L’Encyclopédie/1re édition/BOMBE

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Texte établi par D’Alembert, Diderot (Tome 2p. 316-317).
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BOMBE, s. f. (Artill.) est un gros boulet creux que l’on remplit de poudre, & qu’on jette par le moyen du mortier sur les endroits qu’on veut détruire. Elle produit deux effets : savoir, celui de ruiner les édifices les plus solides par son poids ; & celui de causer beaucoup de desordre par ses éclats : car lorsque la poudre dont elle est chargée prend feu, son effort rompt ou creve la bombe, & il en fait sauter les éclats à la ronde.

Le mot de bombe vient de bombus, crepitus, ou sibilus ani, à cause du bruit qu’elle fait.

M. Blondel croit que les premieres bombes furent jettées, en 1588, au siége de Wachtendonck, ville du duché de Gueldres. D’autres prétendent qu’un siecle auparavant, en 1495, on en jetta à Naples sous Charles VIII ; & ils tâchent de le prouver par un endroit du Verger d’honneur, composé par Octavien de Saint-Gelais, & par André de la Vigne. Strada dit que ce fut un habitant de Venlo qui se mêloit de faire des feux d’artifices, qui inventa les bombes. Les habitans de cette ville se proposerent de régaler de cette invention le duc de Cleves qui étoit venu chez eux, & à qui ils avoient donné un grand repas. Ils voulurent donc en faire la premiere expérience devant lui, & elle réussit beaucoup mieux qu’ils ne l’avoient prétendu : car la bombe étant tombée sur une maison, elle enfonça le toît & les planchers, & y mit le feu, qui s’étant communiqué aux maisons voisines, brûla les deux tiers de la ville, le feu étant devenu si violent qu’il ne fut pas possible d’arrêter l’incendie. Le duc se servit de cette invention au siége de Wachtendonck, qu’il entreprit peu de jours après.

« Je sai, ajoûte Strada, que quelques uns ont écrit qu’un mois ou deux auparavant, une pareille expérience avoit été faite à Berg-op-zoom par un Italien deserteur des troupes d’Espagne, qui s’étoit donné aux Hollandois, & leur avoit promis de faire des boules creuses de pierre ou de fer, qui étant jettées dans une ville assiégée, & se crevant après leur chûte, mettroient le feu par-tout : mais comme il préparoit son artifice, une étincelle étant tombée sur la poudre, il en fut tué, & laissa en mourant ceux pour qui il travailloit, dans l’incertitude si son secret auroit réussi ».

C’est seulement au siége de la Motte, en 1634, qu’on voit le premier usage des bombes en France. Le roi Louis XIII. avoit fait venir de Hollande un ingénieur Anglois nommé Mathus, qui employa les bombes avec succès en différens siéges, & qui fut tué à celui de Gravelines en 1658. Nous avons un livre de cet ingénieur, intitulé Pratique de la guerre, contenant l’usage de l’artillerie, bombe, &c.

Les figures 5. & 6. de la Pl. VII. de l’art milit. peuvent servir à donner une idée exacte de la bombe.

La fig. 5. fait voir une bombe telle qu’elle paroit à la vûe, & la fig. 6. en fait voir la coupe ou le profil.

Les parties A & B sont les anses de la bombe, & F est la lumiere de la fig. 5. Dans la fig. 6. l’épaisseur du métal est marquée par l’espace rempli de petits points ; CD est la fusée de la bombe enfoncée par la lumiere C qui est entre les anses A & B. Voyez Fusée & Mortier. Cette fusée sert à porter le feu dans la poudre dont la bombe est chargée, laquelle poudre en s’enflammant, fait crever la bombe.

La bombe qui est jettée par un mortier de 18 pouces 4 lignes de diametre, qui contient douze livres de poudre dans sa chambre concave en forme de poix, appellée de la nouvelle invention, a dix-sept pouces dix lignes de diametre. Voyez Chambre.

Elle a deux pouces d’épaisseur par-tout, excepté au culot qui a deux pouces dix lignes.

Sa lumiere a 20 lignes d’ouverture dehors, & dedans elle contient 48 livres de poudre, & pese sans sa charge 490 livres & un peu plus ; elle a deux anses coulées auprès de la lumiere.

Le mortier qui a 12 pouces 6 lignes de diametre, contient dans sa chambre 18 livres de poudre. Sa bombe a 11 pouces 8 lignes de diametre ; 1 pouce 4 lignes d’épaisseur par-tout, hors le culot qui a un pouce 8 lignes ; sa lumiere a 16 lignes d’ouverture par-dessus & par-dedans ; elle contient quinze livres de poudre ; elle a deux anses coulées auprès de sa lumiere, & elle pese sans sa charge environ 130 livres.

Les bombes qui sont jettées par des mortiers de 12 pouces, 3, 4 & jusqu’à 6 lignes de diametre, & qui ont dans leurs chambres concaves 12 & 8 livres de poudre, ont les mêmes proportions que la précédente.

C’est aussi la même chose pour la bombe qui sert au mortier ordinaire de 12 pouces, qui contient dans sa chambre cinq à 6 livres de poudre.

La bombe jettée par un mortier de 8 pouces 4 lignes de diametre, & qui porte 1 livre & de poudre dans sa chambre, a 8 pouces de diametre, 10 lignes d’épaisseur par-tout, hors le culot qui en a 13. Sa lumiere a un pouce de diametre par-dessus & par-dedans. Elle contient quatre livres de poudre ; elle a des anses de fer battu coulées avec la bombe, & elle pese sans sa charge 35 livres.

La bombe jettée par un mortier de 6 pouces de diametre, qui porte dans sa chambre une livre & un peu plus de poudre, a 6 pouces de diametre, 8 lignes par-tout, hors par le culot où elle a 11 à 12 lignes ; sa lumiere a 10 lignes d’ouverture par-dessus & par-dedans. Elle contient trois livres & demie de poudre, & elle pese sans sa charge, 20 livres ou environ ; ces sortes de bombes n’ont point d’anses ordinairement.

Il y a des cas où l’on peut diminuer la poudre dont la bombe est chargée, c’est-à-dire, lorsqu’on n’employe les bombes que pour ruiner les édifices, sans vouloir y mettre le feu, ou pour tirer sur les troupes ; car alors l’objet de la charge n’est que de faire crever la bombe ; par conséquent il ne faut que la quantité de poudre nécessaire pour produire cet effet. Or suivant ce qui est rapporté dans le Traité des armes & machines en usage à la guerre depuis l’invention de la poudre, M. Belidor a trouvé que trois livres de poudre étoit tout ce qu’il falloit pour faire crever les bombes de 12 pouces, & 1 livre pour celle de 8 ; ce qui doit faire présumer que 8 ou 10 livres suffiroient pour charger les bombes de 18 pouces, au lieu des 48 liv. dont on les charge ordinairement.

La fig. 7. de la Pl. VII. de l’art milit. fait connoître comment l’on coule une bombe de 11 pouces 8 lignes, & ainsi des autres.

E, noyau de terre.

F, place qu’occupe le métal, formant l’épaisseur de la bombe, & d’où l’on a tiré la terre douce qui étoit entre le noyau & la chappe.

Il faut observer que la terre se tire aisément, parce que la chappe est de deux pieces.

G chappe qui est de terre fort dure & recuite.

H est la lance qui passe au-travers du noyau, & qui le suspend en l’air pour laisser couler le métal entre le noyau & la chappe.

I, I, ouvertures où sont placées les anses, & par lesquelles on coule la bombe.

Pour qu’une bombe soit bien conditionnée, il faut qu’elle soit de bonne fonte, & d’une matiere douce & liante, pour éviter les souflures, les chambres & les évents, en sorte qu’elle soit à toute sorte d’épreuve. Elle doit être bien nette en-dedans, & il faut que le morceau de fer qui tient toûjours au culot après la fonte, & que l’on appelle lance, soit rompu.

La bombe doit être encore bien coupée, bien ébarbée par le dehors, & bien ronde ; avoir sa lumiere bien saine & les anses entieres, afin de la placer plus aisément dans le mortier.

Maniere de charger les bombes. Pour charger les bombes, il faut les emplir de poudre avec un entonnoir, y mettre ensuite la fusée CD, fig. 6. Pl. VII. de l’art milit. qu’on frappe ou enfonce dans la lumiere de la bombe avec un maillet de bois, & jamais de fer, crainte d’accident. A l’égard de la maniere de l’exécuter avec le mortier, voyez Mortier & Batterie de Mortiers. (Q)

La theorie du jet des bombes est l’objet principal de la Balistique. Voy. Balistique. On trouvera cette théorie expliquée à l’article Projectile.