L’Encyclopédie/1re édition/EOLIPYLE

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EOLIPYLE, s. m. (Phys.) instrument hydraulique qui consiste dans une boule de métal creuse, ayant un cou ou un tuyau. Cette boule étant remplie d’eau & exposée au feu, il sort par le tuyau un vent violent. Descartes & d’autres se sont servis de cet instrument pour expliquer la cause & la génération du vent ; c’est pourquoi il est appellé éolipyle, comme qui diroit pila Æoli, boule d’Eole ; parce que Eole étoit le dieu des vents. On voit la forme de cet instrument (Pl. de Physiq. fig. 28.) A est la boule posée sur des charbons ardens B ; & C est son cou, par lequel sort le vent ou la vapeur. On écrit ordinairement éolipyle, comme on prononce ; on devroit écrire æolipyle, suivant l’étymologie : mais il vaut encore mieux se conformer à la prononciation.

Quelquefois le cou de l’éolipyle est joint à la boule par une vis ; ce qui est plus commode, parce qu’alors on a plus de facilité à remplir d’eau la cavité. S’il n’y a pas de vis, on peut la remplir de la maniere suivante : faites chauffer la boule jusqu’à ce qu’elle soit rouge, & jettez-la dans un vaisseau plein d’eau ; l’eau entrera par le tuyau, & remplira environ les deux tiers de la cavité.

Si on met ensuite l’éolipyle sur le feu, ou devant le feu, ensorte que l’eau & le vaisseau s’échauffent beaucoup ; l’eau étant alors raréfiée & convertie en vapeur, s’échappera avec beaucoup de bruit & de violence, mais par bonds, & non pas d’une maniere égale & uniforme.

« En mettant l’éolipyle sur un brasier bien allumé, dit M. Formey, d’après la plûpart des Physiciens, dans un article qu’il nous a communiqué sur ce sujet ; le feu y dilate l’air, allant & venant au-travers des pores de la boule, sans aucun accident sensible ; parce que l’air qu’il chasse trouve à s’échapper par la sortie du goulot. Si cette boule rougie par le feu est plongée dans l’eau, l’air dilaté qui y demeure se resserre aux approches de celle-ci. Le vase se trouve peu-à-peu rempli d’eau & d’air, par portions à-peu-près égales. Remettez pour lors l’éolipyle sur les charbons en y enfonçant un peu le petit-bout, & en tournant à l’air l’ouverture du goulot, que l’eau remplit par ce moyen sans s’écouler ; dès que le brasier sera vivement allumé, le feu qui sembloit ne pas agir sur l’intérieur de cette poire quand elle étoit sans eau, & que rien ne le retenoit, commence par y dilater l’air. L’air débande tous ses ressorts contre l’eau qui l’enveloppe ; celle-ci, quoique naturellement sans activité, étant fortement poussée en tout sens & en même tems resserrée de toutes parts par les parois du vaisseau, ne trouve que l’issue du goulot vers laquelle se tourne toute la furie du feu & de l’air, & par conséquent de l’eau. L’eau en sort malgré la petitesse de l’issue, & malgré la résistance de l’air extérieur, en s’élançant à quinze & à vingt piés de distance. Ainsi le feu qui s’entretient paisiblement sous une masse de cendre par la liberté que mille petits sentiers lui laissent de s’échapper à l’air & d’en tirer quelque secours, vient-il à recevoir autour de lui quelques gouttes d’eau, il les étend, il les soûleve, & soûleve avec elles la braise & la cendre. C’est par cette raison que le feu soûterrein qui étant seul rouleroit autour ou au-travers d’un petit caillou sans le déplacer, se joignant à l’air & à l’eau, soûleve des masses énormes, ébranle les régions, perce les terres, & fait voler les rochers. Quand le feu, secondé de l’air, pousse devant lui des surfaces d’élémens durs & massifs, comme le sel & l’eau, qui ne peuvent être reçus par les ouvertures qui livreroient passage au fer, il fait alors des ravages épouvantables, & il renverse, brise, ou dissipe par ce secours ce qu’il auroit traversé par un écoulement continuel étant seul. Ainsi quoique l’élasticité du feu ne soit pas toûjours sensible, elle est toûjours réelle, & c’est de cette élasticité modifiée ou secondée par les autres élémens, qu’on peut déduire les différentes actions du feu ». Formey cite ici le spectacle de la nature, tome IV.

Cette expérience de l’éolipyle est une des plus fortes preuves que puissent alléguer en faveur de leur sentiment, ceux qui croyent que l’air est la principale cause de l’ébullition des fluides. Il paroît vraissemblable au premier coup-d’œil, que le vent de l’éolipyle est produit par l’air renfermé dans l’eau. Mais lorsqu’on remplit d’eau l’éolipyle, il n’y avoit presque point d’air, & l’eau qu’on a fait entrer ne contient qu’une dixieme partie d’air ; une si petite quantité d’air peut-elle être la matiere de ce souffle impétueux ? De plus, lorsque le vent est dans sa plus grande force, plongez le cou de l’éolipyle dans un vaisseau plein d’eau froide, on ne voit point paroître à la surface les bulles que ce vent devroit produire, s’il étoit produit lui-même par l’air. Donc, conclut-on, la cause du vent de l’éolipyle est la même que celle de l’ébullition, la vapeur de l’eau dilatée 13 ou 14000 fois au-delà de son état naturel. Cette derniere raison est-elle bien convaincante ? car quand ce seroit la vapeur de l’eau qui produiroit le souffle de l’éolipyle, pourquoi cette vapeur exposée dans l’eau froide ne produiroit-elle pas des bulles d’air à la surface, comme on prétend qu’elle en produit dans l’ébullition ? Voyez Ebullition, & les mém. acad. 1748. M. Musschenbroeck, essais de Phys. art. 870, paroît aussi attribuer le souffle de l’éolipyle à la vapeur de l’eau. Quoi qu’il en soit, voilà les raisons de part & d’autre, sur lesquelles on peut juger, & sur lesquelles on fera peut-être encore mieux de suspendre son jugement.

La vapeur ou l’air qui sort de l’éolipyle, a une chaleur sensible près de l’orifice ; mais à quelque distance de-là elle est froide, comme nous l’observons dans notre haleine. On ne convient pas de la cause de ce phénomene. Les partisans des corpuscules l’expliquent en disant, que le feu qui est contenu dans la vapeur raréfiée, quoique suffisant pour se faire sentir près de l’orifice, s’en débarrasse ensuite, & devient insensible avant que d’être arrivé à l’extrémité de la vapeur. Voyez Feu.

Les philosophes méchaniciens d’un autre côté prétendent que la vapeur en sortant de la boule, a une sorte de mouvement circulaire en quoi consiste proprement la chaleur ; & qu’à mesure qu’elle s’éloigne de la boule, ce mouvement diminue de plus en plus par la réaction de l’air contigu, jusqu’à ce qu’enfin la chaleur devient insensible. Voy. Chaleur. Pour nous, qui ne nous flatons pas de savoir en quoi consiste la chaleur & le froid, & qui croyons tous les Physiciens aussi peu avancés que nous sur ce point, nous avoüons sans peine que la cause de ce phénomene nous est inconnue, ainsi que bien d’autres.

Quelques auteurs ont proposé différens usages de l’éolipyle. 1°. Ils croyent qu’on pourroit l’employer au lieu de soufflet pour souffler le feu, lorsqu’on a besoin d’une très-grande chaleur. 2°. Si on ajustoit une trompette, un cor, ou quelque autre instrument sonore au cou de l’éolipyle, il pourroit les faire sonner. 3°. Si le cou étoit tourné perpendiculairement en-haut, & prolongé par le moyen d’un tube ou cylindre creux qu’on y adapteroit, & qu’on mît une boule creuse sur l’orifice du tube ; cette boule seroit élevée en l’air & y seroit soûtenue en voltigeant, tantôt plus haut, tantôt plus bas, comme dans un jet d’eau. Voyez Fontaine. 4°. L’éolipyle étant rempli d’une eau de senteur, au lieu d’eau simple, pourroit servir à parfumer une chambre. Tous ces usages, comme l’on voit, ne sont pas fort importans ; quelques-uns seroient tout au plus curieux. (O)