L’Encyclopédie/1re édition/BIBLE

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Texte établi par D’Alembert, Diderot (Tome 2p. 222-227).

BIBLE, s. f. (Théol.) τὰ βιϐλία, pluriel de βιϐλίον, livre ; c’est-à-dire, les écritures ou livre par excellence. Voyez Ecriture. C’est le nom que les Chrétiens donnent à la collection des livres sacrés, écrits par l’inspiration du saint-Esprit. La Bible se divise généralement en deux parties ; savoir, l’ancien & le nouveau Testament. On appelle livres de l’ancien Testament, ceux qui ont été écrits avant la naissance de Jesus-Christ, & qui contiennent, outre la loi & l’histoire des Juifs, les prédictions des prophetes touchant le Messie, & divers livres ou traités de morale. Le nouveau Testament contient les livres écrits depuis la mort de Jesus-Christ par ses apôtres ou ses disciples.

Suivant la décision du concile de Trente, sess. 4. les livres de l’ancien Testament sont le Pentateuque, qui comprend les cinq livres de Moyse, savoir la Genese, l’Exode, le Lévitique, les Nombres, & le Deuteronome : viennent ensuite les livres de Josué, des Juges, de Ruth, les quatre livres des Rois, les deux de Paralipomenes, le premier & le second d’Esdras ; ceux de Tobie, de Judith, d’Esther, de Job ; le Pseautier de David, contenant cent cinquante pseaumes ; les Proverbes, l’Ecclésiaste, la Sagesse, l’Ecclésiastique, le Cantique des cantiques, Isaïe, Jérémie & Baruch ; Ezéchiel, Daniel, les douze petits Prophetes, & les deux livres des Macchabées : ce qui fait en tout quarante-cinq livres.

Le nouveau Testament en contient vingt-sept, qui sont les quatre Evangiles, le livre des Actes des Apôtres, les quatorze épîtres de S. Paul, l’épître de S. Jacques, les deux épîtres de S. Pierre, les trois épîtres de S. Jean, l’épître de S. Jude, & l’Apocalypse. Tel est à présent le canon ou catalogue des Ecritures reçû dans l’Eglise catholique ; mais qui n’est pas admis par toutes les sectes ou sociétés qui se sont séparées d’elle. Voyez Canon.

Quant à l’ancien Testament, il y a une grande partie des livres qu’il contient, qui ont été reçus comme sacrés & canoniques par les Juifs & par tous les anciens Chrétiens : mais aussi il y en a quelques-uns que les Juifs n’ont pas reconnus, & que les premiers Chrétiens n’ont pas toûjours reçûs comme canoniques ; mais qui depuis ont été mis par l’Eglise dans le canon des Livres sacrés. Ces derniers sont les livres de Tobie, de Judith, le livre de la Sagesse, l’Ecclésiastique, & les deux livres des Macchabées : quelques-uns même ont douté de l’authenticité des livres de Baruch & d’Esther. Tous ces livres ont été écrits en langue Hébrarque, à l’exception de ceux que les Juifs ne reconnoissoient point. Les anciens caracteres étoient les Samaritains : mais depuis la captivité on s’est servi des nouveaux caracteres Chaldéens. Ils ont été traduits plusieurs fois en Grec ; la version la plus ancienne & la plus authentique, est celle des Septante, dont les apôtres mêmes se sont servis. Voy. Septante & Version.

Quoique la plûpart des livres du nouveau Testament ayent aussi été reçûs pour canoniques dès les premiers tems de l’Eglise, on a douté cependant de l’authenticité de quelques-uns, comme de l’épître aux Hébreux, de celle de S. Jude, de la seconde de S. Pierre, de la seconde & de la troisieme de S. Jean, & de l’Apocalypse. Tous les livres du nouveau Testament ont été écrits en Grec, à l’exception de l’évangile de S. Matthieu & de l’épitre aux Hébreux, qu’on croit avoir été originairement écrits en Hébreu. C’est le sentiment de S. Jérôme, contre lequel quelques critiques modernes ont soûtenu, que tout le nouveau Testament avoit été écrit en Syriaque : mais cette opinion est également destituée de preuves & de vraissemblance.

Les exemplaires de la Bible s’étant extrèmement multipliés, soit par rapport aux textes originaux, soit par rapport aux versions qu’on en a faites dans la plûpart des langues mortes ou vivantes, cette division est la plus commode pour en donner une idée nette au lecteur. On distingue donc les Bibles selon la langue dans laquelle elles sont écrites, en Hébraïques, Greques, Latines, Chaldaïques, Syriaques, Arabes, Cophtes, Arméniennes, Persiennes, Moscovites, &c. & celles qui sont en langues vulgaires : nous allons traiter par ordre & séparément de chacune.

Les Bibles Hébraïques sont ou manuscrites ou imprimées. Les meilleures Bibles manuscrites sont celles qui ont été copiées par les Juifs d’Espagne ; celles qui l’ont été par les Juifs d’Allemagne étant moins exactes, quoiqu’en plus grand nombre. Il est facile de les distinguer au coup d’œil. Les premieres sont en beaux caracteres bien quarrés ; comme les Bibles Hébraiques de Bomberg, d’Etienne, & de Plantin. Les autres en caracteres semblables à ceux de Munster & de Gryphe. M. Simon observe que les plus anciennes Bibles Hébraïques n’ont pas 6 ou 700 ans. Le rabbin Menahem, dont on a imprimé quelques ouvrages à Venise en 1618 sur les Bibles Hébraiques, en cite pourtant un grand nombre, dont l’antiquité (à compter de son tems) remontoit déjà au-delà de 600 ans. On trouve plusieurs de ces Bibles manuscrites dans la bibliotheque du Roi, dans celle des Jésuites de Paris, & dans celle des PP. de l’Oratoire de la rue Saint-Honoré.

Les plus anciennes Bibles Hébraïques imprimées, sont celles qui ont été publiées par les Juifs d’Italie, sur-tout celles de Pesaro & de Bresce. Ceux de Portugal avoient commencé d’imprimer quelques parties de la Bible à Lisbonne, avant qu’on les chassât de ce royaume. On peut remarquer en général, que les meilleures Bibles Hébraïques sont celles qui sont imprimées sous les yeux même des Juifs, si soigneux à observer jusqu’aux points & aux virgules, qu’il est impossible qu’on les surpasse en exactitude. Au commencement du xvi. siecle, Daniel Bomberg imprima plusieurs Bibles Hébraïques, in-fol. & in-4°. à Venise, dont quelques-unes sont très-estimées des Juifs & des Chrétiens. La premiere fut imprimée en 1517 : elle porte le nom de son éditeur, Felix Pratenni ; & c’est la moins exacte. La seconde le fut en 1526 ; on y joignit les points des Massoretes, les commentaires de différens rabbins, & une préface Hébraïque de Rabbi Jacob Benchajim. En 1548, le même Bomberg imprima la Bible in-fol. de ce dernier rabbin ; c’est la meilleure & la plus parfaite de toutes : elle est distinguée de la premiere Bible du même éditeur, en ce qu’elle contient le commentaire de Rabbi D. Kimchi sur les chroniques ; ce qui n’est pas dans l’autre. Ce fut sut cette édition que Buxtorf le pere imprima à Bâle en 1618, sa Bible Hébraïque des Rabbins : mais il se glissa, sur-tout dans les commentaires de ceux-ci, plusieurs fautes ; car Buxtorf altéra un assez grand nombre de leurs passages, peu favorables aux Chrétiens. La même année parut à Venise une nouvelle édition de la Bible Rabbinique de Léon de Modene, rabbin de cette ville, qui prétendit avoir corrigé un grand nombre de fautes répandues dans la premiere édition. Mais outre que cette Bible est fort inférieure & pour le papier & pour le caractere aux autres Bibles de Venise, elle passa par les mains des Inquisiteurs, qui ne la laisserent pas en son entier, quant aux commentaires des Rabbins.

La Bible Hébraïque de R. Etienne est estimée pour la beauté des caracteres : mais elle est trop infidele. Plantin a aussi imprimé à Anvers différentes Bibles Hébraïques fort belles, dont la meilleure est celle de 1566 in-4°. Manassé Ben Israel, savant Juif Portugais, donna à Amsterdam deux éditions de la Bible en Hébreu, l’une in-4°. & l’autre in-8°. La premiere est en deux colonnes, & par-là plus commode pour le lecteur. En 1634, Rabbi Jacob Lombroso en publia à Venise une nouvelle édition in-4°. avec de petites notes littérales au bas des pages, où les mots Hébreux sont expliqués par des mots Espagnols. Cette Bible est fort estimée des Juifs de Constantinople. On y a distingué dans le texte par une petite étoile, les endroits où il faut lire le point camés par un camés hatouph, c’est-à-dire par un o & non par un a. De toutes les éditions des Bibles Hébraïques in-8°. les plus belles & les plus correctes sont les deux de Joseph Athias, Juif d’Amsterdam ; la premiere de 1661, préférable pour le papier ; l’autre de 1667, plus fidele : néanmoins Vander Hoogt en a publié une en 1705, qui l’emporte encore sur ces deux-là.

Après Athias, trois Protestans qui savoient l’Hébreu, s’engagerent à revoir & à donner une Bible Hébraïque. Ces trois auteurs étoient Claudius, Jablonski, & Opitius. L’édition de Claudius fut publiée à Francfort en 1677, in-4°. On trouve au bas des pages les différentes leçons des premieres éditions : mais l’auteur ne paroît pas assez profond dans la maniere d’accentuer, sur-tout pour les livres de poësie ; & d’ailleurs cette édition n’ayant pas été faite sous ses yeux, fourmille de fautes. Celle de Jablonski parut à Berlin, in-4°. en 1699. L’impression en étoit fort nette, & les caracteres très-beaux : mais quoique l’auteur prétendît s’être servi de l’édition d’Athias & de celle de Claudius, plusieurs critiques trouverent néanmoins la sienne trop ressemblante à l’édition in-4°. de Bomberg, pour ne le soupçonner pas de l’avoir suivi peut-être trop servilement. Celle d’Opitius fut aussi imprimée in-4°. à Keil en 1709 : mais la beauté du papier ne répondoit pas à celle des caracteres ; d’ailleurs l’éditeur ne fit usage que de manuscrits Allemands, négligeant trop ceux qui sont en France, défaut qui lui étoit commun avec Claudius & Jablonski. Ces Bibles ont pourtant cet avantage, qu’outre les divisions, soit générales, soit particulieres, en Paraskes & Pemkim, selon la maniere des Juifs, elles ont encore les divisions en chapitres & en versets, suivant la méthode des Chrétiens ; aussi bien que les keri-ketib, ou différentes façons de lire, & les sommaires en Latin ; ce qui les rend d’un usage très-commode pour les éditions Latines & les concordances. La petite Bible in-seize de Robert Etienne est fort estimée par la beauté du caractere : on doit observer qu’il y en a une autre édition à Geneve qui lui est pareille, excepté que l’impression en est mauvaise, & le texte moins correct. On peut ajoûter à ce catalogue quelques autres Bibles Hébraïques sans points in-8°. & in-24. fort estimées des Juifs, non qu’elles soient plus exactes, mais parce que la petitesse du volume les leur rend plus commodes dans leurs synagogues & dans leurs écoles. Il y en a deux éditions de cette sorte, l’une de Plantin in-8°. à deux colonnes, & l’autre in-24. imprimée par Raphalengius à Leyde en 1610. On en trouve aussi une édition d’Amsterdam en grands caracteres, par Laurent, en 1631 ; & une autre in-12. de Francfort, en 1694, avec une préface de Leusden : mais elle est pleine de fautes.

Bibles Greques. Le grand nombre de Bibles que l’on a publiées en Grec, peut être réduit à trois ou quatre classes principales ; savoir celle de Complute ou d’Alcala de Henarès ; celle de Venise, celle de Rome, & celle d’Oxford. La premiere parut en 1515 par les ordres du cardinal Ximenès, & fut insérée dans la Bible Polyglotte, qu’on appelle ordinairement la Bible de Complute : cette édition n’est pas exacte, parce qu’en plusieurs endroits on y a changé la version des Septante, pour se conformer au texte Hébreu. On l’a cependant réimprimée dans la Polyglotte d’Anvers, dans celle de Paris, & dans l’in-4°. connu sous le nom de Bible de Vatable. V. Polyglotte. La seconde Bible Greque est celle de Venise qui parut en 1518, où le texte Grec des Septante a été réimprimé conformément à ce qu’il étoit dans le manuscrit. Cette édition est pleine de fautes de copistes, mais aisées à corriger. On l’a réimprimée à Strasbourg, à Bâle, à Francfort, & en d’autres lieux, en l’altérant toutefois en quelques endroits pour suivre le texte Hébreu. La plus commode de ces Bibles est celle de Francfort, à laquelle on a ajoûté de courtes scholies, dont l’auteur ne s’est pas nommé, mais qu’on attribue à Junius : elles servent à marquer les différentes interprétations des anciens traducteurs Grecs. La troisieme est celle de Rome en 1587, dans laquelle on a inséré des scholies tirées des manuscrits Grecs des bibliotheques de Rome, & recueillies par Pierre Morin. Cette belle édition fut réimprimée à Paris en 1628 par le P. Morin de l’Oratoire, qui y joignit l’ancienne version Latine de Nobilius, laquelle dans l’édition de Rome étoit imprimée séparément avec les commentaires. L’édition Greque de Rome se trouve dans la Polyglotte de Londres ; & on y a ajoûté en marge les différentes leçons tirées du manuscrit d’Alexandrie. On l’a aussi donnée en Angleterre in-4°. & in-12. avec quelques changemens. Bos l’a encore publiée en 1709 à Francker, avec toutes les différentes leçons qu’il a pû recouvrer. Enfin la quatrieme Bible Greque est celle qu’on a faite en Angleterre d’après un exemplaire très-ancien, connu sous le nom de manuscrit d’Alexandrie ; parce qu’il avoit été envoyé de cette ville. Elle fut commencée à Oxford par le docteur Grabe en 1707. Dans cette Bible, le manuscrit d’Alexandrïe n’est pas imprimé tel qu’il étoit, mais tel qu’on a cru qu’il devoit être ; c’est-à-dire, qu’on l’a changé aux endroits qui ont paru être des fautes de copistes, & que l’on a aussi changé les mots qui étoient de différentes dialectes : quelques-uns ont applaudi à cette liberté ; d’autres l’ont condamnée, prétendant que le manuscrit étoit exact, & que les conjectures ou les diverses leçons avoient été rejettées dans les notes dont il étoit accompagné. Voyez Septante.

Bibles Latines. Quoique leur nombre soit encore plus grand que celui des Bibles Greques, on peut les réduire toutes à trois classes ; savoir, l’ancienne Vulgate, nommée aussi Itala, traduite du Grec des Septante ; la Vulgate moderne, dont la plus grande partie est traduite du texte Hébreu ; & les nouvelles versions Latines faites sur l’Hébreu dans le xvie siecle. De l’ancienne vulgate, dont on se servoit dans la primitive Eglise, & sur-tout en occident, jusqu’après le tems du pape S. Grégoire le grand, il ne reste de livres entiers que les Pseaumes, le livre de la Sagesse, & l’Ecclésiaste, & des fragmens épars dans les écrits des Peres, d’où Nobilius a tâché de la tirer toute entiere ; projet qui a été exécuté par le P. Sabathier, Bénédictin. On trouve un grand nombre d’éditions différentes de la vulgate moderne, qui est la version de S. Jérôme faite sur l’Hébreu. Le cardinal Ximenès en fit insérer dans la Bible de Complute, une qui est altérée & corrigée en plusieurs endroits. La meilleure édition de la vulgate de Robert Etienne, est celle de 1540, réimprimée en 1545, où l’on trouve en marge les différentes leçons des divers manuscrits dont il avoit pû avoir connoissance. Les docteurs de Louvain l’ont revûe, y ont ajoûté de nouvelles leçons inconnues à Robert Etienne : leur meilleure édition est celle qui contient à la fin les notes critiques de François Lucas de Bruges. Toutes ces corrections de la Bible Latine furent faites avant le tems de Sixte V. & de Clément VIII. depuis lesquels personne n’a osé faire de changement au texte de la vulgate, si ce n’est dans des commentaires & des notes séparées. Les corrections de Clément VIII. en 1592, sont celles que l’on suit dans toute l’Eglise catholique ; car de deux réformations qu’a fait ce pontife, on s’en est toûjours tenu à la premiere. Ce fut d’après elle que Plantin donna son édition, & toutes les autres furent faites d’après celle de Plantin ; de sorte que les Bibles communes sont d’après les corrections de Clément VIII. Il y a un très-grand nombre de Bibles Latines de la troisieme classe faites depuis deux siecles, & comprenant les versions des originaux des livres sacrés : la premiere est celle de Sanctez Pagninus, Dominicain ; elle fut imprimée à Lyon in-4°. en 1528, & est fort estimée des Juifs. L’auteur la perfectionna, & l’on en fit à Lyon une belle édition in-fol. en 1542, avec des scholies sous le nom de Michael Villanovanus, auteur de ces scholies, que M. Chambers croit être Michel Servet, brûlé depuis à Geneve. Servet prit ce nom parce qu’il étoit né à Villa-nueva en Aragon. Ceux de Zurich donnerent aussi une édition in-4°. de la Bible de Pagninus, & Robert Etienne la réimprima in-fol. avec la vulgate en 1557. On en trouve encore une version de 1586 en quatre colonnes, sous le nom de Vatable, qu’on a insérée dans la Bible en quatre langues de l’édition d’Hambourg. On range aussi au nombre des Bibles Latines la version de Pagninus, corrigée ou plûtôt rendue littérale par Arias Montanus, avec l’approbation des docteurs de Louvain, insérée par ordre de Philippe II. dans la Polyglotte de Complute, & ensuite dans celle de Londres. Il y en a où différentes éditions in-fol. in-4°. & in-8°. auxquelles on a ajoûté le texte Hebreu de l’ancien Testament, & le Grec du nouveau : la meilleure est celle de 1571 in-fol. Depuis la réformation les Protestans ont aussi donné plusieurs versions Latines de la Bible : les plus estimées parmi eux sont celles de Munster, de Léon Juda, de Castalion, & de Tremellius ; les trois dernieres ont été souvent réimprimées ; & celle de Castalion l’emporte pour la beauté du Latin, que quelques critiques trouvent pourtant trop affecté : sa meilleure édition est celle de 1573. La version de Léon Juda, corrigée par les Théologiens de Salamanque, a été jointe à l’ancienne édition publiée par Robert Etienne, avec des notes de Vatable. Celles de Junius & de Tremellius sont préférées, sur-tout par les Calvinistes ; & il y en a un tres grand nombre d’éditions. On pourroit ajouter pour quatrieme classe des Bibles Latines, comprenant l’édition de la vulgate corrigée sur les originaux, la Bible d’Isidore Clarius ou Clario, écrivain catholique, & évêque de Fuligno dans l’Ombrie. Cet auteur peu content des corrections de l’ancien Latin, a réformé cette derniere traduction aux endroits qu’il a crû mal rendus ; son ouvrage imprimé à Venise en 1542, fut d’abord mis à l’index, ensuite permis, & réimprimé à Venise en 1564, à l’exception de la préface & des prolégomenes. Plusieurs protestans ont suivi cette méthode. André & Luc Osiander entr’autres ont publié chacun une nouvelle édition de la Vulgate, corrigée sur les originaux.

Bibles Orientales. On peut mettre à la tête des Bibles Orientales la version Samaritaine, qui n’admet de l’Ecriture que le Pentateuque. Cette version est faite sur le texte Hébreu-Samaritain, un peu différent du texte Hébreu des Juifs, & dans une langue qui est à peu près la même que la Chaldaïque. Le pere Morin de l’Oratoire est le premier qui ait fait imprimer ce Pentateuque Hébreu des Samaritains avec la version ; l’un & l’autre se trouvent dans les Polyglottes de Londres & de Paris. Les Samaritains ont outre cela une version Arabe du Pentateuque, qui n’a point été imprimée, & qui est même fort rare. On en trouve deux exemplaires dans la bibliotheque du Roi. L’auteur se nomme Abusaïd, & a ajoûté en marge quelques notes littérales. Ils ont aussi l’histoire de Josué, mais différente du livre de Josué que nous reconnoissons pour canonique, titre qu’ils n’accordent pas au livre qu’ils ont sous le même nom.

Bibles Chaldéennes. Ce sont seulement des gloses ou des expositions que les Juifs ont faites lorsqu’ils parloient la langue Chaldaïque. Ils les nomment targumim, ou les paraphrases ; parce qu’en effet ce ne sont point de pures versions de l’Ecriture. Les meilleures sont celles d’Onkelos, qui n’est que sur le Pentateuque, & celle de Jonathan, sur tous les livres que les Juifs appellent Prophetes ; c’est-à-dire, sur Josué, les Juges, les livres des Rois, les grands & les petits Prophetes. Les autres paraphrases Chaldéennes sont la plûpart remplies de fabies : on les a insérées dans la grande Bible Hébraique de Venise & de Bâle. Mais on les lit plus aisement dans les Polyglottes, où l’on a mis à côté la traduction Latine. Voy. Targum.

Bibles Syriaques. En 1562 Jean Albert Widmanstadius fit imprimer à Vienne en Autriche tout le nouveau Testament en très-beaux caracteres Syriaques, & cette version a été insérée dans la Bible de Philippe II. avec la traduction Latine. Gabriel Sionite a publié aussi à Paris en 1525 une très-belle édition des Pseaumes en Syriaque, avec une version Latine. Quant à l’ancien Testament, les Syriens en ont deux sortes de versions : la premiere faite sur le Grec des Septante, n’a jamais été imprimée ; l’autre qui a été prise sur le texte Hébreu, a été imprimée pour la premiere fois dans la grande Bible de le Jay, & ensuite dans la Polyglotte d’Angleterre. Elle est en usage chez les Chrétiens d’orient, qui suivent le rit Syrien.

Bibles Arabes. Il y a un très-grand nombre de Bibles Arabes, dont les unes sont à l’usage des Juifs dans les pays où ils parlent l’Arabe ; les autres à l’usage des Chrétiens du levant qui parlent cette langue. Les premieres ont toutes été faites sur l’Hébreu, les autres sur d’autres versions, comme celle des Syriens sur le Syriaque, lorsque cette derniere langue n’a plus été entendue du peuple ; celle des Cophtes sur leur langue naturelle, quoiqu’elle fût aussi bien entendue du peuple que des prêtres. En 1516 Augustin Justiniani, evêque de Nebis, donna à Genes une version Arabe du Pseautier, avec le texte Hébreu & la paraphrase Chaldaïque, en y ajoûtant les interprétations Latines. La version Arabe de toute l’Ecriture se trouve dans les Polyglottes de Paris & de Londres. Il y a une édition entiere de l’ancien Testament, imprimée à Rome en 1671 par ordre de la Congrégation de Propagandâ fide, mais qu’on a voulu faire quadrer avec la Vulgate, & qui par conséquent n’est pas toûjours exactement conforme au texte hébreu. Les Bibles Arabes de l’Europe ne sont pas non plus tout-à-fait les mêmes que celles de l’orient : plusieurs savans pensent que la version Arabe du vieux Testament qui est imprimée dans les Polyglottes, est au moins en grande partie celle de Saadias Gaon Rabbin, qui vivoit au commencement du dixieme siecle ; & la raison qu’ils en donnent est qu’Aben Ezra, grand antagoniste de Saadias, cite quelques passages de cette version que l’on trouve dans les versions Arabes des Polyglottes : mais d’autres pensent que la version Arabe de Saadias ne subsiste plus. En 1622 Erpenius imprima un Pentateuque de Arabe, que l’on appelloit aussi le Pentateuque de Mauritanie, parce qu’il étoit à l’usage des Juifs de Barbarie : la version en est très-littérale, & passe pour fort exacte. On a aussi publié les quatre Evangélistes en Arabe avec une version Latine, in-fol. à Rome en 1591. Cette version a été réimprimée depuis dans les Polyglottes de Paris & de Londres, avec quelques changemens faits par Gabriel Sionite. Erpenius donna aussi à Leyde en 1616 un nouveau Testament Arabe en entier, tel qu’il l’avoit trouvé dans un manuscrit.

Bibles Cophtes. Ce sont les Bibles des Chrétiens d’Egypte, qu’on appelle Cophtes ou Coptes, & qui sont écrites dans l’ancien langage de ce pays-là. Il n’y a aucune partie de la Bible imprimée en Cophte : mais il y en a plusieurs manuscrits dans les grandes bibliotheques, & sur-tout dans celle du Roi. Cette ancienne langue Cophte n’étant plus entendue depuis très-long-tems par les Cophtes mêmes, ils lisent l’Ecriture dans une version Arabe, comme on le voit par les Bibles Cophtes manuscrites qui sont à la bibliotheque du Roi.

Bibles Ethiopiennes. Les Ethiopiens ont aussi traduit quelques parties de la Bible en leur langue, comme les Pseaumes, les Cantiques, quelques chapitres de la Genese, Ruth, Joël, Jonas, Malachie, & le nouveau Testament, qui ont été imprimés d’abord séparément, puis recueillis dans la Polyglotte d’Angleterre. Cette version a été faite sur le Grec des Septante, peut-être même sur le Cophte, qui a lui-même été pris des Septante. Le nouveau Testament Ethiopien, imprimé d’abord à Rome en 1548, est très-inexact : on n’a pas laissé que de le faire passer avec toutes ses fautes dans la Polyglotte de Londres.

Bibles Arméniennes. Il y a une très-ancienne version Arménienne de toute la Bible, qui a été faite d’après le Grec des Septante par quelques docteurs de cette nation dès le tems de S. Jean Chrysostome. Comme les exemplaires manuscrits coûtoient beaucoup, Oschan ou Uscham, évêque d’Uschouanch, un de leurs prélats, la fit imprimer en entier in-4°. à Amsterdam en 1664, avec le nouveau Testament in-8°. On avoit cependant imprimé long-tems auparavant le Pseautier Arménien.

Bibles Persannes. Quelques uns des Peres semblent dire que toute l’Ecriture fut d’abord traduite en langue Persanne : mais il ne reste rien de cette ancienne version, qu’on suppose faite d’après celle des Septante. Le Pentateuque Persan imprimé dans la Polyglotte de Londres, est l’ouvrage de Rabbi Jacob, Juif Persan. Dans la même Polyglotte se trouvent les quatre Evangélistes en Persan, avec la traduction latine : mais cette version paroît être très-moderne, peu exacte, & ne méritoit pas d’être publiée.

Bibles Gothiques. On croit généralement que Ulphilas ou Gulphilas, évêque des Goths qui habitoient dans la Moesie, & qui vivoit dans le ive siecle, fit une version de la Bible entiere pour ses compatriotes, à l’exception toutefois des livres des Rois qu’il ne voulut pas mettre entre les mains de cette nation assez belliqueuse par elle-même, craignant que les guerres & les combats dont il y est fait mention ne l’excitassent à avoir toûjours les armes à la main, & à justifier cette conduite par l’exemple des anciens Hébreux. Quoi qu’il en soit, on n’a plus rien de cette ancienne version que les quatre Evangélistes, qui furent imprimés in-4°. à Dordrecht en 1665 d’après un très-ancien manuscrit.

Bibles Moscovites. La Bible Moscovite est une Bible entiere en langue Sclavone faite sur le Grec : elle fut imprimée à Ostravie en Volhinie aux dépens de Constantin Basile duc d’Ostravie, pour l’usage des Chrétiens qui parlent le Sclavon, dont la langue Moscovite est un dialecte. On la nomme communément la Bible Moscovite.

Le nombre des Bibles en langue vulgaire est si prodigieux, & d’ailleurs elles sont si connues, que nous n’avons pas jugé nécessaire d’en traiter expressément. Voyez le livre de Kortholtus Allemand, intitulé de variis Bibliorum editionibus. R. Elias Levita. le P. Morin. Simon, Hist, critiq. du vieux & du nouv. Testam. Bibliot. des aut. eccles. des trois prem. siec. par M. Dupin, tome I. Bibliot. sacr. du P. le Long ; & celle que Dom Calmet a jointe à son dictionn. de la Bible. (G)

* Comme nous ne nous sommes pas proposés seulement de faire un bon ouvrage, mais encore de donner des vûes aux auteurs, pour en publier sur plusieurs matieres de meilleurs que ceux qu’on a, nous allons finir cet article par le plan d’un traité qui renfermeroit tout ce qu’on peut desirer sur les questions préliminaires de la Bible. Il faudroit diviser ce traité en deux parties : la premiere seroit une critique des livres & des auteurs de l’Ecriture sainte : on renfermeroit dans la seconde certaines connoissances générales qui sont nécessaires pour une plus grande intelligence de ce qui est contenu dans ces livres.

On distribueroit la premiere partie en trois sections : on parleroit dans la premiere des questions générales qui concernent tout le corps de la bible : dans la seconde, de chaque livre en particulier & de son auteur : dans la troisieme, des livres cités, perdus, apocryphes, & des monumens qui ont rapport à l’Ecriture.

Dans la premiere de ces sections, on agiteroit six questions. La premiere seroit des différens noms qu’on a donnés à la Bible, du nombre des livres qui la composent, & des classes différentes qu’on en a faites. La seconde, de la divinité des Ecritures ; on la prouveroit contre les payens & les incrédules : de l’inspiration & de la prophétie ; on y examineroit en quel sens les auteurs sacrés ont été inspirés ; si les termes sont également inspirés comme les choses ; si tout ce que ces livres contiennent est de soi, même les faits historiques & les propositions de physique. La troisieme seroit de l’authenticité des livres sacrés, du moyen de distinguer les livres véritablement canoniques d’avec ceux qui ne le sont pas ; on y examineroit la fameuse controverse des Chrétiens de la communion Romaine, & de ceux de la communion Protestante, savoir si l’Eglise juge l’Ecriture ; on expliqueroit ce que c’est que les livres deutérocanoniques ; dans quel sens & par quelles raisons ils sont ou doivent être nommés deutérocanoniques. La quatrieme seroit des différentes versions de la bible & des diverses éditions de chaque version : on y parleroit par occasion de l’ancienneté des langues & des caracteres ; on en rechercheroit l’origine ; on examineroit quelle a été la premiere langue du monde ; si l’Hébraique mérite cette préférence. S’il n’étoit pas possible de porter une entiere lumiere sur ces objets, on détermineroit du moins ce qu’on en voit distinctement ; on rechercheroit jusqu’où l’on peut compter sur la fidélité des copies, des manuscrits, des versions, des éditions, & sur leur intégrité ; s’il y en a d’authentiques outre la vulgate, ou si elle est la seule qui le soit ; on n’oublieroit pas les versions en langues vulgaires ; on examineroit si la lecture en est permise ou défendue, & ce qu’il faut penser de l’opinion qui condamne les traductions des livres sacrés. La cinquieme seroit employée à l’examen du style de l’Ecriture, de la source de son obscurité, des différens sens qu’elle souffre, & dans lesquels elle a été citée par les auteurs ecclésiastiques ; de l’usage qu’on doit faire de ces sens, soit pour la controverse, soit pour la chaire ou le mystique : on y discuteroit le point de conscience, s’il est permis d’en faire l’application à des objets profanes. La sixieme & derniere question de la section premiere de la premiere partie, traiteroit de la division des livres en chapitres & en versets, des différens commentaires, de l’usage qu’on peut faire des rabbins, de leur talmud, de leur gemare, & de leur cabale ; de quelle autorité doivent être les commentaires & les homélies des peres sur l’Ecriture ; de quel poids sont ceux qui sont venus depuis, & quels sont les plus utiles pour l’intelligence des Ecritures.

La seconde section seroit divisée en autant de petits traités qu’il y a de livres dans l’Ecriture : on en feroit l’analyse & la critique ; on en éclairciroit l’histoire ; on donneroit des dissertations sur les auteurs, les tems précis, & la maniere dont ils ont écrit.

La troisieme section comprendroit trois questions : la premiere, des livres cités dans l’Ecriture ; on examineroit quels étoient ces livres, ce qu’ils pouvoient contenir, qui en étoient les auteurs, enfin tout ce que les preuves & les conjectures en pourroient indiquer : la seconde, des livres apocryphes qu’on a voulu faire passer pour canoniques, soit qu’ils subsistent encore, ou qu’ils ayent été perdus, soit qu’ils ayent été composés par des auteurs Chrétiens, ou des ennemis de la religion : la troisieme, des monumens qui ont rapport à l’Ecriture, comme les ouvrages de Philon, de Josephe, de Mercure Trismegiste, & de plusieurs autres ; tels sont aussi les oracles des sibylles, le symbole des apôtres, & leurs canons.

Tel seroit l’objet & la matiere de la premiere partie ; la seconde comprendroit huit traités : le premier seroit de la Géographie sacrée : le second, de l’origine & de la division des peuples ; ce seroit un beau commentaire sur le chapitre x. de la Genese : le troisieme, de la chronologie de l’Ecriture, où par conséquent on travailleroit à éclaircir l’ancienne chronologie des empires d’Egypte, d’Assyrie, & de Babylone, qui se trouve extremement mêlée avec celle des Hébreux : le quatrieme, de l’origine & de la propagation de l’idolatrie ; celui-ci ne seroit, ou je me trompe fort, ni le moins curieux, ni le moins philosophique, ni le moins savant : le cinquieme, de l’histoire naturelle relative à l’Ecriture, des pierres précieuses dont il y est fait mention, des animaux, des plantes, & autres productions ; on rechercheroit quels sont ceux de nos noms auxquels il faudroit rapporter ceux sous lesquels elles sont désignées : le sixieme, des poids, des mesures, & des monnoies qui ont été en usage chez les Hébreux, jusqu’au tems de Notre Seigneur, ou même après les apôtres : le septieme, des idiomes différens des langues principales, dans lesquels les livres saints ont été écrits ; des phrases poëtiques & proverbiales, des figures, des allusions, des paraboles : en un mot, de ce qui forme une bonne partie de l’obscurité des prophéties & des évangiles : le huitieme seroit un abrégé historique, qui exposeroit rapidement les différens états du peuple Hébreu jusqu’au tems des apôtres ; les différentes révolutions survenues dans son gouvernement, ses usages, ses opinions, sa politique, ses maximes.

Voilà une idée qui me paroît assez juste & assez étendue pour exciter un savant à la remplir. Tout ce qu’il diroit là-dessus ne seroit peut-être pas nouveau : mais ce seroit toûjours un travail estimable & utile au public, que de lui présenter dans un seul ouvrage complet, sous un même style, selon une méthode claire & uniforme, & avec un choix judicieux, des matériaux dispersés, & la plûpart inconnus, recueillis d’un grand nombre de savans.

Qu’il me soit permis de m’adresser ici à ceux qui n’ont pas de l’étendue de la Théologie, toute l’idée qu’ils en doivent avoir. Le plan que je viens de proposer a sans doute de quoi surprendre par la quantité de matieres qu’il comprend ; ce n’est pourtant qu’une introduction à la connoissance de la religion : le Théologien qui les possede ne se trouve encore qu’à la porte du grand édifice qu’il a à parcourir ; une seule these de licence contient toutes les questions dont je viens de parler. On se persuade faussement aujourd’hui qu’un Théologien n’est qu’un homme qui sait un peu mieux son catéchisme que les autres ; & sous prétexte qu’il y a des mysteres dans notre religion, on s’imagine que toute sorte de raisonnemens lui sont interdits. Je ne vois aucune science qui demande plus de pénétration, plus de justesse, plus de finesse, & plus de subtilité dans l’esprit, que la Théologie ; ses deux branches sent immenses, la scholastique & la morale ; elles renferment les questions les plus intéressantes. Un Théologien doit connoître les devoirs de tous les états ; c’est à lui à discerner les limites qui séparent ce qui est permis d’avec ce qui est défendu : lorsqu’il parle des devoirs de notre religion, son éloquence doit être un tonnerre qui foudroye nos passions, & en arrête le cours ; ou doit avoir cette douceur qui fait entrer imperceptiblement dans notre ame des vérités contraires à nos penchans. Quel respect & quelle vénération ne méritent pas de tels hommes ! Et qu’on ne croye pas qu’un Théologien, tel que je viens de le peindre, soit un être de raison. Il est sorti de la faculté de Théologie de Paris plusieurs de ces hommes rares. On lit dans ses fastes les noms célebres & à jamais respectables des Gersons, des Duperrons, des Richelieux, & des Bossuets. Elle ne cesse d’en produire d’autres pour la conservation des dogmes & de la morale du Christianisme. Les écrivains qui se sont échappés d’une maniere inconsidérée contre ce qui se passe sur les bancs de Théologie, méritent d’être dénoncés à cette faculté, & par elle au clergé de France : que pensera-t-il d’un trait lancé contre ce corps respectable, dans la continuation obscure d’un livre destiné toutefois à révéler aux nations la gloire de l’Eglise Gallicane, dont la faculté de Théologie est un des principaux ornemens ? Ce trait porte contre une these qui dure douze heures, & qu’on nomme Sorbonique : on y dit plus malignement qu’ingénieusement, que malgré sa longueur elle n’a jamais ruiné la santé de personne. Cette these ne tua point l’illustre Bossuet : mais elle alluma en lui les rayons de lumiere qui brillent dans ses ouvrages sur le mérite, sur la justification, & sur la grace. Elle ne se fait point, il est vrai, avec cet appareil qu’on remarque dans certains colléges : on y est plus occupé des bons argumens & des bonnes réponses, que de la pompe & de l’ostentation ; moyen sûr d’en imposer aux ignorans : on n’y voit personne posté pour arrêter le cours d’une bonne difficulté ; & ceux qui sont préposés pour y maintenir l’ordre, sont plus contens de voir celui qui soûtient un peu embarrassé sur une objection très forte qu’on lui propose, que de l’entendre répondre avec emphase à des minuties. Ce n’est point pour ébloüir le vulgaire que la faculté fait soûtenir des theses ; c’est pour constater le mérite de ceux qui aspirent à l’honneur d’être membres de son corps : aussi ne voit-on point qu’elle s’empresse à attirer une foule d’approbateurs ; tous les Licenciés y disputent indifféremment : c’est que ce sont des actes d’épreuve & non de vanité. Ce n’est point sur un ou deux traités qu’ils soûtiennent, les seuls qu’ils ayent appris dans leur vie ; leurs theses n’ont d’autres bornes que celles de la Théologie. Je sai que l’auteur pourra se défendre, en disant qu’il n’a rien avancé de lui-même ; qu’il n’a fait que rapporter ce qu’un autre avoit dit : mais excuseroit-il quelqu’un qui dans un livre rapporteroit tout ce qu’on a écrit de vrai ou de faux contre son corps ? Nous espérons que ceux à qui l’honneur de notre nation & de l’église de France est cher, nous sauront gré de cette espece de digression. Nous remplissons par-là un de nos principaux engagemens ; celui de chercher & de dire, autant qu’il est en nous, la vérité. Voyez Faculté, Licence, Théologie.