choisi, on en retranche les extrémités B et C, impropres au greffage, et l’on coupe les feuilles sur leur pétiole, à 0m,01 de l’œil ou gemme de la partie conservée (D), de façon qu’il en résulte le greffon multiple (D’). Les stipules qui bordent le pétiole seront enlevées à la main.

Les scions ainsi préparés devront être immédiatement placés à l’ombre et au frais, leur extrémité inférieure plongée dans un vase d’eau ou plutôt dans la mousse humide. Dans l’eau, le rameau ne doit pas rester au delà de cinq ou six heures, à moins qu’il ne soit ridé ou desséché ; alors on pourrait le laisser pendant une journée le pied dans l’eau, à l’ombre, et une nuit dans la mousse pour lui rendre l’humidité naturelle qu’il aurait perdue.

[fig89]
Fig. 89. — Rameau-greffon de deux ans (Bouleau).
Le pépiniériste qui prépare, dès la veille, les greffons pour le lendemain, leur fait passer la nuit dans de l’herbe fraîche ou dans un linge mouillé. Si l’on manquait d’eau dans la pépinière, on enterrerait les rameaux de toute leur longueur, en attendant qu’ils soient employés. Cet état transitoire ne saurait durer plus de vingt-quatre heures.

Les greffons d’arbres à feuillage persistant ne seront pas effeuillés ; généralement on coupe les feuilles à la moitié du limbe. Nous verrons, au chapitre viii, quelques variétés toujours vertes, comme le Photinia, dont l’écusson pourrait être effeuillé.

Chez certains arbres, tels que le Bouleau, l’Érable, le Hêtre, le Marronnier, le Févier, l’Oranger, on peut utiliser pour l’écussonnage d’été des yeux saillants, assez courts, que l’on rencontre sur des rameaux de l’année précédente (fig. 89).

La partie (B) où se sont développées les ramilles (b) est à rejeter, tandis que les bourgeons (a) de la base (A) seront utilisés à l’écussonnage.

[3.2.2.3]Levée de l’écusson (fig. 90). — Nous prenons le rameau d’une main et le greffoir de l’autre ; nous marquons les bords supérieur et inférieur de l’écusson par un coup de greffoir, à 0m,010 ou 0m,015 au-dessus de l’œil, qui tranche les couches de l’écorce, et par un trait semblable à 0m,015 à 0m,020 au-dessous de l’œil, comme on le voit en f, f, sur le fragment du rameau E.

[fig90]

Fig. 90. — Manière de lever le bourgeon-écusson.

Maintenant, en suivant les indications de la figure 90 pour la position des mains, nous plaçons la lame de l’outil au-dessus du trait supérieur et, l’inclinant, nous la faisons pénétrer jusqu’à l’aubier ; puis, en la faisant glisser sous l’écorce, nous arrivons au trait inférieur, après avoir suivi la ligne ponctuée (gg) et observé l’inflexion coudée du rameau sous l’œil (en g’).

Par le fait des deux incisions primitives (f’, f’), l’écusson se trouve obtenu comme il est figuré en H, tranché net à ses deux extrémités.

Au revers, il reste un peu de bois sous le bourgeon ; ce fragment ligneux est son germe, pour ainsi dire ; sans lui, pas de végétation possible. S’il était accompagné d’une esquille d’aubier, en haut et en bas, nous pourrions l’enlever en la détachant vivement par la sommité ; car, en la soulevant par la base, il y aurait à craindre d’arracher ce germe, et l’œil ainsi vidé serait impropre à la végétation. Toutefois, quand le sujet est en grande sève, il n’y aurait aucun inconvénient à laisser une mince parcelle de bois sous l’écorce de l’écusson ; elle rendrait la jonction tout aussi intime. Dans la plupart des cas, un greffeur retranche rarement ce morceau d’aubier ; il a su l’éviter et il craindrait, par cette extraction, de fatiguer l’œil ou de l’exposer trop longtemps à l’air. Quand il est suffisamment pourvu de greffons, il n’hésite point à rejeter un écusson levé d’une manière douteuse pour en détacher un autre et l’inoculer sur-le-champ. À peine prend-il le temps de recouper carrément les bords supérieur et inférieur tranchés irrégulièrement.

[fig91]
Fig. 91. — O, sujet incisé. — L, sujet écussonné. — M, sujet écussonné, ligaturé.

[3.2.2.4]Inoculation de l’écusson. — L’écusson étant détaché du rameau, nous ouvrons l’écorce du sujet avec le greffoir, en pratiquant sur toute son épaisseur deux incisions représentant T (O, fig. 91) ; avec la spatule en ivoire de l’outil, nous soulevons les bords du trait longitudinal (K), à son point de jonction sur le trait (j). En même temps, la main qui tient l’écusson par le pétiole (fig. 92) le glisse dans l’incision, assez vivement pour que les parties internes ne souffrent point de l’action de l’air. On aura donc soin de ne lever l’écusson qu’au moment où il doit être inoculé. Il faut éviter qu’aucun corps étranger ne vienne s’introduire en même temps dans l’incision. Le greffon (a, fig. 92) est inoculé (en b), comme on le voit ici (L, fig. 91).

[3.2.2.5]Ligature de l’écusson. — Les meilleures ligatures pour l’écussonnage sont la laine, le raphia, la feuille de massette ou de spargaine. Nous avons dit, au chapitre des Ligatures (p. 20), comment on les prépare pour qu’elles soient souples au moment de leur emploi. Avec la ligature, on fait plusieurs tours successifs en spirale autour du sujet (M, fig. 91). En commençant par le haut, il n’y a pas à craindre de faire remonter l’écusson et de le faire sortir de l’incision, ce qui pourrait arriver avec des greffons gros et larges.

[fig92]

Fig. 92. — Inoculation du bourgeon-écusson.
On placera un bout de la ligature sur le trait transversal du T, et on le croisera avec deux ou trois tours du lien, en continuant à le rouler autour de la partie greffée par des spires rapprochées, jusqu’à la pointe du trait longitudinal. Le second bout de la ligature sera passé sous l’avant-dernière spire, et serré convenablement.

Les points à brider plus ferme sont le sommet et la base de l’incision, la gorge de l’œil et son coussinet. Cette tension du lien a des limites ; elle ne doit pas aller jusqu’à érailler la greffe. Une ligature bien faite ne bouge pas quand on passe le doigt dessus.

[3.2.2.6]Préservatifs contre la sécheresse. — Outre la ligature, on attache une feuille d’arbre sur la partie écussonnée lorsque le sujet est en espalier en plein soleil.

L’engluement est rarement employé pour l’écussonnage. Il n’y aurait que dans le cas où la ligature menacerait de se détendre ; alors l’application d’un onguent froid la maintiendrait et préserverait en même temps la greffe de l’action funeste de la température.

L’écussonnage de la Vigne nécessite souvent un apport de terre autour du sarment écussonné. Le greffage a eu lieu de mai en juillet, et l’on conserve la terre autour de la greffe pendant quinze jours. Il sera décrit et figuré plus loin.

[3.2.2.7]Écussonnage en pépinière. — Dans les pépinières d’une certaine importance, le travail de l’écussonnage est l’objet d’une attention soutenue. Il faut savoir choisir l’instant propice au greffage de chaque espèce, de chaque carré, et surveiller les greffons des variétés rares pour les utiliser à temps. Les grandes chaleurs activent ou arrêtent la sève, les pluies gênent les travailleurs ; on doit profiter des beaux jours et opérer rapidement.

Habituellement, l’écussonnage se fait par deux hommes, un greffeur et un lieur. En outre, un ouvrier marche en avant pour essuyer, s’il le faut, le sujet rez terre ; le chef prépare les greffons, en opère le classement, le numérotage, la distribution, et inscrit le travail sur un registre de pépinière.

Un greffeur habile peut occuper deux lieurs : mais il vaudrait mieux qu’il appliquât lui-même les ligatures, car deux lieurs sont plutôt exposés à oublier de lier quelques écussons, qui alors se trouveraient perdus. Aussi est-il toujours de bonne précaution de ne pas quitter un rang d’arbres, nouvellement écussonnés, sans jeter un coup d’œil pour s’assurer que tous les sujets sont greffés et bien liés.

Les sujets à haute tige sont greffés avec moins de rapidité que ceux à basse tige, bien que pour ces derniers le greffeur et le lieur fonctionnent les reins en l’air et la tête en bas.

Avec les premiers greffeurs de notre établissement — à vingt ans ! — nous avons atteint le chiffre de 250 écussons dans une heure (et même 300 avec le plant de Pommier doucin planté à 0m,30 de distance) ; mais c’est une lutte dangereuse pour le succès du greffage.

Cent écussons à l’heure, greffes en main, avec un bon lieur, c’est un minimum réalisable.

[3.2.2.8]Écussonnage avec incision cruciale. — Si l’on rencontrait sur le greffon de trop gros yeux pour le diamètre du sujet, par exemple ceux du Sorbier, du Marronnier d’Inde (A, fig. 93), on ne saurait les faire tenir dans l’incision qu’en donnant à celle-ci une forme cruciale. Les deux coups de greffoir trancheront alors l’écorce en croix (+ au lieu de T), et le sommet de l’écusson (A) sera glissé sous la tête de l’incision (B) du sujet ; il s’y trouvera suffisamment bridé pour ne pas être rejeté en dehors.

[fig93]

Fig. 93. — Écussonnage avec incision cruciale (Marronnier).

On applique la ligature, soit en commençant par le milieu de l’incision (C) pour finir aux deux extrémités, soit d’après la méthode ordinaire (M, fig. 91) ; on a le soin de bien fermer les écorces.

[3.2.2.9]Écussonnage avec incision renversée. — Quand la sève du sujet est trop abondante, comme chez les Érables dans les pays froids, et chez les Orangers dans les pays chauds, il y aurait à craindre que l’exubérance de liquide séveux ne vînt noyer l’écusson. On y met alors obstacle en ouvrant en sens renversé l’incision sur le sujet (T au lieu de T).

[fig94]

Fig. 94. — Écussonnage avec incision renversée.

Dans l’incision (A, fig. 94), l’inoculation du bourgeon-écusson (B) se fera donc de bas en haut (C). Le greffon (B), taillé en pointe au sommet (a), pénétrera mieux dans l’incision et s’y maintiendra par sa base (b) coupée carrément et s’adaptant au trait transversal (A) du T.

Il est bien entendu que l’incision du sujet est seule en sens inverse, l’œil-greffon aura toujours sa position habituelle.

On ligature en commençant au bas de la plaie pour finir à la tête. En agissant autrement, on pourrait faire sortir l’écusson de sa loge.


[3.2.2.10]
écussonnage en placage

Ce procédé est moins employé qu’au temps de son apôtre Sintard, jardinier en chef au Jardin des Plantes.

[fig95]
Fig. 95. — Écussonnage en placage.
Un sujet d’un calibre relativement petit, ou d’une écorce épaisse et difficile à soulever, un greffon bossu, à bourgeons rapprochés, suffisent pour motiver le placage de l’œil. On l’applique au Figuier, au Mûrier, etc.

L’écusson (A, fig. 95) a été levé par le procédé ordinaire ou par un moyen plus primitif. Les quatre côtés du lambeau d’écorce attenant au bourgeon sont d’abord cernés avec une lame de greffoir ; on saisit ensuite le bourgeon à la base du pétiole et, par un mouvement de la main imprimé habilement, on le détache de son rameau. Si l’on craignait de vider l’œil, on s’aiderait de la spatule simple que l’on ferait glisser entre l’écorce et l’aubier.

Nous plaçons le greffon (A) sur le sujet (B), à l’endroit qui doit le recevoir. Avec l’outil, greffoir ou métro-greffe, nous y traçons la silhouette de la plaque d’écorce ; il reste à enlever les couches corticales en C, et à y plaquer le greffon. On ligature (D) avec précaution.

Laissant un peu d’aubier sous l’écorce du greffon, on obtient l’écusson boisé qui sert à la multiplication sous verre de divers végétaux : Azalée, Camellia, Rhododendron, Aucuba, etc.

[3.2.2.11]
écussonnage combiné

En toute circonstance, il convient de doubler les chances de succès. Avec l’écussonnage, quand cela est possible, nous plaçons deux bourgeons (a’ a’, fig. 96) en face l’un de l’autre. Les écussons placés ainsi à la même hauteur facilitent l’application d’une seule ligature.

[3.2.2.12]L’écussonnage double est employé quelquefois lorsqu’il s’agit de former un arbre en éventail, en palmette double. On utilise les deux scions opposés (fig. 97), résultant du greffage double (fig. 96). Avec un troisième écusson placé de face et au-dessus des précédents, on établira les premières assises d’une palmette simple.

[3.2.2.13]L’écussonnage multiple est applicable aux divers systèmes de greffage en écusson, par inoculation ou en placage.

[fig96][fig97]

Baltet - L'art de greffer - fig96.jpg
Fig. 96. — Écussonnage double. Fig. 97. — Résultat de l’écussonnage
double.

L’écussonnage simple ou multiple pourrait être appliqué à des végétaux que l’on tient à propager par bouture, lorsque le sujet réussit mieux au bouturage que le greffon ; ou encore lorsqu’il s’agira de greffer par rameau une variété rebelle à toute greffe, mais docile à l’écussonnage. Ce serait alors un bouturage ou greffage de rameaux écussonnés déjà recommandé en 1858 par le jardinier Constant Nivelet.

Par exemple, les variétés d’Abricotier, de Pêcher qui réussissent difficilement au greffage par rameau pourront être écussonnées en été sur des scions de Prunier (C, C, C, fig. 98).

[fig98]
Fig. 98. — Préparation de la greffe par rameau écussonné.
Au printemps suivant, nous partageons (en BB) ce rameau étalon par fractions portant chacune des yeux de Pêcher ou d’Abricotier, et nous greffons par rameau, ces fragments ligneux sur le sujet, également de Prunier. Le biseau taillé sur Prunier-greffon se soude au sujet identique ; mais, par suite de l’écussonnage préalable et de l’ébourgeonnage, ce sont des yeux de Pêcher ou d’Abricotier qui se développeront.

Par ce système combiné, on peut bouturer des rameaux d’arbustes écussonnés à l’avance en variété rare ou rebelle au bouturage. Nous en parlerons au Rosier et à la Vigne.

[3.2.2.14]
époque de l’écussonnage

Toutes les fois qu’un sujet est en sève, son écussonnage est possible ; mais deux époques distinctes caractérisent le greffage en écusson : 1° le printemps, à la montée de la sève, et lorsque l’on désire que la greffe entre immédiatement en végétation, c’est l’écussonnage à œil poussant ; 2° dans le cours de l’été, et lorsque la greffe ne doit végéter qu’au printemps suivant, c’est l’écussonnage à œil dormant.

Incontestablement, le second système est préférable ; il est d’ailleurs le plus employé.

[3.2.2.15]Écussonnage à œil poussant. — L’écussonnage à œil poussant doit être pratiqué au commencement de la végétation, pour que la greffe puisse se développer suffisamment et devenir ligneuse avant l’hiver.

On ne saurait abuser de l’écussonnage à œil poussant, attendu que la végétation forcée qui en résultera pourrait être en désaccord avec l’action vitale des racines.

Assez de temps avant l’évolution de la sève, on a coupé des rameaux sur l’étalon ; on les a conservés suivant nos indications, page 56.

Quand le sujet est assez en sève pour que l’écorce puisse se détacher facilement de l’aubier, on prend les rameaux-greffons et on en écussonne les bourgeons par les procédés ordinaires.

Le Rosier se prête à ce greffage : 1° en avril avec des bourgeons de l’année précédente ; 2° en juin avec des bourgeons de l’année courante, le rameau étant préparé le jour de l’opération. On ne doit pas greffer tard à œil poussant.

Dans les pays froids, aux hivers longs et rudes, on greffe l’Abricotier, le Pêcher, le Cerisier, à œil poussant, en juin, avec des rameaux conservés dans la glacière (fig. 32) ; un œil dormant pourrait être fatigué par la gelée d’hiver.

Aux environs de Dammartin (Seine-et-Marne), les cultivateurs écussonnent le Cerisier à œil poussant, en avril-mai ; ils opèrent sur la tige ou sur de grosses branches avec des yeux provenant de rameaux conservés. Pour faciliter l’inoculation de l’œil, ils suppriment les couches extérieures de l’écorce jusqu’au liber avant de pratiquer l’incision en T, ou l’incision longitudinale, dans laquelle ils introduiront l’œil ; l’écusson s’y trouvera bridé. La ligature fera le reste.

[3.2.2.16]Écussonnage à œil dormant. — L’écusson à œil dormant reste au repos et ne doit pas végéter avant le printemps qui succède à son inoculation. Les mois de juin, de juillet, d’août, de septembre constituent la période de l’écussonnage à œil dormant.

Le moment exact d’écussonner dépend de l’état de sève des sujets. Les plus âgés et ceux dont la végétation s’arrête de bonne heure, seront opérés les premiers ; ensuite viendront les jeunes et les vigoureux. À conditions égales, on écussonnera les arbres à haute tige avant ceux à basse tige ; le plant de l’année après le plant des années précédentes ; le Prunier et le Merisier plus tôt que le Mahaleb et l’Amandier ; le Poirier franc et l’Aubépine avant le Cognassier et le Pommier ; les Érables, les Frênes, viendront après les Marronniers, les Cornouillers, les Lilas. Chez les arbres fruitiers à noyau, le moment propice est moins facile à saisir que chez les arbres à pépins. En général, il vaudrait mieux s’y prendre plus tôt et fagoter le branchage du sujet en le greffant (fig. 99).

[fig99]
Fig. 99. — Sujet écussonné, ses rameaux liés et rognés.

Si l’on craint que la sève du sujet ne s’arrête avant l’aoûtement des greffons, on pincera quinze jours à l’avance le sommet de ces derniers pour en faire devancer la maturation ; on pratiquera cet écimage d’autant plus court que l’on sera plus rapproché du jour du greffage. Pincés trop court et trop tôt, alors que les yeux ne sont pas apparents, les greffons se ramifient avant leur aoûtement et ne peuvent être utilisés. D’un autre côté, on pourrait prolonger la végétation active du sujet par des arrosements et des labours. Devancée ici, retardée là-bas, la sève se trouvera à peu près en harmonie dans les deux parties qui vont être rapprochées.

Un binage donné quelques jours avant le greffage active la sève ; donné aussitôt après, il entretient la végétation et favorise l’agglutination de la greffe.

Il serait imprudent d’écussonner quand le fluide séveux est trop abondant ; l’œil serait noyé, ou « perdu de gaillardise », disait l’auteur Cabanis. L’insuccès est encore à redouter si l’on attend que la sève soit moins active, alors que l’écorce des rameaux ne s’isole plus de l’aubier et que les matinées deviennent fraîches.

En écussonnant de la mi-août à la mi-septembre les espèces à végétation prolongée, on prendra ses précautions pour favoriser la soudure de la greffe. Au moment d’écussonner, on réunira les branches du sauvageon en les liant. Aussitôt le greffage terminé, on coupera l’extrémité de ces branches aux trois quarts de leur longueur ; le mouvement de la sève éprouvera un temps d’arrêt et l’agglutination de la greffe en sera la conséquence. Les espèces à végétation luxuriante seront soumises à ce régime. Ici, le sujet de Prunier (A, fig. 99) est écussonné en B ; les rameaux sont écimés (E) et liés avec l’un d’eux (F). Nous verrons, au printemps suivant, à élaguer le rameau C et à étêter le sujet en D.

Deux ou trois semaines après le greffage, on passe en revue les écussons, et l’on recommence à greffer les sujets quand l’écusson a manqué ou s’il est resté avec une écorce noire ou ridée. Mais la circulation de la sève est déjà ralentie ; il faut, pour ainsi dire, en chercher les derniers courants à la gorge d’une branche latérale ou sous l’empâtement d’une branche vigoureuse.

L’état dormant d’un écusson peut durer plusieurs années. Dans les pépinières, on trouve des yeux boudeurs chez l’Abricotier, le Rosier, le Néflier, le Hêtre. En 1873, on vit au parc Monceau à Paris, sur le Frêne à fleurs, se développer, après tronçonnement du sujet, des écussons de Chionanthe inoculés en 1860.

[3.2.3]
soins après l’écussonnage

Aussitôt l’écussonnage terminé, il convient de biner le sol piétiné par le travail.

Quelques semaines après l’écussonnage, on soulage les greffes étranglées, en coupant ou en retirant la ligature ; on renouvelle le lien si la soudure n’est pas achevée, ou l’on conserve l’ancien en le desserrant. Le coton et le raphia, même la laine, pourraient être utilisés à nouveau. Il vaudrait mieux attendre que l’hiver fût passé pour délier ou délainer les greffes sensibles au froid ; mais avec les espèces fruitières à noyau et dans les localités exposées au verglas, la présence de la ligature en hiver pourrait avoir l’inconvénient d’accumuler le givre autour de l’œil ; il faudrait alors détacher le lien d’assez bonne heure ; l’écusson aurait le temps d’aoûter.

On taillera quelques branches volumineuses à la tête des sujets au-dessus de la greffe.

Avec l’aide du sécateur ou de la serpette, on commencera l’étêtage des sujets écussonnés à œil poussant huit jours après le greffage ; on continuera à leur retrancher successivement branches et tige, jusqu’à 0m,10 au-dessus de la greffe, tandis qu’elle prend son évolution foliacée (voir fig. 102, p. 190).

Sur les arbres greffés à œil dormant, on coupera le sujet après l’hiver et avant la végétation, à 0m10 au-dessus de la greffe (D, fig. 99).

L’onglet conservé sert au palissage de la jeune greffe ; on le retranchera à la fin de l’été suivant (d’après la ligne B, fig. 103, p. 195). Un scion chétif peut conserver encore son onglet.

[3.3]
Groupe 2.

greffage en flûte

[3.3.1]Préceptes généraux. — Le nom de greffage en flûte ou en sifflet a été donné à ce système en raison de la ressemblance que l’on trouve, quant au mode de détacher le greffon, avec la manière d’obtenir des flûtes rustiques, des chalumeaux, au moyen de tubes ou de tuyaux d’écorce enlevés sur une branche en sève.

Quoiqu’on ait remplacé cette greffe dans les pépinières par des systèmes plus expéditifs, il est cependant des personnes qui l’emploient encore pour multiplier le Châtaignier, le Noyer, le Mûrier, le Figuier, le Cerisier, l’Amandier, le Saule.

Dans certaines régions, les cultivateurs ont une telle habitude de réussir la greffe en sifflet qu’ils n’en veulent pas d’autres.

L’époque de greffer en flûte est au printemps, dès la première évolution de la sève. On pourrait encore opérer vers la fin de l’été, avant que les nouvelles zones génératrices fussent séchées par le ralentissement de la végétation.

Il y a deux modes principaux de greffer en flûte ; ils se ressemblent quant à la préparation du greffon.

Le greffon (A, fig. 100) est une portion d’écorce de forme tubulaire, portant au moins un œil. On l’isole du rameau-greffon en pratiquant d’abord avec le greffoir une incision circulaire à 0m,03 au-dessus de l’œil, et une autre au-dessous. Ces deux traits limitent la hauteur du greffon, on les relie par une incision longitudinale ; alors on prend le greffon par le coussinet, et, avec dextérité, on détache la partie d’écorce comprise entre les incisions. Si l’on craignait d’arracher les fibres (vulgairement le germe, la racine) des bourgeons, on s’aiderait de la spatule du greffoir (fig. 5 et 6).

Le greffon sera rapporté sur le sujet, à la place d’un cylindre d’écorce semblable en hauteur, que l’on a détaché au même instant.

Il convient de fonctionner avec habileté, par un temps calme, pour éviter de fatiguer les couches internes mises à nu.

L’étêtage préalable du sujet pour faciliter l’emmanchure du greffon donne souvent de bons résultats, mais il est plus rationnel de greffer sur le corps de la tige et de l’étêter plus tard quand la soudure sera un fait accompli.

Un sujet jeune et vivace se prêtera mieux au greffage en flûte que s’il était vieux ou endurci. Un sujet trop gros sera greffé sur ses branches plutôt que sur le corps de la tige.

[fig100]
Fig. 100. — Greffe en flûte ordinaire (Noyer).

En ménageant des lanières d’écorce sur les parties non recouvertes par le greffon, il est rare que l’on ait besoin d’employer la cire à greffer.

[3.3.1.2]Greffe en flûte ordinaire (fig. 100). — Le greffon (A) détaché comme nous venons de l’expliquer est rapporté sur un sujet non étêté (A), au lieu et place (C) d’un tuyau d’écorce enlevé par le même procédé. Nous le plaçons de façon que l’œil se trouve au-dessous d’un bourgeon du sujet ; ce bourgeon attirera la sève vers la greffe et en activera la reprise. On ligature, et s’il reste quelques jointures à découvert, on appliquera un liniment froid.

Si le greffon avait un diamètre supérieur à celui du sujet, il serait facile de remédier à cet état en retranchant au greffon une bande d’écorce d’une largeur égale à la différence.

[fig101]
Fig. 101. — Greffe en flûte avec lanières.

[3.3.1.3]Greffe en flûte avec lanières (fig. 101). — Le greffon étant préparé de la même façon que le précédent, on coupe l’écorce du sujet par bandes longitudinales (F), adhérentes encore à leur base. On les abaisse dès que le greffon se trouve préparé. Aussitôt, on place le greffon en E ; on relève sur lui les lanières corticales (F) et on les maintient dans cette position avec une ligature (G).

Avec les lanières, on couvre les places nues laissées par un greffon trop étroit.

[3.3.2]Soins après le greffage en flûte. — Comme dans tous les greffages, il faut surveiller la ligature et placer un tuteur qui domine la greffe. Si la tête du sujet est trop chargée de branches, on en taillera quelques-unes.

L’étêtage du sujet est basé sur la nature de la greffe ; si elle est à œil poussant, on étêtera graduellement jusqu’à 0m,10 du bourgeon supérieur, en commençant dès que la soudure est assurée. L’étêtage serait définitif et remis au printemps, si l’opération avait eu lieu dans le cours de l’été, à œil dormant.

Toutefois, au moment du greffage en flûte, il ne faut pas hésiter à écimer au-dessus de la greffe la tige ou la branche opérée.