L’Encyclopédie/1re édition/BREVE

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Texte établi par D’Alembert, Diderot (Tome 2p. 414).
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BREVE, s. f. en terme de Grammaire, se dit d’une syllabe relativement à celles qui sont longues : par exemple, l’a est bref dans place, & long dans grace ; en matin le commencement du jour, ma est bref ; au lieu que ma est long en mâtin, gros chien. L’a est bref en tache, macula, & long en tâche, ouvrage qu’on donne à faire.

Toutes nos voyelles sont ou breves, ou longues, ou communes. C’est de l’assortiment des unes avec les autres que résulte l’harmonie de la période. Le tems d’une breve est de moitié plus court que le tems d’une longue ; ou, comme on dit communément, la breve n’a qu’un tems, & la longue en a deux : c’est-à-dire, que pour prononcer la breve, on n’employe précisément que le tems qu’il faut pour la prononcer ; au lieu qu’on prononceroit deux breves dans l’intervalle de tems que l’on met à prononcer une longue.

Les Latins étoient extrèmement exacts à distinguer les longues & les breves. Cicéron dit, que si un acteur faisoit une faute sur ce point, il étoit sifflé par les spectateurs : Non solum verbis arte positis moventur omnes, verum etiam numeris ac vocibus. At in his si paulùm modò offensum est, ut aut contractione brevius fieret, aut productione longius, theatra tota reclamant. Quid ? hoc non idem fit in vocibus, ut à multitudine & populo, non modo catervæ atque conventus, sed etiam ipsi sibi singuli discrepantes, ejiciantur ? Cic. de orat. lib. III. cap. j.

La même chose arriveroit sans doute parmi nous si un acteur prononçoit par consquent au lieu de par conséquent, la mèr au lieu de la mér, &c.

Dans le latin, la breve se marque d’un ˘ & la longue d’un — ; ainsi dans àrmă la premiere est longue & la seconde breve. Breve est aussi un terme de Musique : alors on sousentend note. Voyez l’article suivant.

Breve, en Musique, est une note qui passe deux fois plus vite que celle qui la précede : ainsi la noire est breve après une blanche pointée, la croche après la noire pointée. On ne pourroit pas de même appeller breve une note qui vaudroit la moitié de la précédente : ainsi la noire n’est pas une breve après la blanche simple, ni la croche après la noire, à moins qu’il ne soit question de syncope.

C’est autre chose dans le Plain-chant. Pour répondre exactement à la quantité des syllabes, la breve y vaut la moitié juste de la longue : de plus, la longue a quelquefois une queue pour la distinguer de la breve qui n’en a point ; ce qui est précisément le contraire de la Musique, où la ronde qui n’a point de queue est double de la blanche qui en a une. Voyez Mesure, Valeur des notes.

Breve est aussi le nom que donnent les Italiens à cette ancienne figure de note que nous appellons quarrée, qui se fait ainsi   , & qui vaut trois rondes ou semi-breves dans la mesure triple, & seulement deux dans celle à deux ou à quatre tems. Anciennement, dit l’abbé Brossard, sous le signe du C barré, elle ne valoit que deux tems. De là vient que les Italiens nomment encore alla breve, la mesure à deux tems fort vîtes, dont ils se servent dans les musiques da capella. (S)

Breve, (à la Monnoie.) est la quantité de marc ou d’especes délivrées, & provenant d’une seule fonte. De trente marcs d’or, il doit revenir neuf cents loüis : or la délivrance des neuf cents loüis est une breve. Voyez Délivrance.