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L’Au delà et les forces inconnues/L’opinion d’un théologien

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Société d’éditions littéraires et artistiques (p. 274-281).


L’OPINION D’UN THÉOLOGIEN


(Mgr MERIC)


L’existence d’autres mondes que le nôtre et d’autres intelligences que la nôtre. — L’hypnotisme bienfaisant. — L’occultisme aux frontières de la folie. — L’écriture directe. — L’homme n’est pas le tout de l’Univers. — Orgueilleuses prétentions des scientistes.


Cette enquête eût été incomplète, si elle n’eût pas compté l’opinion d’un prélat érudit. Voici la lettre que m’a adressée Monseigneur Méric ; son tempérament de chercheur l’a fait s’intéresser aux phénomènes magnétiques et spirites.

J’ai vu avec plaisir que la suggestion et l’hypnose, clef avec la prestidigitation de la plupart des prodiges magiques et même sataniques, avaient attiré particulièrement son attention. Je l’en félicite d’autant plus qu’une connaissance imparfaite de ces études précises en psychologie expérimentale peut trop souvent être reprochée aux clercs discourant ou écrivant sur ces problèmes.

Cette réserve faite, il est incontestable que les théologiens peuvent mieux que les autres nous éclairer sur les pièges, les beautés et les dédales du mysticisme.



« Honfleur, 27 octobre 1901.


» Monsieur,


» Je reçois à l’instant votre lettre du 26. Il me semble difficile de répondre brièvement et complètement aux questions vastes, mystérieuses et très diverses que vous me posez.

» Parmi les spirites, il se trouve des charlatans qui exploitent la crédulité publique, des détraqués qui produisent inconsciemment des phénomènes nerveux d’an grand intérêt et enfin des hommes de bonne foi, des esprits élevés et chercheurs, qui forcent ta porte de l’autre vie pour en surprendre les mystères et en pénétrer les profondeurs.

» Ni la théologie, ni la philosophie, ni les sciences naturelles, dont la compétence est d’ailleurs très contestable en ces matières, ne permettent de considérer comme une impossibilité, ou une chimère l’existence d’autres mondes habités par d’autres entités intelligentes qui peuvent entrer en communication avec nous, sons certaines conditions.

» La mystique n’est pas un roman, elle est une science, elle touche aux problèmes les plus élevés qui tourmentent l’âme humaine.

» Quelles sont ces entités intelligentes, anges ou démons ? dans quelles conditions pouvons-nous sentir leur présence et recevoir leurs communications ? comment pouvons-nous discerner le subjectif de l’objectif, ta perception de l’hallucination, justifier le droit de cité dans la science à des phénomènes préternaturels, sévèrement constatés ? Autant de questions qui demandent un long développement.

» J’estime que l’hypnotisme pratiqué consciencieusement par des médecins et par des hommes de science rendra de grands services ; il permettra de guérir des malades par la suggestion, en réveillant l’action puissante de l’âme SUT le corps. Des philosophes y trouveront, peut-être des indications pour explorer les ravages inconnus de l’âme, mais c’est principalement au point vue médical que je reconnais son efficacité et sa puissance. Une observation de trente ans me permet de parler ainsi.

Je ne dirai rien de l’occultisme et de la magie. J’ai toujours répugné à pénétrer dans le monde noir. Il y a deux choses qu’il ne faut jamais sacrifier : la raison et la liberté. On est exposé à perdre l’une et l’autre dans certaines régions ténébreuses peuplées d’insaisissables fantômes dont les territoires marquent les frontières de la folie.

» Veuillez, Monsieur, agréer mes sentiments distingués.

» Méric. »

J’ai reçu, depuis, une autre lettre de Mgr Méric. Je la reproduis fidèlement tout en ne donnant par discrétion que les initiales de quelques-uns des expérimentateurs cités. Les opinions philosophiques de Mgr Méric sont intéressantes. Quant aux expériences d’écriture directe dont il parle, j’avoue que, tout en ayant pour les prélats beaucoup de respect, j’aurais préféré pour le contrôle en la circonstance un bon prestidigitateur. Il y a dans le clergé une inévitable tendance à voir souvent le miracle là où il n’est pas, et, devant le phénomène psychique truqué ou non, une crédulité tout en l’honneur du témoin, — car être crédule quand on est intelligent, c’est croire les autres sincères parce qu’on l’est soi-même. Mais l’histoire de Diana Vaugan nous est encore trop présente pour que nous ne réclamions pas, pour la critique de tels faits, des spectateurs moins bienveillants.



Honfleur, le 3 novembre 1901.


« Monsieur,


» Des séances intéressantes et sérieuses de spiritisme ont eu lieu chez Madame la comtesse B. boulevard Courcelles, à Paris, en présence de Mgr Le N. et de Mgr F.

» Le prélat plaçait dans une boîte trente ou quarante feuilles blanches, et quatre ou cinq crayons : la boîte était fermée. Au bout de quelques minutes, on entendait deux coups, on ouvrait la boite, et l’on retirait les feuilles qui contenaient la réponse écrite aux questions écrites.

» Ces expériences d’écriture directe défient toutes les explications prétentieuses des scientistes, et il est ridicule de parler ici d’inconscient, de subliminal, d’automatisme, d’extériorisation et de cacher son ignorance sous des mots à effets.

» La déposition de Madame Holmès, que j’ai lue avec un vif intérêt, me parait très sage, très modeste, et je la préfère à l’orgueil intraitable des faux savants.

» Quand on voit avec Pasteur la vie animale pulluler partout, autour de nous avec une fécondité et une intensité effrayantes, quand on entend Bossuet s’écrier : « Comptez, si vous pouvez, ou le sable de la mer ou les étoiles du ciel, tant celles qu’on voit que celles qu’on ne voit pas, et croyez que vous n’avez pas atteint le nombre des anges ; l’esprit humain se perd dans cette immense multitude. » Quand on sait avec la philosophie et la théologie qu’un organisme différent nous permettrait de voir ces esprits, de saisir ces manifestations de la vie dans la nuit qui nous environne, on est bien forcé de reconnaître que l’homme n’est pas le tout de l’univers et qu’il n’a pas épuisé la force créatrice de Dieu.

» Que des entités intelligentes, anges ou démons connaissent infiniment mieux que nous la matière et ses forces ; que cette connaissance leur permette de produire des effets prodigieux dans l’univers ; qu’ils sourient des orgueilleuses prétentions de nos scientistes qui savent si peu de chose, en quoi cela contrarie-t-il nia conscience et ma raison ?

» Votre enquête impartiale, Monsieur, permettra à vos lecteurs de croire à la réalité des faits constatés. Quand nous aurons obtenu ce résultat nous pourrons nous occuper des explications, c’est-à-dire de la nature des causes et des entités.

» Méric. »