L’Encyclopédie/1re édition/DEMOISELLE DE NUMIDIE

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DEMOISELLE DE NUMIDIE, s. f. (Hist. nat. Ornit.) oiseau très-différent du coq d’Inde, que l’on appelle aussi avis Numidica, car ils sont tous les deux originaires d’Afrique. On a donné à celui dont il s’agit ici, les noms de demoiselle, bateleur, danseur, bouffon, parasite, baladin, & comédien, à cause des attitudes singulieres & pour ainsi dire affectées, que prend la demoiselle de Numidie. On prétend qu’elle imite autant qu’elle le peut les gestes qu’elle voit faire aux hommes ; & on a rapporté que les chasseurs qui veulent prendre ces oiseaux, se frottent les yeux en leur présence avec de l’eau qu’ils tirent d’un vase, & qu’ensuite ils s’éloignent en emportant ce vase, auquel ils en substituent un autre pareil qui est plein de glu. Les demoiselles de Numidie viennent auprès du nouveau vase, & se collent les piés & les yeux avec la glu, en imitant les gestes qu’elles ont vû faire aux hommes. Cet oiseau ressemble beaucoup à celui que les anciens ont décrit sous les noms de Scops, d’Olus, & d’Asio.

M. Perrault a donné la description de six demoiselles de Numidie. Elles furent disséquées après être mortes dans la ménagerie de Versailles ; tous ceux qui les y avoient vûes vivantes, disoient que leurs gestes & leurs sauts avoient quelque rapport à la danse des Bohémiennes, & que ces oiseaux sautoient en suivant les gens qu’ils rencontroient, de façon qu’ils sembloient vouloir plûtôt se faire regarder, que se faire donner à manger.

Ces demoiselles de Numidie avoient aux côtés des oreilles des appendices de plumes blanches de trois pouces & demi de longueur, & composées de fibres longues & déliées : tout le reste du plumage étoit de couleur grise & cendrée, excepté quelques plumes de la tête & du cou, & les grandes plumes des ailes qui étoient d’un gris fort brun à l’endroit où la plume est découverte. L’un de ces oiseaux avoit sur la tête une huppe de plumes longues d’un pouce & demi ; dans les autres, les côtés de la tête étoient garnis de plumes noires & courtes. On voyoit un filet de plumes blanches, qui commençoit à l’angle extérieur de l’œil, & qui s’etendoit au-dessous des appendices de plumes qui étoient aux côtés des oreilles. Il y avoit au-devant du cou un bouquet de plumes noires qui pendoit sur l’estomac, de la longueur de neuf pouces. Ces oiseaux avoient trois piés & demi de longueur, depuis le bout du bec jusqu’à l’extrémité des piés ; le bec étoit droit & pointu ; il avoit deux pouces de long, & le cou quatorze pouces. La longueur de la patte avoit vingt pouces depuis l’extrémité de l’os de la cuisse jusqu’au bout du plus grand doigt. Les yeux étoient grands, & les paupieres garnies de petites plumes noires. Il y avoit sur le devant des jambes de grandes écailles formées en tables, dont la longueur étoit de cinq lignes, & la largeur de quatre, & des écailles plus petites & de figure hexagone, derriere les jambes. La plante du pié étoit grenée comme du chagrin ; le doigt du milieu qui étoit le plus grand avoit quatre phalanges. Le plus petit qui étoit en-dehors en avoit cinq. Le moyen en avoit trois, & étoit en-dedans ; celui de derriere en avoit deux. Les ongles étoient noirs & un peu crochus. Mém. pour servir à l’hist. nat. des animaux, II. partie. Voyez Oiseau. (I)