L’Encyclopédie/1re édition/CADAVRE

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CADAVRE, s. m. c’est ainsi qu’on appelle le corps d’un homme mort : il est des cas où ne pouvant procéder contre la personne d’un criminel, parce qu’il est mort avant que son procès pût lui être fait, on le fait au cadavre, s’il est encore existant, sinon à la mémoire. Voyez les cas dans lesquels cette forme de procéder est usitée, au mot Mémoire.

Pour cet effet, le juge doit nommer un curateur au cadavre ou à la mémoire, lequel prête serment de bien & fidelement défendre le cadavre ou sa mémoire. Toute la procédure se dirige contre ce curateur, à l’exception du jugement définitif qui se rend contre le cadavre ou la mémoire du défunt.

Le curateur cependant peut interjetter appel du jugement rendu contre le défunt : il peut même y être obligé par quelqu’un des parens du défunt, lequel en ce cas est tenu d’avancer les frais pour ce nécessaires.

Et s’il plaît à la cour souveraine où l’appel est porté, de nommer un autre curateur que celui qu’avoient nommé les juges dont est appel, elle le peut. Voyez Curateur. (H)

La loi salique, dit l’illustre auteur de l’esprit des lois, interdisoit à celui qui avoit dépouillé un cadavre le commerce des hommes, jusqu’à ce que les parens acceptant la satisfaction du coupable, eussent demandé qu’il pût vivre parmi les hommes. Les parens étoient libres de recevoir cette satisfaction ou non : encore aujourd’hui, dit M. de Fontenelle, éloge de M. Littre, la France n’est pas sur ce sujet autant au-dessus de la superstition Chinoise, que les Anatomistes le desireroient. Chaque famille veut qu’un mort joüisse pour ainsi dire, de ses obseques, & ne souffre point, ou souffre très-rarement qu’il soit sacrifié à l’instruction publique ; tout au plus permet-elle en certains cas qu’il le soit à son instruction, ou plutôt à sa curiosité particuliere. M. de Marsollier raconte dans la vie de S. François de Sales, que ce saint encore fort jeune étant tombé dangereusement malade, vouloit léguer son corps par testament aux écoles de Medecine, parce qu’il étoit scandalisé de l’impiété des étudians qui déterroient les morts pour en faire la dissection. Il est pourtant nécessaire que les magistrats ferment jusqu’à un certain point les yeux sur cet abus, qui produit un bien considérable. Les cadavres sont les seuls livres où on puisse bien étudier l’Anatomie. Voyez Anatomie. (O)

* L’ouverture des cadavres ne seroit pas moins avantageuse aux progrès de la Medecine ; tel, dit M. de la Métrie, a pris une hydropisie enkistée dans la duplication du péritoine, pour une hydropisie ordinaire, qui eut toujours commis cette erreur, si la dissection ne l’eut éclairé : mais pour trouver les causes des maladies par l’ouverture des cadavres. il ne faudroit pas se contenter d’un examen superficiel, il faudroit fouiller les visceres, & remarquer attentivement les accidens produits dans chacun & dans toute l’œconomie animale ; car un corps mort differe plus encore au-dedans d’un corps vivant, qu’il n’en differe à l’extérieur. La conservation des hommes & les progrès de l’art de les guérir, sont des objets si importans, que dans une société bien policée, les prêtres ne devroient recevoir les cadavres que des mains de l’Anatomiste, & qu’il devroit y avoir une loi qui défendît l’inhumation d’un corps, avant son ouverture. Quelle foule de connoissances n’acquerroit-on pas par ce moyen ! Combien de phénomenes qu’on ne soupçonne pas, & qu’on ignorera toujours, parce qu’il n’y a que la dissection fréquente des cadavres qui puisse les faire appercevoir ! La conservation de la vie est un objet dont les particuliers s’occupent assez, mais qui me semble trop négligé par la société. Voyez les articles Funérailles, Bucher, Sépulcre, Tombeau, &c.