L’Encyclopédie/1re édition/PERLE

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PERLE, s. f. perla ou margarita, (Hist. nat.) corps dur, blanc & luisant, ordinairement arrondi, que l’on trouve dans plusieurs coquillages, mais surtout dans celui qui est appellé la nacre de perle, la mere-perle, l’huitre à écaille nacrée, &c. mater perlanum, concha margaritifera, &c. La coquille de la mere-perle est bivalve, fort pesante, grise & ridée en-dehors, blanche ou de couleur argentée, unie & luisante en-dedans, un peu verdâtre, applatie & circulaire.

Les plus belles perles se trouvent dans l’animal qui habite cette coquille ; il y en a aussi qui sont adhérentes aux parois internes de la coquille. Chaque coquillage de mere-perle produit ordinairement dix ou douze perles : un auteur qui traite de leurs productions prétend en avoir trouvé cent cinquante dans un seul animal, mais leur formation avoit différens degrés ; les plus parfaites ou les plus avancées tombent toujours les premieres, tandis que les autres restent au fond de la coquille.

On a fait sur la formation des perles un grand nombre d’hypothèses, la plûpart assez vagues & peu fondées ; les anciens tels que Pline, Solinus, &c. disent qu’elles sont formées de la rosée. Selon eux, le coquillage s’éleve tous les matins sur la surface de l’eau, & là il ouvre sa coquille pour recevoir la rosée du ciel, laquelle comme une perle liquide s’insinuant dans le corps de la mere perle, y fixe ses sels, & y reçoit la couleur, la dureté, & la forme de perle, comme il arrive à quelques liqueurs d’être changées dans la terre en crystaux, ou au suc des fleurs d’être transformé en miel ou en cire dans le corps de l’abeille : quand même cette opinion auroit pû se soutenir par le raisonnement, elle auroit été démentie par les faits : car les meres perles ne peuvent pas s’élever jusqu’à la surface de l’eau pour y recevoir la rosée, puisqu’elles restent toujours attachées très-ferme aux rochers.

D’autres pensent que les perles sont les œufs des animaux dans lesquels on les trouve, mais cela ne s’accorde point avec les effets ou les phénomenes dont on a l’expérience ; car l’on trouve les perles répandues par toute la substance de l’animal dans la tête, dans l’enveloppe qui le couvre, dans les muscles circulaires qui s’y terminent, dans l’estomac, & en général dans toutes les parties charnues & musculaires ; de sorte qu’il n’y a point d’apparence que les perles soient dans les coquillages ce que les œufs sont dans les volatils & le frai dans les poissons : car outre qu’il n’y a pas d’endroit particulier destiné à leur formation, les Anatomistes n’ont pû y trouver aucune chose qui eût quelque rapport à ce qui se passe à cet égard dans les autres animaux. On peut dire seulement que comme dans une poule il y a une infinité de petits œufs, en forme de semences, dont quelques-uns croissent & viennent à maturité pendant que les autres restent à-peu-près dans le même état, l’on trouve aussi dans chaque huitre une perle beaucoup plus grande & qui vient à maturité beaucoup plus vîte que le reste. Cette perle devient quelquefois assez grande pour empêcher l’huitre de se former, auquel cas l’animal se corrompt & meurt.

D’autres avec M. Geoffroi le jeune mettent les perles au nombre des bezoards, comprenant sous cette classe toutes les pierres qui se forment par couches dans le corps des animaux. Voyez Bezoard.

M. de Reaumur a donné dans les mémoires de l’académie des Sciences, année 1717, un mémoire sur la conformation des coquilles & des perles… Il croit que les perles se produisent de même que les autres pierres dans les animaux ; par exemple, comme celles qui se forment dans la vessie, dans les reins, &c. & qu’elles sont apparemment les effets de quelques maladies ou de quelque desordre de l’animal où elles se trouvent. En effet, elles sont toutes formées d’une liqueur extravasée de quelques vaisseaux rompus, qui est retenue & fixée entre les membranes. Afin d’en faire sentir la possibilité, il fait voir que les coquilles de mer aussi-bien que celles de terre, par exemple celles des limaçons, &c. sont entierement formées d’une matiere glutineuse & pierreuse qui suinte du corps de l’animal ; ainsi il n’est pas étonnant qu’un animal, qui a des vaisseaux où circule une quantité de sucs pierreux, suffisante pour former une coquille, en ait assez pour produire des perles, dans le cas où les sucs, destinés à l’accroissement de la coquille, viendroient en trop grande abondance, & s’épancheroient dans quelque cavité du corps ou entre les membranes.

Pour confirmer ce système, l’auteur observe que la partie intérieure de la moule qui produit la perle commune, & que l’on trouve sur les côtes de Provence, est en partie d’une couleur de perle ou de nacre de perle, & en partie rougeâtre ; que les couleurs des perles sont précisément les mêmes que celles de la coquille ; que les perles d’une couleur se trouvent toujours dans la partie de la coquille de même couleur qu’elles. ce qui fait voir que dans le même endroit où la transpiration d’un certain suc a formé & auroit continué à former une tunique, ou une couche de coquille d’une certaine couleur, les vaisseaux qui ont apporté ce suc étant rompus, il s’y est formé une petite masse ou un petit amas de liqueur, laquelle venant à s’endurcir est devenue une perle de même couleur que la partie de la coquille qui lui correspond.

Ajoutez à cela que la partie de la coquille qui est de couleur d’argent ou de perle, est formée de couches posées les unes sur les autres, comme celles d’un oignon ; & que la partie rougeâtre est composée de petites fibres cylindriques & fort courtes, appliquées l’une contre l’autre : cette même tissure convient aux perles des deux couleurs ; ce n’est pas que ces deux especes soient composées toutes deux de couches concentriques, car celles des perles rougeâtres sont beaucoup moins sensibles, & de plus elles ont des traits ou des filets qui, semblables à des rayons, vont du centre à la circonférence. Toutes ces circonstances paroissent effectivement déterminer la formation des perles. Chambers.

Pour une perle qui se trouve dans le corps de l’animal, il y en a mille qui sont attachées à la coquille comme autant de verrues. Tous les coquillages de l’espece des meres-perles ne renferment pas des perles ; il y a lieu de croire que l’on n’en trouve que dans ceux qui sont viciés, aussi l’on a remarqué que les côtes où se fait la pêche des perles sont mal-saines, & que la chair de l’animal des meres-perles est encore plus mauvaise à manger, lorsqu’il y a réellement des perles, que lorsqu’il ne s’y en trouve point.

La perfection des perles, soit qu’elles soient rondes, en forme de poires, d’olives, ou d’une figure irréguliere, consiste principalement dans le lustre & la netteté de sa couleur ; c’est ce que l’on appelle son eau. Il y en a quelques-unes dont l’eau est blanche, ce sont les plus estimées en Europe, l’eau des autres tire sur le jaune ; quelques indiens & quelques arabes les préferent aux blanches. Il y en a quelques-unes d’une couleur de plomb, quelques autres tirant sur le noir, & d’autres tout-à-fait noires.

Elles sont sujettes à changer quand on les porte ; dans l’espace de 80 ou 100 ans elles deviennent ordinairement d’une fort petite valeur, particulierement les blanches qui se jaunissent & qui se gâtent en 40 ou 50 ans.

Il n’est pas douteux que la différence des couleurs vient des différentes parties de l’huitre, ou les perles formées, quand le sperme ou la semence vient à être chassée dans le mesentere, ou dans le foie, ou dans les parties qui y répondent ; il n’est pas étonnant que les impuretés du sang changent leur blancheur naturelle.

En Europe, les perles se vendent au carat : le carat contenant quatre grains en Asie, on fait usage de différens poids pour les perles, suivant la différence des états. Voyez Carat.

On ne donne proprement le nom de perle qu’à ce qui ne tient point à la coquille, la coquille elle-même s’appellant nacre de perle. Les pieces qui ont tenu à la coquille, & qui en ont été détachées par l’adresse de l’ouvrier, se nomment loupes de perles, qui ne sont en effet autre chose que des excroissances arrondies, ou des pieces de sa coquille, quoiqu’on les prenne fort souvent pour la coquille même.

Le pere Bouhours observe que les perles ont cet avantage sur les pierres précieuses que l’on détache des rocs, &c. en ce que ces dernieres doivent leur lustre à l’industrie des hommes ; la nature ne faisant, pour ainsi dire, que les ébaucher, & laissant à l’art le soin de les finir : mais les perles ont d’elles-mêmes cette eau charmante qui en fait tout le prix. Elles se trouvent parfaitement polies dans les abysmes de la mer ; & la nature y a mis la derniere main avant que d’être séparées de leur mere.

Les perles d’une figure irréguliere, c’est-à-dire, qui ne sont ni rondes, ni en poires, sont appellées baroques ou perles d’Ecosse. Les perles parangones sont des perles d’une grosseur extraordinaire, comme celles de Cléopatre, que Pline évalue à quatre-vingt mille livres sterling : on en apporta une à Philippe II. en 1579, grosse comme un œuf de pigeon, prisée 14400 ducats. L’empereur Rodolphe avoit une perle parangone, grosse comme une poire muscade, pesante 30 carats, selon Boëce, & appellée la pelegrina ou l’incomparable : Tavernier fait mention d’une autre qui étoit entre les mains de l’empereur de Perse en 1633, & que l’on avoit achetée d’un arabe pour 32000 tomans ; à 3 livres 9 sols le toman, cela produit 110400 livres sterling.

Les perles sont de quelque usage en médecine, mais il n’y a que celles de la plus petite espece qui aient cette propriété ; on les appelle semence de perles : il faut pour cela qu’elles soient blanches, claires, transparentes, & véritablement orientales. Elles servent à composer des potions cordiales dont on faisoit autrefois un très-grand cas ; mais aujourd’hui elles ont perdu beaucoup de leur ancienne réputation, & il n’y a guère que des charlatans qui en fassent quelque cas.

Les dames font aussi usage, pour leur teint, de certaines préparations de perles, comme on leur fait accroire ; tels sont les blancs de perles, les fleurs, les essences, les esprits, les teintures de perles, &c. mais il y a beaucoup d’apparence que ce sont de pures tromperies.

Once-perles, voyez l’article Once.

Pêches des perles. On prend des perles dans les mers des Indes orientales, dans celles de l’Amérique, & en quelques parties de l’Europe. Voyez Pêche.

Les pêches de perles qui se font aux Indes orientales, sont 1°. à l’île de Bahren ou Baharem dans le golfe Persique : cette pêche appartenoit aux Portugais, lorsqu’ils étoient maîtres d’Ormus & de Mascata ; mais elle est revenue au sophi de Perse, depuis que ce prince, avec le secours des Anglois, a pris Ormus sur eux, & que les Arabes se sont emparés de Mascata.

2°. La pêche de Catifa, sur la côte de l’Arabie heureuse, vis-à-vis Bahren.

3°. Celle de Manar, un port de mer dans l’île de Ceylan. Les perles que l’on y pêche sont les plus fines de tout l’Orient, tant par la beauté de leur eau que par la perfection de leur rondeur : mais elles pesent rarement plus de quatre carats.

Enfin, on pêche des perles sur la côte du Japon ; mais elles sont grossieres, irrégulieres, & peu considérées.

Les perles de Bahren & de Catifa sont celles que l’on vend communément dans les Indes ; elles tirent un peu sur le jaune, mais les Orientaux ne les estiment pas moins pour cela. Ils regardent cette couleur comme le caractere de leur maturité, & ils sont persuadés que celles qui ont naturellement cette teinture jaunâtre, ne changent jamais de couleur ; & qu’au contraire celles d’eau blanche ne sont pas trente ans sans prendre une couleur d’un jaune sale, à cause de la chaleur du climat & de la sueur des personnes qui les portent.

Les pêches de perles, en Amérique, se font toutes dans le grand golfe de Mexique, le long de la côte de la Terre-ferme. Il y en a cinq : 1°. la pêche du Cubagna, île à cinq lieues de la nouvelle Andalousie, à 10 degrés de latitude septentrionale.

2°. Celle de l’île Marguerite, ou de l’île des Perles.

3°. Celle de Comogote vers la Terre-ferme.

4°. Celle de la riviere de la Hach, appellée la Rencheria.

5°. Celle de Sainte-Marthe, à soixante lieues de la riviere de la Hach.

Les perles de ces trois dernieres pêches sont ordinairement de bon poids, mais mal formées, & d’une eau livide. Celles de Cubagna pesent rarement plus de cinq carats, mais on en trouve en abondance : celles de l’île Marguerite sont les plus nombreuses & les plus belles, tant par rapport à leur eau qu’à leur poids.

La pêche des perles, dans la Tartarie chinoise, se fait proche la ville de Nipehoa, située sur un lac de même nom : les perles n’y sont pas si belles, ni en si grand nombre qu’à Baharem. C’est cette pêche qui a été la cause de la guerre entre les Chinois & les Moscovites, & qui a été terminée vers la fin du dernier siecle par les négociations des jésuites Péreira & Gerbillon. Le lac, qui est d’une grande étendue, fut alors divisé entre les deux nations, dont chacune prétendoit à la possession du tout.

Il y a quelques pêches de perles dans la mer du Sud, mais elles sont fort peu considérables.

Les pêches de perles, en Europe, se font en quelques endroits sur les côtes d’Ecosse & dans un fleuve de Baviere ; mais les perles que l’on y trouve ne sont pas comparables à celles des Indes orientales ou de l’Amérique, quoiqu’elles servent à faire des colliers que l’on vend quelquefois mille écus & plus.

Maniere de pêcher les perles dans les Indes orientales. Il y a deux saisons dans l’année pour la pêche des perles : la premiere est en Mars & en Avril, & la seconde se fait en Août & en Septembre ; plus il tombe de pluie dans l’année, plus les pêches sont abondantes.

A l’ouverture de la saison, il paroît quelquefois deux cens cinquante barques sur le rivage. Les plus grandes ont deux plongeurs, les plus petites n’en ont qu’un : toutes les barques quittent le rivage, avant le lever du soleil, par un vent de terre qui ne manque jamais de souffler ; elles reviennent de même par un vent de mer qui succede au premier l’après-midi.

Aussi-tôt que les barques sont arrivées & ont jetté l’ancre, chaque plongeur s’attache sous le corps une pierre épaisse de six pouces & longue d’un pié ; elle lui sert comme de lest, & pour empêcher qu’il ne soit chassé ou emporté par le mouvement de l’eau, & qu’il soit en état d’aller avec plus de fermeté à-travers les flots.

Outre cela, ils se lient à un pié une autre pierre fort pesante, qui les précipite au fond de la mer en un instant ; & comme les huitres sont ordinairement attachées très-fortement aux rochers, ils arment leurs doigts de mitaines de cuir, pour prévenir les blessures quand ils viennent à les arracher avec violence : quelques-uns même se servent pour cela d’un rateau de fer.

Enfin chaque plongeur porte avec lui un grand filet en maniere de sac, lié à son cou avec une longue corde, dont l’autre extrémité est attachée au côté de la barque : le sac est destiné à recevoir les huîtres que l’on recueille ou que l’on détache du rocher, & la corde sert à retirer le plongeur quand son sac est plein, ou qu’il a besoin d’air. Dans cet équipage il se précipite quelquefois plus de 60 piés sous l’eau. Comme il n’a pas de tems à perdre en cet endroit, il n’est pas plutôt arrivé au fond qu’il commence à courir de côté & d’autre, quelquefois sur un sable, quelquefois sur une terre grasse, & tantôt parmi les pointes des rochers, arrachant les huitres qu’il rencontre, & les fourrant dans son sac.

A quelque profondeur que les plongeurs soient dans l’eau, la lumiere est si grande qu’ils voient très-distinctement tout ce qui passe dans la mer, avec la même clarté que sur terre. Et, ce qui ne manque pas de les consterner, ils apperçoivent quelquefois des poissons monstrueux, dont ils deviennent souvent la proie, quelque précaution qu’ils ayent de troubler l’eau, afin de n’en être pas apperçus ; de tous les dangers de cette pêche, il n’y en a point de plus grand ni de plus ordinaire.

Les meilleurs plongeurs restent sous l’eau une demi-heure, & les autres pas moins qu’un quart-d’heure. Durant ce tems, ils retiennent leur haleine sans faire aucun usage d’huile ni d’autres liqueurs. Voyez Plonger.

Quand ils se trouvent incommodés, ils tirent la corde a laquelle le sac est attaché, & ils la tiennent ferme & bien serrée avec les deux mains ; alors ceux qui sont dans la barque voyant le signal, les élevent en l’air & les déchargent de leur poisson ; il y a quelquefois cinq cens huitres, d’autres fois il n’y en a pas plus de cinquante.

Quelques plongeurs ont besoin d’un moment pour reprendre haleine, d’autres se rejettent à l’instant dans la mer, & continuent sans relâche ce violent exercice pendant plusieurs heures.

Les pêcheurs déchargent leurs barques sur le rivage, & ils mettent leurs huitres dans un nombre infini de petites fosses creusées dans le sable, & qui ont quatre ou cinq piés quarrés, ils les recouvrent de petits tas de sable à la hauteur d’un homme ; ce qui paroît, à quelque distance, semblable à une armée rangée en bataille. On les laisse dans cet état jusqu’à ce que la pluie, le vent & le soleil les obligent de s’ouvrir ; ce qui ne tarde pas à les faire mourir. Alors la chair se corrompt, se desseche, & les perles ainsi dégagées tombent dans la fosse quand on vient à retirer les huîtres.

La chair de ce poisson est excellente ; & s’il est vrai, ainsi que le prétendent quelques naturalistes, que les perles sont des pierres formées par une mauvaise constitution du corps où elles se trouvent, comme cela arrive quelquefois aux hommes & au bezoard, ce vice ou cette maladie n’altere point les humeurs ; au-moins les Pavavas qui en mangent ne trouvent aucune différence entre ceux qui ont des perles & ceux qui n’en ont pas.

Après avoir nettoyé les fosses des saletés les plus grossieres, on crible le sable plusieurs fois, afin d’on séparer les perles. Mais quelque attention que l’on y ait, on en perd toujours un grand nombre. Quand les perles sont nettoyées & séchées, on les fait passer par une espece de crible proportionné à leur grosseur. Les plus petites sont vendues pour de la semence de perles, les autres le sont au plus offrant.

Maniere de pêcher les perles dans les Indes occidentales. La saison pour cette pêche est ordinairement depuis le mois d’Octobre jusqu’au mois de Mars. Il sort alors de Carthagene dix ou douze barques sous l’escorte d’un vaisseau de guerre, appellé Larmadille. Chaque barque a deux ou trois esclaves qui lui servent de plongeurs.

Parmi les barques il y en a une appellée la Capitane, à laquelle toutes les autres sont obligées d’apporter la nuit ce qu’elles ont pris pendant le jour, afin de prévenir les fraudes. Les plongeurs ne subsistent pas long-tems, à cause du travail excessif qu’on leur fait supporter ; ils restent quelquefois sous l’eau plus d’un quart-d’heure : tout le reste s’y fait de même que dans les pêches des Indes orientales.

Les Indiens connoissoient le prix de leurs perles avant la découverte de l’Amérique ; & quand les Espagnols y arriverent, ils en trouverent une grande quantité qui étoit en réserve, & que les Americains mettoient à un haut prix ; mais elles étoient presque toutes imparfaites d’une eau jaune & enfumée, parce qu’ils avoient coutume de se servir de feu pour ouvrir les poissons où elles se forment. Dans le dictionnaire de commerce il y a une table de la valeur des perles ; elle a été communiquée à l’auteur par une personne très-capable. Comme les perles sont un article fort curieux dans le commerce, & qu’il y a des endroits où leur valeur est peu connue, comme en Angleterre, on va en donner ici un abrégé réduit à la monnoie d’Angleterre. Pour la France, il est évident que l’on doit copier ce qu’en dit le dictionnaire de commerce. Sur le pié de 15. 6 d. sterling la livre de France, ou de 45. 6 d. l’écu de France.

Valeur de toutes sortes de perles par rapport à leurs différens poids.
Semences de perles.
liv. sols. den.
Les semences de perles non-percées propres à être broyées, valent 00. 09.
La belle semence de perles percées pour de petits colliers, ou pour la broderie, 01. 014
De la même espece un peu plus grandes, 01. 16.
Perles irrégulieres.
liv. sols. den.
De 500 à l’once, valent 03. 00.
De 300 06. 00.
De 150 11. 02.
De 100 18. 00.
De 60 33. 15.
De 30 75. 00.
Perles rondes régulieres.
liv. sols. den.
Une perle d’un demi-grain vaut, 00. 00. .
Uned’un grain, 00. 00. .
Uned’un grain & demi, 00. 01. 0.
Unede deux grains, 00. 02. 0.
Unede deux grains & demi, 00. 04. 6.
Unede 3 grains, 00. 07. 6.
Unede 4 grains ou un carat, 00. 18. 0.
Unede 5 grains, 01. 10. 0.
Unede 6 grains, 02. 05. 0.
Unede 7 grains, 03. 01. 0.
Unede 8 grains ou 2 carats, 04. 10. 0.
Unede 9 grains, 06. 00. 0.
Unede 10 grains, 08. 05. 0.
Unede 11 grains, 09. 15. 0.
Unede 13 grains, 13. 05. 0.
Unede 15 grains, 21. 00. 0.
Unede 17 grains, 27. 10. 0.
Unede 20 grains ou 5 carats, 37. 10. 0.
Unede 22 grains, 52. 10. 0.
Unede 24 grains ou 6 carats, 82. 10. 0.
Unede 26 grains, 99. 00. 0.
Unede 28 grains ou 7 carats, 150. 00. 0.
Unede 32 grains ou 8 carats, 225. 00. 0.
Unede 36 grains ou 9 carats, 262. 10. 0.
Unede 40 grains ou 10 carats, 300. 00. 0.

Quant aux perles qui ont une forme de poires, quoiqu’elles soient également parfaites & d’un poids égal à celui des rondes, leur valeur est fort inférieure ; néanmoins quand on en trouve deux qui s’assortissent, se rapportent, ou qui se marient bien ensemble, leur prix n’est qu’à un tiers moindre que celui des perles rondes.

Fausses perles. Ce sont des perles contrefaites ou factices, qui ressemblent aux véritables perles par leur eau ou par leur couleur ; on les appelle vulgairement des grains de collier ou de chapelet.

Autrefois elles n’étoient faites que de verre, avec une teinture de vif-argent en-dessus. Par la suite on se servit de cire, que l’on recouvroit d’une colle de poisson fine & brillante.

On a inventé depuis en France une autre maniere de faire ces sortes de perles ; on les rend si semblables aux naturelles par le lustre & par l’eau, qu’on sait leur donner, que de bons yeux peuvent s’y méprendre : ce sont de celles-là que les femmes en général portent à présent au défaut de vraies perles ; les petits colliers de celles-ci n’étant plus de leur goût, & les grands étant généralement trop chers.

Méthode de faire de fausses perles. On est redevable de cette curieuse invention au sieur Janin : ce qui en releve le prix n’est pas seulement sa simplicité, mais c’est qu’elle n’est point sujette aux mauvais effets de ces fausses perles que l’on fait avec du vif-argent ou avec de la colle de poisson.

Cet ingénieux artiste ayant remarqué que les écailles d’un petit poisson, que l’on appelle albe & que l’on trouve abondamment dans la riviere de Marne, avoient non-seulement tout le lustre de la perle réelle, mais qu’après les avoir réduites en poudre dans l’eau ou bien dans le talcocolle de poisson ; elles reprenoient leur premier lustre, en redevenant seches, il s’avisa d’en mettre un peu dans la cavité d’un grain de collier ou d’un grain de girasole, qui est une espece d’opale ou de verre, tirant beaucoup sur la couleur de perle. La difficulté fut d’y en faire entrer, &, après y être parvenu, de l’étendre également par toute la cavité du grain.

Un petit tube de verre long de 6 ou 7 pouces, d’une ligne & demie de diametre, très-aigu à une extrémité & un peu recourbé, servit à l’introduction de la matiere en la soufflant avec la bouche, après en avoir pris ou enleve une goute avec l’extrémité pointue du tube ; & pour l’étendre par toute la circonférence intérieure, il se contenta de la remuer doucement pendant fort long-tems dans un petit panier d’osier revêtu de papier.

Les écailles étant pulverisées & attachées par ce mouvement à la surface intérieure du grain, reprennent leur lustre à mesure qu’elles deviennent seches. Pour augmenter ce lustre, on met les grains pendant l’hiver dans un crible fait de poil, ou dans une toile à bluter, que l’on suspend au plafond, & l’on met dessous à 6 piés de distance des monceaux de cendres chaudes : pendant l’été, on les suspend de la même maniere, mais sans aucun feu.

Quand les perles sont ainsi seches, elles deviennent fort brillantes, & il ne reste plus qu’à boucher l’ouverture ; on se sert pour cela de cire fondue, que l’on y porte avec un petit tube semblable à celui dont on fait usage pour l’introduction des écailles dissoutes.

Après avoir ôté la cire superflue, on perce les perles avec une aiguille, on les enfile, & c’est de cette maniere que l’on commence les colliers.

Nacre de perle. C’est la coquille non pas de l’huître-perle, mais de l’auris-marina, petit poisson de mer, qui est une espece d’huître.

Cette coquille est très-unie & très-polie intérieurement, elle a la blancheur & l’eau de la perle même ; le dehors fait voir un lustre semblable après qu’on l’a nettoyé avec de l’eau-forte & le touret de lapidaire les premieres lames ou feuilles, qui composent la couche ou la tunique extérieure de cette riche coquille. On en fait usage dans les ouvrages marquetés ou à la mosaïque, dans plusieurs bijoux, comme des tabatieres, &c.

Les loupes de perle sont certaines excroissances ou endroits relevés en forme de demi-perle, que l’on trouve quelquefois au fond des coquilles à perle.

Les Lapidaires ont l’adresse d’enlever ces protubérances par le moyen de la scie, de les joindre ensemble, & de les faire servir à plusieurs ouvrages de jouaillerie, comme si c’étoient de véritables perles.

Perle, en terme de Blason, est un mot dont font usage ceux qui blasonnent avec des pierres précieuses, au lieu de couleurs & de métaux ; ils s’en servent pour de l’argent ou pour du blanc. Voyez Argent.

Perle, Cataracte ou Taye, en terme de Médecine, se dit d’une tache sur l’œil ou d’une membrane épaisse qui n’est pas naturelle. Voyez Pannus & Unguis.

Couronnes perlées. Voyez l’article Couronne.

Perle, (Mat. méd.) les louanges pompeuses données aux perles par les anciens pharmacologistes, exactement appréciées d’après les lumieres de la saine chimie & de l’observation, doivent être réduites à l’assertion simple & positive que cette concrétion animale n’est autre chose dans l’ordre des médicamens, qu’un absorbant terreux parfaitement analogue aux yeux d’écrevisse, à l’écaille d’huitres, aux coques d’œufs, &c. Voyez Terres & Remedes terreux. Voyez aussi Nacre, Corail, Ecrevisse, &c. (b)

Perle, mere de, (Mat. méd.) voyez Nacre.

Perles, s. f. pl. collier de, (Jouaillerie.) ce sont plusieurs perles assorties & enfilées ensemble, que les femmes mettent autour de leur cou pour leur servir d’ornement. On dit aussi un esclavage de perles, un bracelet de perles, une attache de perles, pour signifier divers autres ouvrages faits avec des perles que les dames font entrer dans leur parure.

Perle, (Gazerie.) on appelle perles, en termes de fabrique de gaze, de petits globes d’émail percés par le milieu, avec une petite queue ouverte ; cette queue sert à les attacher aux lisses, & le trou du milieu à y passer les soies de la chaîne ; de toutes les étoffes de soie il n’y a que la gaze qui se fasse à la perle. Savary. (D. J.)

Perles loupes, (Jouaillerie) ce sont des excroissances en forme de demi-perles, qui s’élevent sur la superficie intérieure des nacres de perles, que les Jouailliers savent scier adroitement, & qu’ils mettent en œuvre au lieu de véritables perles dans divers bijoux.

Perles, semence de, (Jouaillerie.) nom qu’on donne aux perles les plus menues.

Perle, la, (Fondeur de caracteres d’Imprimerie.) est, si l’on veut, le vingt-unieme corps de caractere d’Imprimerie, mais ce caractere est peu en usage : il a été fondu aux dépens du roi, & pour l’usage de son imprimerie royale établie à Paris, où il est juste qu’il y ait, ne fût-ce que par curiosité, tous les corps possibles, & qui peuvent être mis en œuvre.

Perles, (Géog. mod.) il y a deux bancs de ce nom, l’un dans la mer des Indes à l’opposite de Tutucurin, l’autre dans la même mer au midi de l’île de Manar. On connoît aussi plusieurs petites îles qu’on nomme îles des Perles, & qui sont dans l’Amérique septentrionale, près de la côte de Guatimala. Enfin la riviere aux Perles est une riviere dans la Louisiane, entre le bras oriental du Mississipi & la petite baie de S. Louis.