L’Encyclopédie/1re édition/COMMUN

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COMMUN, adj. en termes de Grammaire, se dit du genre par rapport aux noms, & se dit de la signification à l’égard des verbes.

Pour bien entendre ce que les Grammairiens appellent genre commun, il faut observer que les individus de chaque espece d’animal sont divisés en deux ordres ; l’ordre des mâles & l’ordre des femelles. Un nom est dit être du genre masculin dans les animaux, quand il est dit de l’individu de l’ordre des mâles ; au contraire il est du genre féminin quand il est de l’ordre des femelles : ainsi coq est du genre masculin, & poule est du feminin.

À l’égard des noms d’êtres inanimés, tels que soleil, lune, terre, &c. ces sortes de noms n’ont point de genre proprement dit. Cependant on dit que soleil est du genre masculin, & que lune est du feminin, ce qui ne veut dire autre chose, sinon que lorsqu’on voudra joindre un adjectif à soleil, l’usage veut en France que des deux terminaisons de l’adjectif on choisisse celle qui est déjà consacrée aux noms substantifs des mâles dans l’ordre des animaux ; ainsi on dira beau soleil, comme on dit beau coq, & l’on dira belle lune comme on dit belle poule. J’ai dit en France ; car en Allemagne, par exemple, soleil est du genre feminin ; ce qui fait voir que cette sorte de genre est purement arbitraire, & dépend uniquement du choix aveugle que l’usage a fait de la terminaison masculine de l’adjectif ou de la feminine, en adaptant l’une plûtôt que l’autre à tel ou tel nom.

A l’égard du genre commun, on dit qu’un nom est de ce genre, c’est-à-dire de cette classe ou sorte, lorsqu’il y a une terminaison qui convient également au mâle & à la femelle ; ainsi auteur est du genre commun ; on dit d’une dame qu’elle est auteur d’un tel ouvrage : notre qui est du genre commun ; on dit un homme qui, &c. une femme qui, &c. Fidele, sage, sont des adjectifs du genre commun ; un amant fidele, une femme fidele.

En Latin civis, se dit également d’un citoyen & d’une citoyenne. Conjux, se dit du mari & aussi de la femme. Parens, se dit du pere & se dit aussi de la mere. Bos, se dit également du bœuf & de la vache. Canis, du chien ou de la chienne. Feles, se dit d’un chat ou d’une chate.

Ainsi l’on dit de tous ces noms-là, qu’ils sont du genre commun.

Observez que homo est un nom commun, quant à la signification, c’est-à-dire qu’il signifie également l’homme ou la femme ; mais on ne dira pas en Latin mala homo, pour dire une méchante femme ; ainsi homo est du genre masculin par rapport à la construction grammaticale. C’est ainsi qu’en François personne est du genre feminin en construction ; quoique par rapport à la signification ce mot désigne également un homme ou une femme.

A l’égard des verbes, on appelle verbes communs ceux qui, sous une même terminaison, ont la signification active & la passive, ce qui se connoît par les adjoints. Voyez la quatrieme liste de la méthode de P. R. p. 462, des déponens qui se prennent passivement. Il y a apparence que ces verbes ont eu autrefois la terminaison active & la passive : en effet on trouve criminare, crimino, & criminari, criminor, blâmer.

En Grec, les verbes qui sous une même terminaison ont la signification active & la passive, sont appellés verbes moyens ou verbes de la voix moyenne. (F)

Commun, en Géométrie, s’entend d’un angle, d’une ligne, d’une surface, ou de quelque chose de semblable, qui appartient également à deux figures, & qui fait une partie nécessaire de l’une & de l’autre. Voyez Figure.

Les parties communes à deux figures servent à trouver souvent l’égalité entre deux figures différentes, comme dans le théoreme des parallelogrammes sur même base & de même hauteur, dans celui de la quadrature des lunules d’Hippocrate, &c. Voyez Parallelogramme, Lunule &c. (O)

Commun, (Jurisprud.) se dit des choses dont la propriété ou l’usage, & quelquefois l’un & l’autre, appartiennent à plusieurs personnes. Voyez Choses communes.

Être commun en biens avec quelqu’un, signifie être & avoir des biens en commun avec lui, comme cela est fréquent entre mari & femme dans les pays coûtumiers ; ces sortes de sociétés ont aussi lieu entre d’autres personnes dans certaines coûtumes. Voyez ci-après Communautés & Sociétés Tacites.

Délit commun. Voyez Délit.

Droit commun. Voyez Droit.

Commun de paix, (Jurisprud.) est un droit qui appartient au Roi comme comte de Rhodez, au pays de Roüergue, en vertu duquel il leve annuellement 6 deniers sur chaque homme ayant atteint l’âge de 14 ans ; sur chaque homme marié, 12 deniers ; sur chaque paire de bœufs labourans, 2 sols ; sur chaque vache ou bœuf non labourant, 6 deniers ; sur chaque âne, 12 deniers ; sur chaque brebis ou mouton, 1 denier ; sur chaque chevre ou pourceau, 1 denier, & sur chaque moulin, 2 sols.

M. Dolive, qui traite au long de ce droit en ses quest. not. liv. II. ch. jx. prétend que ce droit a été ainsi appellé, parce que les habitans du Rouergue s’obligerent de le payer au Roi, en reconnoissance que ce qu’en les défendant de l’invasion des Anglois, il maintenoit leur communauté en paix.

Mais M. de Lauriere en son glossaire, au mot commun de paix, soûtient que ce droit n’a été établi dans le Roüergue que pour y abolir entierement les guerres privées, ou pour y rendre continuelle cette suspension d’armes que l’on appelloit la treve de Dieu, qui ne duroit que depuis le mercredi au soir de chaque semaine, jusqu’au lundi matin de la semaine suivante ; c’est en effet ce que prouve une decrétale d’Alexandre III. publiée par M. de Marca dans ses notes sur le premier canon du concile de Clermont, pag. 281. elle est rapportée par M. de Lauriere, loc. cit. (A)

* Commun, adj. (Myth.) épithete que l’on donnoit à plusieurs divinités, mais sur-tout à Mars, à Bellonne & à la Victoire ; parce que sans aucun égard pour le culte qu’on leur rendoit, elles protegeoient indistinctement & l’ami & l’ennemi. Les Latins appelloient encore dii communes, ceux que les Grecs nommoient ἄζωνει ils n’avoient aucun département particulier au ciel ; on les honoroit toutefois sur la terre d’un culte qui leur étoit propre ; telle étoit Cybele. On donnoit aussi l’épithete de communs, aux dieux reconnus de toutes les nations, comme le Soleil, la Lune, Pluton, Mars, &c.

Commun, en Architecture, est un corps de bâtiment avec cuisines & offices, où l’on apprête les viandes pour la bouche du Roi & les officiers de Sa Majesté. Dans un hôtel c’est une ou plusieurs pieces où mangent les officiers & les gens de livrée. Voyez Salle.

Dans une maison religieuse on appelle commun, le lieu où mangent les domestiques.

Il y a chez le Roi le grand commun & le petit commun.

Commun, (Hist. mod.) chez le Roi & les grands seigneurs. Le grand commun est un vaste corps de bâtiment isolé, & élevé sur la gauche du château de Versailles ; & ce bâtiment sert de demeure à un grand nombre d’officiers destinés pour la personne de nos Rois.

Le petit commun est une autre cuisine ou table, établie en 1664, différente de celle qu’on appelle le grand commun. Le petit commun ne regarde donc que les tables du grand-maître & du grand-chambellan, autrefois supprimées, & depuis rétablies par le feu roi Louis XIV. & ce petit commun, dont les dépenses sont reglées par ordonnance du Roi en 1726, a comme le grand-commun, tous les officiers nécessaires pour le service de leurs tables. (G) (a)