L’Encyclopédie/1re édition/ABLE

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Texte établi par D’Alembert, Diderot (Tome 1p. 29-30).
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ABLE, s. m. ou ABLETTE, s. s. poisson de riviere de la longueur du doigt : il a les yeux grands pour sa grosseur, & de couleur rouge, le dos verd, & le ventre blanc ; sa tête est petite ; son corps est large & plat : on y voit deux lignes de chaque côté, dont l’une est au milieu du corps, depuis les ouies jusques à la queue, & l’autre un peu plus bas ; elle commence à la nageoire qui est au-dessous des ouies, & elle disparoît avant que d’arriver jusqu’à la queue. Ce poisson n’a point de fiel ; sa chair est fort mollasse : on le prend aisément à l’hameçon, parce qu’il est fort goulu. Rondelet. L’Ablette ressemble à un Éperlan : mais ses écailles sont plus argentées & plus brillantes.

On tire de l’Able la matiere avec laquelle on colore les fausses perles. Voyez fausses Perles. C’est cette matiere préparée que l’on appelle essence d’Orient. Pour la faire, on écaille le poisson à l’ordinaire, on met les écailles dans un bassin plein d’eau claire, & on les frotte comme si on vouloit les broyer. Lorsque l’eau a pris une couleur argentée, on la transverse dans un verre, & ensuite on en verse de nouvelle sur les écailles, & on réitere la même opération tant que l’eau se colore : après dix ou douze heures, la matiere qui coloroit l’eau se dépose au fond du verre, l’eau devient claire ; alors on la verse par inclination jusqu’à ce qu’il ne reste plus dans le verre qu’une liqueur épaisse à peu près comme de l’huile, & d’une couleur approchante de celle des perles : c’est l’essence d’Orient. Les particules de matiere qui viennent des écailles sont sensibles dans cette liqueur au moyen du microscope, ou même de la loupe. On y voit des lames, dont la plûpart sont de figure rectangulaire, & ont quatre fois plus de longueur que de largeur : il y en a aussi dont les extrémités sont arrondies, & d’autres qui sont terminées en pointe ; mais toutes sont extrèmement minces ; toutes sont plates & brillantes. Cette matiere vient de la surface intérieure de l’écaille où elle est rangée régulierement & recouverte par des membranes ; de sorte que si on veut en enlever avec la pointe d’une épingle, on enleve en même temps tout ce qui vernit l’écaille, ou au moins la plus grande partie, parce qu’on arrache la membrane qui l’enveloppe. Cette matiere brillante ne se trouve pas seulement sur les écailles du poisson, il est encore brillant après avoir été écaillé, parce qu’immédiatement au-dessous de la peau que touchent les écailles, il y a aussi une membrane qui recouvre des lames argentées. La membrane qui enveloppe l’estomac & les intestins en est toute brillante. Cette matiere est molle & souple dans les intestins, & elle a toute sa consistance & sa perfection sur les écailles. Ces observations, & plusieurs autres, ont fait conjecturer que la matiere argentée se forme dans les intestins, qu’elle passe dans des vaisseaux pour arriver à la peau & aux écailles, & que les écailles sont composées de ces lames qui sont arrangées comme autant de petites briques, soit les unes contre les autres, soit les unes au-dessus des autres, ainsi qu’on peut le reconnoître à l’inspection de l’écaille. Si les écailles de l’Able se forment de cette façon, celles des autres poissons pourroient avoir aussi la même formation. M. de Réaumur, Mém. de l’Acad. Roy. des Sc. année 1716. V. Ecaille, Poisson. (I)