L’Encyclopédie/1re édition/BAUME

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BAUME, plante. Voyez Mente. (I)

Baume, proprement dénote une substance huileuse, résineuse, odoriférente, provenant des incisions de certaines plantes, d’une vertu souveraine pour la cure des plaies & de divers autres maux.

Nous l’appellons quelquefois par maniere de distinction, baume naturel. Nous disons baume de la Méque, baume du Pérou, de Tolu, de Copahu, d’ambre liquide, à quoi peut être ajoûté le baume de Carpathie.

Baume de Giléad, est des plus estimés, quoiqu’il y ait des auteurs qui veulent que celui du Pérou ne lui soit point inférieur en vertu. On le tire par incision d’un arbre du même nom, qui croît en Egypte & dans la Judée, mais principalement dans l’Arabie Heureuse, & qui est d’une si grande valeur, qu’il fait partie du revenu particulier du grand-seigneur, sans la permission duquel il n’est point permis d’en planter ou cultiver aucun. L’incision par laquelle cet admirable suc coule, se fait pendant la canicule. Théophraste dit qu’elle doit être faite avec des clous de fer ; Pline avec du verre ; parce que, dit-il, le fer fait mourir la plante. Tacite nous dit que lorsque les branches sont pleines de seve, leurs veines semblent appréhender le fer, & s’arrêter quand une incision est faite avec ce métal, mais couler librement lorsqu’elles sont ouvertes avec une pierre, ou un têt de cruche cassée, Enfin, Marmol dit que les veines doivent être ouvertes avec de l’ivoire ou du verre. Le suc est d’abord d’une couleur sombre ; il devient ensuite blanc, enfin vert, & peu à peu d’une couleur d’or, & quand il est vieux, de la couleur de miel : il est de la consistance de la térébenthine ; son odeur est agréable & très-vive ; son goût amer, piquant, & astringent : il se dissout aisément dans la bouche, & ne laisse point de tache sur le drap.

Il est à remarquer que le suc qui nous est apporté pour du baume, n’est pas proprement la gomme, ou pleurs de l’arbre, extraites par incision, parce qu’il n’en rend que peu de cette façon ; mais est préparé du bois & des branches vertes de l’arbre distillées ; & toutefois il se trouve même souvent sophistiqué avec de la térébenthine de Chypre & d’autres résines & huiles, ainsi qu’avec du miel, de la cire, &c. Outre cela, il y a pareillement une liqueur extraite de la semence de la plante, qu’on fait passer souvent pour le véritable baume, quoique son odeur soit beaucoup plus foible, & son goût beaucoup plus amer.

Le baumier est à peu près de la hauteur du grenadier ; ses feuilles semblables à celles de rue, toûjours vertes ; ses fleurs blanches, & en forme d’étoiles, d’où sortent de petites cosses pointues, renfermant un fruit semblable à l’amande, appellé carpo-balsamum, comme le bois est appellé xylo-balsamum, & le suc opo-balsamum. Voyez Opo-balsamum, &c.

Le carpo-balsamum entre dans la composition de la thériaque de Venise, & n’a guere d’autre usage dans la Medecine : on doit le choisir d’un goût aromatique, & d’agréable odeur. Voyez Carpo-balsamum. Le xylo-balsamum, qui comme les autres productions du baumier, est apporté du Caire, entre dans la composition des trochisques hedychrois ; il est apporté en petits fagots, ayant l’écorce rouge, le bois blanc, resineux & aromatique. Voyez Xylobalsamum.

Il y a pareillement un baume de la Meque, qui est une gomme seche & blanche, ressemblante à la couperose, sur-tout quand elle est vieille. Elle est apportée de la Meque, au retour des caravanes de pélerins & marchands Mahométans, qui vont là par dévotion au lieu de la naissance de leur prophete. Elle a toutes les vertus du baume de Giléad, ou de la Judée, & est probablement le même baume, qui est seulement endurci, & dont la couleur est altérée.

Baume du Pérou, est de trois especes, ou plûtôt un même baume à trois différens noms : savoir, baume d’incision, qui est une résine blanche & glutineuse provenant d’une incision faite dans l’arbre, & ensuite épaissie & endurcie. Il est excellent pour les plaies récentes, fraîches, & ressemble beaucoup à l’opo-balsamum, à l’odeur près qui le distingue. Baume sec, qui se distille des bouts de branches coupées, auxquelles sont attachés de petits vaisseaux pour recevoir la liqueur, qui est d’abord semblable à du lait, mais rougit étant exposée au soleil. Son usage principal est dans la composition du lait virginal, qui se fait beaucoup mieux avec ce baume, qu’avec le storax ou le benjoin. Enfin le baume de lotion, qui est noirâtre, est tiré de l’écorce, des racines, & feuilles de l’arbre hachées & bouillies ensemble : on s’en sert pour les plaies comme du baume blanc, & il est fort en usage chez les Parfumeurs, à cause de son odeur.

Baume de Copahu, ou de Copaiba, vient du Brésil, dans des bouteilles de terre : il y en a de deux sortes ; l’un est clair & liquide ; l’autre est d’une couleur plus sombre & épais : le premier est blanc, d’une odeur résineuse ; l’autre tire un peu plus sur le jaune ; tous deux sont admirables pour les plaies ; les Juifs s’en servent après la circoncision pour étancher le sang.

Baume de Tolu, est une résine liquide, qui à mesure qu’elle vieillit, devient de la couleur & de la consistance de la colle de Flandre. Elle se tire par incision de quelques arbres qui croissent dans la Nouvelle Espagne, où les habitans la reçoivent dans de petits vaisseaux de cire noire : elle ressemble au baume de Giléad pour le goût & pour l’odeur, selon qu’elle devient vieille ; elle prend la consistance d’un baume sec.

Baume d’ambre liquide, est une résine claire & rouge, produite par un arbre de la nouvelle Espagne, appellé par les naturels du pays ososol ; il ressemble à l’ambre gris, sur-tout par l’odeur, d’où vient son nom. Le nouveau baume est liquide, & est nommé huile d’ambre liquide : mais quand il est vieux, on l’appelle baume d’ambre liquide ; il vient des deux Espagnes en barrils, & est très-rare parmi nous.

On le trouve souverain pour les plaies, particulierement pour les fistules à l’anus : il ressemble au baume de Tolu par l’odeur & la couleur, & est exprimé de la même maniere que l’huile de laurier, d’un fruit rouge qui croît dans l’île de Saint-Domingue.

Baume, est aussi appliqué à de certaines compositions faites par les Chimistes & Apothicaires, principalement lorsqu’il y entre des ingrédiens balsamiques & consolidans, en imitation des baumes naturels.

Ceux-ci sont appellés par maniere de distinction, baumes factices ou artificiels. Nous avons deux différentes compositions de baumes, en imitation du baume véritable d’Egypte ; l’un par Matthiole, l’autre par Furicus Cordus. Pomet a aussi donné une méthode d’imiter le baume naturel.

Baume de Saturne, est un sel ou sucre de plomb dissout dans l’huile ou esprit de térébenthine, genievre ou semblables, digéré jusqu’à ce que la matiere ait acquis une teinture rouge. On dit qu’il résiste à la putréfaction des humeurs, & qu’il est propre à nettoyer & cicatriser les ulceres. (N)

Baume de soufre ; c’est une dissolution du soufre par une liqueur huileuse. On peut employer pour cette opération toute sorte d’huile : mais de toutes les huiles, l’huile de térébenthine est la plus conveble pour tirer une teinture du soufre.

Le baume de soufre térébenthiné est le plus en usage. Pour le faire, on met dans un petit matras deux onces de fleurs de soufre, on verse dessus huit onces d’huile de térébenthine, on place le matras sur un feu de sable, & on fait un feu de digestion cinq ou six heures ; & après avoir laissé refroidir le tout, on sépare le baume d’avec le reste du soufre qui ne s’est point dissous, en versant à clair la liqueur qui a une couleur de rubis.

Le baume de soufre est en usage lorsqu’il y a ulcere aux poumons après une fluxion de poitrine, une pleurésie, une péripneumonie, après l’empyeme & la vomique, en général lorsqu’on soupçonne un abcès dans l’intérieur, & qu’on juge que la matiere peut prendre la route des urines ou celle de la transpiration. Il faut donner tous les matins, & quelquefois tous les après-midi, du baume de soufre dans de la conserve de violette, de rose, ou de fleurs de pié-de-chat, depuis une goutte jusqu’à dix.

Les femmes peuvent user de ce remede dans le tems même de leurs regles ; il ne les arrête pas, au contraire : mais il faut avoir l’attention de ne le pas

        1. donner lorsqu’il y a de la fievre ; & quand même il

n’y auroit pas de fievre, il seroit contraire s’il y avoit de la secheresse : dans ce cas la térébenthine sans soufre convient mieux. Ou bien on fait le baume de soufre avec l’huile d’amandes douces : mais pour peu qu’il y ait disposition à la fievre, autre que la fievre lente, ces remedes ne conviennent point.

Il est bon de remarquer que les baumes de soufre mettent le sang en mouvement, & qu’ils sont pernicieux lorsqu’il y a érésipele ou disposition à l’érésipele.

Lorsque pour faire le baume de soufre on se sert de l’huile d’anis, on le nomme baume de soufre anisé. Ce baume est bon dans les maladies d’estomac & des intestins : il est moins desagréable que les autres. Lorsqu’on fait le baume de soufre avec l’huile de succin, on le nomme baume de soufre succiné : on l’employe lorsqu’il y a complication par maladies de nerfs.

On fait aujourd’hui un grand usage du baume blanc de Canada ; mais les baumes de soufre m’ont paru beaucoup plus efficaces, dans la pratique de la Medecine, pour les ulceres du poumon, & pour ceux des reins. Lorsqu’on destine le baume de soufre pour être employé dans les maladies des reins, de la vessie & de la matrice, on le prépare avec l’huile de genievre.

On fait peu d’usage extérieurement du baume de soufre, quoiqu’il y fût fort utilement employé dans plusieurs occasions : il est vulnéraire & détersif en vuidant les extrémités des vaisseaux rompus ; il divise les humeurs visqueuses & purulentes, & les fait couler ; ce qui s’appelle déterger.

On peut faire un baume de soufre pour l’usage externe : on prend pour cela une once de fleurs de soufre ; on verse dessus de l’huile de lin, ou de l’huile de noix six onces, des huiles de milpertuis, de jusquiame & de pavot blanc, de chaque deux gros ; & on fait digérer le tout ensemble pour faire la dissolution du soufre. Malouin, Traité de Chimie. (M)

Baume du Pérou artificiel : prenez huile d’olive une livre & demie, santal rouge une demi-once : faites bouillir jusqu’à ce que l’huile soit d’un rouge foncé : dissolvez-y cire jaune une livre, térébenthine fine une livre & demie, baume du Pérou une once.

Ces baumes tiennent lieu des naturels, & sont en grand usage pour l’extérieur. La plûpart des pharmacopées sont remplies de ces especes de baumes. Voici la description de ceux dont on se sert le plus ordinairement.

Baume d’Arceus : prenez suif de bouc deux livres ; térébenthine de Venise, gomme élemi, de chaque une livre & demie ; graisse de porc une livre : faites fondre le tout ensemble, passez, & vous aurez le baume : c’est un très-bon digestif, & le plus en usage dans la cure des plaies.

Baume du Commandeur : prenez racine d’angélique de Bohème, sechée & coupée par petits morceaux, une demi-once ; fleurs de milpertuis séchées, une once ; esprit-de-vin rectifié, deux livres quatre onces : faites-les digérer au soleil ou au bain-marie dans un vaisseau fermé, en remuant de tems à autre le mêlange, jusqu’à ce que la teinture soit parfaitement tirée : passez ensuite ; & dans la colature ajoûtez myrrhe, oliban, de chaque demi-once : faites digérer comme auparavant ; & ensuite prenez styrax calamite deux onces, benjoin choisi trois onces, baume de Tolu une once, aloès succotrin demi-once : ajoûtez, si vous le jugez à propos, ambre gris six grains : mettez en poudre ces drogues, & les jettez ensuite dans la teinture ci-dessus énoncée ; faites-les encore digérer pendant quarante jours au soleil ; filtrez, & conservez la colature pour l’usage.

Ce baume est un grand vulnéraire, détersif & incarnatif, appliqué à l’extérieur ; & pris à l’intérieur dans du vin ou dans quelqu’autre liqueur, il est excellent contre les coliques, les dévoiemens, les vomissemens ; il est propre pour exciter les regles : enfin on lui attribue, comme à tous les nouveaux remedes, de grandes vertus, qui sont toûjours relatives aux indications qui se présentent dans les maladies : on peut en faire un alexitaire, un stomachique, & enfin un diaphorétique.

Baume ou Onguent de genievre : prenez huile d’olive trois livres, eau rose une livre, cire neuve demi-livre, térébenthine une livre, santal rouge en poudre deux onces : faites bouillir le tout dans un pot de terre neuf, avec trois demi-septiers de vin rouge ; étant refroidi, on séparera le baume du vin. Voyez Mémoires de l’Académie 1702.

Baume de Lucatelli : prenez de la meilleure huile d’olive que vous pourrez trouver, deux livres  ; vin de Canarie, deux livres ; sang de dragon pulvérisé, une once : faites bouillir ces drogues jusqu’à consomption du vin : ajoûtez-y cire jaune une livre, térébenthine de Venise une livre & demie, santal rouge en poudre deux onces, baume du Pérou deux onces ; mêlez-les & faites-les fondre ensemble, & ne mettez le baume qu’après avoir retiré le mêlange du feu.

Ce baume est un excellent vulnéraire employé dans les ulceres internes & externes, dans les tubercules, & dans les ulceres & les hémorrhagies internes. On l’applique sur les plaies & les contusions.

Baume odorisérant : prenez pommade sans odeur une once ; faites-la fondre à petit feu dans une tasse de porcelaine, & ajoûtez-y peu-à-peu cire blanche un gros ; le tout étant bien mêlé, retirez le vaisseau : lorsque le mêlange commencera à s’épaissir, versez-y huile essentielle de citron un gros : remuez la matiere, pour que le mêlange soit plus parfait : mettez le vaisseau dans l’eau froide, pour qu’il se refroidisse plûtôt ; & le baume étant tout-à-fait froid, serrez-le dans de petites boîtes, où il soit bien bouché.

Il se garde plusieurs années sans se corrompre : on peut au lieu de pommade & de cire, employer l’huile exprimée de noix muscade, après l’avoir lavée si long-tems dans l’eau qu’elle devienne blanche. Ce baume est propre à ranimer ; c’est un grand cordial : on en peut faire un pareil avec toutes les especes d’huile essentielle.

Baume pectoral : prenez benjoin, myrrhe, baume du Pérou, safran, muscade, teinture de sel de tartre, gomme ammoniaque, de chaque deux gros ; huile d’anis, de macis, de fenouil, de chaque dix gouttes. Cette composition peut se donner liquide, en l’étendant davantage avec l’esprit-de-vin.

Baume polychreste : prenez esprit-de-vin quatre livres ; faites-y infuser à petit feu en remuant, gomme de gaiac douze onces ; ajoûtez-y ensuite baume du Pérou, térébenthine, de chaque deux onces.

Baume préparé par la décoction des bois résineux balsamiques : prenez râpures de santal, de bois de rose, de genevrier, de sassafras, de bois de vie, racine de salsepareille, de chaque une once ; racine de pimprenelle, d’angélique, canelle, clous de girofle, râpures de bois d’aloès, de chaque deux gros ; mêlez ces drogues, & faites-les bouillir avec du vin rouge dans un vaisseau fermé. Cette décoction peut être d’usage comme les baumes.

Baume solide & astringent : prenez baume de Copahu, de Tolu, succin, mastic, oliban, cachou, terre sigillée, antimoine diaphorétique, corail préparé, de chaque un gros ; huile de sassafras dix gouttes : préparez ces drogues selon l’art ; il produit des effets admirables dans la gonorrhée.

Baume verd de Mets ou de Mademoiselle Feuillet : prenez huile de lin par expression, d’olive, de chaque une livre, de laurier une once, térébenthine de Venise deux onces ; liquéfiez le tout à petit feu ; & quand elles seront refroidies, ajoûtez-y huile distillée de baies de genievre une once & demie, verd de gris trois gros, aloès succotrin en poudre deux gros, vitriol blanc pulvérisé un gros & demi, huile de girofle un gros ; faites-en un baume selon l’art. Il est propre pour mondifier les plaies & les ulceres, pour les incarner & les cicatriser, contre la morsure des bêtes venimeuses : on en fait chauffer, & on en met dans la plaie avec la barbe d’une plume.

Ce baume a été inventé en premier lieu par M. Duclos, Medecin de Mets ; Mademoiselle Feuillet l’a fait appeller de son nom, l’ayant mis en vogue à Paris. Lemery, Pharmacop. univers.

Baume vulnéraire : prenez essence de myrrhe, succin, gomme élémi, santal rouge, baume du Pérou, de Tolu, huile d’armoise, sommités de mille-feuilles, d’hypericum, de chaque une once : on mêle ces drogues avec cinq quarterons d’huile & de vin, & on en fait un baume excellent en les digérant sur un feu modéré. Hoffmann les distille & en tire un esprit qu’il préfere au baume de Lucatelli.

Ce baume est un excellent vulnéraire & stomachique ; on en peut user intérieurement comme extérieurement.

On n’auroit jamais fait, si on vouloit détailler tous les baumes artificiels qui ont été découverts par les auteurs qui nous ont laissé des dispensaires. Lemery en compte soixante-treize especes différentes dans sa Pharmacopée universelle, en y comprenant quelques-uns de ceux dont nous avons parlé plus haut. On en trouve un grand nombre d’autres dans les dispensaires étrangers. (N)

* Baume (la sainte), grotte sur une montagne de France en Provence, entre Aix, Marseille & Toulon. Ce lieu est très-fréquenté, parce que les peuples sont imbus du préjugé que la Magdeleine y est morte.

* Baume les nones, (Géogr.) ville de Franche-Comté en France, sur le Doux.