L’Encyclopédie/1re édition/DÉLIBÉRATIF

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DÉLIBÉRATIF, adj. (Belles-lettres.) nom qu’on donne à un des trois genres de la Rhétorique. Voyez Genre, Eloquence & Rhetorique.

Le genre délibératif est celui où on se propose de prouver à une assemblée l’importance ou la nécessité d’une chose qu’on veut lui persuader de mettre à exécution, ou le danger & l’inutilité d’une entreprise qu’on tâche de lui dissuader.

Le genre délibératif étoit fort en usage parmi les Grecs & les Romains, où les orateurs haranguoient souvent le peuple sur les matieres politiques. Il a encore lieu dans les conseils des princes & dans le parlement d’Angleterre, où les bills & propositions relatives au gouvernement, passent ou sont rejettés à la pluralité des voix. Il en est de même dans toutes les républiques & dans les gouvernemens mixtes.

Si l’on veut porter les hommes à une entreprise, on doit prouver que la chose sur laquelle on délibere est ou honnête ou utile, ou nécessaire ou juste, ou possible, ou même qu’elle renferme toutes ces qualités. Pour y réussir il faut examiner quelle fin on se propose, & voir par quel moyen on peut y arriver ; car on peut se méprendre & dans la fin & dans les moyens.

On doit considérer si la chose dont il s’agit est utile par rapport au tems, au lieu, aux personnes. En effet, une chose peut convenir dans un certain tems, mais non pas au tems présent ; peut réussir par un tel moyen, & manquer par tout autre ; peut être avantageuse dans une province, & dangereuse dans une autre. A l’égard des personnes, l’orateur doit varier ses motifs selon l’âge, le sexe, la dignité, les mœurs & le caractere de ses auditeurs.

Si jamais la citation des exemples est nécessaire, c’est particulierement dans le genre délibératif. Rien ne détermine plus les hommes à faire une chose, que de leur montrer que d’autres l’ont exécutée avant eux, & avec succès.

A l’égard du style, Ciceron dans ses partitions oratoires en trace le caractere en deux mots : tota autem oratio, dit-il, simplex & gravis, & sententiis debet esse ornatior quàm verbis ; c’est-à-dire qu’il faut que dans le genre délibératif l’orateur parle d’une maniere simple, mais pourtant avec dignité, & qu’il employe plûtôt des pensées solides que des expressions fleuries. Mais en général on peut dire que l’importance ou la médiocrité de la matiere doivent régler l’élocution.

L’usage des passions entre aussi dans ce genre, tantôt pour les exciter, & tantôt pour les réprimer dans l’ame de ceux qu’on veut porter à une résolution, ou qu’on se propose d’en détourner.

Il est aisé de comprendre que pour dissuader ou détourner quelqu’un d’une entreprise, on doit se servir de raisons contraires à celles que l’on employe pour persuader ; c’est-à-dire qu’alors nous devons prouver que la chose pour laquelle on délibere est contre l’honneur ou l’utilité, peu nécessaire ou injuste, ou impossible, ou du moins environnée de tant de difficultés, que rien n’est moins assûré que le succès qu’on s’en promet. (G).

Délibératif, (Hist.) en termes de suffrages, signifie le droit qu’une personne a de dire son avis dans une assemblée, & d’y voter. Les juges dans les parlemens & autres cours, n’ont pas voix délibérative avant vingt-cinq ans pour les matieres civiles, ni avant vingt-sept en matiere criminelle, à moins d’une dispense d’âge accordée par le prince. Dans les conciles les évêques seuls ont voix délibérative, & les députés du second ordre n’ont que voix consultative. (G)